‹ Mélanges d'histoire littéraireChapitre 4 sur 85 · I. — Compte rendu des recherches · texte numérisé non relu

I. — Compte rendu des recherches

La première source nous était indiquée par Victor Hugo luimême : le morceau des Trois Cents porte en effet en sous-titre cette citation :

« Zéépzr,: Tjv 'EXXf,37:ov-;v i/.fhtjzi -zvç/.zz'.xç ï~':/.iz^x'. i).iz~:y: T:\r,yi:. Hérodote, Polymnie. »

C'est bien le livre VU des Histoires d'Hérodote qui contient l'ensemble des faits utilisés par le poète, l'expédition de Xercès contre la Grèce, le dénombrement des troupes du grand roi, l'épisode de la destruction des ponts et la llagellation de la mer, enfin la défense des Thermopyles par Léonidas.

Nombre de détails cependant, de traits souvent frappants restent en dehors de ce premier champ ilinvestigations. \ ictor Hugo a demandé à Hérodote son sujet : il a choisi ; — on ne choisit

I. M. E. Frcminct ne s'est pas servi de l'article de M. Eugène d'Eichtlial. Hérodote et Victor Hugo, à propos du poème les 3oo (Revue des Eludes grecques. 1902, p. ii()-i3i)el ne l'a sans doute pas connu. Son travail ne fait pas double emploi avec celte élude : le problème dont M. E. Fréniinet a donné la solution ne coin[>rend |)as seulement l'examen des ra|)ports entre les vers de Ilugo et le texte grec d'Hérodote, mais aussi la recherche de l'intermédiaire français (c'ost-à-ilire des traducteurs) par lequel le poète a connu l'historien ancien. — M. Th. Colardeau a publié dans les Annales de ILInivcrsilé de (îrenoble (t. XN I. n" i) une élude sur le 7*^ livre d'Hérodote et les Trois Cents de Victor Hugo : lorsqu'elle a paru, le manuscrit de M. Frémincl était depuis longtemps remis entre mes mains, et tous prêt pour l'impression (Gistavi: Lanson).

a. Victor Hugo : Lâjende des Siècles, tome I. vie partie.

\XI. — Lanson. 1

guère dans un tout sans en connaître, au moins superficiellement, les parties. C'était donc k l'œuvre entière d'Hérodote que devaient d'abord s'étendre nos recherches.

Les Perses d'Eschyle ont ensuite fourni quelques noms propres, et surtout des symboles, des mouvements lyriques que Victor Hugo n'a sans doute pas ignorés.

Nous avons consulté aussi les tables des historiens et des géographes anciens. Pour Thucydide, Dion Cassius, Athénée, les recherches furent entièrement vaines; au contraire, Xénophon, Polybe, Strabon, Arrien, enfin Pline l'Ancien et même Tacite nous ont permis chacun un ou plusieurs rapprochements.

Les petits géographes (Isidore de Charaxe, description de la Partliie, etc..) n'ont rien donné.

L'ouvrage de l'abbé Barthélémy (Voyage du jeune Anacharsis) contient en deux chapitres « Thémistocle et Aristide » et « Combat des Thermopyles » la paraphrase du VIP livre d'Hérodote. Mais, fait à un point de vue absolument différent, il ne contient rien qui puisse laisser entrevoir que Victor Hugo l'avait lu. Du moins Victor Hugo ne lui a emprunté ni un nom, ni une expression, ni une idée.

Les encyclopédies, les dictionnaires Douillet, Descubes (histoire, géographie, mythologie...), surtout le dictionnaire anglais de Smith (Dictionary of greek and roman Geography) nous ont renvoyé à quelques-uns des auteurs anciens mentionnés ci-dessus.

Cependant toutes les recherches en dehors du septième livre d'Hérodote ne nous fournissaient pas de références précises. Sans parler de quelques traits empruntés à la Bible, quelques autres demeuraient irréductibles : quelques noms restaient sans aucun renseignement : Victor Hugo les avait-il forgés de toutes pièces ? Avant de l'admettre, le manuscrit devait être consulté : c'était là, en effet, le dernier recours, — le « laboratoire « du poète, où le moindre débris pouvait déceler la matière première, ou révéler quelque chose de la forme et des proportions de l'œuvre.

Les Trois Cents ne figurant pas dans la première Légende des Siècles (iSSg), le manuscrit n'en est pas à la Bibliothèque Nationale. Nous nous sommes adressé à M. Paul Meurice, ([ui a bien voulu nous le communiquer. Nous ne saurions trop le remercier de sa constante bienveillance : grâce à lui, nous pouvons reproduire la pièce intégralement d'après le manuscrit ; en outre, M. Paul Meurice a eu l'obligeance de faire appel i« ses précieux souvenirs : sans parler des renseignements, si utiles, qu'on va lire.

INTHODUCTION 3

nous lui devons le clélical encouragement d'avoir été, pour ainsi dire, admis, quelques instants, dans l'intimité de notre auteur.

Comme nous rcspérions, le manuscrit nous a permis de constater qu'il ne fallait pas attribuer à certains des traits dont nous ignorions la source, plus de valeur historique que le poète ne l'a fait lui-même au cours de ses corrections successives.

En outre, comme on le verra plus tard, une rature nous a révélé que la pièce n'a pas été, ainsi qu'on pouvait le croire, créée pour le coup de théâtre final.

Enfin la découverte des dates de composition des différentes parties du poème en éclaire la conception générale, et la formation dans le temps.

Une des confidences de INI. Paul Meurice, dont nous avons tiré le plus grand parti, a trait à la connaissance à peine élémentaire que Victor Hugo avait de la langue grecque : Victor Hugo savait assez « lire n le grec, pour, au besoin, reconnaître et vérifier une citation dans le texte ; mais ce n'est pas sur le texte qu'il travaillait : la pièce des Trois Cents fut composée d'après une traduction d'Hérodote, acceptée et suivie sans discussion. Cette traduction, M. Paul Meurice se rappelle l'avoir vue: c'était un livre de grand format, réimpression d'une vieille traduction du xvi'' ou du commencement du xvii'^ siècle, — d'ailleurs « un nom connu, peut-être Larclier ».

Sur ces indications, nous avons comparé le morceau de Victor Hugo aux diverses traductions d'Hérodote. La traduction de Saliat (i556) réimprimée par Talbot en i864, c'est-à-dire neuf années avant que Hugo composât les Trois Cents, correspondait le plus parfaitement à la condition fondamentale, être une réimpression moderne d'une vieille traduction. Et de fait, elle nous apparut incontestablement meilleure que celle de Giguet, que nous avions eue jusqu'alors entre les mains.

La traduction de Larcher, ayant pour elle le nom, nous a attiré tout particulièrement; mais, à peine supérieure à Giguet, elle est très inférieure à Saliat. Elle avait contre elle d'ailleurs d'être de la fin du xviii* siècle (1786) ; elle a été réimprimée en i8^j2 et en 1870 par Pessonneaux.

Enfin, on va se convaincre par le tableau suivant (juo la véritable traduction suivie pas à pas par Hugo est celle de Du Ryer (i646\ l'un des premiers Académiciens, réimprimée en itUio, en 1710 et souvent depuis (d'après Brunet). Le seul moyen de le prouver, c'est de confronter, sur une suite d'emprunts d'une certaine étendue, les trois traductions susceptibles d'entrer en compétition.

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