LA POULE DE CAUX
JL LUSIEURS français ont la triste manie D'aller toujours rabaissant leur patrie , Pour exalter les coutumes, les mœurs D'autres pays qui ne sont pas meilleurs. Je l'avouerai , cette extrême injustiee Plus d'une fois excita mon courroux ; Non que mon cœur , par un autre caprice , N'ait d'amitié , d'estime , que pour nous. Loin , loin de moi ces préjtigés vulgaires , Sources de Laine et de divisions !
En tous pays tous les bons cœurs sont frères. Mais , sans haïr les autres nations On peut aimer et respecter la sienne ; On peut penser qu'aux rives de la Seine Il est autant de vertus et d'honneur , D'esprit, de grâce , et même de bonheur , Que sur les bords de la froide Tamise , De l'Eridan, ou du Tage , ou du Rhin. Vous le prouver , voilà mon entreprise-. Chemin faisant, si quelque trait malin
Vient par hasard égayer ma franchise , Italien , Ibère , Anglais , Germain , Que d'entre vous mil ne se formalise ; De vous fâcher je n'ai pas le dessein.
Près Caudebec , dans l'antique Neustrie , Pays connu dans tous nos tribunaux , Certaine poule avec soin fut nourrie.
C'était l'honneur des volailles de Caujc. Imaginez un plumage d'ébène Parsemé d'or , une huppe d'argent , La crête double et d'un rouge éclatant, L'œil vif, l'air fier, la démarche hautaine r "Voilà ma poule. AJoutez-y pourtant Un cœur sensible et d'amitié capable , De la douceur , surtout de la bonté , Assez d'esprit pour savoir être aimable , Et pas assez pour être insupportable.
Son seul défaut c'était la vanité :
Las ! sur ce point qui de nous n'est coupable ?
Ma poule, àpeine au printemps de ses jours, Des coqs voisins tournait toutes les têtes : Mais , dédaignant ces faciles conquêtes , Elle voulait se soustraire aux amours.
C'est bien en vain qu'attroupés autour d'elle. Les tendres coqs, dans leurs désirs pressans ,
lOS LA POULE DE CAtTX.
Le cou gonflé , sur leurs pieds se haussans , Vont balayant la terre de leur aile :
Froide au milieu de ces nombreux amans , Ma belle poule écoute leur prière D'un air distrait , murmure un dur refus, S'éloigne d'iux ; et lorsqu'un téméraire Ose la suivre , ou veut hasarder plus , D'un coup de bec lui marquant sa colère, Dans le respect elle le fait rentrer.
Ainsi jadis cette reine d'Ithaque , Que sa sagesse a tant fait admirer , Des poursuivans sut éviter l'attaque.
L'orgueil toujours nous conduit de travers; Il n'est pas gai , de plus , et nous ennuie : Des passions la plus triste en la vie C'est de n'aimer que soi dans l'univers. Bien l'éprouva notre Normande altière r Elle tomba bientôt dans la langueur :
Elle sentit le vide de son cœur , Et soupira. Mais , hélas ! comment faire ? Se corriger ? se montrer moins sévère ? Des jeunes coqs ce serait bien l'avis : Mais que diraient les poules du pays ? On connaît trop leur caquet et leur haine.
Notre héroïne était donc fort en peine , Lorsqu'un Anglais, qui toujours voyageait