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LE COEUR ET L'AIMÀNT, COMPARAISON IMITÉE DE CONFUCIUS

JJans ce pays fameux par son antiquité,

Célèbre par ses mœurs, par son immensité.

Connu par ses vertus, gouverné par des sages,

Donnant à ses vainqueurs ses lois et ses usages ,

Des sa vans respectés , d'illustres mandarins

Élèvent , pour régner, leurs jeunes souverains.

Les princes destinés au fardeau de l'empire,

Pour soutenir ce poids daignent se faire instruire,

Cherchent les vérités, écartent les flatteurs,

Et n'ornent leurs esprits que pour former leurs cœurs.

L'un d'eux, fort jeune encor, voulant un jour apprendre

Des effets de l'aimant ce que l'on peut comprendre,

Un sage mandarin , qui le suivait toujours.

Satisfit son désir et lui tint ce discours :

<< L'aimant, par une force invisible et profonde ,

Est sans cesse entraîné vers les pôles du monde;

Il attire le fer par un pouvoir secret;

Plus l'objet en approche, et plus il a d'effet.

De même que l'aimant, un cœur juste et sensible

A pour nous attirer une force invisible;

* La reine Marie-Anloinettc avait demande à rautciir cette imitation.

553 ÉpÎtRES , VERS.

Et ce cœur, à son tour, est par l'infortuné De même que l'aimant par le pôle entraîné. Mais de certains niétaux la force niagnétiquc Soulève de tels poids, qu'elle semble magique ; Et cet agent si prompt, si puissant dans l'acier, Est plus faible et plus lent dans un fer plus grossier. Sans doute il est aussi des âmes sympathiques, Dont le pouvoir secret, les cliarmes électriques, A les suivre en tous lieux paraissent nous forcer, Gomme vers l'ambre on voit la paille s'élancer. Ils existent ces cœurs, dont la trempe plus pure, Pour trouver la vertu , ne suit que la nature. Il est quelques aimans qu'à l'art seul nous devons : Que de cœurs doivent tout à l'exemple , aux leçons ! Des héros ont formé les héros qu'on renomme : L'instituteur peut tout; l'homme seul forme l'homme. Le sentiment d'un cœur que la vertu conduit. Peut souvent suppléer les clartés de l'esprit. C'est ainsi que , la nuit nous couvrant de ses voiles , Souvent l'aimant nous guide au défaut des étoiles.

L'aiguille que l'aimant dirige vers le nord ,

Avant de se fixer fait plus d'un vain effort;

Et nous voyons le cœur, qui s'égare sans cesse ,

Tourner vers la folie , en cherchant la sagesse.

L'aimant dans tous les lieux a ses déclinaisons;

Le cœur fait et défait, refait ses liaisons.

Entre mille désirs sans cesse il se balance;

11 change de projets, de crainte et d'espérance;

Il veut, obtient, et vole à des désirs nouveaux ,

Et , par le mouvement, tend toujours au repos.

l*our expliquer l'aimant, notre science est vaine;

Et l'àme est-elle moins pour nous un phénomène.'

épîtres, vers, 355

Tout l'homme est dans son cœur*; mais il n'a jamais pu Pénétrer de ce cœm' le mystère inconnu : Sans connaître ce guide auquel il se confie, Aveugle, il lui soumet le destin de sa vie : Nous le voyons toujours poursuivre le bonheur, Et, prêt à le saisir, le quitter pour l'erreur.

O vous que le liasai'd rend les maîtres du monde , Faites de votre cœur une étude profonde ; Consacrez vos vertus au bonheur des mortels, Et vos trônes seront les rivaux des autels.

* Ce sont les termes de Confiicius.

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