‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 138 sur 175 · LES SOUVENIRS · texte numérisé non relu

LES SOUVENIRS

AIR : Quand l'Amour naquit à Cythère.

J'ai quelquefois chanté la gloire.

J'ai plus souvent chanté l'amour:

Près d'eux les filles de mémoire Me conduisirent tour à tour.

Détruisant tout sur son passage , Le dieu qui chasse les plaisirs, M'avertit qu'il faut à mon âge Ne chanter que les souvenirs.

Le souvenir, présent céleste, Ombre des biens que l'on n'a plus, Est encore un plaisir qui reste , Après tous ceux qu'on a perdus. Des erreurs de l'adolescence Le temps, cherchant à nous guérir, Nous apporte l'expérience Sur les ailes du souvenir.

L'amour, qu'en changeant on offense.

Se plaint de cet oubli du cœur:

Il a raison , car la constance

Est le souvenir du bonheur.

Par lui le passé recommence ;

Il enrichit notre avenir,

Et la douce reconnaissance

Est la fille du souvenir.

On voit avec plaisir l'image

Du péril que l'on a bravé ;

On se plaît à peindre l'orage

Au port oîi l'on est arrivé.

Il est des peines dans la vie

Qu'un cœur bien tendre aime à sentir;

Il goûte en sa mélancolie

La volupté du souvenir.

Je ne sais trop ce qu'on doit croire Ni du Tartare , ni des cieux ; Mais je sens que notre mémoire Prouve la justice des dieux.

Si du méchant l'àme embrasée Cède aux remords qu'il ne peut fuir, Pour l'homme juste l'Elysée De sa vie est le souvenir.

Que de beaux jours notre jeunesse A vus promplement s'écouler !

Quelquefois, dans notre vieillesse, La gaîté peut les rappeler.

Des trésors que Flore nous donne On ne peut pas long-temps jouir; Mais le parfum des fruits d'automne Du printemps est mi souvenir.

ET CHANSONS. SSq

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