L'Idée de temps est singulière, et non gêné
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raie. En effet, un temps quelconque n'est conçu que comme partie d'un seul et même temps immense. Si l'on conçoitdeux années, on ne peut le faire qu'en les plaçant entre elles dans un rapport déterminé, et, si elles ne se suivent pas immédiatement, qu'à la condition d'être séparées par une certaine durée intermédiaire. Mais à moins de tomber dans un cercle vicieux on ne peut pas indiquer par des caractères concevables à l'entendement lequel, de temps divers, est antérieur^ lequel postérieur, et l'esprit ne le distingue que par une intuition singulière. De plus on conçoit tout ce qui est actuel comme placé dans le temps, et non comme contenu sous\di notion générale de, temps comme sous un caractère commun.
3. Vidée de temps ^^i donc une intuition^ et comme elle est conçue avant toute sensation, comme condition des rapports qui peuvent avoir lieu dans les chosessensibles, c'est une intuition pure, et non une intuition sensible.
U. Le temps est une quantité continue et le principe des lois de la continuité dans les changements de Punivers. Le continu est, en effet, une quantité qui ne secomposepasd'éléments simples. Etcomme le temps ne sert à concevoir (juc des rapports sans qu'aucun des êtres qui sont en rapport entre eux soit donné, le lemps ou (juantum qui lui est propre renferme une composition , dont la suppression par la pensée
F.T TtE l'intelligible. 23r>
enlraine celle de lout le reste. Or, ce dont la composition est telle que si cette composition est supprimée par la pensée tout disparaît en môme temps, n'est pascomposéde parties simples. Donc une partie quelconque du temps est un temps, et ce qu'il y a fie simple dans le temps, les moments, n'est pas une partie du temps, c'en est une limite, et les limites sont séparées par le temps ; car deux moments donnés ne font un temps qu'à la condition qu'il y ait en eux deux choses actuelles qui se succèdent; il faut donc qu'il y ait, indépendamment du moment donné, un temps dans la partie postérieure duquel soit un autre moment.
La loi métaphysique de la continuité' est celle-ci : Tous les changemeiits sont continus ou labiles {fluuîit)', c'est-à-dire que des états opposés ne se succèdent qu'en passant par une série intermédiaire d'états divers. Car deux états opposés se trouvant dans des moments de temps divers, et un temps quelconque se trouvant toujours compris entre deux moments, une substance placée dans la série infinie de ces moments n'étanlni dans l'un desétats donnés, ni dans l'autre, ni toutefois dans aucun^ elle sera dans plusieurs [in diyersis), et ainsi de suite à l'infini.
Le célèbre Kaestner, examinant cette loi de Leibniz en invite les défenseurs (1)à prouver que le mouvement continu d'un point par tous les côtés
(i) Hoehere Mechanik, p. 354.
d'un triangle est impossible y ce qui doit nécessairement être prouvé si l'on accorde la loi de continuité. Voici donc la démonstration demandée. Soient abc\Q& troisanirles d'un triangle recliligne. Si le mobile parcourt d'un mouvement continu les lignes ab^ bc^ ca, c'est-à-dire tout le périmètre de la figure, il est nécessaire qu'il se meuve parle point b dans la directioQ ab ^ et que parle même point b il se meuve aussi dans la direction bc. Et comme les mouvements sont divers, ils ne peuvent s'accomplir en même temps. Donc le moment de la présence du point mobile au sommet ^, en tant qu'il se meut dans la direction a^, diffère du moment de la présence du point mobile au même sommet b^ en tant qu'il se meut suivant la direction bc. Or entre deux moments est un temps; donc le mobile est présent en un même point pendant quelque temps; c'est-à-dire qu'il y est en repos; donc il ne marche pas d'un mouvement continu; ce qui est contre riiypotlièse. La même démonstration s'applique au mouvement suivant des droites quelconques renfermant un angle à volonté {dabilem). Donc un corps ne change de direction, dans un mouvement continu, qu'en passant par une ligne dont aucune partie n'est droite, c'estrà-dire en passant par une ligne courbe, suivant l'idée de Leibniz.
5. Le temps n'est pas quelque chose d'objectij et de re'el^ ni une substance, ni un accident, ni un rap-
ET I»F, l'iNTELLlOIBLE. 237
porl; c'est une condilion subjcclivc, rendue nûcessairo par la nadiro de l'esprit humain, pour se subordonner par une loi certaine tout ce qui est sensible, et déplus unv intention pure. Ceux qui affirment la réalité objective du temps, ou qui le conçoivent comme un certain flux continu d'existence [in existendo)^ sans cependant qu'il y ait rien là d^existant (conception des plus absurdes), comme le font surtout des philosophes anglais, ou comme quelque chose de réel qui serait abstrait de la succession des états internes, comme Leibniz et ses partisans. La fausseté de la seconde opinion se révélant très-clairement d'ellemême par le cercle vicieux qui atteint la définition donnée du temps, et négligeant en outre complètement \a simultanéité {]), la plus grande conséquence du temps, jette ainsi le trouble dans l'entier usage de la saine raison, en voulant qu'on détermine, non pas
(1) Les simultanés ne sont pas tels parce qu'ils ne se succèdent pas; en faisant abstraction de la succession, on écarte bien une certaine liaison, celle qui avait lieu en vertu de la série du temps; mais une autre relation véritable ne résulte pas immédiatement de là, telle que la liaison de toutes choses dans un même moment. En effet, les simultanés sont réunis dans le même moment, de la même manière que les successifs aux moments divers. Aussi, quoique le temps n'ait qu'une seule dimension, cependant l'ubiquité du temps (pour parier comme Newton), qui fait que tout ce qui est sensitivement concevable est dansquelque temps {aliquando), ajoute à la quantité [quanto] des choses actuelles une au're dimension, en ce sens qu'elles dépendent pour ainsi dire du même point du temps. Car si l'on désigne le temps par une ligne prolongée à l'infini, et la simultanéité dans chaque point du temps par des lignes coordonnées avec ordre {ordinatim applicatas), la surface qui est ainsi engendrée représentera le monde phénoménal , tant par rapport h la substance que par rapport aux accidents.
les mouvements d'après les lois du temps, mais le temps lui-même, sa nature, d'après l'observation de ce qui est en mouvement, ou par une série quelconque de changements internes; ce qui rend impossible toute certitude des règles. Mais si nous ne pouvons estimer la quantité du temps que d'une manière concrète, c'est-à-dire ou par le mouvement ou par une se'rie de pensées, c'est que la notion de temps n'a pour fondement qu'une loi interne de l'esprit, qu'elle n'est pas quelque intuition innée, et qu'ainsi cet acte de l'âme coordonnant les sentiments [sensd] n'a lieu qu'à l'aide des sens. Mais tant s'en faut qu'on puisse jamais expliquer et déduire d'une autre manière par la raison la notion de temps, que le principe même de contradiction la supposerait, et en ferait plutôt sa condition. En eiïet, A et non A ne répugnent entre eux qu'autant qu'ils sont conçus simultanément (c' esi-h-d'ire dans le même temps) duméme sujet, mais ils peuvent convenir tm même sujet l'un a/>rè.y l'autre (dans des temps différents). La possibilité du changement n'est donc concevable que dans le temps, mais le temps n'est pas concevable par les changements, c'est le contraire.
G" Quoique le temps pris en soi et absolument, soit un être imaginaire, cependant, considéré comme appartenant à la loi immuable des choses sensibles comme telles, c'est une notion très-vraie et unecondi-
KT IIK l.'iNTKlI.Klini.K. 339
(ion i\c l;i représentation iiiliiilivc, (jtii s'élciid sans exception à tons 1rs olijels possibles des sens. Car, de ce qne les choses simultanées ne peuvent, comme telles, s'offrir aux sens qu'à l'aide du temps, et que les changements ne sont concevables que par le temps, il est clair que cette notion universelle contient la forme des phénomènes, que tous les mouvements, toutes les vicissitudes internes concordent nécessairement avec les axiomes à connaître sur le temps, 'et que nous avons en partie exposés, parce que les objets des sens ne peuvent être ni être coordonnés quà ces conditions. Il est donc absurde de vouloir soulever la raison contre les premiers postulats du temps pur, par exemple, contre la continuité, etc., puisqu'ils découlent de lois qui n'ont rien d'antérieur, de plus ancien, et que la raison même ne peut faire usage du principe de contradiction sans recourir à cette notion, tant elle est primitive et originelle.
7" Le temps est donc le principe formel^ absolument premier, dumonde sensible. Car rien de tout ce qui est sensible, de quelque manière que ce soit, ne peut être conçu que comme donné ou simultanément ou successivement, et par là même comme enveloppé dans un temps unique (luiici temporis tractu), et en relation dans toutes ses parties par une position déterminée; de telle sorte que cette notion, qui est ce qu'il y a de primitif dans tout ce qui estsensitif(om«/.y
sensîtivl primarium) , donne naissance à un Tout formel, qui n'est point partie d'autre chose, le monde phénoménal,
DE l'espace.
A . La notion d'espace Jiest pas abstraite des sensations externes. En effet, je ne puis concevoir quelque chose placé hors de fnoi, qu'à la condition de me le représenter comme dans un lieu différent de celui que j'occupe , ni les choses en dehors les unes des autres qu'à la condition de les placer dans différents lieux de l'espace. La possibilité des perceptions externes, comme telles, suppose donc la notion d'espace et ne la crée pas. Et comme les choses qui sont dans l'espace affectent les sens, l'espace lui-même ne peut être tiré des sens.
B. La notion d'espace est une représentation singulière comprenant tout en soi^ et non une notion abstraite et commune qui comprendrait tout souselle. En effet, ce qu'on appelle des espaces ne sont que des parties d'un môme espace immense, qui sont corrélatifs par une position certaine, et l'on ne pcutcon- <;cvoir un pied cube qu'en le concevant limité de tous côtés par l'espace ambiant.
ET DE I.'lNTEI.LIGinij;. 2il
(1. La notion d'espace est donc une intuition pure ^ Ijuisqu'ellc est une noiion siiii^iilièrc, iioii formée de sensations, mais au contraire le fondement de toute notion externe. Il est aisé de voir cette intuition pure dans les axiomes de géométrie et dans toute construc- (ion mentale des postulats, ou même des problèmes. Il n'y a que trois dimensions dans l'espace ; entre deux points il n'y a qu'une seule droite ; d'un point donné sur une surface plane, avec une droite donnée, décrire un cercle, etc., sont en effet des propositions (jui ne se concluent pas de quelque notion universelle de l'espace; mais elles se voient dans l'espace môme comme à l'état concret. Il n'y a pas de pénétration d'esprit qui puisse décrire discursivement, ou ramener à des caractères intellectuels les choses qui sont d'un côté dans un espace donné, ni celles qui sont du côté opposé. Aussi, comme il y a dans des solides parfaitement semblables et égaux, mais disconvenants (discongruentes)^ tels, par exemple, que la main droite et la main gauche (considérées seulement quant à l'étendue), ou les triangles sphériques des deux hémisphères opposés, une diversité qui rend impossible la coïncidence des limites de l'étendue , quoiqu'elles puissent être substituées les unes aux autres, d'après tout ce qu'il est permis de dire en parlant des caractères rendus intelligi'oles à l'esprit par la parole,
il en résulte qu'une diversité, une disconvenance {dis-
congriientid) ne peut être notée que par une intuition pure. Aussi la géométrie se sert-elle de principes non-seulement certains {jioii indubitatis solunï) et discursifs, mais encore susceptibles d'être perçus de l'esprit. Aussi Vévidejice dans les démonstrations (évidence qui est la clarté d'une connaissance certaine, en tant qu'elle est assimilée à une connaissance sensible) est non-seulement très-grande en géométrie, la plus grande possible ; mais elle est encore la seule qui soit donnée dans les sciences pures , comme aussi V exemplaire et le moyen de toute évidence dans les autres sciences, parce qu'en géomé trie, c'est-à-dire en considérant les rapports deV espace, de l'espace, dis-je, dont la notion contient la forme même de toute intuition sensible, rien dans les perceptions externes ne peut être clair et lucide qu'à l'aide de cette même intuition qui est l'objet de cette science. Au surplus, la géométrie ne démontre pas ses propositions universelles; elle conçoit par une notion universelle un objet qui a lieu dans les choses sensibles , et en mettant sous les yeux, par une intuition singulière, ce qui a lieu dans les choses de l'ordre sensible [sensitms] (1).
(1) Je m'abstiendrai de faire voir combien il serait facile de démontrer que l'espace doit être nécessairement conçu comme une quantité continue. Mais de ce que l'espace est continu, il s'ensuit que le simple dans l'espace n'est pas une partie; c'est une limite. Or une limite est en génér.al ce qui dans un continu contient la raison des limites. Un espace qui n'est pas une limite d'un autre est complet {solide). La limite du solide cslldi superficie, celle de la superficie est la ligne, ccUo
ET DE I.'lNTEI-LlOIDLE. "21.1
D. L'espace n'est pas (^iieliiiie chose d'oJ'jectiJ et de réel; ce n'est pus non [)lus une substance, ni un rapport. C'est quelque chose de subjectif ci iï'n\éix\, procédant de la nature de Pesprit par une loi fixe, une sorte de sclième, servant à se coordonner tout ce qui est senti extérieurement. Ceux qui soutiennent la réalité de Tespace, ou ils le conçoivent comme le réceptacle absolu et immense des choses possibles, opinion (jui, d'après les Anglais, sourit à la plupart des géomètres, ou bien ils soutiennent que c'est la relation même des choses existantes; qu'en faisant disparaître ces choses par la pensée, cette relation s'évanouit, et qu'elle n'est concevable que dans les choses réelles, comme le pensent la plupart de nos philosophes allemands d'après Leibniz. La première de ces opinions est une vaine fiction de la raison, puisqu'on imagine de véritables relations infinies sans des êtres en rapport entre eux; ce qui n'appartient qu'au monde des chimères. Ceux qui suivent la seconde opinion sont encore plus loin du vrai. En efl'et, ne mettant d'obstacle que pour certaines notions rationnelles, pour celles qui appartiennent aux noumènes, choses du reste les plus cachées à l'entendement, les questions sur le monde spirituel, par exemple, la toule-
de la ligne est le 'point. Il y a donc trois sorles de limites dans l'espace , comme il y a trois dimensions. Deux de ces limites (la superlicie et la ligne) sont elles-mêmes des espaces. La notion de limite ne comprend d'autre quantité que l'espace ou le temps.
présence, etc., ils contredisent carrément les phénomènes eux-mêmes, et l'interprète le plus siirdes phénomènes, lagéométrie. Car, pour ne pas parler du cercle vicieux dans lequel ils tombent en définissant l'espace, ils font tomber la géométrie du faîte de la certitude au rang d'une de ces sciences dont les principes sont empiriques; car si toutes les déterminations {ciffectiones) de l'espace ne sont prises que des rapports extérieurs par l'expérience, les axiomes de la géométrie n'ont plus qu'une universalité comparative, telle qu'elle s'acquiert par induction, c'est-à-dire qui s'étend juste aussi loin que l'observation; il n'y a plus d'autre nécessité que celle qui se fonde sur la stabilité des lois de la nature; plus d'autre précision que celle qu'il plaît d'imaginer, et l'on peut espérer, comme dans les choses expérimentales, qu'on découvrira quelques jours d'autres propriétés primitives à l'espace, peut-être celles d'être bilinéaire, rectiligne, etc.
E. Quoique la notion d'espace^ comme notion de (fuelque être objectif et réel, ou de quelque détermination réelle encore, fort imaginaire, néanmoins par' rapport à tout ce qui est sensible y elle est non-seulement très-vraie, mais aussi le fondement de toute vérité dans la sensibilité externe; car les choses ne peuvent apparaître aux sens sous aucune espèce, qu'à Paide de cette vertu de l'âme qui coordonne toutes les
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sensations suivant une loi fixe qui fait partie de noire nature. Et puisque rien ne peut tomber sous les sens que suivant les axiomes primitifs de l'espace et suivant ses conséquences (sous la direction de la géométrie), bien que le principe de ces axiomes soit purement subjectif, il s'accordera nécessairement tonlcfois avec eux, parce qu^il est en cela d'accord avec luimême, et que les lois de la sensibilité sont les lois de la nature, en tant qu'elle peut tomber sous les sens. Lanalure est donc parfaitement soumise aux lois de la géométrie, pour toutes les propriétés de l'espace qu'elle démontre, non pas en partant d'une hypothèse fictive, mais bien en se fondant sur une hypothèse donnée instinctivement, comme condition subjective de tous les phénomènes par lesquels la nature peut se manifesterauxsens. Assurément, si la notion d'espace n'était pas primitivement donnée par la nature de l'esprit (de telle sorte que celui qui chercherait à concevoir d'autres rapports que ceux qui sont perçus par le moyen de l'espace, perdrait son temps, parce qu'il serait forcé de se servir encore de la notion même d'espace pour construire sa fiction), l'usage de la géométrie serait peu sur dans la philosophie naturelle ; car on pourrait douter si cette notion même tirée de l'expérience est assez d'accord avec la nature; après avoir nié peut-être les déterminations dont elle était abstraite, elle pourrait bien aussi paraître suspecte à
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quelques esprits. L'espace est donc le principe formel absolument premier du monde sensible, nonseulement parce que la notion de l'espace peut faire des objets de l'univers autant de phénomènes, mais surtout par cette raison qu'il est unique par essence, qu'il comprend absolument tout ce qu'il y a de sensible hors de nous, qu'il constitue ainsi le principe d'une universalité ^ c'est-à-dire d'un Tout qui ne peut être partie d'autre chose.
Corollaire,
Voilà donc deux principes de la connaissance sensitive^ non pas, comme il arrive dans les choses intellectuelles, deux notions universelles, mais deux intuitions singulières j et cependant pures ^ dans lesquelles, à la différence des prescriptions des lois de la raison, des parties, des parties simples surtout, contiennent la raison de la possibilité du composé, mais où, suivant l'exemplaire de l'intuition sensitive, l'infini contient la raison de la partie de tout ce qui est concevable, du simple enfin, ou plutôt de la limite. Car on ne peut assigner un espace et un temps défini en le limitant^ qu'à la condition d'admettre un infini en étendue et en durée; et le point non plus que le moment ne sont concevables ni conçus que dans un espace et un temps déjà donnés^ et conjmc limites de
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ce temps (it do cet espace. Toutes les déleriiiinalions primitives de ces notions sont donc en dehors du domaine de la raison, et ne peuvent en aucune façon s'expliquer intellectuellement. Néanmoins les conséquences déduites logiquement de données intuitivement premières, sont soumises à V entendement avec toute la certitude possible. L'une de ces notions regarde proprement l'intuition de V objet; l'autre, Ve'tat^ le représentatif surtout. Aussi l'espace sert-il comme type, à la notion du teî7ips même, qui se représente par une ligne., et ses limites (moments)par des points. Mais le temps approche plus d'une notion universelle et rationnelle, embrassant toutes choses sous tous les rapports, l'espace même et les accidents qui ne sont pas contenus dans les relations de l'espace, tels que les états de Tâme. Du reste, si le temps ne dicte pas des lois à la raison, il établit cependant les conditions à l'aide desquelles V esprit peut comparer ses notions suivant les lois de la raison; c'est ainsi que je ne puis juger de l'impossible que par rapport à un même sujet dont j'affirme en même temps A et non-A. Si tournant l'entendement à l'expérience, aux rapports de cause et d'effet, notre esprit ne peut se passer des rapports d'espace pour les objets externes, et pour tous, aussi bien pour les externes que pour les internes, il ne peut savoir qu'à l'aide d'un rapport de temps, qu'est-ce qui est avant, qu'est-ce qui est après,
OU ce qui est causé. On ne peut même rendre intelligible la quantité àe Tespace qu'en exprimant numériquement ce rapport à une mesure, à une unité; or un nombre n'est qu'une multitude distinctement connue par la numération, c'est-à-dire par l'addition successive d'une unité à une autre dans un temps donné. Enfin se présente naturellement à l'esprit de chacun la question de savoir si les notions d'espace et de temps sont innées ou acquises. L'acquisition de ces notions est déjà démontrée fausse par ce qui a été dit. Quant à l'innéilé, comme elle favorise la philosophie des paresseux, qui proclame inutile toute recherche ultérieure, en faisant appel à la cause première, on ne doit pas l'admettre légèrement. Toutefois les notions d'espace et de temps sont certainement acquises en ce sens, non pas qu'elles soient abstraites du sentiment des objets (car la sensation donne la matière et non la forme de la connaissance humaine), mais en cet autre sens qu'elles proviennent de Pacte même de l'esprit coordonnant ses sentiments suivant des lois fixes; elles sont ainsi des types immuables, susceptibles par conséquent d'être connus intuitivement. Car les sensations portent à cet acte de l'esprit, mais elles ne donnent pas l'intuition. Il n'y a d'inné en tout ceci que la loi de l'àme suivant laquelle elle assemble d'une manière certaine ses états sensitifs en présence d'un objet.
ET DE l'inteu.iuidi.e. 948
SECTION IV
Du principe de la forme du inonde intelligible.
Ceux qui regardent l'espace et le temps comme uu certain lien réel cl absolument nécessaire do toutes les choses et de tous les états possibles, pensent qu'il n'y a rien de ptus à demander pour concevoir la manière dont un rapport primitif convient à la pluralité des e.vistenccs, ou la condition primitive des iniluences possibles, et le principe de la forme essentielle de l'univers. Car de ce que toutes les choses existantes sont nécessairement quelque part, ils le croient du moins, il leur paraît inutile de rechercher pourquoi elles sont présentes entre elles d'une manière certaine, parce que la question se trouve résolue par l'université de l'espace qui comprend tout. Mais outre que celte notion, comme on l'a déjà démontré, regarde plutôt les lois sensitives que les conditions des objets mêmes, si surtout on lui reconnaît une réalité, elle n'indique cependant que la possibilité intuitivement donnée d'une coordination universelle; en sorte que celte question : quel est le principe fondamental de cette relation de toutes les substances , qui, intuitivement considérée, prend le nom d'espace, reste entière, et ne peut être résolue que par l'entendement. Toute la question du principe de la forme du monde
intelligible revient donc à faire voir comment il est possible que plusieurs substances soient en rapport 7/2?/^?^e/, et, par cette raison, appartiennent à un même tout qu'on appelle monde. Nous entendons parler ici non du monde quant à la matière, c'est-à-dire de la nature des substances dont il se compose, qu'elles soient matérielles ou non , mais bien du monde quant à la forme, c'est-à-dire de quelle manière en général il y a liaison entre plusieurs substances, et totalité entre toutes.
Si plusieurs substances sont données, le principe de corrélation possible entre elles ne tient pas à leur seule existence, ilfaut de plus quelque chose qui serve à faire concevoir leurs rapports mutuels. Il n'y a effectivement de nécessaire par rapport à la substance même que sa cause peut-être; mais le rapport de Teffet à la cause n'est pas une corrélation mutuelle, un cornmerciuîn, c'est une dépendance. Si donc il y a quelque commerce des unes aux autres, il faut que ce soit par une raison parliculioi'c qui le détermine avec précision.
Le irpûTov <^t\>^Q(i de Vinjlux physique^ suivant le sentiment vulgaire, consiste précisément à reconnaître témérairement un commerce des substances
ET i>E l'intelligible. 251
cl clos forces passagères parfaileincnt comiaissablcs par leur seule existence ; ce qui est moins un système que l'absence de tout système philosophique, parce qu'un système serait supcrllu dans la question. En affranchissant cette notion de ce défaut , nous avons une espèce de commerce qui seul mérite d'être appelé réel, et qui doit donner le Tout réel du monde, et non un tout idéal ou imaginaire.
Un tout de substances nécessaires est impossible. Car une substance nécessaire ayant sa raison d'être dans son existence même, sans dépendance d'aucune autre, dépendance qui n'existe pas pour les choses nécessaires, il est clair que le commerce des substances (c'est-à-dire la dépendance réciproque de leurs états) ne dépend pas de leur existence, mais qu'elle ne peut point du tout convenir en tant que nécessaires.
Le tout des substances est donc un tout de contingents, et le monde se compose essentiellement de purs contingents. De plus, aucune substance nécessaire n'est en rapport avec le monde, si ce n'est à titre de cause et d'effet, et non par conséquent à titre de
partie avec des compléments pour former un tout (parce que la livraison des parties entre elles est celle d'une dépendance mutuelle, dont un être nécessaire n'est pas susceptible). La cause du monde est donc un être en dehors du monde, et n'est par conséquent pas une âme du monde; sa présence dans le monde n'est non plus locale, eîie est virtuelle.
Les substances qui composent le monde sont des êtres qui dépendent d'un autre être , non pas de plusieurs ; toutes^ au contraire, dépendent d'un seul. Supposez qu'elles soient des effets de plusieurs êtres nécessaires ; des effets dont les causes n'auraient entre elles aucun rapport mutuel n'auraient pas de rapports respectifs. L'Unité dans la liaison des substances de V uni^^ers est donc une conséquence de la dépendance de toutes à V égard d'un seul être. La forme de l'univers témoigne donc de la cause de la matière, et prouve que la cause de l'universalité est la cause unique de toutes choses, et qu'il n'y a pas un architecte du monde qui ne soit pas en môme temps créateur.
Sil y avait plusieurs causes premières et nécessaires
ET DE l'i.ntelligible. 253
avec leurs clTels, leurs œuvres seraienl des mondes el non un monde, parce ([u'clles ne se raltachcraient on aucune manière à un mc^me Tout. Réciproquement, s'il y avait plusieurs mondes actuels en dehors les uns des autres, il y aurait plusieurs causes premières nécessaires, mais de telle sorte que ni un monde ne serait en relation avec un autre, ni une cause de Tun avec un monde qui serait Teffet d'une autre cause.
Donc plusieurs mondes actuels en dehors les uns des autres tie sont pas impossibles par leur notion même (comme Wolf l'a conclu mal à propos en partant de la notion de complexité ou de multitude, qu'il croyait suffire à un tout, comme tout), mais bien à cette seule condition quil nexiste quujie seule cause nécessaire de toutes choses. Mais si l'on en reconnaît plusieurs, // / aura plusieurs mondes possibles en dehors les uîis des autres^ dans le sens métaphysique le plus strict.
Si, de même qu'on peut valablement conclure d'un monde donné à une cause unique de toutes ses parties, on pouvait semblablement argumenter en sens contraire d'une cause commune donnée pour toutes à leur liaison respective, et par conséquent à la forme du monde (bien cependant, je l'avoue, que cette conclu-
25i MONDE SENSIBLE
sion ne semble pas également claire), la liaison primitive des substances ne serait pas contingente ; elle serait nécessaire pour expliquer la conservation (suste7itatio) de toutes choses par un principe commun; et l'harmonie qui résulterait de leur existence (subsistentia)^ fondée sur une cause commune, s'accomplirait aussi d'après des règles communes. J'appelle cette harmonie une harmonie généralement établie, puisque celle qui n'a lieu qu'autant que les états individuels d'une substance sont en rapport avec l'état d'une autre substance, est une harmonie singulièrement éta^ blie, et que le commerce qui résulte de la première espèce d'harmonie est réel et phj sique, tandis que celui qui résulte de la seconde est idéal et sjmpatJiique. Donc tout commerce des substances de l'univers est établi du dehors (par la cause commune de toutes) ; mais il est ou établi généralement, par influence phj/sique(voir le§ 17 amendé), ou individuellement approprié (conciliatum) à leurs états. Et, dans ce dernier cas, il a sa raison originelle dans la constitution première de toute substance, ou il est imprimé à Voccasion d'un changement quelconque : le premier est y harmonie préétablie, le second est Y occasiojialisme. Si donc la conservation de toutes les substances par un seul être rendait nécessaire cette liaisoîi de toutes choses, qui fait d'elles toutes comme une seule, le commerce des substances aurait lieu par un injlux phy-
ET DE l'intelligible. 255
sique, et le monde serait un tout réel ; iiiKicinent le commerce serait synipalliique (c'est-à-dire qu'il y aurait harmonie sans commerce véritable), et le monde ne serait qu'un tout idéal. Le premier de ces commerces, quoicpic peu démontré, me semble sudisaniment prouvé par d'autres raisons.
Scolie.
S'il était permis de sortir un peu des limites de la certitude apodictique qui convient à la métaphysique, je ferais quelques recherches, non-seulement sur les lois de l'intuition sensitive, mais encore sur les causes de cette intuition qui ne peuvent être connues que de V entendemejit . Car l'esprit humain n'est alïecté par les choses extérieures, et le monde ne lui offre un spectacle infini qu'autant qu'/Z est lui-même conservé y avec tout le reste ^ par la mêmejorce infinie d'un seul. Il ne sent donc les choses du dehors que par la présence d'une même cause conservatrice commune; aussi l'espace, qui est la condition universelle et nécessaire connue de la présence simultanée de toutes les choses, peut s'appeler V omniprésence phénoménale. Car si la cause de l'univers est présente à toutes les choses et à chacune d'elles en particulier, ce n'est pas parce qu'elle est dans les lieux qu'elles occupent, mais bien parce que les lieux, c'est-
à-dire les relations des substances sont possibles parce qu'elle est intimement présente aux choses. Or comme la possibilité de tous les changements et de toutes les successions dont le principe, en tant qu'il est sensitivement connu, réside dans la notion de temps, suppose la durée indéfinie du sujet dont les états opposés se succèdent, et que ce dont les états passent ne dure qu'autant qu'il est maintenu par autre chose, la nolion du temps, comme temps unique, infini, immuable (1), en quoi sont et durent toutes choses, est IVternité^ le phénomène de la cause universelle. Mais il paraît plus prudent de côtoyer le rivage des connaissances qui nous viennent de la médiocrité de notre entendement que de nous laisser emporter en la pleine mer de ces recherches mystiques, comme le fiiit iMalebranche, dont le sentiment, à savoir, que nous voyons tout en Dieu^ diffère de celui qu'on vient d'exposer.
SECTION V
De la méthode à suivre dans les choses sensibles et dans les intelleotuelles en métaphysique.
Dans toutes les sciences dont les principes sont donnés intuitivement, soit par une intuition sensible,
(1) Les moments du temps ne semblent passe succéder parce qu'un autre temps devrait précéder la succession des moments; mais les choses actuelles semblent descendre par l'intuition sensitive comme par une série continue de moments.
i:t um i.'iNTKii.iGiDir.. i.")"
(scfisn(ili'/n^ |i;ir r('\[)cii('iu'c), soit par une inluilion seiisitive encore [seiisitii'iun^, mais j)iiro (notions (rospacc, (le temps et dénombre), c'est-à-dire «lans la science de la nature et dans la mathématique, 1'/^sage donne la mcthode, et en essayant, en trouvant, après que la science est parvenue à un certain développement, à un certain arrangement, on voit clairement alors la marche à suivre et les moyens à prendre pour l'achever, et pour (lu'cllc Ijrille d'un éclat plus pur, après que les ert'curs et les notions confuses (pii la déparent encore en auront disparu. 11 en est des sciences comme de la grammaire , de la poétique et de la rhétorique, qui n'ont donné leurs règles et leurs préceptes qu'après un long usage de la parole, après des exemples élégants depoëmes et de discours. Mais V usage de l'entendement dans des sciences dont les notions premières et les axiomes sont donnés par l'intuition sensitive est purement logique; c'est-à-dire qu'il ne sert qu'à subordonner entre elles nos connaissances au point de vue de l'universalité, suivant le principe de contradiction, à subordonner les phénomènes à d'autres phénomènes plus généraux, des conséquences de l'intuition pure à des axiomes intuitifs. Mais dans la philosophie pure, comme est la métaphysique, où Yusage de V entendement à légard des principes est réel, c'est-à-dire où les notions premières des choses et des relations, et les axiomes
258 Mo.XDE SENSIBLE
mêmes sont originellement donnés par rcntendement pur, et où, par le fait qu'ils ne sont pas des intuitions, l'erreur est possible, la méthode prévient toute science; tout ce qui est lente avant que les préceptes soient bien examinés et fermement établis, semble témérairement conçu, et devoir être rejeté parmi les vains jeux de Tesprit. Car le légitime usage de la raison constituant ici les principes de la raison, et les objets, ainsi que tous les axiomes qui en peuvent être conçus, n'étant connus d'abord que par leur seul caractère rationnel , Texposition des lois de la raison pure est la genèse même de la science, et la distinction de ces lois d'avec des préceptes arbitraires, le critérium delà vérité. Etcommeon n'adonné jusqu'ici pour cette science d'autre méthode que celle quiest prescrite par la logique pour toutes les sciences en général, et qu'on ignore complètement celle qui est propre au génie tout individuel de la métaphysique, il n'est pas étonnant que les amis de cette espèce d'étude en roulant sans fin leur éternel rocher de Sisyphe semblent n'avoir fait aucun progrès. Quoique je n'aie ni l'intention ni la faculté de traiter ici plus longuement d'un sujet si important et si étendu, j'esquisserai cependant d'une manière rapide la partie essentielle de cette méthode, je veux dire le contact jdcheux {conta^ium) de la connaissance scîisitive avec Vintel- /ec/we/Ze, non -seulement parce qu'il pénètre furlive-
Kl |.j. l'iNTKKlCini.i:. "i.VJ
iiicnl tlaiis r;n){)licalioii d(;s principes, uuùs encore parce qu'il fabrique des fau\ j)riiicipcs, même sous forme d'axiomes.
La mélhode de toute métaphysique à l'égard du sensible et de l'intellectuel se réduit essentiellement à ce précepte : de veiller soigneusement à ce que les principes propres à la connaissance sejisitivc ne Jranchissent pas leurs limites et ne touchent pas à l'intellectuel. En effet, la prédicat, dans tout jugement énoncé intellectuellement, étant une condition sans laquelle la non-existence d'un sujet concevable est affirmée, étant par conséquent un principe de connaissance, il s'ensuit que si c'est mie notion sensitive, il ne sera que la condition d'une connaissance sensitive possible, et cadrera parfaitement avec le sujet du jugement, dont la notion est aussi sensitive. Mais s'il est rapporté à une notion intellectuelle, un pareil jugement ne vaudra que suivant des lois subjectives; il ne pourra donc être affirmé objectivement ni énoncé de la notion intellectuelle même ; il ne pourra Tétre que comme condition sans laquelle il ?ij a pas lieu à la connaissance sensitive de la notion donnée (1). Mais comme les illusions de Tentende-
i'i) L'application de ce critérium est féconde et facile pour distinguer les principes qui énoncent seulement les lois de la connaissance sensi-
ment i)ar subornalion de la nolioii sensilivo, comtne caractère intellectuel, peut s'appeler (par analogie avec une signification reçue) un vice de subreptlon^ l'intellectuel pris pour le sensitif et réciproquement sera un vice de métaphysique de subreption (un phénomène intelleciaaliséj si je puis employer ce barbarisme), de sorte que cet axiome hjhride qui donne du sensitif pour quelque chose de nécessairement adhérent à une notion intellectuelle, est pour moi un axiome suhreptice. De ces faux axiomes sont sortis des principes qui devaient tromper l'entendement et qui ont infesté toute la métaphysique. Mais pour avoir un critérium et comme une pierre de touche de ces jugements, qui soit évident et facilement reconnaissable, à l'aide duquel on distingue ces jugements faux des véritables, et pour avoir en même temps, si par hasard ces jugements paraissent tenir fermement à l'in-
tive de ceux qui prescrivent quelque chose de plus concernant les objets niênies. Car si un prédicat c.>X une notion inlcllccluelie, le rapport au sujet du jugement, si sensitivement que ce sujet i)uisse cire conçu , indique toujours un caraclire qui convient à roi)jet même. Mais si le prédicat est une notion scnsiiive, comme les lois de la connaissance sensilive ne sont pas des conditions de la possibilité des choses mêmes, il ne vaudra pas du srijet inteUeclucJlement couru du jugement, et par celte raison ne pourra cire énoncé objectivement. Ainsi , dans l'axiome vulgaire : totit ce qui existe est quelque part, le l>rédicat contenant les conditions de la connaissance sensilive, ne rourra Ctre énoncé du sujet du jugement, c'est-à-dire de tout sujet existant; cette formule qui prescrit objectivement, est donc fausse. Mais si la proposition est convcrlie, do telle sorte que le prédicat dcvieimc une notion inlcliecluclle, elle deviendra tros-vraie : par exemple : tout (0 qui est quelque part existe.
KT ItK l.'l.MKIIIilIbLK. 2GI
lt'll«'ct, iincortain ait (lo('imasti((ne oud'ossai qui serve à dislii)i^u(M' noKenjent ce (jiii est sonsitif et ce (jui est iiilollccluel, je crois (jii'il faut pénétrer plus avant clans la question.
"N'oiei donc le principe de réduction de tout axiome subreplice : j/, en gc/iéralj d'une notion iniellecluelle quelconque est affirmé quelque chose qui tient aux rapports ^'espace et de temps, Une doit pas être énoncé objectivement, et il n indique que la condition sajis laquelle la notion donnée n'est pas sensitivement connaissable. On s'aperçoit qu'un axiome de celte espèce est faux et qu'il affirme au moins témérairement et précairement s'il n'est pas faux^ à ceci : que le sujet du jugement qui est conçu intellectuellement, appartient à un objet , mais que le prédicat contenant des déterminations d'espace et de temps n'appartient qu'aux conditions de la connaissance sensitive humaine qui, par le fait qu'elle ne tient pas nécessairement à toute connaissance du même objet, ne peut être énoncée universellement de lanotion intellectuelle donnée. Si l'entendement tombe aussi aisément dans ce vice de subreplion, c'est qu'il est trompé par l'intervention de quelque règle très-vraie. C'est avec raison, en etîet, que nous supposons que rien de tout
ce qui ne peut être coîuiu parfaitement par quelque intuition n'est concevable , et par là même est impossible. Mais comme nous ne pouvons par aucun effort de la pensée, ni môme par une fiction, atteindre quelque autre intuition que celle qui a lieu d'après la forme de Tespace et du temps, il arrive que nous estimons impossible (oubliant ainsi l'intuition intellectuelle pure et affranchie des lois de la sensibilité, telle que l'intuition divine, que Platon appelle idée) toute intuition absolument qui n'est pas soumise à ces lois, et que nous soumettons ainsi tous les possibles aux axiomes scnsiîifs de l'espace et du temps.
Toutes les illusions des connaissances sensitives avec apparence de connaissances intellectuelles, illusions d'où procèdent les axiomes subreptices, peuvent se réduire à trois espèces, dont voici les formules :
1° La condition sensitive sous laquelle seule Vintuition de Tobjet est possible, est aussi la condition de la possibilité même de l'objet;
2° La condition sensitive sous laquelle seule des choses données peuveiît être comparées pour former la notion intellectuelle de l'objet, est aussi la condition de la possibilité même de l'objet;
3" La condition sensitive sous la(iuelle seule la sub-
KT liK l.'lMKUlUlUl.K. "203
somption de quol{[uc oZ-'/e/ présent à une notion iutcl- Icctuelle donnée est possible, est iuissi la condition de la possibilité nn^nie de l'objet.
Axiome subreptice de la première classe : Tout ce quiest^ est quelque part et en quelque temps (1). Ce faux principe soumet l'existence de tous les êtres, de ceux-là mêmes qui sont connus intellectuellement, aux conditions de l'espace et du temps. De là, la question oiseuse des lieux occupés par les substances immatérielles (dont cependant nous n'avons-, par cette même raison, aucune intuition sensible, ni aucune représentation sous une pareille forme) dans l'univers corporel, du siège de Tàme, etc. Et comme le sensible est abusivement mêlé à l'intellectuel, comme si l'on confondait le rond avec le carré, les disputants présentent souvent le spectacle ridicule de deux personnes dont
(1) L'espace et le temps sont conçus comme comprenant en eux tout ce qui s'offre aux sens, de quelque manière que ce soit. C'est pour cette raison que, d'après les lois de l'esprit humain, il n'y a pas d'être donné en intuition qui ne soiî contenu dans l'espace et le temps. A ce préjugé peut en être comparé un autre, qui n'est pas proprement un axiome subreptice, mais qui est un jeu de la fantaisie, et qui pourrait être formulé ainsi : l'espace et le tempssont dans tout ce quiexiste, c'est-à-dire, toute substance est étendue, etc. continuellement modifiée. En effet, ceux-là mêmes dont les notions sont le plus grossières, quoique fort asservis à cette loi de l'imagination, conçoivent néanmoins qu'il ne s'agit là que de l'effort que fait l'imagination pour se représenter les formes {species) des choses, et non des conditions de leur exislence.
264 MODE SE.NSIBLK
l'une trairait unbouc dans un tamis tenu j)ar laulre. La présence des choses iniuialérielles dans le monde des corps est une présence virtuelle, et non locale (quoiqu'elle soit improprement appelée ainsi) ; l'espace contient les conditions des actions mutuelles possibles de la matière seule; quant aux rapports externes des forces propres aux choses immatérielles, tant entre elles qu'avec les corps, c'est ce qui échappe complètement à Tesprit humain, ainsi que l'a judicieusement remarqué le perspicace Euler, grand investigateur et grande autorité dans un autre ordre de faits (dans ses Lettres à une princesse d'Allemagjie). iMais quand ils arrivent à la notion d'un être suprême et au dehors du monde, il est impossible de dire jusqu'à quel point ils sont le jouet de ces ombres qui tourbillonnent autour de leur entendement. Ils imaginent une présence locale de Dieu ; ils enveloppent Dieu du monde, puis il le conçoivent comme contenu dans un espace infini, pour le dédommager de celte limitation, en imaginant une localité conçite comme par excellence {pcr eminentiam)^ c'est-à-dire infinie. Mais il est absolument impossible d'être en môme temps dans plusieurs lieux, parce que les lieux divers sont respectivement en dehors les uns des autres, et qu'ainsi ce qui est en plusieurs lieux est en dehors de soi-même et présent extérieurement à soi-même, ce qui implique. Pour ce qui est du lemjis, ils ne se boiiieiit pas à souslraiie les lois
LT m; l'i.MtLLiuiLLi:. 205
ilola fomiuissance sonsilivc, ils réleiulenl iiu (li;là du inonde, lo transportent à l'iHre même qui en est en dehors, eonune une eonnaissance de son existence mt^me, et s'engagent ainsi dans un labyrinthe inextricable. De là des questions absurdes qui font leur torture, par exemple, [)ourquoi Dieu n'a-t-il pas créé le monde plus tôt de quelques siècles. Ils se persuadent qu'ils peuvent concevoir aisément de quelle manière Dieu voit le présent, l'actueU//^ temps oà il est, mais ils croient c^u'il est diflicile de concevoir comment il prévoit le futur, c'est-à-dire l'actuel du temps cà il /l'est pas encore. Comme si l'existence d'un élre nécessaire passait successivement par tous les moments d'un temps imaginaire, et qu'après avoir épuisé une partie de la durée, il prévoyait l'éternité qu'il doit vivre encore, avec tous les événements du monde qui doivent arriver dans cette durée! Toutes ces difiicultés disparaissent comme des songes dès qu'on se fait une juste idée du temps.
Les préjugés de la seconde espèce eu imposant à l'entendement par les conditions sensitives auxquelles l'esprit est astreint, sont encore plus difficiles à découvrir lorsquil veut, eu certains cas, arriver à l'intellectuel. L'un de ces préjugés affecte la connaissance de la
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quantité, lautre la connaissance des qualités en général. Le premier peut s'énoncer ainsi : toute multitude actuelle est numériquement exprimahley et par conséquent tout quantum fini. Voici le second : Tout ce qui est impossible se contredit. Dans l'un et l'autre la notion de temps n'entre pas dans la notion même du prédicat, et n'est pas censée caractériser le sujet, mais elle sert de moyen pour former la notion du sujet, et affecte ainsi, ou comme condition, la notion intellectuelle du sujet, en ce que nous n'atteignons que par ce moyen cette notion.
Quant au premier, comme aucun quantum aucune série n'est connue distinctement que par coordination successive, la notion intellectuelle du quantum et de la multitude ne se forme donc qu'à l'aide de cette notion de temps, et n'atteint son maximum qu'autant que la synthèse peut être achevée dans un temps fini. Telleest la raison pour laquelle une série infinie de coordonnées ne peut être distinctement comprise à cause des limites de notre enlentiement, et paraît impossible par un vice de subreption . En effet, d'après les lois de l'entendement pur, toute série d'effets a un /?n«c//?e, c'està-dire qu'il n'y a pas de régression sans limite dans une série d'effets. Mais comme, d'après les lois sensilives, toulesériede coordonnées a son commencement assignable, les propositions dont la dernière comprend I;i coiniurnsKi rd'Hifr de (ouïe la série, la pi'emièrc qui
KT HK LINTKLLUilllI.K. ïi(i7
on t'ompiviitl la dépciiddiice, sont mal à propos roi!;arclées comme idenlùpios. Do mùme, à Var^wnc.nt de iciiteiidcmcnt qui mmI à [)rouvcr que le composé subslanlicl étant donné, les principes de la composition, c'est-à-ilire les simples sont aussi donnés, j'ajoute Vi\\':^\\\\\<iïiisubreptice (siipposititium), suborné îsubornatuin] par la connaissance sensitive, à savoir, que, dans un semblable composé, il n'y a pas dans la composition des parties de régression à Tinfini, c'està-dire que dans tout composé de parties se trouve un nombre délini ; ce qui ne signiOe pas la même chose (jue la première proposition, et qui, par conséquent, lui est mal à propos substitué. Que le quantum cosmique soit limité (qu'il ne soit pas le plus grand possible), qu'il ait un principe, que les corps soient composés d'éléments simples, c'est ce qui peut assurément se reconnaître à un signe certain de la raison. Mais que l'univers soit mathématiquement fmi quant à la masse, que sa durée passée soit mesurable, que le nombre des éléments qui composent les corps soit délini, ce sont là des propositions qui décèlent ouvertement leur origine d'une connaissance sensitive, et, quelle qu'en puisse être d'ailleurs la vérité, elles portent toujours la tache certaine de leur origine.
Quant dM second axiome subrepdce, il a son origine dans la conversion abusive du principe de contradiction, [.a notion de temps tient ici au jugement
2<)8 MOr<DE SENSIBLE
primitif, en cesensque si deux opposés contradictoires sont donnés en même temps dans le mémo sujet, l'impossibilité est manifeste ; ce qui s' énonce ainsi : Tout ce qui est et iièst pas en même temps est impossible. Commoon aflirme ici par l'entendement quelquechosc dans un cas qui est donné suivant les lois [sensitives, le jugement est très-vrai et li ès-évidcnt. Au contraire, lorsque le même axiome est converti de cette façon : Tout impossible est et n'est pas en même temps , on implique contradiction, on adirme par la connaissance sensitive en général quelque chose d'un objet de la raison ; on soumet donc une notion intellectuelle du possible ou de Timpossible aux conditions de la connaissance sensitixc, c'est-à-dire à des rapports de temps; ce qui est très-vrai sans doute des lois auxquelles l'entendement humain est assujetti et limité, mais ce qui ne peut en aucune façon s'accorder objectivement et généralement. Notre entendement iCaperçoit sans doute V impossibilité qu'où il peut noter renonciation simultanée de deux opposés touchant un môme sujet, c'cst-à-tlire dans le cas seulement où il y a contradiction. Partout donc où ne se rencontre pas une condition de celte nature, il n'y a lieu pour rcntendemeiit humain à aucun jugement d'impossibilité; mais on en conclut témérairement qu'aucun entendement n'en est capable, etqu'ainsi/o/^^ ce (j/ii n'iniplitjiir pas ronlrailictioii est par là même
rr i>K i.'iNTKii.ioiui.i:. -HVJ
possible ; c'o^l jn t'ndio ilcs conditions subjoclivos de jugement pour des conditions objectives. De là tant de /onïwlictives, imaginées comme îi plaisir, qui sYîeliapponl en l'oulo, sans rencontrer l'o!)SlacIe de la contradiction des intelligences arcliilccloniques, ou plntùt portées au\ chimères. En effet, \\nc force n'étant (|ue \cr(ipj)(>rt delà substance A à quelque autre chose B (un accident), comme rapport de la raison au raisonné, la possibilité d'une force 7ie tient pas à Vi- (ientiieWc la cause et du causé, ou de la substance et de l'accident; donc l'impossibilité des forces faussement imaginées 7W dépend pas de la seide contradiction. On ne peut donc regarder une force imaginaire comme possible qu'autant qu'elle est donnée par V expérience^ et aucune pénétration de l'entendement n'en peut concevoir à priori la possibilité.
Les axiomes subreplices de la troisième espèce ne sortent pas si nombreux des conditions propres au sujet, d'où ils sont abusivement transportés aux objets, que (ainsi qu'il arrive dans ceux de la seconde classe) il n'y ait moyen de parvenir à la notion intellectuelle que par des données sensibles; seulement, ce n'est qu'à l'aide de ces données, que la notion peut Aire appliquée iin cas donné par l'expérience; c'est-
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à-dire qu'on peut connaître si quelque chose est ou n'est pas contenu sous une notion intellectuelle certaine. De ce nombre est ce principe reçu dans les écoles : tout ce qui existe dune manière contingente^ n'a pas existé autrefois. Ce principe subreptice provient de la pénurie de lentendement, qui considère le plus souvent les caractères 'verbaux de la contingence ou de la nécessité, rarement les caractères réels. On ne saura donc si Topposé de quelque substance est possible, puisque c'est à peine si on le reconnaît à des caractères pris à priori, qu'autant qu'il sera certain quelle Ji a pas existé autrejois. Les changements attestent mieux iacontingence que lacontingence n'atteste larautabililité; de telle sorte que si on n'observait rien de passager et transitoire dans le monde, c'est à peine si l'on aurait la notion de contingence. C'est pourquoi la proposition directe étant très- vraie : tout ce qui n'a pas été autrejois est contingent., l'inverse ne lait connaître que les conditions sous lesquelles seules il est possible de reconnaître si quelque chose existe nécessairement ou d'une manière contingente. Aussi^ lorsqu'elle est énoncée comme loi subjective (ce qu'elle esten elîet), elle doit se formuler ainsi : Le sens commun ne donne pas des caractères suffisants de la contingence de ce dont la non-existence antérieure n'est pas certaine. Ce qui huit par aboutir tacitement à une condition objective, comme si, sans cet accès-
hT itii l'iMi.i Ml, nui:. 271
soirc, il n'y avait (''videinnu'iU p;»s iitni à la ronlirigenco; mais ('clto addition en lait un faux axiomo, un axioino erroné; car ci' monde, existant d'une existence eonfini,'cn(e, est pcnuancnt [sempitcnius), c'est-à-diro sinndtané en tout temps, de sorte qu'on dirait faussement qu'il a été un temps oii il n'a pas existé.
.Certaines autres choses, qui ne communiquent à la notion intellectuelle aucune tache de connaissance sensilive, mais où cependant Tintellect est tellement abusé qu'il les prend pour des arguments tirés de l'objet, quand elles nous sont seulement recommandées par leur convenance avec le libre et vaste usage de Tentendement, suivant sa nature individuelle, s'attachent par une grande affînité aux principes subreptices. Aussi, comme les choses qui ont été plus haut énumérées, elles sont fondées sur des raisons subjectwes^ non sur les lois de la connaissance sensitive, mais bien sur celles de la connaissance intellectuelle, c'està-dire sur les conditions qui lui permettent d'user facilement et promptement de sa clairvoyance. Qu'il me soit permis de dire un mot, en finissant, de ces principes, qui, si je ne me trompe, n'ont été exposés distinctement nulle part ailleurs. J'appelle principes de convenance les règles du jugement auxquelles nous
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nous sonmellons volontiei-s, auxquelles nous nous attachons comme à des axiomes, par la raison seulement que si nous nous en séparions^ notre entendement ne pourrait porter aucun jugement d'un objet donné. Au nombre de ces principes sont les suivants : Le TREMiER, par lequel nous admettons que tout dans Vunivers arrive suivant un ordre de la nature. Ce principe a 6té admis sans restriction par Epicurc; et tous les philosophes sont unanimes à reconnaître quil ne doit y être apporté que de très-rares exceptions, au nom même de la plus impérieuse nécessité. Nous en décidons ainsi, non que nous ayons une aussi vaste connaissance des événements cosmiques suivant les lois communes de !a nature, ou parce que l'impossisibilité d'événements surnaturels nous serait démontrée, ou que la possibilité hypothétique de ces sortes d'événements soit la plus petite possible, mais parce que si Ton déserte l'ordre de la nature, il n'y a plus aucun usai^e possible de l'entendement, et que l'affirmation téméraire du surnaturel est l'oreiller d'un entendement paresseux. Par cette raison, nous écartons avec soin de l'exposition des phénomènes les miracles relatifs [comparativa) , je veux dire l'influence des esprits, par la raison que leur nature nous étant inconnue, renlendement serait, à son grand domma2;e, détourné de la lumière de rexpérience, vers des ombres de causes et d'espèces ou formes inconnues, elque ce-
ET DE l'intellkhdle. 273
puikliiiil loxpc'iiL'uco seule clomic à l'esprit le moyen de jiiJ^er d'après des lois connues. Le second de ces principes est celle /(weur de Viinité, propre à l'esprit philosophique, d'ouest venu ce canon vulgaire: que les principes ne doivent pas être multipliés sans nécessité. Si nous l'admettons, ce n'est pas que nous voyions par la raison ou par Pexpérience une unité de cause dans le monde, mais c'est que nous cherchons par un instinct de l'entendement cette unité même, parce qu'il ne croit avoir avancé dans l'explication des phénomènes quen raison des progrès qu'il lui a été donné de faire en allant de ce même principe à un plus grand nombre de conséquences. Le troisième principe de cette espèce est celui-ci : Aucune matière absolument ne naît îii ne périt ^ et toutes les vicissitudes du monde n'en atteignent que la forme. Ce postulat, suggéré par le sens commun, est reçu de toutes les écoles de philosophie. Ce n'est pas qu'il soit évident ou démontré par des arguments a priori^ mais c'est parce que si Ton regarde la matière comme passagère, transitoire, l'entendement n'aura plus rien de parfaitement fixe et durable pour expliquer les phénomènes par des lois universelles et perpétuelles.
Voilà ce que j'avais à dire de la méthode, surtout en ce qui regarde la différence entre la connaissance sensitive et l'intellectuelle; si cette méthode est un
jour traitée d'une manière plus approfondie, elle sera,
pour tous ceux qui s'engageront dans les profondeurs secrètes de la métaphysique, une science propédeutiqued'un incalculable profit.
Nota. La recherche de la méthode étant l'objet unique de cette dernière section, et les règles qui prescrivent la véritable forme du raisonnement à Tégard du sensible étant évidentes, et comme elles ne tirent pas cette lumière d'exemples donnés pour éclaircir le sujet, je n'en ai cité qu'en passant. Il n'est donc pas étonnant que la plupart des lecteurs croient y voir des assertions plus hardies que vraies, et qui demanderaient d'une exposition plus développée, quand on pourra la donner, une plus grande force dans les arguments. C'est ainsi que ce que j'ai dit § 27 de la localisation des choses immatérielles a besoin d'une exj)lication,qu'on voudra bien chercher dans Euler, t. II, c. I, p. 49-52. En eiïet, l'âme n'est pas en relation avec le corps parce qu'elle est fixée dans une partie déterminée du corps, mais on lui assigne un lieu déterminé dans tout le corps parce qu'elle est en commerce mutuel avec un certain corps, à la dissolution duquel tout le lieu qu'il occupe dans l'espace dispaniîl. La localisation de l'âme est donc dérivée et attribuée à l'âme accidentellement {contingenter), par la raison que tout ce qui ne peut pas être par soi-même objet des sensexternes (tels que leshonjmes les possèdent), c'està-dire les choses immatérielles ,nc?<l pas du tout sou-
ET 1>E L'iMEilIGlDUi. iîT.)
mis à la condition universelle des choses extérieure ment sensibles, c'est-à-dire à l'espace. Ou peut donc nier que rûme soit susceptible d'une localisation al)solue et immédiate, mais on peut lui en attribuer une hypothétique et médiate.