VERS SUR ANET
V ALLON délicieux, asile du repos, Bocages toujours vei-ts , où l'onde la plus pure
Roule paisiblement ses flots,
Et vient mêler son doux murmure
Aux tendres concerts des oiseaux , Que mon cœur est ému de vos beautés champêtres f J'aime à me rappeler, sous ces rians berceaux,
Qu'en tout temps Anet eut pour maîtres
Ou des belles ou des héros.
Henri bâtit ses nnu^s (i) , monumens de tendresse ; Il y grava partout le nom de sa maîtresse : Chaque pierre offre encordes croissans, des carquois , Et nous dit que DiAine ici donna des lois.
Vendôme (2) , couronné des mains de la victoire ,
Sous ces antiques peupliers
A long-temps reposé sa gloire , Et lorsque de Philippe il guidait les guerriers , Qu'il faisait fuir rAna;lais et soumettait l'Ibère, Accablé sous le poid,s des grandeurs , des lauriers ,
(i) On sait que Hem-i II bâtit Anet pour Diane de Poitiers : leurs chiÔres sont partout dans le château.
(2) Le grand Vendôme a possédé et embelli Anet. Ce fut d' Anet qu'il partit pour aller mettre Philippe V jur le trône d'Espagne,
lîl VERS SUR ANET.
Vendôme , seul soutien d'une cour étrangère ,
A regretté d'Anet le vallon solitaire.
Du Maine vint après (i) ; Du Maine, nom fameux,
Qui rappelle les arts, l'esprit, la politesse :
Sur les gazons d'Anet, théâtre, de leurs jeux,
Des immortelles sœurs la troupe enchanteresse
Suivit et chanta sa princesse.
Enfin de ces beaux lieux PenthiÈvbe est possesseur. Avec lui la bonté' , la douce bienfaisance Dans le palais d'Anet habitent en silence : Les vains plaisirs ont fui, mais non pas le bonheur. Bourbon n'invite pas les folâtres bergères
A s'assembler sous les ormeaux; Il ne se mêle point h. leurs danses légères ;
IMais il leur donne des troupeaux.
Que ton orgueil, Anet, sur ces titres se fonde : D'avoir changé de maître , eh quoi I te plaindrais-tu? Toi seul tu possédas tous les biens de ce monde ,
Amour, gloire, esprit, et vertu.
( I ) Madame la duchesse du Maine , si célèbre par *on esprit et par son goûc pour les lettres , tenait sa cour à Seaux et à Anet.