Livre IV
L'hymne de la Mort. — Lemerre, IV, XXXVI, p. 291.
Ms. VI, f 2/i-3o.
Ms. VI. F. il\. — C'est une mise au net, à l'encre: Harmonie 28° à M. de Barol, sans autre titre.
Str. 3.
lu trahirais tant de longs jours tant de jours passés à te dire
Sir. 3. F. 24 v°.
de la terre accomplit les lois te semble à toi-même mourir croit qu'il dépouille avec sa chaîne ses os qu'il ne sent plus souffrir
tu démentirais tant de jours tant de nuits
de la terre subit les lois les hommes l'appellent mourir croit qu'on emporte avec sa chaîne ses bras qu'il ne sent plus soulVrir
ETUDE SUR LES MANUSCRITS DE LAMARTINE
Str. k.
celte illusion du tombeau en savent plus que ton effroi
Sir. 5. F. 20.
amour exil, souffrance un temps toujours prêt à tarir
Str. 7.
oublie une ombre qui s'efface
plonge enfin dans son horizon
ces illusions du tombeau qu'un jour d'effroi
exil, ennui, souffrance
la vie, hélas ! prête à tarir
oublie un monde qui s'efface
découvre enfin son horizon
Str. 8. — La str. 8 « Tu vas voir la céleste armée » est bilTée en entier de plusieurs traits de plume.
F. 26. — Reprise de cette strophe. Au dernier vers : ailes est biflTé et remplacé au-dessus par : orbes.
ces beaux soleils adorait de loin
ces doux soleils devinait de loin
Str. 10. F. 26 v°. — La str. 10 : « Tu verras quels êtres habitent » couverte de ratures et de surcharges, en marge est écrite la strophe définitive avec une seule variante : floilent au lieu de nagent. Le premier jet, biffé, des trois derniers vers, était :
et de la poudre de son temple pas un grain qui ne le contemple et ne lui murmure : hosannah !
Lamartine a atténué la trop grande précision de la comparaison.
Dans l'autre marge, esquisses en prose, pour la suite, d'une écriture fine, hâtive et dillicile ii lire :
Note. A la fin, strophe dernière: endors-loi dans tes rêves, ainsi un passai^er aborde en rêvant :
("est la première idée de la str. 19. — A hi lin de celte note, un tiait, puis :
iXole. tu verras encore tes amis, ne regarde pas en arrière
<[ui semble se rapporter ;i la sir. y. Fncoie un trail, puis :
7'u dépouilles chaque penchant, comme, en montant vers le soleil l'aigle dépouille... (illis.)... o/;j/;rc, aucune ambre ne suit l'oiseau
HARMONIES POÉTIQUES l8l
On ne retrouve pas cette belle comparaison dans le texte définitif.
dans ces lorrenls de vie
Lamartine hilï'e: torrents et le remplace par : océans :
dans ces océans de vie dans ce pur océan de vie
l'amour va le plonger ravie la mort va le plonger ravie
comme le jour succède au jour comme une étincelle au "^l'ancl jour
leur flux vers Vêlernelle aurore son flux vers réternelle aurore
Au vers 6 Lamartine avait d'abord écrit :
le portera, muelle encore
Il barre : muette et éci'it au-dessus deux variantes, sans choisir entre les deux : sombre et : i>oilée. Finalement dans l'édition il en préfère une quatrième : va te porter obscure encore.
F. 27. — Quatre versions pour la fin de la même strophe :
1° Comme... (illis)... qu'enfle l'orage de flots en flots jusqu'au rivage roule le disque de la nuit
Barré d'un trait de haut en bas. En dessous une variante pour le dernier vers :
la tardive étoile des nuits Puis, d'une écriture un peu dilï'érente un second texte :
2° comme dans l'aube étincelante la mer sur sa vague brillante roule le disque de la nuit
Encore bifié, enfin une troisième version, cette fois non barrée :
3" comme une mer étincelante roule sur sa vague brillante le disque flottant de la nuit.
L'édition donne un (jualrième texte :
comme un flot que la mer soulève roule aux bords où le jour se lève sa brillante écume, et s'enfuit
182 ÉTUDE SUR LES MAISUSCRITS DE LAMARTINE
Ensuite deux états successifs d'une strophe qui n'a pas trouvé place dans le texte définitif. Voici le plus complet :
TVe désire donc plus que la nuil se prolonge va, passe sans effroi, passe comme un beau songe
de l'ombre à la réalité !
Ah ! la plus pure image est erreur et mensonge devant tant de félicité !
Str. 12.
horreur du faux honte du vice horreur du mal
Str. i3. — Le mouvement de cette strophe a été changé, peutêtre parce que renjamhement a paru trop brusque au poète, et que plus éternelle lui a semblé, avec raison, un non-sens.
Sentais-tu la lutte éternelle Sentais-tu la lutte éternelle
des éléments ? déplorais-tu du bonheur et de la vertu
celte guerre plus éternelle et la lutte encor plus cruelle
du bonheur et de la vertu... du cœur par le cœur combattu.
dont le ciel rit, dont l'orgueil dont le ciel rit quand l'orguei^
[nomme [nomme
Sir. i5.
que ne comblait qu'un vaste ennui et cet inexorable ennui en savourant ses délices en s'enivrant de ses délices
Str. 16. F. 28 v". — Lamartine avait d'abord écrit au 2** vers : monde parfait, il biffe : parfait, écrit : meilleur en marge, marqué d'une croix. L'édition adopte ce dernier mol.
De même, au vers /j, il avait écrit d'abord : où tout désii' est satisfait, il corrige en marge : est un l)ouhcur. (Test à lort (|uc l'édition donne: « où tout désir est le bonheur ». Cela laussc le sens.
où l'être que la Mort épure où Têlre qui se |)uri(ie
n'emporte rien de sa nature n'emporlo rien de celle vie
que ce qu'elle a d'égal aux dieux que ce qui! a déj^al au\ dieux
Aux trois derniers vers les rimes ont été également changées et une comparaison très différente île la j)remièrc a servi à employer, dans le second texte, la même idée :
comme le cipjnt' au hl.iiic phiin;t(jc coiiiiiic Li cime encor ()i)scure
dépose au-dessous du nuage dont l'ombre décroil à mesure
toute l'ombre de ces bas lieux (cf. que le jour moule dans les cieux ! [p. 57, f" aG V").
HARMONIES POETIQUES 1 q6
A la fin de ce folio et au folio suivant, une strophe un peu verbeuse a été supprimée :
dans un monde on loti espérance
sublime inslincl de l'avenir
le porte si souvent d'avance
et refusait de revenir !
où la f/loire n'a point d'envie
oii le bonheur n'a point de lie
oii l'être n'est qu'un long aimer
où les siècles n'ont point de nombre
où la vérité n'a point d'ombre
où l'amour luit sans consumer !
Str. 17.
pendant ton exil en ces lieux pendant ton exil sous les cieux
le doux songe de ta Jeunesse tant de beaux sonf:fes de jeunesse
comptant les dernières haleines épiant ta dernière haleine
Str. 18. F. 29 v°.
de l'ange qui va l'emporter de l'esprit qui va l'emporter
bientôt montant bientôt nageant
la chaleur et l'éclat du jour lumineuse comme le jour
Str. 19. — Les deux premiers vers manquent dans l'édition. Les V. 3 et /j ont été entièrement remplacés :
mais livre ces dernières heures puis, endors-loi dans Tespérance
aux songes pour les abréger pour te réveiller dans ton Dieu !
Plus célestes que son espoir plus sereines que ton espoir
La Tristesse. — Kdit. Lemerre, I, IV, V, p. 3i2. Ms. Vf, f> 37 ^'^
Cette pièce, écrite sur le même rythme que « la Retraite » se trouve écrite sur le ms. h la suite. Lamartine a sans doute jugé que ce deuxième développement se rattachait mal à la : Réponse au Rêve de V. Ilui:;o, et lui donnait une étendue cxao^érée. 11 Ta donc coupé pour en faire une Harmonie à part.
Le texte du ms. VI ne présente pas de variante. On peut remarquer seulement (jue la dernière strophe a été remphicée, dans l'édition par deux strophes (str. 6-7). KUe n'a aucun sens, à cause
1 84 ÉTUDE SUR LES MANUSCRITS DE LAMARTINE
de la répétition du même mot aux deux termes de la comparaison :
et pareil à la brise qui monte du saint lieu le soupir de la brise va d un cœur qui se brise se reposer en Dieu
Au-dessous, un trait, la date: Saint-Point, 2S nov. 1828, et le compte des vers de « la Retraite » et « Tristesse » réunies : 150 vers.
Hymne de l'Ange de la Terre après la destruction du globe. — Edit. Lemerre, IV, VU, p. 3i8.
Ms. VI, /° 3oi'"-33.
Dans l'édition l'hymne proprement dit est précédé d'une description épique de trois pages. Dans le ms. VI nous n'avons (juc les strophes lyriques.
Ms. VI. F" 3o v". — C'est une mise au net, à l'encre.
est-ce toi, terre, étoile aimée est-ce loi, terre inanimée
tu passas devant elle et les anges tu passas dans le ciel et les astres [^sourirent [jaillirent
et les vaques d'azur tout à coup sous Ion poids s'assouplirent [s'assouplirent Sir. 3.
plus pur que ton midi plus vif que Ion midi
le regard de ton Dieu te vèlissait le regard de Ion Dieu l'illuminait
Sir. k.
qu'un caillou qui va se fendre qu'un rocher qui va se fendre
dont les rajjons vètissaient les inoii(hiieiil les canqjagnes [campagnes
Str. G. F. 3i. — Le rythme et l'image ont été changés :
oli flottaient des tableaux qu'effa- miroir où les lahleaux (jue ridait
[çait le zèphyre [le zéphyre
comme un peintre jaloux qui mon- hrill.iieiil ou s'ciraçaient comme
\tre et qui retire jun léfjfer sourire
l'image qu'il laisse entrevoir que l'œil voudrait fixer et ne fait
[([uenlrevoir. »
IIAliMONrKS POKTIQUKS I 8o
Str. 8. F. 32 V".
depuis le paon doré donl l'aile le paon superbe où l'aube peint [fait la roue [sa roue
Str. 9.
V instinct grossier de la seule exis- de la brute existence
\lence
F. 33 v". — Après le dernier vers, plusieurs traits, la date : Saint-Poinf, 1" avril i^'20, et le compte des vers : 100 vers.
Novissima Verba. — Edit. Lemerre, IV, XI, p. 34i.
Ms. XXXIII, Z*' 3, /"^ 5, /■" 33 ('^
Ms. XXXIII. F. 3. — Une esquisse en prose qui se rapporte à cette harmonie :
Noie. La vérité ressemble à un soleil dans les nuages. A mesure qu'il avance il en éclaire de nouveaux et en laisse d'autres dans l'ombre. Le regard trompé des mortels le suit et adore successivement (7) ces nuages en disant : C'est le soleil ! c'est la vérité ! el il n'est plus là.
Cf. sir. II.
Avez-vous vu au soir d'un jour mêlé d'oraj^e.
F. 5. — Le commencement, sous ce titre :
Notes. Dithyrambes. Le chant du ci/(/ue ou Job. Montculol, octobre 1S29.
Ce titre est écrit avec une encre plus noire que le texte qui commence au-dessous. Il semble donc avoir été ajouté après coup. Les strophes sont séparées et numérotées.
Sir. I.
le sinistre bruit le lugubre bruit
arrête le ressort a pressé le ressort
Str. 2.
élève ici la voix élève enfin la voix
(jue sa bouche glacée qu'une terre glacée
hélas ! que nous laissons-nous ! que laissons-nous, ô vie, hélas ! [àme^ quand... quand tu t'envoles
l86 ÉTUDE SUR LES MANUSCRITS DE LAMARTINE
En éclatant la voile, raturé et remplacé par : en palpitant. Ce plaisir insolent, raturé et remplacé par : ce charme.
que laisse l'existence de toute une existence
la borne qui conslale la pierre qui constate
Dont on marque un trépas, remplacé et raturé par : qu'on élève au trépas
de la mort solitaire domaine du cercueil solitaire domaine
qui couvrent d'une date qui marquent d'une date
Cetie poudre a vécu, bilîé. Au-dessus: terre; dans l'édition: argile.
Str. 3.
de douleur, de génie qui trompez le j^énie
éternelle agonie douloureuse agonie
en vos faibles accents au moins dans ses accents
F- 7embrasser son image contempler son image
Un vers de i3 pieds a été ramené à la mesure :
Condensez-vous pour moi comme condensez-vous, semblable à lar- [iardenle vapeur [dente vapeur
Et éclate en tonnerre, bilïé. Au-dessus : s'ejliale ; dans l'édition : jaillit.
au gouffre d'où je sors, au gou/fre à la nuit d'où je sors, à celle où
[où Je retombe [je retombe
jette un cri dont Iccho remplit d'un cri i\o désespoir emplit du
[longtemps [moins l'abîme
Str. l\. — Lain.iitine avait biffé: ii ces sillons ravie, pour corriger ainsi : à la terre ravie, il a rétabli le texte dans l'édit.
De même au vers suivant: (jui répugnait à vivre, barré sur le ms. a été préféré ;i la correction : (jui réjju^/ie à la vie.
réunit un moment réunit pour un jour
souffrant de leur accouplement lullanl dans un contraire amour
F. 8 v". — Le premier hémistiche du vers i5 : « et dont chacune à part » est barré et le deuxième manrpic sur le ms.
L'une dans son sommeil: ce mot est bille, sans être remplacé. Dans l'édition : néant.
IIAUMONIES POÉTIQUES 187
comme rêve douleiix comme un rêve léj^er
l'inexplicable moi qu'ils formaient L'inexplicable tout qui veut se [entre eux deux [partager
j'a/jundonne à leur sort à leur chance
monde fui/anl monde mortel
f^e mot « météore » est en réserve clans la marge. Le V. 27 reste ainsi inachevé :
Vaine forme de ièlre météore.
Sir. 5.
qui flotte aux bords dorés qui nage aux bords dorés
quand l'enfant enivré d'avance enivré lui sourit et croit voir
[croit y voir contre sa lèvre avide contre sa dent avide
Qui revient au sable, raturé et remplacé par : qui se perd au sable.
Une interversion de rimes qui a nécessité un lé^er changement dans les deux vers :
dont l'échelon s'attache à tout pied dont lechelon brûlant s'attache au
[qni l'affronte [pied qui monte
el (/u'il faut cependant que toute... et qu'il faut cependant que tout
[monte [mortel affronte
Au bas du f" le nombre des vers : 1 14 vers, et le n° de la strophe suivante: 5o (c'est la str. 6" de l'édition).
vous enirouveni un ctcl vous enl rouvrent l'espace
où l'œil en voit le terme où l'œil en sent le terme.
F. lO v", — Le V. i3 : « on trouve au fond de tout » est placé ici avant le v. 12 : « L'espérance reprend son vol ».
Lamartine avait tl'abord écrit : jusque dans ce baiser qui sait donner la vie — le mot va est en surcharg'e sur snit — l'édition donne : cet amour qui peut donner la vie.
0/1 entend celle voix on entend une voix
Lèi're de feu, en surcharge sur: baiser, qui a été rétabli dans l'édition.
Str. 7. F. II
nul élre plus que moi nul iiomnie plus que moi
dans l'objet seul tfu'il atme ilans l'autre âme qu il aime
en mourant à soi-même [^nilé en se perdant soi-même [nilé
de se faire d'aimer sa seule éler- de se faire à lui seul sa propre éter-
l88 ÉTUDE SUR LKS MANUSCRITS DE LA.MARTINE