ACTE II, SCÈNE IV
Il a trahi ses lois , son pays , ses sermens ; Vous nous sacrifiez à ses ressentimens. Il fallait, il fallait lui donner en partage Quelques vertus de plus ou bien moins de courage; Et vous deviez prévoir qu'un guerrier tel que lui Serait notre fléau, s'il n'était notre appui.
VETURIE.
Que dites-vous? ô ciel! mais je ne puis le croire.
Les Romains sont vainqueurs; témoins de leur victoire
Mes tristes yeux ont vu...
SEXTUS
Madame , quelle erreur A pu jusqu'à ce point égarer votre cœur?
Le mien me le disait, je l'aurais pu prédire. Marcius est vainqueur, si Marcius respire.
VETURIE.
Non , non , je l'ai vu fuir , mon cœur suivait ses pas ; Si je ne l'avais vu , je ne le croirais pas.
SEXTUS
Il est vrai qu'il fuyait, et le Volsque timide, Abandonnant son chef, prenait la peur pour guide. Ils étaient entraînés sur les pas de Tullus; Mais que ne peut, liélas I l'exemple des vertus? Votre fils les rallie et leur rend leur courage , Il les ramène tous au danger qu'il partage ; Rien ne peut l'arrêter, ni fers ni javelots : Ses guerriers transfonaés deviennent des héro^.
Achille fit moins voir de force et de vaillance, Ajax moins de fureur, Ulysse de prudence. On le trouvait partout; le Romain consterné IN'opposait à son bras qu'un courage étonné. Je leur rappelle en vain leurs victoires passées; Coriolan , la mort, frappent seuls leurs pensées. Honteux d'être vaincus, nos aigles en courroux Sont à la fin forcés de céder à ses coups; Et le consul altier, cédant à la tempête, Pour empêcher la fuite ordonne la retraite.
VÉTURIE.
Justes dieux! quel sujet de joie et de chagrin ! Je reconnais mon fils, mais il n'est plus Romain.