LES SOUVENIRS
AIR : Quand l'Amour naquit à Cythère.
J'ai quelquefois chanté la gloire.
J'ai plus souvent chanté l'amour:
Près d'eux les filles de mémoire Me conduisirent tour à tour.
Détruisant tout sur son passage , Le dieu qui chasse les plaisirs, M'avertit qu'il faut à mon âge Ne chanter que les souvenirs.
Le souvenir, présent céleste, Ombre des biens que l'on n'a plus, Est encore un plaisir qui reste , Après tous ceux qu'on a perdus. Des erreurs de l'adolescence Le temps, cherchant à nous guérir, Nous apporte l'expérience Sur les ailes du souvenir.
L'amour, qu'en changeant on offense.
Se plaint de cet oubli du cœur:
Il a raison , car la constance
Est le souvenir du bonheur.
Par lui le passé recommence ;
Il enrichit notre avenir,
Et la douce reconnaissance
Est la fille du souvenir.
On voit avec plaisir l'image
Du péril que l'on a bravé ;
On se plaît à peindre l'orage
Au port oîi l'on est arrivé.
Il est des peines dans la vie
Qu'un cœur bien tendre aime à sentir;
Il goûte en sa mélancolie
La volupté du souvenir.
Je ne sais trop ce qu'on doit croire Ni du Tartare , ni des cieux ; Mais je sens que notre mémoire Prouve la justice des dieux.
Si du méchant l'àme embrasée Cède aux remords qu'il ne peut fuir, Pour l'homme juste l'Elysée De sa vie est le souvenir.
Que de beaux jours notre jeunesse A vus promplement s'écouler !
Quelquefois, dans notre vieillesse, La gaîté peut les rappeler.
Des trésors que Flore nous donne On ne peut pas long-temps jouir; Mais le parfum des fruits d'automne Du printemps est mi souvenir.
ET CHANSONS. SSq
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