‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 130 sur 175 · LE LAC ET LE TORRENT · texte numérisé non relu

LE LAC ET LE TORRENT

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U'uN lac tranquille et pur la naïade indolente

Disait, en se mirant dans ses limpides eaux:

Ah ! que ce calme est doux ! que mon âme est contente !

Le bonheur est dans le repos.

Ce torrent dont je vois l'écume blanchissante , Ce torrent dont le bruit fatigue les éclios ,

Comme il s'agite et se tourmente!

Avec fracas comme il i-oule ses flots ,

Renversant tout sur son passarje !

Toujours en proie à ses fureurs,

Hélas ! sa vie est un orage ;

Il ne sait pas jouir des fleurs

Qu'on voit naître sur son rivage.

Ah I qu'il me fait sentir que mon repos est sage ! Le ciel même ne peut en troubler la douceur :

De ma raison mon bonheur est l'ouvrage. Le calme de mes eaux peint celui de mon cœur.

A peine elle achevait ô disgrâce imprévue !

Un ruisseau souterrain , par le torrent enflé, Se mêle aux eaux du lac , et , cheixhant une issue , Mine et perce ses bords. Le rivage éboulé Présente aux flots surpris une pente inconnue. Leur calme disparaît; leur cristal est troublé. Un inurmure confus succède ù leur silence. Vers ce passage ouvert l'onde court et s'élance.

La naïade en vain se défend ;

En vain elle gémit, en vain elle s'irrite; Elle s'émeut et se trouble et s'agite : Elle bouillonne , elle se précipite , Et le lac devient un torrent.

Cessez de vous vanter, Lucile , D'avoir un cœur indifférent :

Pour troubler l'eau la plus tranquille , Il ne faut qu'un léger penchant.

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