Le Jouvencel de Jean de Bueil
En tête : « Gy commence la table de ce présent livre appellé le Jouvencel, nouvellement fait et composé par ung discret et honnorable chevallier pour introduyre et donner couraige et hardement à tous jeunes hommes qui ont désir et voulenté de suivre le noble stille et excercisse des armes.... »
ANNE DE POLIGNAC
Le texte du Jouvencel s’arrête à ces mots : « Mais il n’eut par loysir ne aussi de faire forgier son artillerie qu’il n’eust nouvelles de ses ennemis comme après la lecture de ses gaiges qui luy ont esté envoyées. » — Dans le bel exemplaire du Jouvencel qui a été copié pour Louis de Bruges (ms. français 192 de la Bibliothèque nationale), le passage correspondant se trouve au bas du fol. 254 v®.
Les 18 pages suivantes sont remplies par le morceau intitulé : «Gy après sont les serymonnies et ordonnances qui se appartiennent à gaige de bataille fait par querelle, scelon les constitucions faictes par le bon roy Plielippes de France. »
Les trois derniers cahiers du volume, comprenant quatorze feuillets, contiennent l’Exposition du Jouvencel. « S’ensuit l’exposicion du Jouvencel faicte en l’honneur de Dieu, de la glorieuse Vierge Marie et de monseigneur saint Michel l’ange, ausquelz je supplie et requiers qu’il leur plaise me donner grâce de parfaire mon livre à la vérité... »
L’exposition du Jouvencel, qui manque dans les mss. de la Bibliothèque nationale, et que La Curne de Sainte- Palaye signala en 1754 à l’Académie des inscriptions d’après un manuscrit défectueux du comte d’Hérouville (1), est une source d’informations très précieuses pour le règne de Charles VIIl. L’auteur Guillaume Tringant nous apprend comment et par qui le Jouvencel a été rédigé: « .... Et pour ce que je sçay que le livre du Jouvencel est fait en intencion de soustenir droicture et bonne querelle, et les exemples qui y sont mys sont faitz et escripz en ceste intencion, et non pas pour faire guerre et tirannye par orgueil, par guerre et par avarice, et au rapport de plusieurs bons cappitaines et compaignons qui ont suivy les armes, et ont
{\) Mémoires de V Académie des inscriptions, TSMl, 721.— Le manuscrit signalé par La Curne de Sainte -Palaye est peut-être celui que possède aujourd’hui la bibliothèque de l’Arsenal.
ANNE DE POLIGNAC
veu la pluspart des choses escriptos ou livreappellé le Jouvencel, Jehan Tibergeau, sieur de La Mothe, Martin Morin et maistre Nicole Riolay, serviteurs du sire de Bueil, mon maistre etle leur, au rapport des vaillans hommes qui ont suyvy la guerre et de ce qu’ilz ont veu ou escript à moins mal qu’ilz ont peu, et le plus à la vérité que possible leur a esté, les choses escriptes ou dit Jouvencel.... Et moy Guillaume Tringant, dit messire Odes, nourry en la compaignie des troys dessus dis, qui ay ouy debatre à eulx mesmes et autres la certayneté et vérité des faitz, ay voulu escripre et declairer à mon povoir les choses ainsi que je les aypeu entendre et comprendre.... »
Un exemplaire du Jouvencel, venu de la bibliothèque d’Anne de Polignac mérite une considération particulière : le premier mari de cette dame, Charles de Bueil, tué à la journée de Marignan, était Tarrière-petit-fils de Jean de Bueil, auteur du Jouvencel.
Volume sur parchemin. 190 feuillets. 300 millimètres sur 250. Écriture du commencement du xvi* siècle. Reliure en velours vert, avec fermoirs émaillés aux armes de La Rochefoucauld et de Polignac ; les plats sont semés de grands M en cuivre doré.
Acquis par M. le duc de La Rochefoucauld Bisaccia.
25. Harangues tirées des auteurs de Tantiquité et mises en français.
Premier morceau du recueil. « La harengue et oraison des Corciriens devant le Conseil des Athéniens. Il est raisonnable, segneurs Athéniens, que ceulx qui viennent devers leurs voisins pour leur requérir aide, ainsi que nous venons.... »
Dernière harangue. « Comment Titus Manlius Torquatus allégua que les prisonniers ne dévoient pas estre arrançonnez de l’argent du commun. Seigneurs, dist-il, se ces
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leguatz eussent seullement requis pour ceulx qui sont au pouvoir des ennemys que on les arrançonnast...»
A la suite de cette harangue, sur les deux dernières pages du volume, on a copié la pièce intitulée : « Double des lettres que le Turc a envoyées en Rodes par herault exprès le XIV® jour de jung MV® XXII, et le siégé mis devant le dit Rodes le XXVI® du dit moys, et ung chevalier nommé Villiers, depesché du dit Rodes le lendemain de l’arrivée du dit siégé, qui fit si bonne diligence qui arriva à Lyon le premier jour d’aoust, et advertit le roy de l’arrivée du dit siégé. »
En tête du volume, grande miniature, représentant deux orateurs en présence d’un conseil.
Volume sur parchemin, de 310 millimètres sur 215. Écriture du temps de François PL Couverture en velours vert, avec fermoirs émaillés aux armes de La Rochefoucauld et de Polignac.
Acquis par M. le comte Armand.
27. Recueil de poésies d’Octovien de Saint-Gelais. En tête, prologue commençant par les mots : « Ainsi que j’estoye à mon acoustumé office embesoigné...» Volume petit in-folio, sur papier, de 182 feuillets. Écriture du commencement du xvi® siècle. Au bas delà première page, signature d’un « La Rochefoucauld.»
Acquis par la Ribliolhèque nationale. Aujourd’hui n°1158 du fonds français des Nouvelles acquisitions.
28. Méditations en vers, sur la passion et la résurrection de Jésus-Christ.
Sur le frontispice sont les armes d’Anne de Polignac. Au verso, se lisent ces vers, qui forment le titre du livret :
ANNE DE POLIGNÂC
Le recipt douloureux Du combat langoureulx De Jhesus nostre père Par langaige piteuix Et désir amoureulx De sa très digne mère.
Le recipt gracieulx Du filz très precieulx Ressuscité en gloire S’ensuit très fructueulx Monstrant le jour heureulx Pour l’heure trop amère.
En regard de ce titre, miniature représentant la sainte Vierge auprès de son fils ensanglanté et garrotté.
A la fin de l’ouvrage est un rondeau, adressé, selon toute apparence, à Anne de Polignac.
Bjondeau excusatif de V acteur.
De vostre esprit suyvant l’affection,
Je présumé de faire addiction,
A vostre oeuvre, combien que non semblable.
Mais, s’il vous plaist, vous l’aurez aggreable En excusant son imperfection.
De l’avoir faict c’est mon intention Que, si souffrez aulcune affliction.
Il vous remecte en la paix consolable De vostre esprit.
Pour ce. Madame, avoir compassion Du doulx Jhesus et de sa passion.
Une bonne heure en ce val misérable.
Vous en aurez lassus jour pardurable En tout plaisir et consolation De vostre esprit.
Volume sur parchemin. 52 feuillets, 176 millimètres sur 125. Écriture du temps de François
Acquis par M. le duc de La Rochefoucauld Bisaccia.
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3 1 . Chronique universelle, suivie d’ un Arbre généalogique des rois de France et du livre de bonne vie de Jean du Pin.
Gros volume in-folio, sur parchemin, écrit au xv® siècle.
La Chronique qui ouvre le volume se compose de deux parties. La première va depuis la création jusqu’au supplice de Pierre Remy, en 1328. Elle se termine par ces vers :
Geste cy est de Dieu la voye :
Cil qui la tient point ne desvoie.
Or le prions qu’il nous y tiengne,
Et en s’amour tous nous maintiengne,
Par quoy puissons si bien fenir Qu’en sa gloire puissons venir. Amen.
Une copie plus ancienne de la même chronique, terminée par les mêmes vers, remplit les fol. 1-92 du manuscrit français 4948 de laBibl. nat. et les fol. 1-120 du manuscrit français 4940. Une liste des rois de France qui dans ces deux manuscrits fait suite à la chronique, prouve que la compilation est de l’année 1373; nous y lisons, en effet, à propos de la dynastie capétienne : « Ceste ligniee a duré jusques cy, l’an mil CCC LXXIII (Ms. 4948, fol. 98, et ms. 4940, fol. 125 v°). La date de 1373 est confirmée par ce qui est dit des trois dynasties dans le corps de la compilation, au chapitre concernant le règne de Philippe-Auguste : a Et lors fu translaté le royaume à Hue Capet, conte de Paris, la ligniee duquel a régné des lors jusques aujourd’uy qui est Tan mil CCC LXXIIII (1) » (Ms. 4948, fol. 83, et ms. 4940, fol. 109). Le copiste du manuscrit d’Anne de Polignac a modifié ce passage, de façon à nous apprendre qu’il écrivait en 1421 et qu’il avait pour modèle un exemplaire daté de 1373 : «. . . la lignée duquel
(1) Faute de copie pour « MCGCLXXIII. »
AMSE DE POLIGNAC
a regn^ jusques à l’an de Nostre Seigneur mil IlIP et XXI courant, quant cestui présent livre fut escript, combien que ou livre dont cestui a esté extraict ne soit mis que jusques à l’an mil IIP LXXIII, en quel temps cellui livre fut fait, et pour ce que j'ay regardé, en escripvant cestui présent livre, que, depuis cellui temps de mil CGC soixante et ireze dessus dit, juques au dit an mil GGCG et vingt et ung, n’a point eu ou dit royaume mutation de seigneurie, et pour ce ay ge cy mis devant et près de cestuy feillet le nombre courant et pour cause. »
La seconde partie de la Glironique n’est qu’un extrait de la compilation sur l’histoire des rois de France que différents manuscrits nous ont conservée sous le nom de Guillaume de Nangis. L’exemplaire dont le volume d’Anne de Polignac nous offre un abrégé, appartenait à la famille que dans mon mémoire sur les ouvrages de Guillaume de Nangis j’ai désignée par la lettre F, et dont nous avons un bon type dans le manuscrit français 23138. L’exemplaire d’Anne de Polignac, comme les manuscrits les plus complets de la famille F, s’arrête aux funérailles de Louis, comte de Flandre, en février 1384, et se termine par les mots : « Et au retour d’icelle offrande s’agenoilla le dit duc de Bourgoigne une certaine espace de temps, emprès le corps du dit feu conte, etc. »
L’Arbre généalogique est la traduction d’un des ouvrages les plus connus de Bernard Gui. J’en ai rendu compte à la tin de mon travail sur les manuscrits de Bernard Gui. {Notices et extraits des manuscrits, t. XXVII, partie II, p. 452.)
Du livre de Bonne vie j’extrais quelques passages qui peuvent servir à caractériser cet exemplaire. Voici les premiers mots ou les rubriques des pièces liminaires :
Moyses prophétisa au peuple..., — Ce sont les commandemens
de la loy que Jhesu Crist bailla à Moyse en la monlaigne
de Signay... — Les doze articles de la loy que les apoustres
ANNE DE POLIGNAC
firent... — C’est la significacion des quatre euvangelistes pourquoy ilz sont transfigurez à soustenir la déité et les quatre prophètes qui sont avecques eulx... — C’est le prologue de Bonne vie. Ave Maria. Ou nom de Dieu. Amen. Cy commence les merencolies Jehan du Pin sur les condicions de cest monde... Lors commançace livre par maniéré d’illusion en l’an de Nostre Seigneur mil CGC et quarante, lequel livre est mespartiz en huit branches... — Cilz rommans est appeliez le livre de Bonne vie. Car sans double quiconquesle vouldra lire... — C’est la mémoire dont saint Claude fut et des miracles qu’il hst... — Cy commance le premier livre de Bonne vie... »
La pièce de vers qui termine l’ouvrage diffère assez de la leçon publiée par M. Paulin Paris (1), d’après le manuscrit français 451, pour mériter d’être reproduite ici :
Le Dieu d’amours nous vueille aider,
Et conforter sans ennier,
Qui bien a fait et fera,
Et par tous temps sains et entier Soit gardez sans empirez,
Qui cest proverbe entendra.
Le noble prent tousjours noblesce.
Et sa longueur et sa haultesse.
Pour bien faire de mieulx en mieulx ;
Ainsi fist cellui par grant liesse,
Par sa grandeur, par sa proesse :
Joye lui en doint dame Dieux !
Le noble homme très bien senez.
Gomme proudoms bien advisez.
En l’an que cy pourrez oyr,
Estienne par droit appeliez.
De Monbeliart ayez clamez,
A ce temps sans point démentir,
Ce livre, que vous ycy veés.
Que Mandevie est appeliez,
(1) les Manuscrits français, IV, 180 et 181.
ANNE DE POLIGNAC
A fait faire par son bon sens.
Le miliare trouver pourriez,
En deux lignes sans long procès.
Contez le bien et justement.
Le bailli ix foys comptez,
Et XVIII après nommez,
Si trouverez parfaictement Le nombre du livre que veés,
Qui fut parfaiz et revelez,
Le samedi après karesme entrant Du bailli dont j’ay parlé.
B etCtousJours ostez
Si n’aura point d’empeschement.
Mil CGC premiez nommez Cinquante et six après posez :
L’année aurez entièrement.
Si priez Dieu dévotement Que l’ame emporte evidanment De cellui qui l’a fait faire,
Et de tretous ceulx ensuivant Qui bien feront entièrement Le contenu en exemploire. Amen.
Ce manuscrit a été acquis par la Bibliothèque nationale. Aujourd’hui n°l lo9 du fonds français des Nouvelles acquisitions.