LE SEMESTRE D'HIVER 17C
Tout enseignement de la jeunesse présente cet embarras, qu'on est forcé de faire prendre les devants à rintclligence sur les années, et, sans attendre la maturité de l'entendement, d'enseigner des connaissances qui ne pourront être comprises, suivant l'ordre naturel , que par une raison plus exercée et plus éprouvée. De là les éternels préjugés des écoles, préjugés plus opiniâtres et souvent de plus mauvais goût que les préjugés vulgaires, et la loquacité précoce de jeunes penseurs^ plus aveugle que celle de toute autre présomption, et plus inguérissable que l'ignorance. Cet inconvénient n'est cependant pas tout à fait inévitable, parce qu'à l'époque d'un état social très-civilisé, les vues plus judicieuses font partie des moyens du progrès, et qu'il existe alors des besoins qui, de leur nature, ne doivent être comptés qu'au nombre de ceux qui tont destinés à embellir la vie, et qui en sont comme un ornement superflu. 11 est cependant po ssible de mettre plus d'accord, là
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même où cet accord ne peut être complet, renseignement public en ce point avec la nature. En effet, le progrès naturel de la connaissance humaine consistant en ce que, d'abord Pentendement se forme , puis, qu'il s'élève par Fexpérience aux jugements intuitifs, et par ces jugements aux notions; qu'ensuite ces notions, dans lerappoit avec leurs principes et leurs conséquences, soient connues par la raison, et finalement coordonnées en un tout au moyen de la science, l'enseignement devra suivre précisément la même marche. On attend donc d'un maître que d'abord il forme V entejidement (T un jeune homme, ensuite la raison, et qu'enfin il en fasse un savant. Une pareille marche a l'avantage, si l'élève ne doit jamais arriver au dernier degré, comme c'est l'ordinaire, de lui avoir procuré un véritable acquis, et de Tavoir rendu, sinon pour Técole du moins pour la vie, plus habile et plus sage.
En renversant cette méthode, l'écolier acquiert une sorte de raison avant d'avoir l'entendement formé , et se charge d'une science d'emprunt, qui ne lui est pour amsi dire qu'attachée mais pas naturelle ; si bien que son âme n'en peut tirer encore aucun parti . Et, ce qu'il y a de pis, ellp s'en trouve très-dépravée par la présomption où elle est de posséder quelque sagesse. Telle est la raison pour laquelle on rencontre souvent des hommes instruits (proprement, qui ont beaucoup
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appris), (pli oui peu (rciilriidcmciif, vi pour hupiello encore les académies envoient plus île tèles absurdes dans le nioiuU' qu'aucun autre état de la sociélc.
La règle de conduite est donc celle-ci : de mûrir avant tout rentendcment, d'en favoriser le développement en l'exerçant aux jugements d'expérience et en le rendant attentif à ce que les diverses sensations comparées peuvent lui enseigner. Il ne doit pas entreprendre de passer témérairement de ces jugements ou notions à de plus élevés et de plus éloignés, mais bien d'y arriver par le chemin naturel et battu des notions inférieures, qui peu à peu le conduisent plus loin. ]Mais que tout soit en rapport avec celte aptitude intellectuelle qu'a dû nécessairement produire en lui l'exercice antérieur, et non avec celle que le maître perçoit ou croit percevoir en soi-même, et qu'il suppose faussement chez son auditeur. En deux mots : on ne doit pas enseigner des pensées^ mais apprendre à penser ; on ne doit pas porter l'élève, mais le conduire si Ton veut qu'à l'avenir il soiten état de marcher de lui-même.
Cette méthode d'enseignement exige la nature propre de la philosophie. Et comme la philosophie n'est proprement qu'une qualité de l'âge d'homme, il n'est pas étonnant de rencontrer des difficultés quand on veut l'approprier à la capacité plus inexercée de la