AVERTISSEMENT
Comme je veux m" appliquer ici à être aussi succinct que possible, je ne crois pas nécessaire de reproduire les axiomes, non plus que les définitions qui reposent sur des notions familières à tout le monde, et qui sont conformes à la droite raison ; je n'imiterai pas l'exemple de ceux qui, stériles observateurs de je ne sais quelle méthode, ne croient avoir procédé d'une manière sûre et logique qu'autant que, prenant un sujet d'aussi haut que possible, ils ont fait le recensement de toutes les erreurs qu'ils ont découvertes dans les écrits des philosophes. Qu'on ne me reproche donc pas cette omission volontaire. J'ai cru bon d'en avertir le lecteur.
DES PREMIERS TRINCirES
Propostifion I.
Il n'y a pas pour toutes les vérités un principe UNIQUE, absolument premier ^ universel.
Un principe premier et véritablement unique devrait être une proposition simple, autrement elle serait composée, et comprenant par le fait plusieurs autres propositions, elle n'aurait d'un principe unique que la trompeuse apparence. Or, une proposition vraiment simple est nécessairement ou affirmative, ou négative. Si elle est l'un ou l'autre, ellene peut être un principe universel, comprenant toutes ces vérités sans exception ; car si vous dites qu'elle est affirmative^ elle ne pourra être le principe absolument premier des vérités négatives; si vous la supposez négative^ comment servirait-elle de principe aux vérités positives?
Admettons que celte proposition soit négative ; et tout d'abord, comme toutes les vérités découlent de leurs principes soit directement, soit indirectement, n'est-il pas évident que si vous concluez directement d'un principe négatif, vous n'obtiendrez que des propositions négatives. Si maintenant vous voulez tirer indirectement de ce même principe des propositions affirmatives, convenez que vous n'y arriverez qu'à l'aide de cette proposition intermédiaire :
liE lA CONNAISSANCE MÈTAniYSlQUE. 7
Ciijusciimquc oppositum est Jalsum illiid est veiiiin i^Esi vrai tout ce dont l'opposé est faux). Celte proposition, affirmative de sa nature, ne pourra résulter ni directement du principe négatif, ni indirectement à plus forte raison, puisqu'elle aurait besoin pour cela d'elle-même. Ainsi elle ne pourra en aucune façon résulter du principe négatif. Puis donc qu'on ne saurait obtenir les propositions affirmatives d'un seul et unique principe négatif, un pareil principe n'est pas universel. Semblablement, si vous prenez pour principe absolument premier une proposition affirmative, vous ne pourrez certainement pas en tirer directement les propositions négatives. Si vous l'essayez par voie indirecte, il faudra faire intervenir cette autre proposition : Si oppositum alicujus est verum illud est falsiun (Est faux ce dont Topposé est vrai) ; c'est-à-dire que si l'opposé de quelque chose est affirmé , ce quelque chose même est nié. Et comme la proposition est négative, on voit qu'elle ne pourra dériver du principe affirmatif ni directement, ce qui est évident, ni indirectement, à moins de partir d'elle-même. Ainsi donc, malgré tous vos efforts, vous ne détruirez pas la proposition que j'ai établie tout à Theure, à savoir qu'il n'y a pas de principe unique, dernier, de toutes les vérités sans exception .
DES FRELMIERS PRINCIPES
Proposition II.
// y a deux principes absolument premiers de toutes les vérités : Vun est celui des propositions affirmatives t ci savoir; Quicquid est est (Tout ce qui est est) ; Vautre est celuides propositions négativcs^ à savoir : Quicquid non est non est (tout ce qui n'est pas n'est pas). On les comprend tous les deux à la fois sous la dénomination, généralement admise, de principe de V identité.
Je répète qu'il y a deux sortes de démonstration, la démonstration directe et la démonstration indirecte. La première déduit la vérité en partant delà convenance des notions du sujet et du prédicat, et a toujours pour fondement cette règle : Lorsque envisageant le sujet, soit en lui-même, soit dans ses rapports, nous voyons qu'il présente les caractères renfermés dans la notion du prédicat, ou qu'il exclut ceux qui sont exclus par cette même notion, nous devons en conclure que ce prédicat convient à ce sujet. En d'autres termes et plus clairement : Quand il y a identité entre la notion du sujet et celle du prédicat, la proposition est vraie. Ce qui revient à dire en termes très-généraux, comme doit l'être un premier principe : Quicquid est est, et quicquid non est non est (Tout ce