L'ENFANT, LE MIROIR ET LA RIVIÈRE
U N roi voulait punir un sage , Pour avoir de sa vanité, De ses travers , de sa légèreté, Tracé, dans un sermon, une fidèle image. Le sage cependant obtint d'être écouté, Et voici quel fut son langage :
Certain enfant.
Fort laid, fort sot et fort méchant , Dans un miroir vit un jour sa figure, Elle miroir, avec sincérité, Lui montra sa difformité.
L'enfant, tout irrité, le brise et se figure
Qu'il peut, au gré de sa fureur, En détruisant l'image, effiicer sa laideur. Mais le cristal d'une onde claire Lui montra , quelques jours après , Même laideur et mêmes traits ; Et, ne pouvant détruire la rivière, Il dévora sa honte et ses rcgi^ets.
0 vous', roi, qui prenez cet enfant pour modèle, Si je fus de la vérité Pour vous un miroir trop fidèle, Songez au moins , en punissant mon zèle , Que la rivière est la postérité.
On dit que l'apologue au roi fit tant de honte, Qu'au philosophe il pardonna, Que même il le récompensa.
Mais je veux croire , au moins , qu'il l'exila ; Car, sans cela, l'histoire aurait trop l'air d'un conte.