APPLICATIONS
1. Comme le lieu, la situalion, l’espace, sont des relations des substances par rapport à d’autres substances qui s’en distinguent réellement par des déterminations mutuelles, et sont par cette raison contenus dans un rajiport externe ; comme aussi nous avons vu démonstrativement que la seule existence des substances n’implique pas par elle-même un rapport de ces substances avec d’autres, il est évident que si l’on admet l’existence de plusieurs substances, il ne s’ensuivra pas que le lieu et la situation soient en même temps déterminés, non plus que l’espace, qui se trouve mêlé à toutes ces relations diverses. Mais, comme le rapport mutuel des substances demande un plan conçu relativement dans la représentation efficace de l’entendement divin, et que cette représentation est tout à fait arbitraire pour Dieu, qui peut fort bien, selon son bon plaisir, l’accepter ou la rejeter, il s'ensuit que les substances peuvent exister à la condition de nêtre nulle part, et sans aucune relation, par rapport aux choses de notre univers.
2. Comme il peut y avoir dans l’univers, si Dieu le trouve bon, plusieurs substances isolées qui soient néanmoins unies entre elles par un certain rapport de déterminations, produisant par là le lieu, la position
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et l’espace, elles formeront un monde dont nous faisons partie, mais un monde restreint, c’est-à-dire solitaire. Par cette raison, il n’est pas absurde de dire, au sens métaphysique même, que si Dieu l’a voulu, il peut y avoir plusieurs mondes.
3. La seule existence des substances étant donc absolument insuffisante pour établir leur commerce mutuel et les rapports de leurs déterminations, etqu’ainsi le rapport externe prouve une cause commune de toutes choses, dans laquelle leur existence a été conçue relativement, et qu’il n’y a pas de rapport universel concevable sans celte communauté du principe, il résulte manifestement de là le témoignage d’une cause suprême de toutes choses, c’est-à-dire de Dieu , et même d’un seul Dieu, témoignage qui me paraît bien supérieur à l’argument tiré de la contingence du monde.
4. Notre principe fait également bonne justice de l’extravagante opinion des manichéens, qui soumettaient l’empire du monde à doux principes également premiers et indépendants l’un de l’autre; car une substance ne peut avoir quelque commerce avec les choses de l’univers qu’à la condition ou d’en être la cause commune ou d’en procéder avec tout le reste. Si donc vous déclarez que l’un de ces deux principes est la cause de toutes les substances, l’autre ne pourra exercer sur elle absolument aucune action ;
DES FREXIERS PRINCIPES
Si l’un d’eux n’élait cause que d’un certain nombre de substances, ces substances ne pourraient pas avoir la moindre relation avec les autres. Il faut donc ou que l’un de ces deux principes dépende de l’autre, ou bien qu’ils dépendent tous deux d’une cause commune; ce qui est également contraire à l’hypothèse.
5. De plus, les déterminations des substances étant réciproques, c’est-à-dire les substances différentes entre elles agissant mutuellement les unes sur les autres (car l’une produit des déterminations dans l’autre), la notion d’espace résulte des actions réciproques des substances, actions qui supposent toujours une réaction. Le phénomène externe de cette action et de cette réaction universelle à travers la sphère entière de l’espace dans lequel les corps sont en rapport, constitue leur rapprochement mutuel. Ce phénomène prend le nom à' attraction ; et lorsque cette attraction a lieu par la seule présence simultanée, elle s’étend à toutes les distances, et n’est autre chose que \ attraction de Newton, ou gravitation universelle. Il est donc probable qu’elle fésulte de ce même rapport des substances qui donnent naissance à l’espace, et qu’elle est, par conséquent, la toute première loi de la nature, à laquelle la matière a été assujettie, loi qui ne subsiste que par l’action immédiate de Dieu , suivant l’opinion des newtoniens.