E LA CONNAISSANCE MÉTAPHYSIQUE
et l'espace, elles formeront un monde dont nous faisons partie, mais un inonde restreint, c'est-à-dire solitaire. Par cette raison, il n'est pas absurde de dire, au sens métaphysique môme, que si Dieu l'a voulu, il peut y avoir plusieurs mondes.
3. La seule existence des substances étant donc absolument insuflisante pour établir leur commerce mutuel et les rapports de leurs déterminations, etqu'ainsi le rapport externe prouve une cause commune de toutes choses, dans laquelle leur existence a été conçue relativement, et qu'il n'y a pas de rapport universel concevable sans cette communauté du principe, il résulte manifestement de là le témoignage d'une cause suprême de toutes choses, c'est-à-dire de Dieu , et môme d'un seul Dieu, témoignage qui me paraît bien supérieur à l'argument tiré de la contingence du monde.
4. Notre principe fait également bonne justice de l'extravagante opinion des manichéens, qui soumettaient Tempire du monde à deux principes également premiers et indépendants l'un de l'autre ; car une substance ne peut avoir quelque commerce avec les choses de T univers qu'à la condition ou d'en être la cause commune ou d'en procéder avec tout le reste. Si donc vous déclarez que l'un de ces deux principes est la cause de toutes les substances, l'autre ne pourra exercer sur elle absolument aucune action ;
Si l'un d'eux n'était cause que d'un certain nombre de substances, ces substances ne pourraient pas avoir la moindre relation avec les autres. Il faut donc ou que l'un de ces deux principes dépende de l'autre, ou bien qu'ils dépendent tous deux d'une cause commune; ce qui est également contraire à l'hypothèse.
5. De plus, les déterminations des substances étant réciproques, c'est-à-dire les substances ditTérentes entre elles agissant mutuellement les unes sur les autres (car l'une produit des déterminations dans l'autre), la notion d'espace résulte des actions réciproques des substances, actions qui supposent toujours une réaction. Le phénomène externe de cette action et de cette réaction universelle à travers la sphère entière de l'espace dans lequel les corps sont en rapport, constitue leur rapprochement mutuel. Ce phénomène prend le nom ({'attraction; et lorsque cette attraction a lieu par la seule présence simultanée, elle s'étend à toutes les dislances, et n'est autre chose que l'attraction de JVewio/i, ou gravitation universelle. 11 est donc probable qu'elle résulte de ce même rapport des substances qui donnent naissance à l'espace, et qu'elle est, par conséquent, la toute première loi de la nature, à laquelle la matière a été assujettie, loi qui ne subsiste que par l'action immédiate de Dieu , suivant l'opinion des newtoniens.
G. Le commerce de toutes les substances, en tant
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qu'elles sont conluiiues dans lo munie espace, éUuii un coiniuerce mutuel, on conçoit ainsi la dépemlance réci[)ioquede leurs iléterminalions, et par suite l'action universelle des esprits sur les corps et des corps sur hîs es[)rils. Mais, comme une substance quelconque ne peut pas, en vertu de ses caractères internes, déterminer d'autres substances (proposition démontrée), qu'elle ne peut le faire qu'en vertu du rapport qui Tunil à ces substances dans la pensée de l'être infini, toutes les déterminations et les changements qui s'y trouvent se rapportent sans doute à l'externe, mais l'influx physique, proprement dit, est exclu, et Tuniverselle harmonie des choses reste. Mais cette harmonie n'est cependant pas cette harmonie préétablie de Leibniz^ qui met, à proprement parler, un accord et non.une dépendance mutuelle dans les substances ; car Dieu ne se sert pas de moyens artificiels appropriés, dans la série des raisons concordantes, à l'harmonie {conspirationenï) des substances.
Notre harmonie n'est pas non plus cette action toujours spéciale de Dieu, c'est-à-dire du commerce entre les substances par les causes occasionnelles de Malebranche : car la même action individuelle qui fait exister les substances et les conserve, établit entre elles une dépendance réciproque et universelle. De celte manière l'action divine n'a pas besoin de les déterminer de telle et telle façon suivant les circons-
tances : non ; une véritable action s'exerce entre les substances, action qui est un commerce opéré par des causes eflicientes, par la raison que le même principe qui établi iTexistence des choses, les montre soumises à cette loi de telle sorte que les déterminations qui s'attachent à l'origine de leur existence constituent un commerce réciproque. On peut donc dire avec non moins de raison, que les changements externes sont produits par des causes eQicientes au même titre que les changements internes, résultant de l'activité interne d'une substance, bien que l'efficacité naturelle de cette activité, ainsi que le fondement de s relations externes, ait une base divine.
Le système du commerce universel entre les substances, ainsi établi, est beaucoup plus satisfaisant que celui de Vinjlux physique généralement admis. Il montre que Torigine même du rapport mutuel des choses doit être cherchée ailleurs, dans le principe des substances isolément considérées; en quoi le système rebattu des causes efficientes s'éloigne surtout du vrai.