KANT A LAMBERT
Kœnigsberg, le 2 septembre 1770.
Je me sers de l’occasion qui se présente pour vous envoyer ma dissertation par un répondant à celte
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thèse, un habile étudiant juif (Ij, et pour dissiper autant que possible une interprétation qui me serait désagréable , du long temps que j’ai mis à vous répondre. C’est l’importance seule du dessein que votre lettre avait fait briller à mes regards, qui a été cause du retard d’une réponse conforme à la proposition. Ck)mme j’avais longtemps cultivé les sciences qui faisaient alors l’objet de votre étude, aûn d’en découvrir la nature, et, autant que possible, les lois immuables et évidentes, rien ne pouvait être plus désirable pour moi que les offres qui m’étaient faites par un homme d'une si grande profondeur et d’un si vaste savoir, dont j’avais en outre reconnu souvent une manière de procéder et de penser en fait de science d’accord avec la mienne, d’esquisser, en communauté d’examens et de recherches, le plan d’une construction solide. Je ne pouvais me décider à envoyer moins qu’une esquisse claire de la forme sous laquelle m’apparait celle science, et une idée déterminée de la méthode qui lui est propre. L’exécution de ce projet m’engagea dans des recherches qui étaient nouvelles pour moi-môme, et qui, avec mon pénible travail d’académie, amena forcément délai après délai.
Il y a près d’un an, je suis arrivé, je crois pouvoir m’en flatter, à celte notion que je ne crains plus d’avoir
(1) C’élait la dissertation De mundi sensibitit atque inlelligibilù forma et principiis.
CORRESPONDANCE PHttOSOPHIOUE
jamais à changer, mais qu’il sera nécessaire d’élendre, et qui sert à examiner toute espèce de questions métaphysiques d’après un critérium parfaitement sûr et d’un facile emploi, et à décider avec certitude si elles sont solubles ou non.
L’esquisse de toute cette science , en tant qu’elle en comprend la nature, les sources premières de tous ses jugements et la méthode à suivre pour aller avec facilité plus loin encore, pourrait.être soumise à votre appréciation dans un espace assez court, c’esl-à-diredansun petit nombre de lettres; je m’en promets un profit tout particulier, et je vous en demande la permission.
Mais comme, dans une entreprise de cette importance, une dépense de temps n’est pas une petite perte, quand on peut faire quelque chose de complet et de durable , je dois encore vous prier de regarder le beau projet de contribuer à cette grande tâche comme une résolution invariable chez moi , mais de m’accorder encore quelque temps pour l’exécuter. Je me suis proposé, pour me remettre d’une longue indisposition que j’ai eue cet été, et pour n’ôtre cependant pas sans occupations aux heures libres, de mettre en ordre, cet hiver, mes recherches sur la philosophie morale pure (qui ne contient pas de principes empirique»), qui est une sorte de métaphysique des mœurs. Cet ouvrage, en beaucoup de parties, frayera la voie aux desseins les plus importants pour la nouvelle forme de la méta-
physique; il me semble nécessaire aussi pour établir les principes, encore aujourd’hui si mal affermis, des sciences pratiques. Après avoir accompli cette tâche, j’userai de la liberté que vous avez bien voulu m’accorder de vous soumettre ce que j’aurai terminé de mes essais métaphysiques, bien décidé que je suis de ne laisser passer aucune proposition qui ne vous semblerait pas d’une parfaite évidence ; car si elle ne pouvait obtenir cet assentiment, le but proposé, de fonder cette science sur des règles parfaitement incontestables, et qui excluent toute espèce de doute, serait manqué.
Pour le moment, il me serait très-agréable et trèsutile d’avoir votre jugement sur quelques points capitaux de ma dissertation, parce que je pense y ajouter encore deux feuilles pour la prochaine foire; j’y pourrais corriger les fautes d’inadvertance, et donner plus de netteté à ma pensée. La première et la quatrième sections peuvent être omises comme étant sans importance ; mais la deuxième, la troisième et la cinquième, quoique mon indisposition m’ait empêché de les soigner comme je l’aurais voulu, me semblent renfermer une matière qui mériterait une exécution plus habile et plus étendue. Les propositions les plus générales de la sensibilité jouent mal à propos un grand rôle en métaphysique, où il ne s’agit que de notions et de principes de la raison pure.
Il semble donc qu’une science toute particulière,
300 COniUSSrOSDANCB philosomiode
quoique purement négoX\\Q{Phœnomeriologia generalis) devrait précéder la métaphysique, où seraient déterminées la valeur et les limites des principes de la sensibilité, afin d’éviter la confusion des jugements sur des objets de la raison pure, comme c’est presque toujours arrivé jusqu’ici. Car l’espace, le temps et les axiomes, tout ce qui se rapporte à ces trois choses, sont, en ce qui regarde les connaissances expérimentales et tous les objets des sens, très-réels, et contiennent elFectivement les conditions de tous les phénomènes et de tous les jugements empiriques. Mais si quelque chose n’bst pas du tout conçu comme un ol)jut des sens, s’il est pensé en vertu d’une notion universelle et pure de la raison, comme une chose ou une substance en général, etc., il en résulte de trèsfausses assertions quand on veut les soumettre aux notions fondamentales de la sensibilité. Il me semble aussi, et peut-être serai-je assez heureux pour obtenir votre suffrage par cet essaie quoique encore très-imparfait, qu’une telle discipline préparatoire, qui préserverait la métaphysique proprement dite de ces sortes de mélanges avec le sensible, conduirait facilement et sans grands efforts à une évidence, à une exécution détaillée et profitable.
ENTRE KANT ET lAMBERT.
Cinquième Lettre.
LAMBERT A KANT
ficriin, le ... 1770.
Votre lettre, monsieur, ainsi que votre dissertation sui' le monde sensible et V intelligible ne m’a pas fait lin médiocre plaisir, par la raison, surtout, que je puis regarder cette dissertation comme une preuve do la manière dont la métaphysique pourrait être améliorée, ol par suite aussi la morale. Je désire vivement que vos fonctions puissent vous fournir l’occasion de semblables mémoires à l’avenir, si vous n’avez pas pris la résolution de les publier en particulier.
Vous me rappelez une proposition faite il y a cinq ans de travaux à faire en commun par la suite. J’écrivis alors la même chose à M. Holland, et successivement à quelques autres savants, quand les catalogues des foires n’avaient pas encore fait voir que les belles-lettres supplantent tout le reste. Je crois cependant qu’elles passent bruyamment, et qu’on reviendra aux sciences plus solides. Des personnes qui ne s’occupaient dans les universités que de poésie, de romans et d’œuvres littéraires, m’ont déjà fait l’aveu qu’ayant été dans la nécessité d’entreprendre des ouvrages, elles s’étaient trouvées entièrement déjiaysées, et avaient dû se remettre pour ainsi dire à
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étudier de nouveau. C’est un très-bon conseil sur ce qu’il convient de faire dans les universités.
Mon plan était cependant, en partie, d’écrire provisoirement de petits traités, en partie d’engager à faire de môme quelques savants qui auraient été dans les mêmes sentiments, et d’établir ainsi une espèce de compagnie particulière où l’on aurait évité tout ce qui ne corrompt que trop facilement les sociétés publiques savantes. Les membres de cette compagnie n’auraient compté qu’un petit nombre de philosophes choisis, mais qui auraient dû être en même temps initiés à la physique et aux mathématiques, parce que, à mon sens, un parus putus metaphysicus me fait l’effet d’un homme qui manque d’un sens, comme l’aveugle de la vue. Les membres de cette société se seraient communiqué leurs ouvrages , ou s’en seraient au moins donné une notion suffisante pour se faire aider dans tous les cas où plusieurs yeux auraient mieux vu qu’un seul. Mais si chacun était resté dans son opinion, chacun aussi aurait pu exprimer la sienne avec la modestie convenable, et avec la conscience qu’on peut se tromper. Les traités philosophiques, ceux qui auraient eu pour objet la théorie des langues et des belles-lettres, auraient été les plus nombreux ; des traités de physique et de mathématiques auraient pu être en tout cas acceptés, surtout s’ils se bornaient au pur philosophique. Le premier volume aurait dû
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être l’affaire principale, et l’on aurait toujours eu la liberté, en vue des traités à venir, de les écarter, si la majorité des suffrages leur avait été contraire. Les membres auraient pu se communiquer leurs opinions sur les points difficiles, sous forme de question ou de telle manière qu’on eût la liberté de faire des objections et d’y répondre.
Vous pouvez me dire encore aujourd’hui, monsieur, jusqu’à quel point vous regardez une pareille société comme possible et comme durable. Je me représente à ce sujet les Acta eruditorum, qui n’ont été dans le principe qu’un commercium epistolicum Aqs '^ vomiers savants. Les Mémoires de Brême, où les poètes originaux du temps,Ge/fer<,/îaiener, Klopstock, etc. ontpubliéleursessaiset se sontenquelquesorle formés, peuvent être donnés comme un autre exemple. Le pur philosophique semble souffrir plus de difficultés. Mais il suffirait de bien choisir les membres. Les écrits devraient être purs de toute proposition hérétique, de trop d’opinions personnelles ou sans valeur.
J’ai déjà quelques traités qui pourraient faire partie d’un tel recueil ; les uns ont paru dans les Acta Eruditorum, les autres ont été lus à l’Académie; il en est enfin qui ont vu le jour dans d’autres occasions.
Mais j’arrive à votre remarquable dissertation, puisque vous désiriez particulièrement savoir ce que j’en
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pense. Si j’ai bien compris la chose, il^' a là quelques propositions essentielles que je signalerai aussi brièvement que possible.
La première proposition capitale est que la connaissance humaine, en tant, d’une part, qu’elle est co«udissance, et, d’autre part, qu’elle a sa forme propre^ se décompose, dans l’antiquit^ en phénomène et en noumène, et qu’elle sort, d’après cette division, de deux sources entièrement différentes, et pour ainsi dire hétérogènes, en telle sorte que ce qui vient d’une source ne peut jamais être dérivé de l’autre. La connaissance qui provient des sens est et reste par conséquent sensible, comme celle qui provient de l’entendement lui reste propre.
Celte proposition, à mon avis, regarde surtout Vuniversalité, en tant que les deux sortes de connaissances sont tellement séparées qu’elles ne se rencontrent nulle part. Pour le prouver a priori, il faulpartir de la nature des sens et de. celle de l’entendement. Maissi nous ne pouvons apprendre à la connaître qu’a posteriori, il s’agit alors de la classification et de l’énumération des objets.
Telle semble être aussi la marche que vous prenez dans la troisième section. A cet égard, il me paraît tout à fait juste que ce qui tient au temps et au lieu présente dos vérités d’une tout autre espèce que celles qui doivent être regardées comme éternelles et im-
muables. C’est ce que je remarquais simplement dans XAUihiol. § 81 , 87. Car la raison pour laquelle des vérités sont ainsi liées, et pas autrement, au temps et au lieu, n’est pas si facile à donner, quelle qu’en soit l’importance.
Du reste, il ne s’agissaitlàquedes chosesexistantes. Mais les vérités géométriques et chronométriques ne sont pas contingentes, elles tiennent très-essentiellement au temps et à l’espace; et parce que le temps et
l’espace sont éternels, les vérités géométriques et chronométriques font partie des vérités éternelles et immuables.
' Vous demandez maintenant, monsieur, si ces vérités sont sensibles? Je puis très-bien l’accorder. Il semble que la difficulté qui s’attache au fond des notions de temps et d’espace peut être exposée sans égard à cette question. Les quatre premières propositions, § 14, me semblent tout à fait justes, et il est très-bon surtout que vous insistiez, dans 1a quatrième, sur la véritable notion de la continuité, notion qui semble avoir entièrement disparu de la métaphysique, parce qu’on a voulu la faire consister absolument dans un compleccus entium simplicium, et qu’il a par conséquent fallu la dénaturer. La difficulté est donc proprement dans la cinquième proposition. Il est vrai que vous ne donnez pas la proposition : Tempus est sub-
jectiva conditio, etc., comme une définition. Elle doit
cependant indiquer quelque chose de propre et d’essentiel au temps. Le temps est incontestablement une condition sine qua non, et qui appartient par le fait à la représentation des choses sensibles, et de toutes les choses qui tiennent au temps et au lieu. Elle est aussi particulièrement nécessaire aux hommes pour cette représentation. Elle est également intuitus parus, et non une substance, ni un simple rapport. Elle diffère de la durée, comme le lieu diffère de pace. Elle est une détermination particulière de la durée. Elle n’est pas non plus un accident, qui tombe ou s’évanouit avec la substance, etc. Ces propositions peuvent toutes passer. Elles n’aboutissent à aucune définition, et la meilleure définition sera toujours que le temps est le temps, si l’on ne veut pas le définir, et même d'une façon très-malheureuse, par ses rapports aux choses qui sont dans le temps, et par là tourner dans un cercle logique. Le temps est une notion plus déterminée que la durée, et qui par conséquent donne aussi plus de propositions négatives. Par exemple, ce qui est dans 1e temps dure, mais pas réciproquement, en ce sens qu’il faut, pour être dans le temps, un commencement et une fin. Une substance qui a une durée absolue n’est par là même pas dans le temps. Tout ce qui existe dure, mais tout ce qui dure n’est pas dans le temps. Avec une notion aussi claire qu’est le temps, les propositions ne manquent pas. Il semble
seulement qu’on ne doit pas détinir le temps et la durée, mais simplement les concevoir. Tous les changements tiennent au temps et ne sont pas concevables sans le temps. Si les changements sont réels, le temps est alors réel, ce qu’il peut toujours être. Si le temps n est pas réel, aucun changement non plus 71 est réel. Il me parait cependant qu’un idéaliste même doit reconnaître, au moins dans ses représentations, qu’il y a des changements, qu’elles commencent et quelles finissent, que quelque chose' précède réellement, existe. Ainsi le temps ne peut pa.s être regardé comme quelque chose qui n’est pas réel. 11 n’est pas une substance, etc., mais c’est une détermination finie de la durée, avec laquelle il a quelque chose de réel, en quoi ce réel peut toujours subsister i^etwds Reales , wori/i dieses auch i/nmer bestehen /nag). S’il est impossible de le nommer d’aucun nom pris d’autres choses, sans danger d’équivoque, il doit ou recevoir un nom nouveau, primitivum, ou rester sans nom. Le réel du tempset de l’espace semble si bien avoir quelque chose de simple et d’hétérogène par rapport à tout le reste, que l’on peut seulement le concevoir; on ne peut le définir. La durée semble être inséparable de l’existence. Ce qui existe dure aussi pendant un certain tempsabsolument, et réciproquement ce qui dure doit nécessairement exister aussi longtemps qu’il dure. Ues choses existantes d’une
COBRESFONSANGE FHILOSOFHIQITE
durée qui n’est pas absolue, sont ordonnées suivant ' le temps, en ce sens qu’elles commencent, durent, changent, finissent, etc. Ne pouvant refuser aux changements la réalité sans connaître auparavant quelque autre chose, je ne puis pas non plus dire maintenant que le temps, non plus que l’espace, ne soit qu’un auxiliaire des représentations humaines. Du reste, pour ce qui est des locutions vicieuses dans les langues par rapport au temps, il est toujours bon de remarquer les équivoques que le mot temps peut faire nuitre. Par exemple :
Un long temps est intervallum iemporis vel duorum momentorum et signifie une durée déternainée.
U ers ce temps-là, à cette époque, etc., est ou un instant déterminé, comme en astronomie tempus immers ionis , emersionis, etc., ou une durée un peu in-
déterminée, plus petite ou plus grande, antérieure ou postérieure à l’instant, ou un point de temps, etc.
Vous présumerez facilement ma pensée par rapport au lieu et à l’espace. J’établis l’analogie :
Temps : durée = lieu : espace, analogie qui a fait rigoureusement disparaître l’équivoque des expressions, et qui ne change qu’en cela seulement, que l’espace a trois dimensions, la durée une seule, et qu’en outre chacune de ces notions a quelque chose de propre. Comme la durée, l’espace
a quelque chose d’absolu, et aussi des déterminations finies. L’espace, comme la durée, a une réalité qui lui est propre, qu’on ne peut ni donner ni définir, sans crainte de malentendu, en prenant des mots tirés d’autres choses. C’est quelque chose de simple et qui doit être conçu. Le monde intelligible tout entier n’appartient pas à l’espace ; mais il a un simulacre d’espace, qui se distingue facilement de l’espace physique, et qui offre avec l’espace une ressemblance peut-être plus intime qu’une ressemblance métaphorique.
Les difficultés théologiques qui ont rendu si épineuse la théorie de l’espace, surtout depuis Leibniz et Clarke, ne m’ont pas encore troublé. C’est que je laisse volontiers indécis un différend qui ne peut être clairement posé. Du reste, je n’ai pas voulu, dans mon ontologie, m’occuper des autres parties de la métaphysique. Je ne trouve donc pas à redire qu’on regarde le temps et l’espace comme de simples figures et comme des phénomènes. Car outre qu’une apparence constante est pour nous une vérité, où ce qu’il y a de fondamental ne sera jamais découvert ou ne le sera que plus tard, il est utile, en ontologie, de s’occuper aussi des notions qui ont pris leur crédit dans l’apparence, parce que la théorie doit cependant finir par être appliquée aux phénomènes. Car l’astronome aussi commence par le phénomène ; il en déduit la théorie de l’univers et l’applique, dans ses
éphémérides, aux phénomènes et à leur prédiction. En métaphysique, où la difficulté de l’apparence est si importante, la méthode de l’astronome sera plus sûre. Le métaphysicien peut tout admettre comme apparence; distinguer la vaine de la réelle, conclure du réel au vrai. Et s’il marche bien, il rencontrera peu de contradiction pour les principes, et, en général, de l’assentiment; seulement, il semble qu’il faille pour cela du temps et de la patience.
Je serai plus bref par rapport à la cinquième section. Je tiens pour très-important, monsieur, si vous pouvez trouver un moyen de scruter plus profondément le principe et l’origine des vérités qui tiennent au temps et au lieu. Mais, en ce qui regarde la méthode, je n’aurais à dire ici que ce que j’ai déjà dit auparavant à propos du temps. Car si les changements, et avec eux le temps et la duree sont quelque chose de réel, il semble en résulter çite /a séparation proposée dans la cinquième section, doit avoir un autre but et, en partie, plus nettement déterminé, et qu’en conséquence il faudrait aussi une autre classification. Ce qui me fait penser ainsi, ce sont les §§ 25 et 26. Par rapport au § 27, le quicquid est, est alicuhi et aliquando, est en partie erroné, en partie équivoque, s’il signifie la même chose que in tempore et in loco. Ce qui dure ahsohite n’est pas in tempore, et le monde intelligible n’est que in loco du simulachri
auparavant mentionné de l’espace, ou in loco de l’espace imaginaire {Gedankenraums).
Ce que vous dites § 28, et dans la remarque, p. 2 et 3, de Vinfini mathématique, qu’il est dénaturé en métaphysique par des définitions, et qu’un autre lui est substitué, est tout à fait dans mon sens. Par rapport au § 28, où il est question du simul esse et non esse, je pense qu’il y a aussi dans le monde intelligible un simulachrum temporis, et que le simul en vient, quand il se rencontre dans des preuves de vérités absolues qui ne tiennent ni au temps ni au lieu. Je croirais que le simulachrum spatii et temporis dans le monde intelligible pourrait fort bien trouver sa place dans votre théorie. C’est une copie de l’espace et du temps réels, et qui en est cependant très-distincte. Nous avons encore dans la connaissance symbolique un moyen terme entre le sentir et le vrai penser pur. Si nous procédons convenablement dans la notation du simple et du mode de composition, nous aurons des règles certaines pour établir des signes de choses tellement composées que noos ne pouvons plus les penser, avec l’assurance cependant que la notation représente la vérité. Personne encore ne s’est représenté clairement tous les membres d’une série infinie en même temps, et personne ne le fera jamais. Mais, grâce aux lois de la connaissance symbolique, nous pouvons calculer avec ces sortes de séries, nous pouvons en
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CORBESPONDÀNGE PHILOSOPHIQUE
donner la somme, etc. ; nous dépassons ainsi les limites de notre pensée réelle. Le signe A-1 représente un nonêtre inconcevable, et peut cependant très-bien servir à trouver des théorèmes. Ce qu’on tient ordinairement pour des preuves de l’entendement pur ne doit être regardé le plus souvent que comme des preuves de la connaissance symbolique. C’est ce que je disais, § 1 22 de la Phénoménologie, à l’occasion de la question du S 1 1 9, et je n’ai rien à dire contre la remarque tout à fait générale du § 1 0.
Je m’en tiendrai là ; vous ferez de ce que j’ai dit tel usage qu’il vous plaira. Je vous prie cependant d’examiner avec quelque attention les propositions soulignées dans cette lettre, et de vouloir bien, si vous en avez le temps, m’en dire votre jugement. Jusqu’ici je n’ai pu refuser encore toute réalité au temps et à l’espace, ni en faire de simples images et apparences ; si je pensais que tous les changements dussent être une pure apparence, ce serait contraire à l’une de mes propositions principales (§ 54 ôiQ\di Phénoménologie) (1). Des changements se succèdent, persistent, cessent, etc. ; toutes expressions uniquement prises du temps. Si
(1) L’allemand dit, au contraire : Je pense que tous les changements doivent aussi être une pure apparence. Ce serait contraire, etc. Jeh denke dass jede Yeraenderungen auch hlotter Schein mûssten. Dieset waere einem, etc. Ces deux phrases se conciliant mal entre elles, et la première avec ce que l’auteur a dit précédemment de la réalité des changements, j’ai supposé qu’il y a ici quelque faute, et j’ai traduit en conséquence. (ff. du trad.)
VOUS pouvez, Monsieur, m’apprendre autre chose làdessus, je n’aurai pas beaucoup à perdre. Le temps et l’espace seront une apparence réelle, ayant pour fondement quelque chose qui se règle avec autant de précision et de suite en apparence, qu’il peut y avoir de suite et de précision dans les vérités géométriques. Mais je dois dire cependant qu’une apparence qui absolument ne trompe jamais pourrait bien être plus qu’une apparence.
P’-S. — Je présume que les journaux de Haude et de Spener iront à Kœnigsberg. Je me bornerai donc à vous dire ici que, dans le n” 1 16 du 27 septembre, . j’ai eu l’occasion de dire au public comment s’est déjà trouvé quelqu’un qui étendra les tables des diviseurs des nombres, qui se trouvent dans mes additions aux tables logarithmiques et trigonometriques, jusqu’à 204,000 et peut-être plus loin, et qu’une personne a entrepris de calculer les logarithmes hyperboliques jusqu’à plusieurs décimales. Je vous en informe, afin d’éviter un double travail , et que le calcul soit consacré à d’autres tables encore toutes à faire. Il y a ici et là des amateurs de mathématiques qui s’en chargeront volontiers ; et j’ai lieu d’espérer que l’invi talion qui en sera faite dans les Catalogues généraux des bibliothèques, dans les Affiches de ^ Goëttingue et ùdJi&XQs Journaux savants de Leipzig, portera ses fruits. Si vous trouviez. Monsieur, quel-
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qu’un de voire pays qui prît plaisir à ces sortes de calculs, j’en serais charmé. Un éditeur ne compte pas le temps et la peine d’après le mérite, et je retirerai difficilement au delà d’un ducat par feuille. Pour ce qui est des bénéfices ultérieurs, je ne demande rien ; mais chacun pourra retirer des mains de l’éditeur même ce qui pourrait lui en revenir. Du reste, celui qui s’offrira le premier à calculer les tables encore à faire aura, comme de raison, le choix, s’il présente des garanties de capacité. C’est ainsi que j’ai toujours laissé le choix à quelqu’un qui s’est présenté, soit pour calculer lui-même ou pour faire calculer. La table des diviseurs des nombres s’élève peut-être bien à 1 ,000,000, et pourrait seule former deux volumes in-8".