‹ Mélanges de logiqueChapitre 38 sur 60 · DE L’ESPACE · texte numérisé non relu

DE L’ESPACE

A. La notion cL espace nest pas abstraite des sensations externes. En effet, je ne puis concevoir quel-

. que chose placé hors de moi, qu’à la condition de me le représenter comme dans un lieu différent de celui que j’occupe , ni les choses en dehors les unes des autres qu’à la condition de les placer dans différents lieux de l’espace. La possibilité des perceptions externes, comme telles, suppose donc la notion d'espace et ne la crée pas. Et comme les choses qui sont dans l’espace affectent les sens, l’espace lui-même ne peut être tiré des sens.

B. La notion d* espace est une représentation sin* gulière comprenant tout en soi, et non une notion abstraite et commune qui comprendrait tout sous elle. En effet, ce qu’on appelle des espaces ne sont que des parties d’un même espace immense, qui sont corrélatifs par une position certaine, et l’on ne peut concevoir un pied cube qu’en le concevant limité de tous côtés par l’espace ambiant.

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C. La notion cV espace est donc une intuition pure , puisqu'elle est une notion singulière, non formée de sensations, mais au contraire le fondement de toute notion externe. Il est aisé de voir cette intuition pure dans les axiomes de géométrie et dans toute construction mentale des postulats, ou même des problèmes.

Il n’y a que trois dimensions dans l’espace ; entre deux points il n’y a qu’une seule droite ; d’un point donné sur une surface plane, avec une droite donnée, décrire un cercle, etc., sont en effet des propositions qui ne se concluent pas de quelque notion universelle de l’espace; mais elles se voient dans l’espace même comme à l’état concret. Il n’y a pas de pénétration d’esprit qui puisse décrire discursivement, ou ramener à des caractères intellectuels les choses qui sont d’un côté dans un espace donné, ni celles qui sont du côté opposé. Aussi, comme il y a dans des solides parfaitement semblables et égaux, mais disconvenants ( discongruentes ), tels, par exemple, que la main droite et la main gauche (considérées seulement quant à l’étendue), ou les triangles sphériques des deux hémisphères opposés, une diversité qui rend impossible la coïncidence des limites de l’étendue , quoiqu’elles puissent être substituées les unes aux autres,

d’après tout ce qu’il est permis de dire en parlant des caractères rendus intelligibles à l’esprit par la parole,

il en résulte qu’une diversité, une disconvenance {dis-

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congruentia) ne peut être notée que par une intuition pure. Aussi la géométrie se sert-elle de principes non-seulement certains ( non indubitatis solurri) et discursifs, mais encore susceptibles d’être perçus de l’esprit. Aussi Y évidence dans les démonstrations (évidence qui est la clarté d’une connaissance certaine, en tant qu’elle est assimilée à une connaissance sensible) est non-seulement très-grande en géométrie, la plus grande possible ; mais elle est encore la seule qui soit donnée dans les sciences pures , comme aussi Y exemplaire et le moyen de toute évidence dans les autres sciences, parce qu’en géométrie, c’est-à-dire en considérant les rapports de l'espace, del’espace, dis-je, dont la notion contient la forme même de toute intuition sensible, rien dans les perceptions externes ne peut être clair et lucide qu’à l’aide de cette même intuition qui est l’objet de cette science. Au surplus, la géométrie ne démontre pas ses propositions universelles; elle conçoit par une notion universelle un objet qui a lieu dans les choses sensibles , et en mettant sous les yeux, par une intuition singulière, ce qui a lieu dans les choses de l’ordre sensible {sensitivis) (1).

(1) Je m’abstiendrai de faire voir combien il serait facile de démontrer que l’espace doit être nécessairement conçu comme une quantité continue. Mais de ce que l’espace est continu, il s’ensuit que le simple dans l’espace n’est pas une partie; c’est une limite. Or une limite est en général ce qui dans un continu contient la raison des limites. Un espace qui n’est pas une limite d’un autre est complet (solide). La limite du solide est la. superficie, celle de la superficie est la ligne, celle

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D. L espace ri est pas quelque chose ci objectif et de réel ; ce n’est pas non plus une substance, ni un rapport. C’est quelque chose de subjectif et d’idéal, procédant de la nature de l’esprit par une loi fixe, une sorte de schème, servant à se coordonner tout ce qui est senti extérieurement. Ceux qui soutiennent la réalité de l’espace, ou ils le conçoivent comme le ré ceptacle absolu et immense des choses possibles, opinion qui, d’après les Anglais, sourit à la plupart des géomètres , ou bien ils soutiennent que c’est la relation même des choses existantes ; qu'en faisant disparaître ces choses par la pensée, celte relation s’évanouit, et qu’elle n’est concevable que dans les choses réelles, comme le pensent la plupart de nos philosophes allemands d’après Leibniz. La première de ces opinions est une vaine fiction de la raison, puisqu’on imagine de véritables relations infinies sans des êtres en rapport entre eux; ce' qui n’appartient qu’au monde des chimères. Ceux qui suivent la. seconde opinion sont encore plus loin du vrai. En effet, ne mettant d’obstacle que pour certaines notions rationnelles, pour celles qui appartiennent aux noumènes, choses du reste les plus cachées à l’entendement, les questions sur le monde spirituel, par exemple, la loute-

de la ligne est le point. Il y a donc trois sortes de limites dans l’espace , comme il y a trois dimensions. Deux de ces limites (la superîicie et la ligne) sont elles-mêmes des espaces. La notion de limite ne comprend d’autre quantité que l’espace ou le temps.

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au

présence, etc., ils contredisent carrément les phénomènes eux-mêmes, et Tinterprèteleplus sûr des phénomènes, lagéométrie. Car, pour ne pas parler du cercle vicieux dans lequel ils tombent en définissant l'espace, ils font tomber la géométrie du faîte de la certitude au rang d’une de ces sciences dont les principes sont empiriques ; car si toutes les déterminations (ciffectiones ) de l’espace ne sont prises que des rapports extérieurs par l’expérience, les axiomes de la géométrie n’ont plus qu’une universalité comparative, telle

qu’elle s’acquiert par induction, c’est-à-dire qui s’é-

tend juste aussi loin que l’observation; il n’y a plus d’autre nécessité que celle qui se fonde sur la stabilité des lois de la nature; plus d’autre précision que celle qu’il plaît d’imaginer, et l’on peut espérer, comme dans les choses expérimentales, qu’on découvrira quelques jours d’autres propriétés primitives à l’espace, peut-être celles d’être bilinéaire, rectiligne, etc.

E. Quoique la notion d'espace, comme notion de quelque être objectif et réel, ou de quelque détermination réelle encore, fort imaginaire, néanmoins par rapport à tout ce qui est sensible , elle est non-seulement très-vraie . mais aussi le fondement de toute « *

vérité dans la sensibilité externe; car les choses ne peuvent apparaître aux sens sous aucune espèce, qu’à l'aide de cette vertu de l’âme qui coordonne toutes les

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sensations suivant une loi fixe qui fait partie de notre nature. Et puisque rien ne peut tomber sous les sens que suivant les axiomes primitifs de l’espace et suivant ses conséquences (sous la direction de la géométrie), bien que le principe de ces axiomes soit purement subjectif, il s’accordera nécessairement toutefois avec eux, parce qu’il est en cela d’accord avec luimême, et que les lois de la sensibilité sont les lois de la nature, en tant quelle peut tomber sous les sens. La nature est donc parfaitement soumise aux lois de la géométrie, pour toutes les propriétés de l’espace qu’elle démontre, non pas en partant d’une hypothèse fictive, mais bien en se fondant sur une hypothèse donnée instinctivement, comme condition subjective de tous les phénomènes par lesquels la nature peut se manifester aux sens. Assurément, si la notion d’espace n’était pas primitivement donnée par la nature de l’esprit (de telle sorte que celui qui chercherait à concevoir d’autres rapports que ceux qui sont perçus par le moyen de l’espace, perdrait son temps, parce qu’il serait forcé de se servir-encore de la notion même d’espace pour construire sa fiction), l’usage de la géométrie serait peu sùr dans la philosophie naturelle ; car on pourrait douter si cette notion même tirée de l’expérience est assez d’accord avec la nature; après avoir nié peut-être les déterminations dont elle était abstraite, elle pourrait bien aussi paraître suspecte à

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quelques esprits. L'espace est donc le principe formel absolument premier du monde sensible , nonseulement parce que la notion de l'espace peut faire des objets de l’univers autant de phénomènes, mais surtout par cette raison qu’il est unique par essence, qu’il comprend absolument tout ce qu’il y a de sensible hors de nous, qu’il constitue ainsi le principe d’une universalité , c’est-à-dire d’un Tout qui ne peut être partie d’autre chose.

Corollaire .

Voilà donc deux principes de la connaissance sensitive, non pas, comme il arrive dans les choses intellectuelles, deux notions universelles, mais deux intuitions singulières, et cependant pures , dans lesquelles, à la différence des prescriptions des lois de la raison, des parties, des parties simples surtout, contiennent la raison de la possibilité du composé, mais où, suivant l’exemplaire de l’intuition sensitive, V infini contient la raison de la partie de tout ce qui est concevable, du simple enfin, ou plutôt de la limite. Caron ne peut assigner un espace et un temps défini en le limitant, qu’à la condition d’admettre un infini en étendue et en durée; et le point non plus que le moment ne sont concevables ni conçus que dans un espace et un temps déjà donnés, et comme limites de

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ce temps et de cet espace. Toutes les déterminations primitives de ces notions sont donc en dehors du domaine de la raison, et ne peuvent en aucune façon s’expliquer intellectuellement. Néanmoins les conséquences déduites logiquement de données intuitivement premières, sont soumises à V entendement avec toute la certitude possible. L'une de ces notions regarde proprement l’intuition de P objet; l’autre, Y état, le représentatif surtout. Aussi l’espace sert-il comme type, à la notion du temps même, qui se représente par une ligne, et ses limites (moments) par des points. Mais le temps approche plus d’une notion universelle et rationnelle , embrassant toutes choses sous tous les rapports, l’espace même et les accidents qui ne sont pas contenus dans les relations de l’espace, tels que les états de Pâme. Du reste, si le temps ne dicte pas des lois à la raison, il établit cependant les conditions à l’aide desquelles l'esprit peut comparer ses notions suivant les lois de la raison ; c’est ainsi que je ne puis juger de l’impossible que par rapport à un même sujet dont j’affirme en même temps A et non-A. Si tournant l’entendement à l’expérience, aux rapports de cause et d’effet, notre esprit ne peut se passer des rapports d’espace pour les objets externes, et pour-tous, aussi bien pour les externes que pour les internes, il ne peut savoir qu’à l’aide d’un rapport de temps, qu’est-ce qui est avant, qu’est-ce qui est après,

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ou ce qui est causé. On ne peut même rendre intelligible la quantité de l’espace qu’en exprimant numériquement ce rapport à une mesure, à une unité; or un nombre n’est qu’une multitude distinctement connue par la numération, c’est-à-dire par l’addition successive d’une unité à une autre dans un temps donné.

Enfin se présente naturellement à l’esprit de chacun la question de savoir si les notions d’espace et de temps sont innées ou acquises . L’acquisition de ces notions est déjà démontrée fausse par ce qui a été dit. Quant àl’innéité, comme elle favorise \& philosophie des paresseux, qui proclame inutile toute recherche ultérieure, en faisant appel à la cause première, on ne doit pas l’admettre légèrement. Toutefois les notions d'espace et de temps sont certainement acquises en ce sens, non pas qu’elles soient abstraites du sentiment des objets (car la sensation donne la matière et non la forme de la connaissance humaine), mais en cet autre sens qu’elles proviennent de l’acte même de l’esprit coordonnant ses sentiments suivant des lois fixes; elles sont ainsi des types immuables, susceptibles par conséquent d’étre connus intuitivement. Car les sensations portent à cet acte de l’esprit, mais elles ne donnent pas l’intuition. 11 n’y a d’inné en tout ceci que la loi de l’àrne suivant laquelle elle assemble d’une manière certaine ses états sensitifs en présence d’un objet.

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SECTION IV

Du principe de la forme du monde intelligible.

Ceux qui regardent Tespace et le temps comme un certain lien réel et absolument nécessaire de toutes les choses et de tous les états possibles, pensent qu’il n’y a rien de plus à demander pour concevoir la manière dont un rapport primitif convient à la pluralité des existences, ou la condition primitive des influences possibles, et le principe de la forme essentielle de l’univers. Car de ce que toutes les choses existantes sont nécessairement quelque part, ils le croient du moins, il leur paraît inutile de rechercher pourquoi elles sont présentes entre elles d’une manière certaine, parce que la question se trouve résolue par l’université de l’espace qui comprend tout. Mais outre que celte notion, comme on l’a déjà démontré, regarde plutôt les

lois sensitives que les conditions des objets mêmes, si surtout on lui reconnaît une réalité, elle n’indique cependant que la possibilité intuitivement donnée d’une coordination universelle; en sorte que cette question : quel est le principe fondamental de cette relation de toutes les substances , qui > intuitivement considérée , prend le nom d* espace , reste entière, et ne peut être résolue que par l’entendement^ Toute la question du principe de la forme du monde

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intelligible revient donc à faire voir comment il est possible que plusieurs substances soient en rapport mutuel, et, parcette raison, appartiennent à un même tout qu’on ^appelle monde. Nous entendons parler ici non du monde quant à la matière, c’est-à-dire de la nature des substances dont il se compose, qu’elles soient matérielles ou non , mais bien du monde quant à la forme, c’est-à-dire de quelle manière en général il y a liaison entre plusieurs substances, et totalité entre toutes.

Si plusieurs substances sont données, le principe de corrélation possible entre elles ne tient pas àlejir seule existence , il faut de plus quelque chose qui serve à faire concevoir leurs rapports mutuels. 11 n’y a effectivement de nécessaire par rapport à la substance même que sa cause peut-être; mais le rapport de l’effet à la cause n’est pas une corrélation mutuelle, un com mercium, c’est une dépendance. Si donc il y a quelque commerce des unes aux autres, il faut que ce soit par une raison particulière qui le détermine avec précision.

Le 7rpûTov <J>eOSoç de Xinjlux physique , suivant le sentiment vulgaire, consiste précisément à reconnaître témérairement un commerce des substances

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et des forces passagères parfaitement connaissables par leur seule existence; ce qui est moins un système que l’absence de tout système philosophique, parce qu’un système serait superflu dans la question. En affranchissant cette notion de ce défaut , nous avons une espèce de commerce qui seul mérite d’étre appelé réel, et qui doit donner le Tout réel du monde, et non un tout idéal ou imaginaire.

Un tout de substances nécessaires est impossible . Car une substance nécessaire avant sa raison d’être dans son existence même, sans dépendance d’aucune autre, dépendance qui n’existe pas pour les choses nécessaires, il est clair que le commerce des substances (c’est-à-dire la dépendance réciproque de leurs états) ne dépend pas de leur existence, mais qu’elle ne peut point du tout convenir en tant que nécessaires.

Le tout des substances est donc un tout de contingents, et le monde se compose essentiellement de purs contingents . De plus, aucune substance nécessaire n’est en rapport avec le monde, si ce n’est à titre de cause et d’effet, et non par conséquent à titre de

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partie avec des compléments pour former un tout (parce que la livraison des parties entre elles est celle d’une dépendance mutuelle, dont un être nécessaire n’est pas susceptible). La cause du monde est donc un être en dehors du monde, et n’est par conséquent pas une âme du monde; sa présence dans le monde n’est non plus locale, elle est virtuelle.

Les substances qui composent le monde sont des êtres qui dépendent d'un autre être , non pas de plusieurs ; toutes , au contraire, dépendent d’un seul. Supposez qu’elles soient des effets de plusieurs êtres nécessaires ; des effets dont les causes n’auraient entre elles aucun rapport mutuel n’auraient pas de rapports

respectifs. L’Unité dans la liaison des substances de

l’univers est donc une conséquence de la dépendance de toutes à l'égard d’un seul être . La forme de l’univers témoigne donc de la cause de la matière, et prouve que la cause de l’ universalité est la cause unique de toutes choses , et qu’il n’y a pas un architecte du monde qui ne soit pas en même temps créateur .

S’il y avait plusieurs causes premières et nécessaires

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avec leurs effets, leurs œuvres seraient des mondes et non un monde , parce qu’elles ne se rattacheraient en aucune manière à un même Tout. Réciproquement, s’il y avait plusieurs mondes actuels en dehors les uns des autres, il y aurait plusieurs causes premières nécessaires, mais de telle sorte que ni un monde ne serait en relation avec un autre, ni une cause de l’un avec un monde qui serait l’effet d’une autre cause.

Donc plusieurs mondes actuels en dehors les uns des autres ne sont pas impossibles par leur notion même (comme Wolf l’a conclu mal à propos en partant de la notion de complexité ou de multitude, qu’il croyait suffire à un tout, comme tout), mais bien à cette seule condition quil n existe qu'une seule, cause nécessaire de toutes choses. Mais si l’on en reconnaît plusieurs, il y aura plusieurs mondes pos~ sibles en dehors les uns des autres , dans le sens métaphysique le plus strict. v

Si, de même qu’on peut valablement conclure d’un monde donné à une cause unique de toutes ses parties, on pouvait semblablement argumenter en sens contraire d’une cause commune donnée pour toutes à leur liaison respective, et par conséquent à la forme du monde (bien cependant, je l’avoue, que cette conclu-

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sion ne semble pas également claire), la liaison primitive des substances ne serait pas contingente ; elle serait nécessaire pour expliquer la conservation (sustentatio) de toutes choses par un principe commun ; ^et l’harmonie qui résulterait do leur existence (subsistentia), fondée sur une cause commune, s’accomplirait aussi d’après des règles communes. J’appelle cette harmonie une harmonie généralement établie , puisque celle qui n’a lieu qu’autant que les états individuels d’une substance sont en rapport avec l’état d’une autre substance, est une harmonie singulièrement établie, et que le commerce qui résulte de la première espèce d’harmonie est réel et phy sique , tandis que celui qui résulte de la seconde est idéal et sympathique . Donc tout commerce des substances de l’univers est établi du dehors (par la cause commune de toutes) ; mais il est ou établi généralement, par influence physique (voir le § 17 amendé), ou individuellement approprié (< conciliatum ) à leurs états. Et, dans ce dernier cas, il a sa raison originelle dans la constitution première de toute substance, ou il est imprimé à Y occasion d’un changement quelconque: le premier est Yharmonie préétablie , le second est Y occasionalisme. Si donc la conservation de toutes les substances par un seul être rendait nécessaire cette liaison de toutes

choses, qui fait d’elles toutes comme une seule, le corn-

merce des substances aurait lieu par un injlux phy -

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sique, et le monde serait un tout réel ; autrement le commerce serait sympathique (c’est-à-dire qu’il, y aurait harmonie sans commerce véritable), et le monde ne serait qu’un tout idéal. Le premier de ces commerces, quoique peu démontré, me semble suffisamment prouvé par d’autres raisons.

Scolie .

S’il était permis de sortir un peu des limites de la certitude apodictique qui convient à la métaphysique, je ferais quelques recherches, non-seulement sur les lois de l’intuition sensitive, mais encore sur les causes de cette intuition qui ne peuvent être connues que de r entendement.* Car l’esprit humain n’est affecté par les choses extérieures, et le monde ne lui offre un spectacle infini qu’autantqu’/Z est lui-même conservé, avec tout le reste , par la même jorce infinie d'un seul . Il ne sent donc les choses du dehors que par la présence d’une même cause conservatrice commune; aussi l’espace, qui est la condition universelle et nécessaire connue de la présence simultanée de loutes les choses, peut s’appeler Y omniprésence phénoménale. Car si la cause de l’univers est présente à toutes les choses et à chacune d’elles en particulier, ce n’est pas parce qu’elle est dans les lieux qu’elles occupent, mais bien parce que les lieux, c’est-

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à-dire les relations des, substances sont possibles parce qu’elle est intimement présente aux choses. Or comme la possibilité de tous les changements et de toutes les successions dont le principe, en tant qu'il est sensitivement connu, réside dans la notion de temps, suppose la durée indéfinie du sujet dont les états opposés se succèdent, et que ce dont les états passent ne dure

qu’autant qu’il est maintenu par autre chose* la no-

lion du temps, comme temps unique, infini, immuable (1), en quoi sont et durent toutes choses, est IViernité , le phénomène de la cause universelle. Mais il paraît plus prudent de côtoyer le rivage des connaissances qui nous viennent de la médiocrité de notre entendement que de nous laisser emporter en la pleine mer de ces recherches mystiques, comme le fait Malebranche, dont le sentiment, à savoir, que nous voyons tout en Dieu , diffère de celui qu'on vient d’exposer.

SECTION V

De la méthode à suivre dans les choses sensibles et dans les intellectuelles en métaphysique.

Dans toutes les sciences dont les principes sont donnés intuitivement, soit par une intuition sensible,

(1) Les moments du temps ne semblent pas se succéder parce qu’un autre temps devrait précéder la succession des moments; mais les choses actuelles semblent descendre par l’intuition sensitive comme par une série continue de moments.

ET DK L’INTELLIGIBLE.

(. sensualem , par l’expérience), soit par une intuition sensitive encore ( sensitivum ), mais pure (notions d’espace, de temps et de nombre), c’est-à-dire dans la science de la nature et dans la mathématique, Vusage dorme la fnéthode , et en essayant, en trouvant, ' après que la science est parvenue à un certain développement, à un certain arrangement, on voit clairement alors la marche à suivre et les moyens à prendre pour l’achever, et pour qu’elle brille d’un éclat plus pur, après que les erreurs et les notions confuses qui la déparent encore en auront disparu. Il en est des sciences comme de la grammaire , de la poétique et de la rhétorique, qui n’ont donné leurs règles et leurs préceptes qu’après un long usage de la parole, après des exemples élégants depoëmes et de discours. Mais V usage de V entendement dans des sciences dont les notions premières et les axiomes sont donnés par l’intuition sensitive est purement logique / c’est-à-dire qu’il ne sert qu’à subordonner entre elles nos connaissances au point de vue de l’universalité, suivant le principe de contradiction, à subordonner les phénomènes à d’autres phénomènes plus généraux, des conséquences de l’intuition pure à des axiomes intuitifs. Mais dans la philosophie pure, comme est la métaphysique, où V usage de V entendement à l'égard des principes est réel, c’est-à-dire où les notions premières des choses et des relations, et les axiomes

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mômes sont originellement donnés par l’entendement pur, et où, par le fait qu’ils ne sont pas des intuitions, l’erreur est possible, la méthode prévient toute science y tout ce qui est tenté avant que les préceptes soient bien examinés et fermement établis, sembletémérairement conçu, et devoir être rejeté parmi les vains jeux de l’esprit. Car le légitime usage de la raison constituant ici les principes de la raison, et les objets, ainsi que tous les axiomes qui en peuvent être conçus, n’étant connus d’abord que par leur seul caractère rationnel , l’exposition des lois de la raison pure est la genèse même de la science, et la distinction de ces lois d’avec des préceptes arbitraires, le critérium delà vérité. Etcommeon n’adonné jusqu’ici pour cette science d’autre méthode que celle quiest prescrite par la logique pour toutes les sciences en général, et qu’on ignore complètement celle qui est propre au génie tout individuel de la métaphysique, il n’est pa9 étonnant que les amis de cette espèce d’étude en roulant saris fin leur éternel rocher de Sisyphe semblent n’avoir fait aucun progrès. Quoique je n’aie ni l’intention ni la faculté de traiter ici plps longuement d’un sujet si important et si étendu, j’esquisserai cependant d’une manière rapide la partie essentielle de cette méthode, je veux dire le contact jâcheux ( con tagium ) de la connaissance sensitive avec V intellectuelle, non -seule ment parce qu’il pénètre furtive-

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ment dans l’application des principes, mais encore parce qu’il fabrique des faux principes, même sous forme d’axiomes.

La méthode de toute métaphysique à l’égard du sensible et de l’intellectuel se réduit essentiellement à ce précepte : de veiller soigneusement à ce que les principes propres à la connaissance sensitive lie jranchissent pas leurs limites et ne touchent pas à V intellectuel. En effet, le prédicat, dans tout jugement énoncé intellectuellement, étant une condition sans laquelle la non-existence d’un sujet concevable est affirmée, étant par conséquent un principe de connaissance, il s’ensuit que si c’est une notion sensitive, il ne sera que la condition d’une connaissance sensitive possible, et cadrera parfaitement avec le sujet

du jugement, dont la notion est aussi sensitive. Mais

s’il est rapporté à une notion intellectuelle, un pareil jugement ne vaudra que suivant des lois subjectives; il ne pourra donc être affirmé objectivement ni énoncé de la notion intellectuelle même ; il ne pourra l’être que comme condition sans laquelle il riy a pas lieu à la connaissance sensitive de la notion donnée (1). Mais comme les illusions de Fentende-

(1) L’application de ce critérium est féconde et facile pour distinguer les principes qui énoncent seulement les lois de la connaissance sensi-

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