‹ Mélanges de logiqueChapitre 18 sur 60 · Le commerce de toutes les substances, en tant · texte numérisé non relu

Le commerce de toutes les substances, en tant

qu’elles sont contenues dans le môme espace, étant un commerce mutuel, on conçoit ainsi la dépendance réciproque de leurs déterminations, et par suite l’action universelle des esprits sur les corps et des corps sur les esprits. Mais, comme une substance quelconque ne peut pas, en vertu de ses caractères internes, déterminer d’autres substances (proposition démontrée), qu’elle ne peut le faire qu’en vertu du rapport qui l’unit à ces substances dans la pensée de l’être infini, toutes les déterminations et les changements qui s’y trouvent se rapportent sans doute à l’externe, mais l’influx physique, proprement dit, est exclu, et l’universelle harmonie des choses reste. Mais cette harmonie n’est cependant pas cette harmonie préétablie de Leibniz , qui met, à proprement parier, un accord et non une dépendance mutuelle dans les substances ; car Dieu ne se sert pas de moyens artificiels appropriés, dans la série des raisons concordantes, à l’harmonie ( conspirationem ) des substances.

Notre harmonie n’est pas non plus cette action toujours spéciale de Dieu, c’est-à-dire du commerce entre les substances par les causes occasionnelles de Ma lebranche ; car la même action individuelle qui fait exister les substances et les conserve, établit entre elles une dépendance réciproque et universelle. De cette manière l’action divine n’a pas besoin de les déterminer de telle et telle façon suivant les circons-

tances : non ; une véritable action s’exerce entre les substances, action qui est un commerce opéré par des causes efficientes, par la raison que le môme principe qui établit l’existence des choses, les montre sou- mises à cette loi de telle sorte que les déterminations qui s’attachent à l’origine de leur existence constituent un commerce réciproque. On peut donc dire

avec non moins de raison, que les changements externes sont produits par des causes efficientes au môme titre que les changements internes, résultant de l’activité interne d'une substance, bien que l’efficacité naturelle de cette activité, ainsi que le fondement de s relations externes, ait une base divine.

Le système du commerce universel entre les substances, ainsi établi, est beaucoup plus satisfaisant que celui de l 'influx physique généralement admis. Il montre que l’origine même du rapport mutuel des choses doit être cherchée ailleurs, dans le principe des substances isolément considérées; en quoi le système rebattu des causes efficientes s’éloigne surtout du vrai.

Page 1