‹ Mélanges égyptologiques (volume 2)Chapitre 52 sur 64 · LA REPARATION D'UN TEMPLE A ABYOOS · texte numérisé non relu

LA REPARATION D'UN TEMPLE A ABYOOS

Par H. de HORRACK

Le Musée da Louvre possède denx stèles ainsi décrites par M. E. de Rougé daos sa • Notice des Monuments exposés dans la galerie des Antiquités égyptiennes \ t « N~ H et 12. — Stèles en pierre calcaire. — Ces deux inscriptions ont été dédiées par Amonisenv , fils de Ouaemkaou. Il exerçait à Âbydos une charge dont le sens est encore inconnu. Le n^ll contient une prière funéraire adressée au dieu Tap-hérou. Dans la stèle n^ 12 ce personnage est représenté sous la forme d'an homme d'un âge mûr ; il parle d'une restauration monumentale exécutée sous le règne de Sesourtasen I» et qu'il a été visiter. Cette précieuse mention montre

1 Notice des monomeats, etc. , ^ édit., 1859 , p. 65.

204 MÉLANGES EGYPTOLOtilQUES.

• que le roi Terenra, dont le cartoache se voit en « lète de la stèle n* i i , appartient à Tépoque qui s'est « écoulée entre la XII® dynastie et la venue des Pas-

• teurs, c'est-à-dire à la XIII® ou à la XIV* dynastie. » La traduction du texte peut ajouter quelques renseignements utiles à cet exposé du savant égyptologue dont la science déplore la perte récente. C'est la tâche que j'aborde dans le présent Mémoire.

Outre l'importance que ces stèles ont pour l'histoire et la chronologie , elles révèlent le fait intéressant de la fondation d'un temple à Âbydos par le roi Ousertasen I , ainsi que la restauration de ce monument sous le ré^ne d'un autre roi de l'ancien empire , dont la place n'est pas encore fixée. Je reproduis sur les planches XIV et XY la copie des deux stèles , quoique le n* i i ait déjà été publié par M. Samuel Sharpe *.

Voici la traduction de ces textes :

Traduction de la stèle n« i« (pi. XIV).

Royale offrande à Osiris , qui réside dans l'Âmenti ( Voccident)^ dieu grand, seigneur d'Âbydos ; qu'il donne des offrandes de lait » de bœuf^ et d'oies , splendeur et puissance dans le Kher-neter , au Met-en-sa d'Âbydos , Âmeniseneb, le véridique, fils de Ua-em-kau , enfanté par la dame Nebatef.

Il dit: Est venu le secrétaire du gouverneur Seneb, fils du gouverneur , pour m'appeler de la part du gouverneur. Je partis avec lui; je trouvai le poliarquegouverneur qui vivait dans sa demeure. Alors ce

1 Sam. Sbarpe, 3* série, pi. 34.

seigneur me donna nne mission , en disant : J'ordonne que IQ fasses restaurer le temple d'Âbydos. Tu mettras des ouvriers selon son état S et des horoscopes des domaines et du magasin des propriétés divines.

Je le fis restaurer dans sa partie inférieure et dans sa partie supérieure, dans ses murs, ensuite dans son intérieur; il fut peint à la manière d'un livre en couleurs , en émaux , en substances brillantes , en renouvellement de ce qu'avait fait le roi Ousertesen I.

Alors VAbri du Figuier (le pharaon) vint rejoindre son lieu dans ce temple ; l'officier de la charge du sceau Ânboursi le suivait.

11 me rendit un honneur plus grand que toute autre chose y en disant : Excellentes les choses qu'il a faites pour son dieu !

Puis il me donna la valeur de dix offrandes assorties de et de pains, et un jeune veau.

Puis le Sar des oblations partit, et voilà qu'il vit les constructions ; alors il s'en réjouit plus que de toute autre chose.

Traduction de la stèle n"" H (pi. XV).

Ordre donné au Met-en-sa d'Abydos, Ameniseneb, savoir : J'ai vu les travaux que tu as faits. Par la faveur du souverain » par la faveur de sa personne auguste , passe une vieillesse heureuse dans le temple de ton dieu! Alors , ordre de me donner la partie postérieure d'un jeune bœuf. Puis un ordre me fut donné, à savoir: Opère toutes les vérifications de ce qui est dans le temple.

^ Selon i'état do temple et les réparations que cet état exige.

206 MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

Je fis selon tous les ordres qui m'avaient été donnés. Je fis consolider soigneusement chaque place de chacun des dieux qui sont dans le temple , renouvelant leors autels avec du bois de cèdre; il y eut plus d'autels qu'il n^y en avait auparavant.

Je m'appliquai de tout cœur au bien de mon dieu , et le souverain m'en récompensa \

Les deux stèles sont consacrées à un seul et même personnage nommé Âmeniseneb. L'époque à laquelle il appartient pourrait être fixée au juste si l'on connaissait celle du roi dont les deux cartouches sont gravés dans le cintre de la stèle n^ 1 1 ' et qui se lisent Ter-en-

Mais la place de ce pharaon, qui jusqu'à présent n'est

1 Dans le registre inférieur de cette stèle le défont est représenté debout devant Ànubis ; quatre lignes verticales d'hiéroglypbes disent ce qui suit :

« Offrande royale à Àp-heron , seigneur de Tosar : qu'il accorde « le souffle délectable de la vie à la personne du Met-en-sa d'Abydos < Ameniseneb, justifié, enfanté par la dame Neb-t-atef, justifiée ;

« Adoration à Âp-herou, seigneur d'Abydos, lorsqu'il se montre;

« Par moi, Met en-sa d*Abydos Ameniseneb, justifié, fils de « Oua-em-Kaou. »

s Voici la traduction des inscriptions placées sous le disque ailé dans la partie arrondie du haut de la stèle. Au centre, de droite à gaucbe :

« Le dieu bon , seigneur des deux mondes , maître de faire les « choses, le roi de la haute et de la basse Egypte Ma-sba-ennra. « vivificateur éternel (aimé) d'florus d'Edfou. » Et de gauche à droite:

« Fils du Soleil , de ses entrailles, Ter-en-ra, vivificateur étemel, « subie et parfait (aimé) d'Horus d'Edfou. »

Oosertasen I f o fi m h deuxième roi de la XII®

SUR DEUX STÈLES DE L'aNQEN EMPIRE. 207

connue que par ce seul monument , n'a été déterminée qne d'une manière conjecturale à Taidede la stèle nol2, où Ton trouve à la ligne 10 la mention du cartouche de

Çq 8 U "Jl' dynastie , dont Ameniseneb dit avoir renouvelé les travaux au temple d'Abydos. Le règne de Ter-en-ra est par conséquent postérieur à la XII* dynastie. M. de Rougé a proposé de le placer dans la XIII* ou dans la XIV*. Cependant la restauration radicale du temple d'Abydos dont parlent nos textes pourrait suggérer ridée que cet édifice avait été ruiné par l'invasion des Pasteurs, et réparé lors du rétablissement de l'autorité pharaonique, ce qui ferait penser que le règne de Ter-en-ra a pu appartenir à la XVlIe dynastie ; mais les édifices de PÉgypte tombaient trop souvent en ruine par des motifs antres que l'invasion étrangère, pour qu'on attache beaucoup d'importance à celte remarque. D'un autre côté, le style des deux monuments est celui qui caractérise les textes de l'ancien empire '. L'attribution proposée par M. de Rougé est par suite extrêmement vraisemblable.

Sur les deux stèles, Ameniseneb est représenté vêtu de la tunique ordinaire , la tète rasée et portant au cou un collier. Il a le titre de '^^JJgC, Met-en-sa d'Abydos. Mais ni notre texte ni aucune des inscriptions où ce titre

t Ma note sur le transport d*un colosse, ci-devant p. 103 , donne la traduction d'un monument de la XII« dynastie, qu'on peut comparer aux stèles expliquées par M. de Horrack. (F. C. )

308 MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

se trouve ne fooroissent de reoseignements sur la nature des fonctions qu'il désigne. Était-ce un emploi on simplement un titre ? Le Met-en-sa avait un rang inférieur

au poliarque (^ | ) et même au chancelier (t^ ) ,

et pourtant ce titre fut porté par de très-bauts fonctionnaires. Dans une des lombes de Beni-Hassan * il se joint

à ceux de "^ , noble chef, \^^ r^,chambeUan(J)\

I ' ¥ ^ , un des semers^ ^ , chef supérieur , titres

qui sont suivis par celui de ^ml^^lun' Met-ensa (lans le temple. Si l'on analyse ce groupe, on le trouve composé des signes (•^=di et •«!• liés ensemble par la particule M^. Le premier est en rapport avec de nombreuses idées. En choisissant celle de examiner , juger, et en donnant au caractère •tm» son sens particulier qui est protection, salut, conservation, on pourrait traduire l'expression entière [idiV examinateur du salut, c'est-à-dire surveillant , inspecteur de la conservation. Cette conjecture est justifiée par le fait que le dernier emploi conféré à notre personnage, ainsi que l'explique la stèle 11 , consistait à faire les vérifications générales du temple , et qu'en vertu de cette fonction il était chargé du soin de faire consolider toutes les chapelles et d'en réparer les autels.

La stèle n^ 12 nous raconte que le secrétaire du gouverneur se présenta chez Ameniseneb et l'invita à

^ Lepsius: Denknt. II, pi. 21.

2 Maspero : Jeunesse de Ramsès IL

raccompagner chez son maitre. Ce fonctionnaire, qui est désigné par le groupe ^? i , que je traduis gouverneur,

porté à la ligne suivante le titre de^^^ ^^fT' P^^^^ de la ville , gouverneur. Celle variante fait ressortir le fait déjà signalé par M. Chabas , que le premier titre est une abréviation du dernier, ou que les deux désignaient une même fonction exercée par un même personnage *.

Notons que le poliarque avait un secrétaire,^, attaché

à sa personne \ et que d'après notre stèle c'était le fils du poliarque qui remplissait cette fonction. Âmeniseneb se rend avec ce secrétaire chez le gouverneur , qui vivait

dans sa niaison^yT^^ ^^ T '. Le gouverneur est désigné ici par le titre de seigneur, ^^ ro, sar; il confie à notre personnage une mission : ^^Z^ [^=î=^

t Cbabas : Mélanges III , tome f*', lê5 et suiv. t Ma. , p. 160.

l yhha, signifie littéralement autel, table sur laqueUe est

exposée l'offrande ; il désigne aussi une demeure, un local, et ion dit le l(Aa <le« écritures pour désigner le cabinet des livres ou des archives. Un ÉgypUen, qui se donne le titre ûe la justice du roi, dit

qu'il sait tout ce qui se dit ^^ e^^ x^-7» ^^'"^ *^^**** demeure (Sharpe. Egypt. Inscr., 2« série ,83). Kha signifie par conséquent la demeure privée, le home.

2iO MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

tu fasses restaurer ' le temple (TAbydos. ObsenroDS d'abord la fonction de la particule ^v °, qui , d'après M. de Rongé*, remplace soit un auxiliaire, soit un pronom ordinaire, quand elle forme le sujet de la phrase. L'affixe personnel qui s'y joint ordinairement manque ici ; j'y ai suppléé le pronom personnel de la troisième personne, qui me parait convenir le mieux, ainsi qoe dans la phrase suivante de la stèle n^ li , ligne i :

travaux que tu as faits. Cette dernière traduction n'est cependant nullement certaine '.

Le temple d' Abydos qu'il s'agissait de restaurer est désigné simplement par les groupes ^^S ^^ J,

* 1/^ |î!!!!î^ signifie à la lettre nettoyer, laver, purifier, mais

se dit aussi des embeUisseinents , des réparations , de la restauration ; un meuble d'ébène incrusté d'or est dit purifié avec l'or. Dans notre texte il s'agit de refaire des murs , de réparer Tinténeur d'un temple et de renouveler son ornementation. L'idée purifier serait insoffisanté en français pour indiquer des travaux do ce genre.

2 Chrestom. , 191.— Je crois que i^ est ici, et dans l'exemple cité plus bas, une conjonction , et qu'il faut traduire: Comme Uy a ordre de faire restaurer le temple d*Àbydos, mets des ouvriers , etc.

Le pronom sujet deT^i=î-=j,t;ot*ioir,anloiiner, n'est pas exprimé.

Ces tournures elliptiques sont presque toujours employées quand il s'agit de parier du pharaon. C'est un ordre royal que le gouvemeor transmettait à Amenlseneb. (F. C.)

3 Le scribe me semble encore ici rester à dessein dans l'indétermination, parce qu'il s'agit du roi lui-même, qui a vu de ses propres yeux et par les yeux des hauts fonctionnaires qu'il .i envoyés sur les lieux. On peut conserver le mot à mot égyptien : Comme on • vu les travaux que tuas faits, etc. (F. C.)

SUR DEUX STÈLES DE l'aNGIEN EMPIRE. 211

qni De dous reDseigDODt pas sur le culte auquel cet

édifiée était coDsacré. Mais Tarticle ^^^^ qui précède

le subslaDtif cm anDonce que ce^deroier est employé

dans un sens déterminé et qu'il désigne un édifice particulier de la ville. Il s'agit donc probablement du fameux temple d'Osiris. Malheureusement l'identité de ce monument avec celui de notre texte ne peut plus être vérifiée , car les ruines du temple ont presque entièrement disparu. En s'avançant toujours vers le Nord, dit M. Mariette dans t l'Âvant-Propos du 1®^ vol. de son t Abydos , est une vaste enceinte de briques crues. On t y devine plutôt qu'on n'y distingue un troisième temple. « Celui-ci était consacré à Osiris et renfermait le « sanctuaire fameux honoré par l'Egypte entière. > Les ruines des deux autres temples dont parle M. Mariette sont celles d'un temple construit par Séti I et celles d'un temple fondé par Ramsés II. Ces deux monuments importants sont donc bien postérieurs à la XIF dynastie et n'ont rien de commun avec le temple dont parle notre inscription. Quoi qu'il en soit, les détails qu'on trouve dans la suite du texte sont si généraux , qu'on peut les rapporter à n'importe quel édifice sacré. Il faut donc se coDteDter du seul reuseigDemeDt que fournisse notre texte , celui de la fondation d'un temple à Abydos par le deuxième roi de la XII* dynastie '.

i Je crois que le texte n'attribue pas à Osortaseo I la fondation da temple dont il s'agit, mais seulement une reconstruction à

neuf(|'^^^^^ ). Ce temple serait donc encore plus ancien. (F. C.)

âl2 MÉLANGES ÉGYPTOLOGIQUES.

Le poliarqae ordonne à Âmeniseoeb de prendre dei ouvriers , f^^^j » d'après Fétat du tempk

(^1 •<— ). Les 1^^^ jsont les artistes travaillant da ciseau ou du burin ; nous avons vu , en effet, que la décoration du tenoiple fut renouvelée.

Âmeniseneb dut aussi pourvoir le temple de

des prêtres de F heure (forme pleine iSi» ^ irlr^)f OU horoscopes chargés de veiller à ia régie des terres appartenant au temple et au magasin des propriétés divines. 11 est peut-être difficile d'arriver à une grande précision dans la traduction de ces noms de fonctions. Mais lô culte étant reconstitué, il fallait à Tinstanl pourvoir aux dépenses ^es offrandes et à la régie des biens qui y étaient affectés.

Les réparations furent exécutées d'abord dans la partie inférieure et dans ia partie supérieure ( | | <==>) |

puis on refit les murs (0 0* ^^^^'^® ^^ restaura l'in* térieur (39( n, &Ae»).

En dernier lieu, le temple fut repeint, |ï^|^[j^) littéralement: i7 y eut des peintures:

trois termes indiquent les substances qui servirent à tracer les hiéroglyphes et les scènes mythologiques dont le

temple était décoré. Ce sont des couleurs ^ des émaux , des malières brillantes d'iqcrustation ou d'enluminure^ à propos desquelles je renonce à tenter des identifications qui resteraient forcément problématiques. Le premier terme est fréquemment cité comme un des matériaux de récriture ou de la peinture ; le second se rencontre sous la forme fss^., et le troisième sous celle de

Ces peintures étaient, dit le texte, faites | ^7^,

Ici je ne distingue pas bien l'intention du texte '.

Le surplus de l'inscription no 12 ne concerne que les témoignages de satisfaction obtenus par Ameniseneb après Taccomplissement de la tâche qui lui avait été confiée. Deux personnages firent le voyage d'Abydos à cette occasion. Le premier est désigné par les groupes

#•— fl^ J^^^^^i^'^^* ' ^^^ ^'^* d'abord considérés comme un titre de fonction suivi d'un nom : le khou ou directeur Bak. Le mot khou signifie défendre, protéger , ioigner, en latin /bt;^e ; ce serait donc une expression

i n faol comparer à ce texte les légendes du plan de l'bypogée royal sar lequel j'ai disserté. L'expression si souvent répétée sur ce

P»«»:Pi^T|;^<^^^^c-=. donne «ne expllcatioD admlssU)le de . J^ , h Vinstar d'un livre. (F. C.)

9 Le dessin donne ici le signe de la vie au lieu du pedum sur les genoux du roi assis.

2i4 MÉLANGES ÉGYPTOLOGIQUBS.

convenable pour caractériser les fonctioDS du directeur ou plutôt du conservateur d'un temple. Mais M. Chabas» en me faisant remarquer que Ton n'a pas encore rencontré dans la hiérarchie sacerdotale ou administrative une fonction de ce nom, me suggère une explication bien différente pour ce passage. Selon cet égyptologue , les

groupes % J^^^^ 1 ^ ' ^"' signifient à la lettre VAbri du Figuier, désignent le pharaon lui-même, ce que montre d'ailleurs la petite figure royale ou divine qui sert de déterminatif. M. Chabas trouve de nombreuses et excellentes preuves de cette interprétation dans l'innombrable série des expressions qui servent à nommer la personne royale ; il se réserve de traiter ailleurs ce sujet si important pour l'interprétation de certains textes.

Le roi était accompagné d'un haut fonctionnaire , le

^ ^ ^ , ou officier du préfet du sceau , ou

peut-être plus simplement officier de la charge du sceau. Ce titre est connu, par d'autres monuments. Les ^o7u-i) é^^i^i^^ à^^ <^h6fs militaires et administratifs d'un rang très -élevé; des princes de la Tamille royale occupèrent parfois cet emploi. Cette circonstance tend encore à prouver que le personnage auquel Vofficier de la charge du sceâfi servait de suite ne peut être que le roi. Nous pouvons donc tenir pour certain que le roi Ter-en-ra fit à Abydos un voyage dont le but était de

temple. Évidemment il ne faut pas prendre cette expres-

SUR DEUX STÈLES DE l' ANCIEN EMPIRE. 215

siOD au point de vue fonéraire , car le roi était vivant , et put rendre à Âmeniseneb l'honneur divin , selon l'expression du texte , c'est-à-dire la plus haute marque d'estime et de satisfaction '. Mais il avait pu faire préparer sa sépulture à Abydos, où se trouvait le tombeau le plus vénéré d'Osiris. Au témoignage de Plutarque , on y enterrait les riches et les puissants qui ambitionnaient le privilège d'avoir une sépulture près de celle du dieu \ S'il ne s'agit pas du tombeau royal , le lieu du roi ne pourrait être qu'une chapelle ou une résidence dans le temple. Espérons que les fouilles de M. Mariette nous livreront quelque jour la solution du problème.

Ter-en -ra admira beaucoup le travail accompli par Ameniseneb ; il lui rendit un honneur incomparable , et s'écria :

Excellentes les choses faites pour son dieu!

*^cii-=i est un adjectif d'approbation, de supériorité, d'excellence, qui se retrouve dans le copte otot, prœstans. L'arrangement -<s>- lk est très-remarquable; il faut le comparer à <s>' g^ ; en copte comme en égyptien ne , re , ne sont des auxiliaires fonctionnant

^ On connaît d'autres exemples de cette expression attribuant l'honneur divin à des fonctionnaires bien méritants ; il est évident qu'il ne s'agit pas d'un culte, mais seulement d'un honneur extraordinaire.

' Plutarque: Sur l9is et Osiris.

216 MÉLANGES ËGTPTOLOGIQUES.

comme des délermi natifs du verbe * , et pourraient être supprimés sans nuire à l'intelligence des phrases.

Puis le roi donne à Ameniseneb la quantité de iO oblations assorties *. Les présents d'or, d'ai^ent et d'objets de luxe n'étaient point encore d'usage ordinaire.

Il vint en dernier lieu un autre fonctionnaire, le

,^^ ra *«M*. <£>n , prince de la maison des offrandes ou de la ^naison du bonhem\ Le bouton 'Sd s'échange avec ^ pour exprimer l'idée joie, bonheur, et, dans un texte publié par M. Dûmichen , il remplace"*". Mais ces variantes sont de basse époque ; nous devons nous résoudre à ne pas reconnaître exactement la fonction du dernier venu , qui se contenta d'exprimer sa grande joie à la vue des travaux exécutés. Le roi seul avait fait des présents.

Il est à observer que dans ce passage le texte ne donne pas le nom des fonctionnaires; il les désigne seulement par le titre de leurs fonctions, de même qu'il n'a désigné le roi que par une qualification assez exceptionnelle.

La stèle n<> II (pi. XV) est chronologiquement postérieure à celle que nous venons d'expliquer, puisqu'elle mentionne l'exécution des travaux et non plus l'ordre de les exécuter. La satisfaction royale s'était d'abord manifestée par des dons et par des éloges. Cette deuxième

< Pcyron : Lexicon copHcum , 164.

2 II y a quelques signes effacés ou douteux dans les détails de l'assortiment.

SUR DEUX STÈLES DE L'âNGIEN EMPIRE. 217

Stèle parle d'une récompense plus significative : un rescrit du roi autorisa Ameniseneb à passer le reste de sa vie dans le temple qu'il avait réparé. Le message royal était accompagné d^un quartier de bœuf*, présent dont toute Timportance provenait de son origine ; c'était sans doute un morceau qui avait été destiné à la table royale.

La retraite accordée à notre personnage n'était pas absolument une sinécure , car il fut chargé de faire les inspections périodiques du temple et de le maintenir en bon état de réparations. Ameniseneb accomplit ce mandat avec zèle, fit consolider tontes les chapelles de l'édifice , embellir les autels , et en augmenta le nombre, ce qui lui valut de nouvelles récompenses de la part du roi.

Telles sont les données des deux textes que j'ai traduits ; elles ne sont pas sans intérêt » mais des découvertes nouvelles pourraient en rendre bien plus grande l'importance an point de vue historique.

DE HORRACK.

* .^^IISSS^II^» '* P****** posi(fn«t*re d'wi jeune bamf; c'était un morceau d'honneur.

LE P ER M HROU

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