ÉCLAIRCISSEMENT
Je crois avoir montré, le premier, par des raisons de la plus grande évidence, que la coexistence des substances de l’univers ne suffit pas pour établir un lien entre elles, mais qu’il faut encore qu’elles aient une certaine communauté d’origine et une dépendance harmonique qui en soit la conséquence. Pour m’en tenir à l’essence de ma démonstration, je redirai brièvement : S’il existe une substance A , et qu’il existe en outre une substance B, cette dernière peut être considérée comme n’ayant aucune action sur A. Supposez en effet qu’elle détermine quelque chose en
A, c’est-à-dire qu’elle contienne la raison de la détermination C ; comme C est un certain prédicat relatif, inintelligible si A n’existe pas, ainsi que B, la substance
B, en vertu de la raison de C, supposera l’existence delà substance A. Mais, comme en supposant seule l’existence de la substance B, il reste tout à fait incertain si une certaine substance A doit exister ou non, il est impossible de concevoir, d’après la seule existence de B, qu’il soit la raison de quoi que ce soit dans d’autres choses. De là donc aucune relation, aucun commerce absolument. Si donc, outre la substance
A, Dieu a créé à l’infini d’autres substances B, D, E, il ne suit cependant pas immédiatement du fait de leur existence qu’il y ait entre elles une dépendance mu-
tuelie dans leurs déterminations. Car de ce que, outre la substance A, il existe aussi des substances B, D, E, et de ce que A est déterminé d’une certaine façon en lui-même, il ne s’ensuit pas que B, D, E, aient des déterminations d’existence conformes à celles de A. 11 faut de plus que, dans le mode de la dépendance commune des substances à l’égard de Dieu, soit aussi la raison de leur dépendance mutuelle. Il n’est même pas impossible de savoir comment le fait s’accomplit. Le schème de l’entendement divin, l’origine des existences, est un acte permanent, appelé conservation, et
dans lequel il n’y aurait]ni rapport ni lien mutuel
entre les substances, si ces substances y avaient été conçues par Dieu, solitairement et sans relation entre leurs déterminations. Mais, si elles ont été conçues respectivement dans l’intelligence divine, alors, et en conséquence de cette idée, s’établissent par la suite dans le cours de l’existence des rapports mutuels entre les déterminations j c’est-à-{lire qu’il y a action et réaction, et qu’il se forme ainsi un état externe de chaque chose, état qui n’est pas possible au moyen de l’existence isolée des substances, et en dehors de notre principe.