MONDE
Dans cette exposition d'une notion abstraite, j'ai fait attention, non-seulement aux caractères constitutifs de la connaissance distincte de l'objet, mais quelque peu aussi à la double genèse de cette connaissance, en parlant de la nature de l'esprit ; genèse qui, par le fait qu'elle peut servir d'exemple de la méthode à suivre dans l'étude approfondie des questions métaphysiques, me semble d'une grande importance. Autre chose est, en effet, les parties d'un tout étant données, d'en concevoir la composition au moyen d'une notion abstraite de l'entendement, autre chose
dejoimer cette notion générale, comme solution d'un certain problème de la raison, au moyen de la faculté sensible de connaître, c'est-à-dire de se la représenter concrètement d'une vue distincte. La première opération s'accomplit par la notion de composition en général, en ce sens que plusieurs choses sont contenues (respectivement) sous cette notion, et par conséquent au moyen d'idées intellectuelles et universelles. La seconde opération suppose des conditions de temps, en ce que, ajoutant partie à partie successivement, I;! p.otion du composé est possible génétiquement^ c'est-à-dire par voie de synthèse, et rentre sous les lois de Vintuition. Pareillement, un composé substantiel étant donné, on arrive facilement à l'idée des simples en supprimant la notion intellectuelle de composition en général ; ce qui resle^ après avoir écarté toute liaison, est simple. Mais en suivant les lois de la connaissance intuitive la chose n'est possible, c'est-à-dire que toute composition ne disparait, qu'à la condition de remonter du tout donné à toutes les parties possibles, c'est-à-dire par l'analyse (1),
(f) Les raolsanalyse et syntliose oiit conimunémciil doux signilicalions. La synlhèse est ou qualitative, c'est la progression dans la suie du subordonné vn allant de la raison au raisonné, ou quantitative, c'est la progression dans la série des coordonnés, en partant de la partie donnée pour arriver par les compléments jusqu'au tout. De même l'analyse, prise dans la premiire de ces acceptions, est la régression du raisonné à la raison, et, dans la seconde, la régression du tout a SCS parties possibles ou médiates, c'est-à-dire aux parties des par-
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ijiii suppose aussi une coiulilion de temps. Or, comme un composé suppose une multitude de parties, un (oui une totalité, ni l'analyse ni la synthèse ne seront entières, et la notion de simple ne sortira de la première de CCS opérations, ni la notion de tout de la seconde, qu'autant que Tune et l'autre (l'analyse et la synthèse) pourront s'accomplir dans un temps fini et assignable.
Mais comme dans une étendue continue la régression du tout aux parties possibles, et, dans Vin- Jini la progression des parties au tout donnée jiont pas de fi7i, il s'ensuit que l'analyse et la synthèse complètes sont impossibles, et que le tout, dans le premier cas, ne peut être complètement conçu suivant les lois de l'intuition, ni, dans le second cas, le composé comme totalité. Là se trouve la raison pour laquelle les notions de continu et d'injini sont rejetées par un grand nombre, attendu que la représentation de ces deux choses est effectivement impossible suivant les lois de la cojinaissance intuitive, et que Virreprésentable et ^impossible signifient ordinairement la même chose. Quoique je n'aie pas à défendre ces notions, rejetées d'un grand nombre d'écoles, la première surtout (1), il importe
lies; et, par suite, ce n'est pas une dinsion, c'est une subdivision du composé donné. C'est dans cette seconde acception seulement que nous prenons ici les mots de synthèse et d'analyse. (I) Ceux qui rejettent l'infini mathématique actuel n'ont pas beau-
beaucoup rependant de prévenir que ceux qui raisonnenl aussi mal tombent dans la plus grave erreur; car tout ce qui répugne aux lois de l'entendement et de la raison est assurément impossible, mais il n'en est pas ainsi de l'objet de la raison pure, qui n'est pas seulement soumis aux lois de la connaissance intuitive. Et ce désaccord entre la sensibilité et \ entendement (deux facultés dont je ferai bientôt connaître le caractère) ne prouve qu'une chose, c'est que les idées abstraites qui provienneiit de V entendemetit sontjàites in concrelo. et ne peuvent souvent passer en Intuitions. Mais cette répugnance subjective ressemble beaucoup à quelque répugnance objective,
coup de peine : ils fabriquent telle une définition de l'infini, qu'ils peuvent en déduire quelque contradiction. It^fini pour eux signifie une quantité telle qu'il n'y en a pas de plus grande possible, et mathémalique veut dire : multitude (d'unités possibles) telle qu'il n'y en a pas de plus grande possible. Et comme ils mettent ici le plus grand possible pour ïinfvii, et que le plus grand nombre possible est impossible, ils concluent sans peine contre l'infini qu'ils ont imaginé. Ou bien ils appellent multitude infinie un nombre ùi/l?u', et disent que ce nombre infini est absurde; ce qui est évident, mais qui ne répugne qu'avec les ombres de la pensée. Mais s'ils avaient conçu l'infini matbématique, ou la quantité, comme quelque cliose de relatif à une mesure comme unité, la multitude eût été alors plus grande que tout nombre; si de plus ils avaient remarqué que la mesure {mensurabilitatem) n'indique ici qu'un rapport à un procédé de l'ententlement humain, par lequel il ne peut atteindre à la notion définie de multitude qu'en ajoutant successivement une chose à une autre , et en achevant dans un temps fini cette progression vers le complet, qui s'appelle nombre, ils eussent vu clairement : « que ce qui ne s'accorde pas avec une certaine loi d'un certain sujet n'est pas pour cela absolument inintelligible, puisqu'il peut y avoir un entendement qui, sans être rcntendement Iminain, aperçoive d'unsjul regaidunc mullilude .-ans application successive de mesure. »
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Cl tioini»e aisL'inonl ceux qui n'y font i)us utlenlion et qui prennenl les linnles de rosprit humain pour les limites de Tessence même des choses.
Au surplus, comme on voit clairement en partant des raisons de l'entendement, que si les composés substantiels sont donnés, soit par le témoignage des sens ou de toute autre manière, les éléments simples aussi bien que le monde sont également donnés, j'ai fait aussi toucher au doii^t dans ma définition les causes, tenant à l'essence du sujet, qui empêchent de regarder la notion de monde comme purement arbitraire,et imaginée seulement, comme il arrive en mathématiques, pour en déduire ultérieurement des conséquences. Car l'esprit, appliqué à la notion de composé, soit qu'il analyse, soit qu'il synthétise,demande et présuppose des termes auxquels il puisse s'arrêter, qu'il procède a priori ou a posteriori.
Les points auxquels iljautjaire attention en définissant^ sont les suivaîits :
I. La matière (dans le sens trauscendanlal), c'està-dire les parties qui sont prises ici pour des substances.— Nousaurions pu ne pas nous inquiéter de l'accord de notre définition avec la signification ordinaire
du mot, puisqu'il ne s'agit guère que delà solution d'un problème soulevé naturellement par la raison, à savoir, comment plusieurs substances peuvent s'unir de manière à ne former qu'un tout unique, et doù vient que cette unité collective n'est pas une partie d'antre chose. Mais nous avons à nous rendre compte de la signification générale du mot monde. Personne assurément ne songe à donner des accidents comme partie du inonde j ils n'en sont que des déterminatioJis . Aussi le monde ii'^^Q\éégoïstique, qui ne se compose que d'une seule substance simple, revêtue de ses accidents, est-il peu proprement appelé monde, à moins peut-être que ce ne soit un monde imaginaire. Il est impossible par la même raison de rapporter au tout cosmique une série de successions (d'états successifs) comme partie ; des modifications d'un sujet n'en sont [)as des /?rtrties^ elles en sont des résultats (rationata). Enfin, je ne me suis pas demandé si les substances qui constituent le monde sont contingentes ou nécessaires de leur nature, et je ne fais pas entrer arbitrairement une pareille détermination dans une définition, sauf ensuite, comme on le fait d'habitude, à l'en faire sortir par une certaine argumentation spécieuse; mais je ferai voir plus lard que la contingence peut très-bien se conclure des conditions ici posées.
II. L\ FORME, qui consiste dans la coor^Z/m^/o^z, et non dans la subordination des substances. — Mn c(îc(.
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\es coordonnés sonl rospecliviMiiciU comme les compléments d'un tout, et \cs subordonnés comme est l'elTot à la cause, ou en général comme le principe est à sa conséquence (/)rmc/)9m/?^m). La première espèce de rapport est réciproque et homonyme, de telle sorte que tout corrélatif est, par rapporta un autre, tout à la fois déterminant et déterminé. La seconde espèce de relation est hétéronyme, c'est-à-dire qu'elle est seulement, d'une part une relation de dépendance, d'autre part unerelation de causalité. Celte coordination est conçue comme réelle et objective, et non comme idéale etpurement arbitraire de la part du sujet, de manière à imaginer un tout parl'addition à volontéd'une pluralité quelconque. Ce n'est pas effectivement en concevant plusieurs choses qu'on parvient à former le tout d'une représentation, ni par conséquent la représentation d'un tout. Si donc il y avait par hasard certains touts de substances, qui ne fussent reliés entre eux d'aucune façon, leur compréhension simultanée, de manière à former parla pensée un tout idéal de celte multitude, ne serait autre chose qu'une pluralité de mondes compris dans une seule pensée. Mais un lieu qui constitue la forme essentielle d'un monde, est regardé comme le principe des influences possibles des substances qui constituent ce monde. Une influence actuelle ne fait effectivement point partie de Tessence; elle appartient à l'état, et les forces passa-
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gères mêmes, les causes des influences, supposent quelque principe qui rende possibles entre eux, comme résultats (rrt/zWirtm), les états de plusieurs choses dont l'existence et la durée (s ubsisie? itia) esi du reste indépendante des unes aux autres; sans ce principe il n'y a plus moyen de concevoir la possibilité d'une force passagère dans le monde. Or, cette^orme esseiitielle au monde est par cette raison immuable, et sujette à aucune vicissitude ; et cela par une raison logique d'abord, puisque, tout changement suppose l'id( îiîilé d'un sujet, avec déterminations qui se succèdent en lui. Un monde qui reste le même à travers tous les états qu'il subit garde donc la même forme fondamentale. Car il ne suffit pas pour l'identité du tout qu'il y ait identité des parties, il faut en outre l'identité de la composition caractéristique. Or l'identique résulte principalement d'une raison réelle (e ratione realï). En effet, la nature du monde, nature qui est le premier principe interne de toutes les déterminations variables qui font partie de l'état de ce monde, ne pouvant être opposée à elle-même, est naturellement, c'est-à-dire d'elle-même, immuable; de sorte qu'il faut concevoir dans un monde quelconque une certaine forme de sa nature même constante, invariable, c'està-dire un principe permanent de toute forme contingente et transitoire faisant partie de l'état de ce monde. Ceux qui reg^ardent celte recherche comme superflue
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sont abusés par les nolions (Xespiice et tle temps, comme conditions primitives et déjà données d'ellesmêmes, au moyen desquelles, sans aucun autre principe, il serait non-seulement possible, mais nécessaire encore, que plusieurs choses fussent naturellement eu rapport, comme parties formant ensemble un tout unique. Mais je montrerai bientôt que ces nolions ne sont pas tout à fait rationnelleSj ni des idées objectives sans aucun lien, mais qu'elles sont des phénomènes ^ et qu'elles prouvent, mais n'expriment pas quelque principe commun du lien universel.
III. La totalité, qui estrensemble complet des parties d'un tout [universiias ^ quœ est omnitudo compartium absoluta). — Car si l'on co^îi'/^ère quelque composé donné, fut-il encore partie d'un autre, toujours existe cependant une certaine totalité comparative, celle des parties par rapport à ce tout. Mais ici toutes les parties considérées entre elles comme concourant à former un tout quelconque^ sont conçues comme données conjointement. Cette io^^/zVe absolue, quoiqu'elle ait l'apparence d'une notion quotidienne et facile à concevoir, alors surtout qu'elle est négativement énoncée, comme il arrive dans la définition, semble cependant, vue de plus près, être le supplice des philosophes. En effet, on conçoit difficilement, si la série des états éternellement en succession dans l'univers ne peut jamais être achevée, comment elle
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pourrait former un tout comprenant absolument toutes les vicissitudes. Car l'inlinitc même implique la nécessité qu'il n'y ait pas de fin ; il n'y a donc pas de série d'états successifs qui ne fasse partie d'une autre; de sorte qu'une intégralité absolue ou une totalité absolue semble, par la même raison, impossible ici. Car encore bien que la notion de partie puisse être prise universellement, et que tout ce qui entre dans cette notion, s'il appartient à la même série, constitue une seule chose, la notion &Q,tout semble cependant exiger que tout cela soit pris ensemble. Ce qui est impossible dans le cas donné. En effet , rien ne venant après la série totale, et la série des successifs une fois posée, ce qui est dernier étant la seule chose qui ne soit suivie d'aucune autre, il y aurait éternellement quelque chose de dernier; ce qui est absurde. La difficulté qui s'attache à la totalité de Tinlini successif semblera peut-être à quelques-uns ne pas atteindre V infini simultané , parla raison que la simultanéité semble bien indiquer T ensemble de toutes choses dans le même temps. Mais si l'on admet l'infini simullané, il faut accorder aussi la totalité de l'infini successif, et si l'on nie celte totalité, il faudra nier aussi l'infini simultané; car l'infini simullané présente une matière éternellement inépuisable, en parcourant successivement les parties qui le composent à l'infini, série dont le nombre complet serait cependant donné
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dans rinfini simultané, série {jui par le fait no peut jamais être acliovco par l'addition successive, et qui pourrait néanmoins être doimvc tout efitière. Pour sortir de cette question épineuse, il faut remarquer que la coordination tant simultanée que successive de pluïiieurs choses (parce qu'elle se fonde sur les notions de temps) nefaitpoint partie de la nol'\on intelligible de tout, mais qu'elle appartient uniquement aux conditions d'un tout sejisible, et qu'ainsi, tout en n'étant pas concevable sensiblement, elle ne cesse pas de l'être intellectuellement. Il suffit à la notion intellectuelle que des coordonnés soient donnés d'une manière quelconque, et qu'ils soient tous pensés comme appartenant à une seule chose.
SECTION II
De la différence du sensible et de l'intelligible en général.
La sensibilité est cette réceptivité du sujet qui fait que l'état représentatif de ce sujet est affecté d'une manière certaine par la présence de quelque objet. Vintellige/ice (rationalitas) est lafûculté du sujet par laquelle il peut se représenter les choses qui ne sont pas de nature à passer par les sens. L'objet de la sensibilité est sensible ; mais ce qui ne contient rien
qui ne puisse être connu que par rintelligence est intelligible. L'Ecole appellait le sensible phénomène, et l'intelligible iionmène. La connaissance, comme soumise aux lois de la sensibilité, est seiisitive ;commç. soumise aux lois de l'inlelligence, elle est intellectuelle ou rationnelle.
Mais comme tout ce qui, dans la connaissance, est sensitif, dépend du caractère particulier du sujet, suivant que ce sujet est capable de telle ou telle modification en présence des objets, et comme cette modification peut varier suivant les cas et la diversité môme des sujets, et qu'il n'y a de connaissance exempte d'une telle condition que celle qui concerne un objet, il est évident que tout ce qui est pensé sensitivement est une représentation des choses telles qu'elles apparaissent, mais que ce qui est pensé intellectuellement est une représentation des choses telles qu elles so7it. Mais il y a dans toute représentation sensible quelque chose qu'on appelle matière^ à savoir, la sensation, et quelque autre chose qu'on peut appeler la forme, à savoir, V espèce [species) des choses sensibles, espèce qui varie suivant que la variété môme des choses qui aiïectent les sens sont coordonnées en vertu d'une certaine loi de l'esprit. Or, de
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inOiiit' (jue la sensation (jiii constitue la matière de la représentation sensible témoigne de la présence de quelque chose de sensible, mais dépend, quant à la qualité, de la nature du sujet, suivant que ce sujet peut être modifié par cet objet, de ^lèrae aussi la forme de cette représentation atteste bien un certain l'apport, une certaine relation des choses senties, mais elle n'est pas proprement une esquisse ou un schème de l'objet ; ce n'est qu'une certaine loi innée à l'esprit en vertu de laquelle il coordonne ce qu'il sent par suite du sentiment de la présence de l'objet. Car les objets ne frappent pas les sens par la forme ou l'espèce (speciem); en sorte qu'il faut, pour que la diversité qui affecte le sens de l'objet soit réduite à une certaine totalité de la représentation, il faut un principe interne de l'esprit, (jui serve à donner une certaine espèce à cette diversité, suivant des lois fixes et innées.
La connaissance sensible comprend donc et une matière, qui est la sensatiojij VàqueWe mérite à celte espèce de connaissance l'épitliète de sensibles (sensuales) et une forme en vertu de laquelle seule, et quoiqu'il n'y ait pas de sensation, les représentations sont appelées sejisitives [sensitivœ). Quant aux choses mtellectuelles , il faut soigneusement noter, avant
tout, que r usage de l'intellect ou faculté supérieure de rame est de deux sortes : par le premier sont doiiiiées les notions mêmes ou des choses ou des rapports , c'est l'usAGE RÉEL. Par le second, les notions, quelle qu'en soit l'origine, sont seulement subordonnées entre elles, c'est-à-dire que les inférieures sont soumises aux supérieures (aux caractères communs) et comparées les unes aux autres d'après le principe de contradiction; c'est Tusage logique. L'usage logique de l'intellect ou entendement est commun à toutes les sciences ; il n'en est pas de même de l'usage réel. Une connaissance étant donnée, d'une manière ou d'une autre, est considérée ou comme contenue sous un caractère commun à plusieurs, ou comme opposée à ce caractère, et cela soit immédiatement, comme il arrive dans les jugements où il s'agit de connaissance distincte, soit médiatement comme dans les raisoîinements où il s'agit de connaissance adéquate. Dans les connaissances sensitivcs donc, des connaissances de cette espèce sont subordonnées par l'usage logique de l'entendement à d'autres de même nature , qui sont par là même des notions communes, et les phénomènes aux lois plus générales des phénomènes. Il importe extrêmement de remarquer à ce sujet que des connaissances doivent toujours être regardées comme sensitivcs, quelque étendu que soit l'usage logique qu'en fait l'entendement; car on les appelle
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sensitives à c<iiim' de Iciii ori^i/ie^ et nulleineiit à oausL" (lo la conijxii dison, au point de vue de l'idnilité ou iK' l'opposition. Les lois empiriques les plus générales neu sont doue [)as moins sensibles, et les principes de la forme sensitive que présente la géométrie (ceux d'un rapport déterminé dans l'espace), si intellectuels qu'ils puissent être, en argumentant des données sensitives (par intuition pure) suivant les règles logiques, ne dépassent cependant pas la classe des principes sensitifs. Mais, dans les faits sensibles et les phénomènes, ce qui précède l'usage logi(iue de Tentendement s'appelle apparence (apparentia) ; et la connaissance réfléchie qui résulte de plusieurs apparences, au moyen de l'entendement, s'appelle expérience. On ne peut donc passer de l'apparence à l'expérience que par la réflexion, en suivant l'usage logique de l'entendement. Les notions communes de l'expérience sont appelées empiriques , et leurs objets des phénomènes. Les lois, soit de l'expérience en général, soit de toute connaissance sensitive, s'appellent lois des phénomènes. Des notions expérimentales ne deviennent pas intellectuelles dans le sens réel du. mot, par voie de réduction à une plus grande généralité, et ne sortent pas de l'espèce de la connaissance sensitive; si haut qu'elles s'élèvent par l'abstraction, elles restent indéfiniment sensitives.
En ce qui regarde les choses intellectuelles proprement dites, à l'égard desquelles V usage de V entendement est réelj les notions de celte sorte, tant celles des objets que celles des rapports, sont données par la nature même de l'entendement; elles ne résultent d'aucune abstraction de T usage des sens, et ne contiennent aucune forme de la connaissance sensitive comme telle. Il est nécessaire, au surplus, de remarquer ici l'ambiguïté du mot abstrait, et, pour qu'elle ne vicie pas notre examen de choses intellectuelles, il importe de la dissiper dès maintenant. Il faudrait dire, si l'on voulait s'exprimer proprement, abstraire de quelque chose, et non abstraire quelque chose. La première locution signifie que , dans une certaine notion, il ne faut pas faire attention à tout ce qui peut s'attacher à cette notion; la seconde, que celte notion n'est donnée qu'à Tétat concret, et de manière à être parla séparée de ce qui s'y trouve uni. Ainsi une notion intellectuelle abstrait (sépare) de tout élément sensitif, mais n'est pas abstraite d'éléments sensilifs; et l'on s'exprimerait déjà mieux en disant une notion qui abstrait {abstrahens), qu'une notion abstraite [abstractus). Mieux vaut donc appeler idées pures les notions intellectuelles, d abstraites celles qui ne sont données qu^empiriqueriionl.
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