‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 73 sur 91 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

SUR

L'origine de l'imprimerie est un point d'histoire qui n'est pas encore suffisamment éclairci. On dispute sur l'inventeur et sur le berceau de cet art dont l'influence a été si grande. La chronologie de ses progrès et de ses premières productions est sujette à des difiicultés , et malgré les nombreux ouvrages écrits sur cette matière par des savants distingués, malgré la quantité de témoignages et de pièces de tout genre dont on a publié des recueils , on ne saurait parler des détails de celte invention avec une parfaite certitude.

Il parait que la fabrication des cartes à jouer et la gravure en bois, qui produisit des images de saints portant des légendes, donnèrent l'idée de l'imprimerie. Jean Guttenberg, gentilhomme de Mayence qui habitait Strasbourg dès 1424, s'occupait de mécanique et de diverses inventions dont il faisait un mystère. Il avait formé une société avec André Dritzehen, et une enquête, nécessitée en 1439 par un procès, fait mention d'une presse et de divers objets qui paraissent relatifs à l'imprimerie. Voilà le premier indice de cet art. Gultenberg

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quitta Strasbooi^ , revint à Bbyence eo 1445 , et s'assoeia en 1450 avec Jean Fust, dont la fortnne semblait assurer ses SQCcës. On croit qu'ils imprimèrent en planches de bois un petit livre de grammaire, que Trithéme nomme CalhoUean, el qu'il ne faut pas confondre avec le gros ouvrage de Jean de Baibi , qui porte le même titre. Guttenberg et Fust firent ensuite plusieurs essais avec des caractères mobiles soit en bois, soit en métal

Guttenberg n'a mis son nom à aucune de ses impressions ; mais on sait par le témoignage dIJlric Zell', qui établit l'imprimerie à Cologne et qui parait l'avoir apprise dans les ateliers de Fust , que Guttenberg et son associé commencèrent en 1450 l'impression d'une Bible latine en grands caractères, et, si l'on en croit Trithéme *, ils dépensèrent 4000 florins avant d'en avoir achevé le troisième cahier , quoiqu'ils eussent déjà trouvé les moyens de fondre les caractères. Sans doute ils n'auraient pu continuer une impression si coûteuse ; mais Pierre Schœfl*er de Gemsheim, qui avait exercé en 1449 l'état de calligraphe à Paris', et qui était au nombre des ouvriers de Fust, inventa vers 1452 un procédé plus économique pour fondre les caractères. Cette découverte, qui compléta l'art de l'imprimerie, fut sans doute celle des poinçons, et valut à Schc^er la main de la fille de Fust^. Le travail de la Bible (iit repris, et cette grande entreprise fut achevée vers 1455.

Une Bible fort rare , sans date et sans nom d'imprimeur, ayant deux colonnes et quarante-deux Ugnes à chaque colonne, parait être celle dont nous venons de parler, et l'exemplaire de

I Meermann, Orig. typogr. II, p. 106. — Clément, Ftfr{iol/b. etcrtewe, IV, p. 62-76.

s Trithem. Ann, Hinattg. II, p. 431.

s Trithem. Ann. Binaug, t. II, p. 422 : • . . . fkciliorem modnm lîmdeii^ characteres exoogitayit et artem, ut nanc est, complevit.»

« Souscription du Trithéme, Breviar. ffistor. Franeor. Mogantiœ, Jo. Schoiffer 1515 : ■. . . cni etiam filîam suam Christînam Fosthin pro dignâ laborom maltaruroquc adinventionam remaneratione nuptuî dédit. >

la Bibliothèque du roi de France porte une note manuscrite qui atteste qu'un vicaire d'une église de Mayence l'enlumina et le relia en 1456 ^ Ce témoignage semble ne laisser que peu de doute sur l'époque de l'impression de cette Bible.

Avant cette année , Guttenberg et Fust imprimèrent quelques feuilles volantes. Il existe encore un almanach pour l'année 1454, et de la même date des lettres d'indulgence accordées par Nicolas V en faveur du roi de Chypre, dont il y a une seconde édition de 1455*. Mais je ne dois pas dissimuler que d'habiles bibliographes ont pensé que l'impression de ces lettres est de plusieurs années postérieure à leur date.

L'esquisse que je viens de tracer des premiers temps de l'imprimerie est appuyée sur un passage des Annales d'Hirsauge par Trithéme, qui parle d'après Pierre Schœifer, et sur une souscription extrêmement curieuse que Jean Schœffer, fils de Pierre Schœffer et petit-fils de Jean Fust, a placée à la fin de l'abrégé des Annales de Trithéme qu'il imprima en

En 1455, Fust ayant voulu régler ses comptes avec Guttenberg, ces deux associés se brouillèrent, se séparèrent, et Guttenberg fut contraint juridiquement d'abandonner à Fust tout le matériel de leur atelier. Fust, conjointement avec Pierre SchœiTer, son gendre, continua ses travaux, et en 1457 ils terminèrent le célèbre Psautier, qui est le premier grand ouvrage imprimé portant une date certaine '^, et dont il n'existe maintenant que sept exemplaires.

» Lambinet, Orig, de Vim^r. I, p. 136.-* Van Praet, Vélin» de la Bibl.du roi, I, p. 15.

• Dibdio, Bibl Spencer. I, p. 44 et seq. — Léon de Laborde, Débuts de l'imprimerie à Mayence,

» V. cette souscription, Panzer, Ann, Typogr. Vil, p. 409. — Wardtwein, Bibl Mogunt. p. 145.

* Heinecken, idée d'une collection d'estampet, I, p. i62-!272.— Wardtwein, p. 55. —Lambinet, 1, p. 153. — Dibdin, Bibl. Spencer, t. I. — Van Praet, Vél. du roi, I, p. 204.

Gultenberg ne renonça pas à la typographie. U s'associa avec Conrad Hiunery', et il est certain, d'après on acte anthentique ', qu'il continua à imprimer , sans qu'on puisse désigner ses ouvrages d'une manière positive. Il est probable que le Calholicon de 1460 est sorti de ses presses.

Jean Fust mourut à Paris en 1466, et je dois remarquer qu'une note manuscrite de cette même année, tracée sur une édition des Offices de Qcéron qui se trouve dans la bibliothèque de Genève, a servi à établir cette date, et qu'elle fait de cet exemplaire, déjà très-rare en lui-même, un volume unique d'un grand intérêt. Guttenberg cessa de vivre en 1468, et Pierre Schœffer en 1502 ou 1503.

Non-seulement Gnttenbei^ n'est nonmié dans aucun des Uvres sortis des deux ateliers qu'il dirigea successivement à Mayence, mais Jean Fust et Pierre Schœffer n'en ont jamais fait mention dans les souscriptions de leurs livres. Dans des vers peu intelligibles que Pierre Schœffer plaça à la fin des Insti tûtes de Justinien (1468 et 1472), et des Décrétales de Grégoire IX (1473), on trouve une allusion à Guttenbei^ et à Fust. Ils sont appelés les deux Jean , natifs de Mayence, qui furent les premiers typographes.

Quos genuit ambos urbs Maguntina Johannes Librorum insignes protocharagmaticos '.

C'est la seule souscription qui rappelle l'inventeur de l'imprimerie, nulle autre n'en parle, et l'on peut croire que l'inimitié qui s'établit entre les associés, à la suite du procès de 1455, fut la cause de ce silence. Ce sentiment parait s'être effacé chez Jean Schœffer, fils de Pierre, puisque, dans la dédicace du Tite-Live allemand de 1505, il dit que Guttenberg

< Lambinet, I, p. 191.

* Oberlin, Euai d'annales de la vie de Guttenberg, p. 6.

5 Wurdtwein, ihid. p. 90 et seq.

inventa l'imprimerie k Mayence en 1450, et que cet art fut perfectionné par les travaux et les dépenses de Jean Fust et de Pierre Schœffer*.

Les premiers inventeurs de Mayence faisaient un secret de leurs procédés. Hs imposaient k leurs ouvriers le serment de ne pas les divulguer, et jusqu'à Tan 1465 l'imprimerie ne fut exercée dans aucun autre lieu , si ce n'est dans la ville de Bamberg, où elle était établie dès l'an 1461 ^. La guerre qui éclata entre Diéthère d'Isenbourg et Adolphe de Nassau, au sujet de l'archevêché de Mayence, suspendit les travaux de l'imprimerie. Le 27 octobre 1462, Adolphe de Nassau s'empara par une attaque nocturne de la ville de Mayence : ses soldats y mirent le feu, la pillèrent en partie et chassèrent un grand nombre de ses habitants'. Ces funestes événements arrêtèrent l'exercice de l'imprimerie dans cette ville, qui ne produisit aucun livre jusqu'à la fin de l'année 1465. La plupart des ouvriers de Fust se dispersèrent. Ils se crurent relevés de leur serment et allèrent établir des presses dans divers lieux de l'Europe. Des livres imprimés parurent à Subiaco en 1465 ; à C!ologne et à Augsbourg en 1468 ; à Venise en 1 469 ; à Nuremberg et à Paris en 1470, et successivement dans un grand nombre d'autres villes.

La découverte de Guttenberg, perfectionnée par Schœffer, ne fit pas disparaître tout à coup l'usage d'imprimer en planches de bois, et la version allemande du livre intitulé Mirabilia Romœ fut encore publiée par ce dernier procédé vers l'an 1480*.

Genève ne fut point une des premières villes qui reçurent

» Meennaiiii, II, p. 145. — Schœpflin, p. 67. — Wardtwem, p. 130. — Lambinet, I, p. 113.

> La Serna, Diction, bibliogr, I, p. 124. — Camus, Notice tTun livre imprimé à Bamberg.

s Trithem. Ann, II, p. 454. — Strave, Corpue histor. Germon, p. 872.

* Dibdin, jEdes Althorp, II, p. 188. — Cicognara, Catal, dei libri d'arte, II, p. 203.

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rimprimerie. Quatre-vingts villes environ en profitèrent avant eOe. Mais vingt et un ans après l'apparition du célèbre Psaa* lier de Mayence , Adam SUyruekaber imprima pour la première fois dans notre patrie. Cet homme était de Sdiweinfurt, ville libre et commerçante du pays de Wurtdbourg, voisine de celle de Bamberg, où l'imprimerie avait été pratiquée de si bonne heure. Des quatre livres qu'il imprima à Genève, en 1478, un seul fait connaître son nom. M. Senebier (ait mention d'un ouvrage manuscrit qui affirmait que les Fran^ chines d^Adhimar de Fabri avaient été imprimées à Genève en 1451 ' ; mais il rejette cette assertion qui mérite ^ peine d'êlre rappelée.

On connaît vingt-six ou vingt-sept éditions* imprimées k Genève de 1478 à 1500, et les noms de cinq imprimeurs qui ont travaillé dans cette ville. Ces livres sont une bien fiiible partie des treize mille éditions que produisit la presse au quinzième siècle ^ ; mais ils sont en général fort rares, peu connus et très-difficiles à trouver. Nous allons en donner la liste, en suivant l'ordre chronologique de leur impression , et nous aurons soin d'indiquer ceux que possède la bibliothèque publique de Genève.

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