‹ Mélanges d'histoire littéraireChapitre 43 sur 51 · XXIII. FASCIGULUS TEMPORUM en francois · texte numérisé non relu

XXIII. FASCIGULUS TEMPORUM en francois

« Cesl le Fardelel hystorial contenant en brief quasi toutes les liystoires tant de lancien Testament que du nouueau Et generallement tous les merueilleux faitz dignes de mémoire qui ont este depuys la création jusques a cestuy an M. cccc. Ixxxxv. »

In-fol. min. — caract. goth. — tig. en bois — 95 feuillets.

A la fin du volume et après une table en trois colonnes, occupant cinq feuillets, on lit la souscription suivante :

« Imprime a Genesue Lan mille cccc. xcv. au quel an fist si tresgrant vent le ix. iour de januicr quil fist remonter le Rosne dedens le lac bien ung quart de lieue audessus de Genesue et sembloit estre une montagne deaue et dura bien lespace dune heure que leaue ne pouoit descendre.»

Les deux titres (XXII et XXIII) qu'on vient de rapporter appartiennent à un seul et même ouvrage et à une même édition. Ces volumes ont le même nombre de feuillets et les mêmes signatures. Ils ne diffèrent que par le titre et par le nom de l'imprimeur que le n° XXU fait connaître et qui ne se trouve pas dans le n° XXIII.

Ce livre se termine par deux paragraphes. Dans le premier, après avoir dit qu'on ne parlera pas « des vertus du très crestien roy Loys de Valloys (Louis XI),» etc.. on ajoute : « Ne aultre chose pour le présent je presumis de dire se non que ce présent liure a este translate de latin en francoys par vénérable et discrète personne maistre Pierre Farget docteur en saincte théologie de lordre des Augustins du couuent de Lyon. Lan mil. cccc. Ixxxiii. régnant le dit Loys paisiblement en France et lan de son rc^ne xxii. »

C'csl ici que se terminait cette traduction dans sa première édition imprimée à Lyon, 1483, mais celle de Genève ajoute un second paragra|)lie qui parle de Charles Vlll... «Et iinahlement cestuy an M. CGCC. xcv. est aile avec grant exercite pour conquerre le royaulme de Naples qui luy deuoit aj)partenir par causes raisonnables lequel eu peu de temps il a conquis et de présent le domine. Dieu luy doint tellement viure et régir son peuple que ce soit salut de son ame. Amen. Deo gratias. »

On voit que ce livre dut être imprimé dans la première moitié de l'année 1495, car au commencement de juillet, le roi Ferdinand reprit Naples sur les Français.

L'ouvrage latin traduit par Farget et intitulé : Fasciculus temporum auctore quodam devoto Carthusiensi, imj)rimé pour la première fois a Cologne, 1474, in-folio, valut à son auteur, Werner Rolewinck, une très-grande réputation pendant plus d'un demi-siècle V On en lit de nombreuses éditions et il fut traduit en français, en flamand, en hollandais, en allemand.

Pierre Farget, nommé aussi Ferget et quelquefois Sarget, moine augustin et traducteur de Rolewink, fit encore d'autres versions et s'associa pour quelques-unes avec Julien Macho. Le Fardelet historial a eu plusieurs éditions ei il fut augmenté par Pierre Desrey jusqu'à l'an 1513 -. Il contient, à l'an 1454, le passage suivant sur l'imprimerie : « La imi)ression des liures qui est une science tressubtile et ung art qui iamais navoyt este veu fut trouue enuiron ce temps en la cite de Magonce. Ceste science est art des arts, science des sciences, la quelle pour la célérité de son exercite est ung trésor desiderable de sapience.. . car la vertu infinie des liures... a maintenant este manifestée aux poures indigens estudians , escoliers : ceste multitude est

« Trithem. Cat. viror. ilhist. — Fabric. Bibl. inf. lat. VI, p. 884. — Placius, Theatr. anonijm. n» 1099 et 187S. — Voss. de Hist. lat. p. 369. — Meusel, Bibl. hist. I, p. 91.— Biorjr. Univ. XXXVIII, p. 4G9 à 474.

2 Prosp. Marchand, Dict. % Farget.— Du Verdier, t. III, p. 272 et les notes. — La Croix du Maine, t. II, p. 277 et 324 avec les not. —Clément, liiOl. nir. t. VIII, p. 259 et not. 16. - Dninet, Mun. t. Il, p. 235.

diuulguec entre tous peuples langues et nations tellement que vrayement nous pouons regarder et dire ce qui est escript au premier chapitre des proverbes. Sapientia foris praedicat....»

On a évalué à quatre ou cinq cents francs ce que coûtait, au treizième siècle, un volume manuscrit de grandeur et de condition médiocres \ Ce prix si élevé fit sentir vivement le bienfait de l'imprimerie. Je joindrai ici deux passages qui expriment la même pensée que le Fardelet.

Vers la fin du quinzième siècle, Jean Molinel écrivait :

J'ai veu grant multitude De livres imprimés Pour tirer en estudes Povres mal argentés :

Par ces nouvelles modes Aura maint escollier Décret, bibles et codes Sans grant argent bailler-.

En 1494, un patricien de Venise, habitant la Toscane et faisant venir des livres de Venise, écrivait à un de ses amis : « Redierunt nostri Venetiis, cum sarcinulis, incolumes. Deo gratias. Miratus sum tôt tantaque volumina, prae oculis exposita, tam parvo coempta fuisse pretio : ut tantidem profecto, aut pluris etiam, vel unum ex iis debuerit constitisse. Magna nostrorum temporum félicitas, ut suppellex tam pretiosa, tam vili veneat. Benedictus Deus à quo omne datum optimum et omne donum perfectum...» etc.

Quant au phénomène présenté par le Rhône, le 9 janvier 1495, je ne trouve pas que le souvenir s'en soit conservé ailleurs que dans la souscription du Fardelet^ mais à d'autres époques l'histoire rapporte quelques faits analogues ^.

• Journal des Sav. 1819, p. 17t.

- Buchon, Notice sur George Châtelain, p. 57.

•' Spon, Uist. (le Genève, I, p. 417 à 512. — Not. de Gautier, p. 320.

D.VXS Ï.E XV*^ SIÈCT.E. 3i9

On n'imprima point à Genève pendant celte année.

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