L— THÉMISTOCLE
DKBPOTR DB KAGKKSIK.
eKMiiTOKAEOi. ApoUou debout, la chlamyde sur les épaules, s' appuyant de la main gauche sur une longue branche d'arbre.
k). ma. Un oiseau, probablement un corbeau, les ailes étendues ; le tout dans un carré creux. M, 5. Poids 8,56 grammes. (PI. I, n" 2.)
Cette belle médaille a déjà été pubUée par son savant
possesseur, M. le duc de Luynes\ qui a bien voulu nous en donner une empreinte et nous permettre de la reproduire ici. Nous désirons faire quelques remarques sur ce monument, si important pour la numismatique de l'Asie Mineure , et chercher à en fixer l'attribution d*une manière satisfaisante.
Le général athénien Thémistocle, après avoir rendu d'éclatants services à sa patrie , avait trempé dans les intrigues de Pausanias , roi de Sparte, avec Xerxès. Lorsque la trahison de Pausanias fut découverte, Thémistocle dut quitter la Grèce et se réfugier en Asie Mineure. Après avoir passé quelque temps à étudier la langue et les mœurs persanes, il se rendit àSuse, à la cour du grand roi. Xerxès venait 4le mourir, Isdssant le trône àson fils Artaxerxe (av. J.-G. A65) ; ce dernier accueillit avec faveur l'exilé athénien , et pensant que sa présence dans le voisinage de l'Ionie pourrait être utile , il Im donna le gouvernement de la ville et du riche territoire de Magnésie sur le Méandre*. Thémistocle en tirait un revenu de cinquante talents ; il reçut en outre d'Artaxerxe les villes de Lampsaque et de Myus , et, selon quelques auteurs ', Percote et Palaescepâs dans la Troade.
Il s'établit à Magnésie, où il mourut vers iA9 de maladie, selon les uns; selon d'autres, il se donna la mort, parce qu'il voyait l'impossibilité de tenir les promesses qu'il avait faites à Artaxerxe. Il fut enterré dans l'agora de Magnésie, et ses descendants jouissaient encore dans cette ville de ceitains privil^es honorifiques , du temps de Plutarque *.
Il est à remarquer que parmi les trois villes concédées à
* Choix de médailles grecques, pi. XI.
' Thucyd., I, 138.
* Neanthes ot Phanins apudPlutarch., Vit. T/iemwlorl., 29.— Athen., I, p. 29.
* Thucyd., loc. at. — Plutarch,, Vit. ThemistocL, 32.
Thémistocle, selon Thucydide, Magnésie est la seule dont il ait pu réellement jouir ; c'est aussi la seule dont Thiâtorien indique le revenu, et dont il dise que Thémistocle Tait gouvernée \ Les autres villes étaient déjà, avant A66, au pouvoir des Athéniens; ainsi le gouvernement de Myus, port de mer de Flonie, ne pouvait être qu'une charge destinée à maintenir les droits du roi de Perse , un gouvernement m parlibus infidelium.
Thénûsincle fut donc despote de Magnésie depuis Tan h6à environ jusqu'en iA9. La médaille qui nous occupe doit avoir été frappée sous son autorité. Il semblera peut^tre difficile à beaucoup de numismatistes d'admettre qu'un vassal assez peu important du roi de Perse se soit permis de battre monnaie. Nous allons donc tâcher de montres que le droit monétaire n'avait pas dans l'empire persan le caractère qu'on lui a attribué dans des siècles postérieurs , c'est-à-dire d'être l'attribut exclusif du pouvoir suprême. Nous verrons même que ce droit était extrêmement répandu, et qu'une foule de villes ou de petits États soumis au roi de Perse l'ont constamment exercé.
C'est peut-^tre dans l'histoire d'Aryandès, satrape d'Egypte , sous Darius I , qu'il faut chercher l'origine de ces notions exagérées sur l'importance du droit monétaire chez les anciens. On a généralement admis que Darius fit périr Aryandès parce qu'il avait battu monnaie ; or le récit d'Hérodote dit tout le contraire. Voici ce que raconte l'historien grec '. Darius avait fait fabriquer des pièces d'or extrême ment fin, que Ton appelait dariques; Aryandès, voulant imiter son maître , fit frapper en Egypte des monnaies d'ai-
s llcrod, IV., 16G.
gent également très-pur, et que Ton nomma aryandiques. Le roi en conçut une vive jalousie , et bientôt après ayant suscité contre Aryandês uvc autre accusation , celle de projeter une révolte , il le fit périr. Le crime du satrape n'était pas d*avoir battu monnaie , mais d'avoir attaché son nom à une monnaie qui rivalisait par sa pureté avec celle qui portait le nom de Darius.
Le droit monétaire était essentiellement un droit municipal , un droit propre à chaque cité, quelque petite qu'elle fût , et par conséquent les monnaies frappées d<ans chaque ville étaient marquées de types particuliers , et signées du nom d'un magistrat responsable. Si la ville ou l'État était soumis au pouvoir d'un seul homme , alors les monnaies devaient porter son nom , puisqu'elles étaient émises sous sa responsabilité. Les monuments sont d'accord avec ces principes ; il est facile de nommer des villes importantes qui ont fait frapper des monnaies autonomes pendant une longue suite d'années , et sans jamais s'être soustraites au joug persan. Il suffira de citer Tarse, Sidé , Aspendus et les villes lyciennes , dont la numismatique continue sans interruption depuis le commencement du v* siècle, jusqu'à la chute de la monarchie persane.
Mais non-seulement les villes émettaient des monnaies; les satrapes aussi , ces lieutenants immédiats du roi , en frappaient et les signaient de leur nom. Pharnabaze a laissé des monnaies frappées dans deux portions très-différentes de l'Asie mineure ; à Lampsaque d'abord , ou plutôt à Cyzique \ villes situées dans sa satrapie \ ensuite à Tarse , où il fut envoyé pour conférer avec Conon (398-897). L'exemple de Pharnabaze est important, parce que pendant sa longue
» Lnynes , A'um. des Safrflp., p. 9.
carrière , ce satrape garda une fidélité invariable envers son souverain , et ne fut jamais en révolte ni ouverte ni secrète contre lui. Les dynastes de Carie, depuis Hécatom-nus jusqu'à Othontopate , ont tous battu monnaie , et il en est de même de beaucoup d'autres satrapes , pour lesquels nous renvoyons le lecteur au savant ouvrage de M. le duc de Luynes.
On nous pardonnera d'avoir insisté aussi longuement sur la nature du droit monétaire ; mais il nous a semblé utile de répondi*e d'avance à des objections possibles et de montrer à priori que Thémistocle pouvait parfaitement battre monnaie à Magnésie.
La médaille que nous avons décrite porte le nom du célèbre général athénien écrit en caractères usités au milieu du Y* siècle en lonie* Le revers porte les initiales de la ville de Magnésie. Le style archaïque de la figm^e d'Apollon , le can^ creux , tout indique l'époque de l'exil de Thémistocle. Enfin le type convient à la ville où la médaille a été frappée ; sur les tétradrachmes de Magnésie émis à une époque postérieure , Apollon est représenté debout à côté d'un trépied. Tout s'accorde donc à déterminer l'attribution de notre médaille à Magnésie du Méandre.
Cependant, à première vue , elle rappelle ces médailles frappées à Sidé, en Pamphylie, et dont la légende a exercé et exercera encore la sî^acité des philologues * ; la figure d'Apollon y est traitée de la même manière , quoique avec moins de finesse que sur la médaille ionienne. Le corbeau qui est debout aux pieds du dieu sur la médaille pamphylienne, forme le type du revers sur celle de Magnésie. Enfin on peut établir un rapprochement entre le revers de
■ Luynes, A «m. des Sa fr., pi. III.
notre médaille et celui des monnaies cypriotes, attribuées à Salamine * par M. le duc de Luynes. Cet habile numismatiste a dû être frappé de cette ressemblance avec des pièces qui appartiennent eertdnement & l'île de Cypre et à la côte pamphylienne ; aussi a-t-il attribué notre médaille, quoique avec hésitation , à Magydus en Pamphylie. On aurait pu penser également à Malum en Cypre , ville qui fut prise par Cimon *, et qui avait peut-être des despotes de race hellénique ; du moins deux siècles plus tard , lorsqu'elle fut détruite par Ptolémée Soter, son roi se nommait Stasicecus '.
Mais à toutes ces attributions il existe ime objection grave : c'est le poids de notre médaille. Toutes les monnaies d'argent de la Pamphylie et de Cypre sont frappées d'après le système persan ; les plus grosses pèsent de 10,70 à 11,20 grammes, c'est-à-dire deux fois la darique d'argent La médaille de Tbémistocle , au contraire, est une didrachme aitique ; et le système attique n'a guère été usité dans le midi de l'Asie Mineure ; on ne pourrait même citer que quelques villes lyciennes qui l'aient employé.
En résumé il nous semble que toutes \ç8 probabilités se réunissent en faveur de l'attribution à Ma^ésie et au Tbémistocle de l'histmre. Il faut sans doute être en garde contre le sentiment qui fait rattacher à un homme célèbre tout ce qui porte son nom ; mais ici les données de l'histoire et de la critique s'accordent trop bien , pour que la présence sur la même pièce du nom de Tbémistocle et des initiales de la ville qu'il gouvernait soit une coïncidence fortuite.
* Lnynes, Num. cyjyr.^ pi. III.
* Diod.,XlI,3.
» Diod.,XIX. 70.
IL— TYMNÈS,
OMPOTS DB TBEMBBA.
TTMN. Hercule , tourné à droite , un genou en terre , un carquois à la ceinture ; il est coiffé de la peau de lion , qui est nouée autour de son cou ; de la main gauche il tient un arc, et de la droite, élevée au-dessus de sa tête, sa massue , dont on voit les traces sur le bord de la médaille. Dans le champ il y a un ; cette lettre, plus grande que les autres , ne parait pas faire partie de la légende.
ij. TEPif EPIKON. Tête de lion à gauche , la gueule ouverte ; le tout dans un carré creux. M. à. Poids A, 63 grammes. ( PI. I , if 1. )
Cette médaille , qui fait partie de la collection du Musée britannique , a été trouvée dans l'île de Cos , par M. Gh. Newton, consul d'Angleterre à Mytilëne. Ce savant, ayant été empêché par diverses circonstances , de faire connaître luimême aux numismatistes ce précieux monument , nous a autorisé à le publier ; nous ssdsissons cette occasion de l'en remercier. La médaille est d'un beau style archaïque ; la forme des lettres est ancienne, et annonce une époque qui ne peut s'éloigner beaucoup du milieu du v* siècle. L'on ne connaissait point de monnaies de Terméra , et notre pièce possède le double intérêt d'être le premier monument numismatique de cette ville , et de porter le nom d'un despote dont la famille est mentionnée par Hérodote.
Terméra était une petite ville de la Carie , située à l'extrémité sud-ouest de cette province , entre Halicamasse et Myndus ; le promontoire sur lequel la ville était bâtie s'appelait Termérium , et faisait face au cap Scandaria dans rile de Cos *. Etienne de Byzance place Terméra en Lycie,
• Strab., XIV, p. 657 et la note de Kramer. —Suidas., v. Tepijipia xotxd.
et confond le nom de cette ville avec celui des Tenniles ou Lyciens ; dans un autre passs^e il cite Telméra en Carie ; évidemment Tennéra et Telméra ne font qu'un *.
Terméra servait de prison aux rois de Carie , et de là venait , selon Suidas, le proverbe Tepfjipia xaxa. Cependant une autre tradition a été conservée par Plutarque *. Le Lélège Termérus avait été tué par Hercule , en punition de ses nombreux méfaits; Hercule lui avait fendu la tête, comme lui fendait celle de ses victimes , et le proverbe s'appliquait aux maux qu'on souffrait soi-même après les avoir infligés à autrui. Quoi qu'il en soit, cette traditiofn prouve l'antiquité de Terméra, dont le Lélège Termérus était réputé le fondateur ; il eut même l'honneur d'être un des plus anciens pirates de l'Archipel ; au moyen de radeaux grossiers il faisait des excursions de Terméra dans l'île de Cos •.
Lorsque Mausole agrandit Halicamasse,et en fit la ca^ pitale de la Carie, il dépeupla plusieurs petites villes voisines et en transporta les habitants à Halicarnasse. Des huit villes des Lélèges qui existaient dans la portion de la Carie , comprise entre le golfe d'Iasus et le golfe Céramique , il n'en laissa que deux , Myndus et Syangéla ou Tn^^angéla *. A Terméra , il ne dut rester que la forteresse qui servait de prison. Halicarnasse fut prise et presque détruite par Alexandre ; plus tard il la releva aux dépens de six petites villes du. voisinage , parmi lesquelles était Syangéla '. Après Alexandre il n'est plus fait mention de Terméra , ni des autres villes des Lélèges.
* Steph. in. v. TAfiepa, Téptificot.
• Vit. ThM,, 11.
• Phllippus ThcaDg. apuil Fragm. hist. //r,, IV, p. 475, éd. Didot,
* Strab., Xm,p. 611.
» rUn., V, 29.
Cependant l'emplacement de l'ancienne ville semble n'a-voir jamsds été complètement abandonné. Strabon appelle Terméra ^^wptov , et Pline en parle comme d'une ville existant de son temps. Dans le texte de ce dernier, Terméra porte le titre de ville libre ; mais il est très-probable que l'épithète libéra se rapporte à la ville de Bargylia , beaucoup plus importante , et placée à la suite de Terméra dans b nomenclature du géographe latin '.
Voilà tout ce* que l'on trouve dans les auteurs au sujet de Terméra* Dans les listes des tributs payés aux Athéniens par leurs alliés , les Termériens figurent plusieurs fois. A l'époque où ces listes ont été dressées, c'est-à-dire entre les années A&7 et àlh , Terméra était une ville d'une certaine importance ; son tribut était assez élevé , et beaucoup plus considérable que celui d'Halicamasse ou de Myndus ; et même cette dernière ville est désignée comme auprès de Terméra , M6v8oç itapà Tipjispx '.
Parmi les despotes des villes de l'Asie Mineure au commencement du V* siècle , Hérodote nomme Histiée , fils de Tymnès et despote de Terméra'. Lorsque l'insuccès de l'expédition contre Naxos eut déterminé Aristagoras de Milet à se révolter contre Darius , il fit arrêter tous les despotes encore à bord de la flotte qui stationnait à Myus , et rendit la liberté aux villes qu'ils gouvernaient ; cet événement eut lieu en l'an 601. Plus tard , Histiée fut réintégré dans sa petite royauté ; car il est mentionné une seconde fois parmi les principaux chefs cariens qui servaient à bord de la flotte de Xerxès en A80 ^.
* Plin., V, 29, et la aotc de Sillig.
* Bœckb, Staatshawh, Athen., II, p. 670, 709, 738. » Herod.,V, 37.
* IIcrod.,VlI,98.
Le père d'HisUée se nommait Tymnès» et nous n'hésitons pas à reconnaître ce nom propre dans la légende ttmn de notre médaille. L*on ne peut toutefois supposer que le Tymnès d'Hérodote ait fait frapper cette monnaie : son style et sa fabrication accusent une époque moins reculée. Mais il est très-probable que , selon l'usage si répandu dans l'antiquité , le fils d'Histiée portait le même nom que son aïeul ; c'est à lui que nous attribuons la médaille de Terméra.
Il nous reste à répondre à une objection qui a été faite à notre attribution. On a cru que la légende tthn indiquadt la ville carienne de Tymnus, mentionnée par Etienne de Byzance, et inscrite une fois dans la liste des t^ibuts^ Tymnus était une ville si peu importante qu'il est difficile de croire à une alliance monétaire entre eUe et Terméra. Les rares alliances de ce genre que l'on rencontre à cette époque reculée ont existé entre villes riches et commerçantes, pour qui elles pouvaient avoir une véritable utilité ; et alors il y a parité de légende , c'est-àrdire chaque ville est représentée par le même nombre de lettres , ou d'une manière également complète; il aurait donc fallu ici Tu(&vuuSv aussi bien que Tepiupocév.
Il est impossible de déterminer d'une manière exacte la date du règne de Tymnès ; nous aUons toutefois examiner à quelle époque le gouvernement despotique cessa dans les villes de cette portion de la Carie, pour faire place à un pouvoir centralisé entre les mains de la famille d'Hécatomnus.
Dans les listes des tributs, on trouve plusieurs fois le nom des habitants de Syangéla, l'une des villes des Lélèges et peu éloignée de Terméra. Boeckh a fait remarquer, dans son savant commentaire sur ces inscriptions , que le mot £\NrffeXii<
« Fragm., CVIU. Bœokh, p. 536.
est presque toujours suivi d'un nom de roi ou de gouverneur ^ En effet , dans le fragment GV, on lit clairement £u<rffEX^c â)v âpx» n(TpT)<;, là OÙ Rhaugabé, le premier éditeur de rinscription , avait vu le nom d'une nouvelle ville carienne , OnarekipUrées. De même dans le fragment 1 , Rlian* gabé avait cru découvrir le nom d'une autre ville inconnue aux géographes , Picrèsyanda; mais Bosckh y a reconnu un nom propre et lit avec raison ïïUçn\^ £uorf[YeX66c]. Ce fragment appartient à l'année àà7 (01. 83 » 2); la date du fragment GV ne peut être précisée, mais la forme du s prouve qu'il est postérieur à l'an i37 (01. 85, A], et des considérations historiques montrent que les listes, sauf quelques fragments peu nombreux, doivent être antérieures à l'année A13. Il est très-probable que les deux noms uU^c et nkprjc désignent le même personnage , et que le graveur ou le rédacteur du décret s'est trompé en écrivant uixpi\<:. Dans le fragment LXXXVII, qui appartient à la 88« Olympiade (429-424) , Bœckh lit , mais avec moins de certitude, Suavf eX^(;[&v] ÂpXi[(T](7o< [êtpxei]* Eufin dans le fragment GYII, postérieur à l'an 437, il croît reconnaître les mots [2oa]YYeX^ç 1^9]^ ^^ Tii[|jLvti<; Spxfii]; cette dernière restitution , quoique fort probable, est trop conjectwale pour que nous puissions en tirer des conséquences.
Ainsi, Syangéla était gouvernée en 447 parPicrès; son règne paraît avoir duré assez longtemps, puisqu'il était encore au pouvoir après l'année 437. Vient ensuite un prince dont le nom est Arlissus, ou quelque nom semblable ; il régnait pendant la 88" Olympiale (429-424). Enfin, après lui se place le gouvernement du despote auquel Bœckh donne le nom de Tymnès.
» Bœckh, p. 421 sqq.
Hérodote nous apprend que l'un des collègues d'Histiée de Terinéra, en 480, était Pigrès, fils de Seldomus \ Le même nom se retrouve dans la famille des tyrans d'Halicarnasse ; Artémise avait un frère ou un fils nommé Pigrès , et auteur présiuné des poèmes homériques le Margites et la Batrachomyomachie '. Les villes de Syangéla , de Terméra et d'Halicamasse étaient situées à fort peu de distance les unes des autres ; il n'est donc pas surprenant de trouver les mêmes noms dans les familles régnantes, qui étaient probablement alliées. Il nous semble très-probable que Pigrès, fils de Seldomus, était despote de Syangéla, et aïeul de celui qui figure dans l'inscription d'Athènes. Il serait naturel qu'Hérodote, natif d'Halicamasse, fît mention des chefs cariens originaires des villes de son voisinage.
Les listes des tributs enrichissent les annales de la Carie d'un autre nom de despote , et il est singulier que Bceckh ne l'ait pas remarqué. Dans le fragment V, on lit dakites lATM... Boeckh , rapprochant ce passage de deux autres, où il y a simplement iSufif^c, a lu nàxxuec l$u(jL[f^ç] , les Pactyens d'Idyma, et il fait plusieurs conjectures pour expliquer la présence de ces Pactyens dans le midi de la Carie. Il est beaucoup plus simple de lire nox-rur^ç l8u{jL[EtS(;] , comme nbipr^c Sua-ffe^euç; évidemment Pactyès était un despote d'Idyma. Pactyès est un nom lydien et carien ; Hérodote * mentionne un Lydien de ce nom, contemporain de Grésus, et il existe une inscription de Mylasa *, relative à une conspiration de Manitas , fils de Pactyès , contre le roi Mausole. ' Le fragment Y des listes des tributs appartient à l'année A A5 ;
« Herod.,VII,98.
• Saidas., v. nCypT^ç. — Plutarcli., Herod. Malign.^ 43. 3 Herod., 1,153.
* Corput Insc, gr., n' 2691 , f .
dans les deux autres passages où les Idymiens sont mentionnés (Frag. XXXV et CVIIl), il n'est plus question de Pactyès; le Fragment XXXV est de l'année 437, et l'autre lui est postérieur. On peut conclure de là que la ville d'Idyma était gouvernée , en 445, par un despote nommé Pactyès, et qu'en 437 son autorité avait probablement cessé. Il existe des médailles d'Idyma * , qui doivent avoir été frappées peu de temps après le règne de Pactyès; la légende qu'elles portent est iatmion, ce qui prouve que l'ethnique usité dans la localité était I8u|jl'o<;, tandis qu'à Athènes , on disait iSu^isuc
Il résulte de ces recherches que le régime des despotes avait presque cessé dans les villes cariennes du littoral , à l'époque où commencent les listes, en 447. Il devait en être ainsi ; car un des premiers résultats de la suprématie athénienne fut d'établir partout le gouvernement démocratique, et cette suprématie existait longtemps avant 447.
Pour en revenir à la médaille de Terméra , il nous sera plus facile maintenant de resserrer entre des limites plus étroites l'époque de son émission. La première mention des Termériens dans les listes se trouve dans le Fragment III , qui appartient à l'année 447. A cette époque, Terméra n'avait plus de despote. Ainsi notre médaille doit avoir été frappée entre les années 480 et 447, mais plutôt vers les dernières années de cet intervalle. Le style des lettres et du travail appartient plutôt à la seconde moitié du V* siècle qu'à la première.
Enfin notre médaille fournit un nouvel exemple de l'emploi de la forme adjective au lieu de l'ethnique au génitif, TspiJLsptxôv au lieu de TspjAsptwv. On connaissait déjà plusieurs exemples de cette particularité sur des médailles de villes
« PI. h n" 4.
cilidennes, Tarse, Soli et Nagidus, et sur celles d*Arcas, petite ville de la Crète *. Les médailles ciliciennes, où l'on trouve la forme adjective, paraissent être postérieures d'un demi-siècle à celle de Terméra. Quant à la forme adjective , elle pourrait bien indiquer que la médaille a été frappée sous l'autorité d'un despote et non par une communauté libre ; ainsi zoaikon , signifierût , monnaie frappée à Solij SOAEON, monnaie frappée par Us eUoyens de Soli.
IIL— HÉCATOMNDS,
ROI DB CAKIB.
l"" EKATOM. lion debout à droite.
ff. Jupiter de Labranda marchant à droite, la bipenne sur l'épaule et tenant un long sceptre de la main gauche. M. 6. Poids, 15,17 grammes. (PI. I, n* S,)
Cette médaille fait depuis longtemps partie de la collection de Berlin, et a été publiée par Beger *5 nous l'avons fait graver d'après un soufre que nous devons à l'obligeance de M. Pinder, conservateur du Cabinet de Berlin; elle est d'une extrême rareté; on n'en a jamais vu que ce seul exemplaire.
2^ EKA. Tête de lion à gauche , la gueule béante.
^\ Astre dans un carré creux. M. 3. Poids, A, 23 grammes. (PI. I, n« 6.) (Ma collection. )
3'' Même légende et même type , sans le carré creux. M. 3. Poids, 4,20 grammes. (PL I, n* 7.) (Ma collection.)
A* UÂ. Même tête de lion.
if. Même astre. M. 6. Poids, 13,05 grammes. (PL I, n' 5. ) ( Cabinet de France. )
» Voy. Musée Taync Kniclit, p. 313. — Bœckh, Corp. Intcr., n*» 3052. î Thtt. Brand,, I,p.266.
Il a été découvert récemment, en Asie Mineure, un certain nombre de médailles du module de la drachme et au type de Milet , mais qui différent de celles que Ton connaissait précédemment, en ce que, sur toutes celles dont le flan est suffisamment lai^, on lit la légende eka. Plusieurs numismatistes les ont attribuées à Hécatomnus, et cette attribution semble être confirmée par la médaille du Cabinet de France avec les mêmes types et la légende ma , qui appartiendrait alors à Mausole, fils et successeur d*Hécatomnus. Nous allons examiner si cette attribution peut se soutenir.
Il est facile de montrer que les médailles à la légende EKA sont à peu près contemporaines d'Hécatomnus. En effet, la ville de Rhodes fut fondée en 406 ' (01. 98, 1), non loin de remplacement d'Ialysus , l'une des trois anciennes villes de Fîle, et celle qui contribua sans doute le plus à la formation de la nouvelle capitale. Or les plus anciennes médailles de Rhodes, de même que les plus modernes d'Ialysus * , ont toutes le carré creux au revers. D'un autre côté, la médaille d'Hécatomnus n'a pas trace de carré creux; ce prince gouvernait la Carie en 390 *, et mourut en S77 *. Ainsi, dans cette partie de l'Asie Mineure, l'usage du carré creux sur les mon* naies cessa vers les premières années du lY* siècle. L'une des médailles avec eka a le carré creux, l'autre ne l'a pas; de sorte qu'elles appartiennent à l'époque de transition qui correspond à peu près au règne d'Hécatomnus.
M»s le poids de ces pièces empêche de les rattacher au
« Diod.,Xm,78.
» Voy.pl. I, n«8.
» Diod., XIV, 98. — Theopomp. apud Thot. cod., 176.
*DiodvXVI,36.
— IG — système monétaire des rois de Carie. Elles pèsent 4,220 à 4,25 grammes; ce sont des drachmes faibles du système attique; la pièce avec ma parait être un tridrachme du même système. Les tétradrachmes des rois de Carie pèsent de 15,15 à 16,25 gr. , ce qui donne une drachme de 3,76 à 3,80 ; mais en fait les drachmes de Mausole et de Pixodare dépassent très-rarement le poids de 3,65.
Milet était une ville d'origine ionienne; mais elle était située au midi du Méandre, et par conséquent appartenait probablement à la Carie. On pourrsdt dès lors supposer que les rois de Carie étaient maîtres de Milet, et y faisaient battre monnaie au type et dans le système de la ville. On sait que Mausole étendit considérablement sa satrapie aux dépens des provinces voisines, et notamment de Flonie; il s'empara d'Héraclée du Latmus, ville très-rapprochée de Milet, et il est question de ses guerres avec Éphèse et Phygéla '. Il peut avoir été maître de Milet, mais il est peu probable qu'Hécatomnus l'ait été; cependant ce n'est pas impossible, et l'histoire des villes asiatiques à cette époque est si peu connue , qu'il serait témérsdre de se prononcer à ce sujet.
En résumé, il nous semble que l'attribution à Hécatomnus et à Mausole est hasardée, mais elle ne doit pas être repoussée d'une manière absolue. En attendant de nouvelles découvertes, il vaut mieux, malgré la remarquable coïncidence des légendes initiales, regarder ces médailles comme des autonomes de Milet, et voir dans les légendes des noms abrégés de magistrats , tels que Hécatsus et Mandroclès.
• Polytrn.. VU , 23, § 2. — Lucian., Ihat. Mort,, 24.
l'arii. — Imprimé par K. Thd!iot cl C*. M, me RtciDe.
EXTJIAIT DE LA REVUB SaMISMÀTlQUE.
Novvellfl série, tome I*', 1856.