I-E PONT DE LA VEUVE
Au royauirîe de Valence Une veuve avait un fils ; Amour, J onbeur, espérance , Sur lai s'étaient réunis.
Jeune, riche, aimable et belle, A l'hymen se refusant, Peut-on aimer, disait-elle, Un autre que son enfant ?
U» beau tournois dans Valence Attirait maint chevalier; L'enfant meurt d'impatience D'y montrer son beau coursier.
Sa mère y consent, et pleure, Et lui dit en l'embrassant .* Si tu ne veux que je meure, Ne sois pas trois jours absent.
L'enfant part avec sa suite :
Bientôt il trouve un torrent; Sou coursi'r l'y précipite, Les flots emportent l'enfant.
Poui' le ramener à terre Eflîbrts et secours sont vains.
Ah ! trop malheureuse mère , C'est toi surtout que je plains !
Us saint pasteur va chez elle Pour l'iDsiruire de son sort ; A cette àme maternelle Il donne le coup de mort.
ROMANCE
Elle démeure accablée
Par j'e.vcès de ses douleurs ;
Sa s'xie est fixe et ixoiiblée ,
Et ses jeux n'ont poii-t de pletu's.
Sans proférer une plainte, Renfernianl tout dans son cœur , Enfcn d'une voix éteinte Elit dit au saint pasteur :
J'irai Lierstôt, je l'espère.
Près de ces funestes eaux \ Vous m'y conduirez , mon père , J'y trouverai le repos.
La, que ma fortune eaotière D'un pont devienne le prix, A. l'endroit de la rivière Où j'ai perdu mon cher fils :
Et qu'au moins dans ma misère Ce pont trop tard élevé Pre'serve toute autre mère Du malheur que j'éprouvai.
Je veux qu'on porte ma bière Parmi ces tristes roseaux , Qu'on la couvre d'une pierre Où l'on gravera ces mots :
« Dans cette demeure afîreuse « De mon corps sont les débris ; n Mais mon âme, plus heureuse, « Mon àme est avec mou fils. »
t^e LE PONT DE LA VEUVE.
Elle dit, et tombe morte.
On suivit sa volonté :
Près du torrent on la porte ;
Un pont s'élève à côté.
Ce pont , non loin de Valence ,
Se fait eucore admirer :
On le traverse en silence ,
Et jamais sans y pleurer.