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OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Comme on voit augmenter journellement le nombre des philosophes profonds, ainsi qu’ils s'appellent eux- . mêmes, qui pénètrent si avant dans toutes choses, que rien même de ce qu’ils ne peuvent éclaircir ni comprendre ne leur demeure caché, je prévois déjà que la notion de l’opposition réelle que j’ai posée en principe au commencement de cette ‘dissertation, leur paraîtra très-aride, et que la notion des quantités négatives qui a été construite sur ce fondement ne sera pas assez fondamentale. Moi, qui necherchepas à dissimuler la faiblesse de mes aperçus, et qui ne comprends ordinairement pas ce que tous les hommes croient comprendre facilement, je me flatte d’avoir droit, par mon impuissance, à l’assistance de ces grands génies, afin que leur haute sagesse puisse remplir le vide que mes lumières imparfaites ont dû laisser dans mes idées.

Je comprends très-bien comment une conséquence est posée par un principe suivant la règle deViden tité, par la raison quel’^/zrt/fi’edes notions l’y trouve contenue. Ainsi la nécessité est une raison de l’immutabilité, la composition une raison de la divisibilité, l’infinité une raison de toute la science ; et je puis aper-

cevoir clairement celte liaison du principe avec la conséquence, parce que la conséquence est réellement identique avec une partie de la notion du principe, et que, puisqu’elle y est déjà comprise, elle est établie par ce principe d’après la règle del 'accord. Toutefois je seraisbien aise de recevoir des éclaircissements sur la manière dont une chose dérive d’une autre, mais pas d’après la règle de l’identité. Je nomme la première espèce de principe, principe logique , parce que son rapport à la conséquence peut être regardé comme logique, d’après la règle de l’identité; tandis que j’appelle principe réel celui de la seconde espèce, parce que ce rapport appartient bien à mes vraies notions, mais la manière dont il a lieu ne peut être jugée en aucune façon. #

En ce qui regarde maintenant ce principe réel et son rapport à la conséquence, ma question peut être présentée sous cette forme simple : Comment dois-je comprendre que, par le fait que quelque chose existe, quelque autre chose existe aussi? Une conséquence logique n’est posée que parce qu’elle est identique avec le principe. L’homme peut faillir. La raison de cette faillibilité consiste dans le fini de sa nature : car si j’analyse la notion d’un esprit limité, je trouve que la faillibilité en fait partie, c’est-à-dire qu’elle est identique avec ce qui est contenu dans la notion d’un esprit fini. Mais la volonté de Dieu contient le principe

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réel de l’existence du monde. La volonté divine est quelque chose. Le monde existant est une tout autre chose. Cependant l’une est posée par l’autre. L’état où je suis quand j'entends le nom de Stagiriie est une chose par laquelle quelque autre chose prend naissance, savoir ma pensée à un philosophe. Un corps A est en mouvement, un autre B se trouve en repos sur la même ligne droite. Le mouvement de A est quelque chose ; celui de B est quelque autre chose, et cependant l’un se trouve posé par l’autre. Vous pouvez maintenant analyser la notion de la volonté divine tant que vous voudrez, vous n’y rencontrerez jamais un monde existant qu’autant qu’il y serait contenu et

posé par l’identité ; il en est de môme des autres cas.

Je ne me laisse pas non plus payer kdes mots cause et effet y for ce et action : car dès qu'une j ois je considère quelque chose comme une cause d'une autre , ou que je lui attribue la notion d'une force , j'ai déjà imaginé en elle le rapport du principe réel à la conséquence y et il est facile ensuite d’ apercevoir la position de la conséquence d'après la règle de Videntité. Par exemple, au moyen de la volonté toutepuissante de Dieu, on peut comprendre très-clairement l’existence du monde. Mais ici la puissance signifie ce quelque chose en Dieu par quoi d’autres choses sont posées. Mais ce mot désigne le rapport d’un principe réel à la conséquence ; et ce rapport, je voudrais

bien qu'on me le fit comprendre. J’observe seulement en passant que la division faite par M. Crusius du principe en principe idéal et en principe réel est entièrement différente de la mienne : car son principe idéal est identique avec le principe de connaissance, et alors il est facile d’apercevoir que, quand je regarde déjà quelque chose comme un principe, je peux en tirer la conclusion. Ainsi, d’après ses propositions, le vent d’ouest est un principe réel des nuages pluvieux, et, en même temps, un principe idéal, parce que je peux les reconnaître et les conjecturer à ce caractère. Mais d’après nos notions, le principe réel n’est jamais un principe logique, et la pluie n’est pas posée par le vent en conséquence de la règle de l’identité. La différence entre l’opposition réelle et l’opposition logique, telle que nous l’avons exposée plus haut, est parallèle à la différence reconnue maintenant entre le principe réel et le principe logique.

J’aperçois clairement la première à l’aide du principe de contradiction, et je comprends comment, quand je pose l’éternité de Dieu, le prédicat de la mortalité est détruit parce qu’il y répugne. Mais de savoir comment le mouvement d’un corps est détruit par le mouvement d’un autre sans que celui-ci soit en contradiction avec le premier, c’est une autre question. Si je suppose l’impénétrabilité, qui est en opposition réelle avec tout corps qui cherche à pénétrer

dans l'espace qu'occupe un autre corps, je puis déjà comprendre l’anéantissement des mouvements,, mais alors j’ai converti l'opposition réelle en une autre. Que l’on cherche maintenant si Ton peut, en général, expliquer et rendre intelligible cette opposition réelle : Comment , parce qu'une chose est, une autre chose cesse-t-elle d'être? et si l’on peut en dire plus que ce que j’en ai dit, à savoir qu’elle n’arrive pas simplement en vertu du principe de contradiction. J’ai réfléchi sur la nature de notre connaissance à l’égard de nos jugements de principes et de conséquences, et j’exposerai un jour le résultat de ces opérations avec beaucoup de détail. Il en résulte aussi que le rapport d'un principe réel à quelque chose qui a été posé ou supprimé par là , ne peut pas être exprimé par un jugement, mais simplement par une notion , qu’on peut bien, au moyen de l’analyse, réduire à des notions plus simples de principes réels, de manière cependant qu’à la fin toute notre connaissance de ce rapport aboutit à des notions simples et inanalysables, dont le rapport à la conséquence ne peut nullement être éclairci. Ceux dont les profondes lumières ne trouvent point de bornes , essayeront les méthodes de leur philosophie aussi loin qu’ils peuvent aller dans une semblable question.

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