‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 82 sur 91 · NM · texte numérisé non relu

NM

XXU. LES FLEURS ET MANIERES DES TEMPS PAS- SEZ ET DES FAITZ MERUEILLEUX DE DIEU,

tant en lancien Testament comme au nouveau. Et des premiers seigneurs, princes et gouuemeurs temporalz en ce&tuy monde.

On lit au verso du feuillet mii : <c imprime a Geneue. le. xxuiij iour davril lan M. cccc. xcv par Loys M. Cruse. »

In-folio — car. goth. — sign. a-m iiii y compris la table à trois colonnes qui occupe les cinq derniers feuillets avec fig. en bois.

Maittaire, Ann. Typ. part. I, p. 590. — Cat. delà Fal/iére, part. I, t. III, n'^ 4558. — Clément, Bibl.cur. VIII, p. 261, 262. — Drunet, Manuel, t. H, p. 255.

346 LIVRES IMPRIMÉS A 6ENBVB

XXm. FÂSaCULUS TEMPORUM m FRAHCois.

a Cest le Fardelet hystorial contenant en brief quasi toutes les hystoires tant de landen Testament que du nouueau Et generallement tous les merueilleux faitz dignes de mémoire qui ont este depuys la création jusques a cestuy an H. cccc. IxxxxY.»

In-fol. min. — caract goth. — fig. en bois — 95 feuillets.

A la fin du volume et après une table en trois colonnes, occupant cinq feuillets, on lit la souscription suivante :

« Imprime a Genesue Lan mille cccc. xcv. au quel an fist si tresgrant vent le ix. iour de januier quil fist remonter le Rosne dedens le lac bien ung quart de lieue audessus de Genesue et sembloit estre une montagne deaue et dura bien lespace dune heure que leaue ne pouoit descendre.»

Les deux titres (XXII et XXIII) qu'on vient de rapporter appartiennent à un seul et même ouvrage et à une même édition. Ces volumes ont le même nombre de feuillels et les mêmes signatures. Ds ne difi%rent que par le titre et par le nom de l'imprimeur que le n^ XXII fait connaître et qui ne se trouve pas dans le n® XXIII.

Ce livre se termine par deux paragraphes. Dans le premier, après avoir dit qu'on ne parlera pas a des vertus du très cre»tien roy Loys de Yalloys (Louis XI),» etc.. on ajoute : « Ne aultre chose pour le présent je presumis de dire se non que ce présent liure a este translate de latin en firancoys par vénérable et discrète personne maistre Pierre Farget docteur en saincte théologie de lordre des Augustins du couuent de Lyon. Lan mil. cccc. Ixxxiii. régnant le dit Loys paisiblement en France et lan de son règne xxii. »

C'est ici que se terminait cette traduction dans sa première édition imprimée à Lyon, 1483, mais celle de Genève ajoute un second paragraphe qui parle de Charles VIII... «Et finablement cestuy an M. CCCC. xcv. est aile avec grant exercite pour conquerre le royaulme de Naples qui luy deuoit appartenir par causes raisonnables lequel en peu de temps il a conquis et de présent le domine. Dieu luy doint tellement viure et régir son peuple que ce soit salut de son ame. Amen. Deo gratias. »

On voit que ce livre dut être imprimé dans la première moitié de l'année 1495, car au commencement de juillet, le roi Ferdinand reprit Naples sur les Français.

L'ouvrage latin traduit par Farget et intitulé : Fasciadus temporum auctare quodam devoto Carthusiensi, imprimé pour la première fois à Cologne, 1474, in-folio, valut k son auteur, Werner Rolewinck, une très-grande réputation pendant plus d'un demi-siècle ^ On en lit de nombreuses éditions et il fut traduit en français, en flamand, en hollandais, en allemand.

Pierre Farget, nommé aussi Ferget et quelquefois Sarget, moine augustin et traducteur de Rolewink, fit encore d'autres versions et s'associa pour quelques-unes avec Julien Macho. Le Fardelet hiuorial a eu plusieurs éditions et il fut augmenté par Pierre Desrey jusqu'à l'an 1513 '. D contient, k l'an 1454, le passage suivant sur l'imprimerie : « La impression des liures qui est une science tressubtile et ung art qui iamais navoyt este veu fut trouue enuiron ce temps en la cite de Magonce. Ceste science est art des arts, science des sciences, la quelle pour la célérité de son exercite est ung trésor desiderable de sapience.. . car la vertu infinie des liures... a maintenant este manifestée aux poures indigens estudians , escoliers : ceste multitude est

* Trithem. Cat, viror. iUtut — Fabric. Bibl inf. lat, VI, p. 884. — Placins, TKeatr. anonym. nO 1099 et 1875. —Voss. de Hist. lat. p. 569. — Mensel, Bibl. hist. I, p. 91.— Bto^r. Univ. XXXVIII, p. 469 à 474.

* Prosp. Marchand, Diet. % Farget. — Da Verdier, t. III, p. 272 et les notes. — La Croix da Maine, t. II, p. 277 et 324 avec les not. — Clément, Bibl. car. t. VIII, p. 259 et not. 16. - Bninet, Man. t. 11, p. 255.

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diuulguee enlre tous peuples langues et nations tellement que vrayemeot nous pouons regarder et dire ce qui est escript au premier chapitre des proverbes. Sapientia foris praedicat....i>

On a évalué à quatre ou cinq cents firancs ce que coûtait^ au treizième siècle, un volume manuscrit de grandeur et de condition médiocres V Ce prix si élevé fit sentir vivement le bienfait de l'imprimerie. Je joindrai ici deux passages qui expriment la même pensée que le Fardelet.

Vers la fin du quinzième siècle, Jean Molinet écrivait :

J*ai veu grant multitude De livres imprimés Pour tirer en estudes Povres mal argentés :

Par ces nouvelles modes Aura maint escoHier Décret, bibles et codes Sans grant argent bailler*.

En 1494, un patricien de Venise, habitant la Toscane et faisant venir des livres de Venise, écrivait à un de ses amis : c( Redierunt nostri Venetiis, cum sarcinulis, incolumes. Deo gratias. Miratus sum tôt tantaque volumina, prae oculis exposita , tam parvo coempta fuisse pretio : ut tantidem profecto, aut pluris etiam, vel unum ex iis debuerit conslitisse. Magna nostrorum temporum félicitas, ut suppellex tam pretiosa, tam vili veneat. Benedictus Deus à quo omne datum optimum et omne donum perfectum...)> etc.

Quant au phénomène présenté par le Rhône, le 9 janvier 1495, je ne trouve pas que le souvenir s'en soit conservé ailleurs que dans la souscription du Fardelet^ mais à d'autres époques l'histoire rapporte quelques faits analogues '.

* Journal de» Sav. 1810, p. 171.

* Bachon, Notice eur George Châtelain^ p. 57.

~> Spou, Hist. de Genève, I, p. 417 à 51â. — Not. de Gautier, p. 320.

DANS LE XV' SlâCLB. 349

On n'imprima point à Genève pendant cette année.

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