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Dans les deux mondes, la zone où le décroissement de la température moyenne est le plus rapide se trouve comprise entre les parallèles de 40* et &5^ L'observation offre en cela un résultat entièrement conformera la théorie, car la variation du carré du cosinus , qui exprime la loi de la température, est la plus grande possible vers les &5'' de latitude. Cette circonstance doit influer favorablement sur la civilisation et l'industrie des peuples qui habitent les pays voisins du parallèle moyen. C'est le point où les régions des vignes touchent à celles des oliviers et des citronniers. Nulle part ailleurs sur le globe , en avançant du nord au sud , on ne voit ac^
croître plus sensiblemeot les températures; nulle part aussi les productions végétales et les objets variés de Fagriculture ne se succèdent avec plus de rapidité. Or une grande différence dans les productions des pays limitrophes vivifie le commerce et augmente riudustrie des peuples agriculteurs.
Nous avons tracé la direction des bandes isothermes, depuis l'Europe jusqu'aux provinces atlantiques du Nouveau*Monde ; nous les voyons se rapprocher du parallélisme vers le sud , converger vers le nord, surtout entre les courbes thermométriques de 5" et de 10*. TAchons à présent de poursuivre ces courbes vers l'ouest. L'Amérique septentrionale offre deux chaînes de montagnes, dirigées du nord-est au sud-ouest et du nord-ouest au sud-est , qui font des angles à peu près égaux avec les méridiens, et sont presque parallèles aux côtes situées à l'opposite de l'Europe et de l'Asie : la chaîne des Alleghanys et celle des Montagnes-Rocheuses , qui partagent les eaux du Missouri et du Colombia. Entre ces deux chaînes de montagnes s'étendent le vaste bassin du Mississipi et les plaines de la Louisiane, du Tennessee et de l'État de rOhio, centre d'une nouvelle civilisation. L'idée est généralement répandue dans le Nouveau- Monde qu'à l'ouest des Alleghanys le climat est plus doux sur les mêmes parallèles que dans les États atlantiques. M. Jefferson a évalué la différence à trois degrés de latitude. Les mêmes productions végétales, le Gleditsia Monosperma , le Catalpa , T Aristolochia Sypho, avancent en effet de trois degrés plus au nord
dans le bassin de TOhio que sur les côtes de rAtlantique (34). Volney a tâché d'expliquer ces phénomèues par la fréquence des vents du sud -ouest ,qui refoulent Tair chaud du golfe du Mexique vers ces régions. Une série de bonnes observations, faites pendant sept ans par le colonel Mansûeld & Cincinnati , sur les bords de TObio , et récemment publiées par M. Drake dans un excellent Traité de Météorologie américaine (35), a levé les doutes qui enveloppaient ce phénomène. Les moyennes thermomélriques prouvent que les lignes isothermes ne se relèvent pas dans ces régions de Touest. La quantité de chaleur que reçoit chaque point du globe sous les mêmes parallèles est à peu près égale à l'est et à l'ouest des Alleghanys ; la différence consiste seulement en ce que les hivers , dans Touest , sont plus doux , et les étés un peu moins chauds (36). Les migrations des végétaux vers le nord sont favorisées, dans le bassin du Mississipi , par la forme et la direction de la vallée qui s^ouvre du nord au sud ; dans les provinces atlantiques , au contraire, les vallées sont transversales et opposent de grandes difficultés aux plantes qui ont à passer de Tune à l'autre.
Si les lignes isothermes restent parallèles ou presque parallèles à l'équateur terrestre , depuis les côtes atlantiques du Nouveau-Monde jusqu'à l'est du Mississipi et du Missouri , il n^est pas douteux qu'elles ne se relèvent au delà des Montagnes Rocheuses, sur les côtes opposées à l'Asie , entre le 35"" et le 55"" de latitude* Aux considérations que j'ai indiquées dans
mon ouvrage sur le Mexique (37) se joignent aujourd'hui les observations du capitaine Lewis et de quelques autres voyageurs anglo-américains qui ont passé Thiver sur les bords du Colombia. Dans la Nouvelle- Californie , on cultive avec succès l'olivier le long du canal de Santa-Barbara , et la vigne depuis Monterey jusqu'au nord du parallèle de 37% qui est celui de la baie de Chesapeak. A Noutka, dans File de Quadra-et-Yancouver, située presque sous la latitude du Labrador, les plus petites rivières ne gèlent pas avant le mois de janvier. Près de Tembouchure du Colombia , sous le parallèle de &6% le capitaine Lewis ne vit les premières gelées que le 7 janvier ; le reste de rhiver fut pluvieux. Par les 135* de longitude occidentale , la- ligne isotherme de 10* parait passer, presque comme dans la partie atlantique de l'ancien continent, à 50* de latitude. Les côtes occidentales des deux mondes se ressemblent jusqu'à un certain point (38). Mais ces relèvements des lignes isothermes ne s'étendent pas au del& des 60* ; la courbe de 0* de température se trouve déjà au sud du lac des Esclaves , et elle est encore plus australe en s'approchant du lac Supérieur et de l'Ontario.
En avançant de l'Europe vers l'est, les lignes isothermes s'abaissent de nouveau (39) : les points fixes sont pares. Nous ne pouvons mettre à profit que les résultats recueillis sur des lieux dont l'élévation est assez connue pour réduire les moyennes au niveau des mers. Ces matériaux, si peu nombreux qu'ils soient , nous ont permis pourtant de tracer les
courbes de O"" et de 13^ Nous connaissous même les nœuds de la dernière courbe autour du globe entier : elle passe au nord de Bordeaux (latit. AS"*— A6% Iongit. occid. 2*57'), près de Pékin (latit. â9*54\ Iongit. orient. HA'' 7'), et du cap Fowlweather, au sud de Tembouchure du Colombia (latit lik'' kO' y longit. occid. 106'' 20') : ses nœuds sont éloignés au moins de 162"* en longitude.
Nous nMndiquons ici que les lois empiriques sous lesquelles se rangent les phénomènes généraux et les variations de température qui embrassent à la fois une vaste étendue du globe. Il existe des iitfiexions partielles des lignes isothermes qui forment pour ainsi dire des systèmes particuliers , modifiés par de petites causes locales : telles sont les inflexions bizarres des courbes thermométriques sur les côtes de la Méditerranée, entre Marseille, Gènes, Lucques et Rome (&0) ; telles sont aussi celles qui dé* terminent la différence que Ton observe entre le climat des côtes occidentales et le climat de Tinté* rieur de la France. Ces dernières tiennent beaucoup moins à la quantité de chaleur que reçoit un point du globe pendant Tannée entière , qu'à la distribution inégale de la chaleur entre Thiver et Tété. Il sera utile un jour de tracer sur des cartes spéciales ces inflexions partielles des lignes isothermes , analogues aux lignes de sonde ou d'égale pente. L'emploi des moyens graphiques jettera beaucoup de jour sur des phénomènes qui sont du plus haut intérêt pour Tagriculture et pour Tétat social des
habitants. Si , au lieu de cartes géographiques , nous ne possédions que des tables renfermant les coordonnées de latitude , de longitude et de hauteur, un grand nombre de rapports curieux, qu'offrent les continents dans leur configuration et leurs inégalités de surface , seraient restés à jamais inconnus.
Nous avons trouvé jusqu'ici que, vers le nord, les lignes isothermes ne sont ni parallèles à Téquateur ni parallèles entre elles , et c*est précisément à cause de ce manque de parallélisme que , pour simplifier Faperçu de phénomènes si compliqués, nous avons cherché autour du globe entier les traces des courbes d'égale chaleur. La position de la ligne 0* agit comme Téquateur magnétique, dont les inflexions dans la mer du Sud modifient les inclinaisons à de grandes distances. On pourrait même croire que, dans la distribution des climats , la ligne 0^ détermine la position de la courbe de la plus grande chaleur j qui est pour ainsi dire l'équateur isotherme, et qu'en Amérique et en Asie, par les 80^ de longitude occidentale et 100* de longitude orientale , la zone torride commence , pour ainsi dire , plus au sud du tropique du Cancer, ou qu'elle y offre des chaleurs moins intenses. Un examen attentif des phénomènes prouve qu'il n'en est point ainsi. Partout où l'on approche de la zone torride , au-dessous du parallèle de 30% les lignes isothermes deviennent peu à peu parallèles entre elles et à l'équateur terrestre. Les grands froids du Canada et de la Sibérie n'étendent pas leur action jusqu'aux plaines équatoriales. Si ,
pendant longtemps, on a regardé Fancien continent comme plus chaud entre les tropiques que le nouveau, c'est, l"" parce que, jusqu'à Tannée 1760, les voyageurs se sont fréquemment servi du tbermo« mètre à esprit «de -vin coloré et photoscopique ; 2"" parce qu'ils ont observé, soit dans le reflet d'un mur ou trop près du sol et au moment où l'atmosphère était remplie de sable ; &"" parce qu'au lieu de calculer les vraies moyennes, on a jugé do la répartition de la chaleur d'après les maxima et les minima thermomélriques. Les bonnes observations donnent i
Sénéganibie.
Gamana. .
Madras. , .
A nulles. .
Batavia. . .
Véracruz. .
Manille. . .
Havane.
La température moyenne de l'équateur ne doit pas être fixée au delà de 27%5. Kirvi^an l'évalue un degré centésimal plus haut; mais on ne connaît que deux endroits de la terre, Chandernagor et Pondichéryi auxquels d'anciens voyageurs attribuent des tempe* ratures annuelles au-dessus de 27%5. A Chandernagor (/il), le jésuite Boudier ne marquait que les jours où le thermomètre s'élevait au-dessus d^ 37*" et audessous de l/t*"; à Pondichéry (4î) , Cossigny observa avec un thermomètre à esprit-de-vin,
La répartition de la chaleur entre les différentes parties de Taunée diffère , non-seulement selon le décroissement des températures moyennes annuelles,
mais aussi sur une même ligne isotherme* C'est ce partage inégal qui caractérise les deux systèmes de climats de l'Europe et de TÂmérique atlantique» Sous la zone torride , un petit nombre de mois sont plus chauds dans l'ancien continent que dans le nouveau. Â Madras, par exemple, selon Roxbourgh, la température moyenne du mois de juin est de ftl^^^O ; elle est, à Abuscbœr, de 34%0 ; je ne l'ai trouvée, à Cumana, que de 29^,2.
Quant à la zone tempérée, on sait depuis long-^ temps que , du parallèle des fies Canaries au cercle polaire, la rigueur des hivers augmente dans une progression beaucoup plus rapide que les étés ne diminuent de chaleur. 11 est également notoire que le climat des îles et des côtes diffère du climat de l'intérieur des continents , en ce que le premier est ca-> ractérisé par des hivers plus doux et des étés moins chauds. Or c'est la chaleur d'été surtout qui influe sur la formation de la matière amylacée et sucrée dans les fruits, et sur le choix des plantes soumises à la culture. Gomme le but principal de ce Mémoire est de fixer , d'après de bonnes observations, les rapports numériques entre les quantités inégales de chaleur distribuées sur le globe, il nous reste à comparer les températures moyennes de trois mois d'hiver et d'été, sous diJOTérentes latitudes, et à faire voir en détail comment les inflexions des lignes isothermes modifient ces rapports. En suivant les courbes d'égale chaleur de l'ouest à l'est, depuis le bassin du Missis* sipi jusqu'aux côtes orientales de l'Asie, sur une
longueur de hOOO lieues , on est surpris de la grande régularité qui se manifeste dans les variations de la température hivernale.
L Différences des saisons , de r Equateur au cercle
polaire.
À. BANDE CISATLANTIQUE.
B, BANDE TRANSATLANTIQOE.
(Long. 3* oc, et 15" or.)
(Long. 60» — 74' oc.)
tenHiatuiib
TBHPiSATUIIS
moyenne
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Ce tableau oii're Taccroissement de la différence entre les étés et les bivers, depuis les 28"" et 30' jusqu'aux parallèles de 55"* et 66\ L'accroissement est plus rapide dans la bande transatlantique , où les lignes isothermes de 0" à 20" se trouvent rapprochées dans un espace plus étroit ; mais il est remarquable que dans les deux bandes qui forment deux systèmes de climats différents y le partage de la température annuelle entre l'hiver et l'été se fait de manière que, sur la ligne isotherme de 0% la différence des deux saisons est presque double de celle que l'on observe sur la ligne isotherme de 20%
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