‹ Mélanges égyptologiquesChapitre 2 sur 66 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

reproduction dans ce volume , ne seront pas stériles pour le progrès dans ces diverses directions.

Les citations hiéroglyphiques textuelles, auxquelles les savants se sont enfin accoutumés, enlèvent, à mon avis, tout intérêt à la question de la transcription. Je n’en demeure pas moins convaincu que la meilleure méthode de reproduire les mots égyptiens consiste à les représenter par des lettres coptes. C’est ainsi que je procède quand je veux économiser l’emploi des signes hiéroglyphiques, qui offrent toujours quelques difficultés aux compositeurs d'imprimerie. Les mots appartenant à la langue copte sont toujours spécialement indiqués dans mes citations.

Ainsi que je viens de le rappeler, mes Mélanges se composent de Mémoires distincts formant comme autant d’ouvrages séparés. A plus forte raison chaque série est indépendante des autres séries.

La deuxième série est depuis longtemps épuisée. Les dissertations sur Ramsès et Pithom et sur le séjour des Hébreux en Egypte, qui ont fait rechercher ce volume, sont développées dans un autre de mes ouvrages, récemment publié sous le titre de Recherches pour servir à l'Histoire de la XIXe dynastie , et principalement à celle des temps de l'Exode.

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LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMflURST

Par S. B1RCH et F. CHABAS

On trouve en nombre assez considérable , dans les collections publiques et privées, des documents se rapportant à l'organisation et à l'administration de l’ancienne Égypte. Parmi les plus connus on peut citer aujourd’hui :

Le papyrus Abbott . qui a donné lieu à plusieurs dissertations, entre autres à celle qui commence le premier volume de cette série de Mélanges;

Le papyrus judiciaire de Turin , qui a été publié in extenso par notre regretté confrère Théodule Devéria';

Les papyrus Lee et Rollin , qui paraissent n’être que des fragments détachés du précédent papyrus.

On a donné à cette classe de papyrus le nom de papyrus judiciaires; ce sont en effet des actes de procédure.

D’autres documents contiennent des plaintes en justice, des suppliques , des réclamations, etc. , et tiennent ainsi de près à la même classe de titres; tels sont ceux qui

t Journal asiatique, 1865.

font Lobjet des dissertations II , III et JV de cette même série de Mélanges.

Les découvertes récemment faites en Égypte et l’examen des richesses de certains Musées publics et particuliers ont montré que le fonds de pièces de ce genre qu’il nous reste à étudier est loin d’ètre épuisé ; plusieurs papyrus nouveaux ont été reconnus pour appartenir à la classe de ceux qu’on a nommés judiciaires. Il est à désirer qu’ils soient sans trop de retard mis à la disposition des égyptologues; ils rendront d’autant plus de services à la science que le sujet dont ils traitent a été plus soigneusement élucidé. Les études spéciales de plusieurs investigateurs' ont en effet jeté un grand jour sur les difficultés particulières du style de ces pièces de procédure ; mais il reste encore beaucoup à faire pour arriver à une connaissance exacte du rôle des fonctionnaires, des limites de leur autorité, de leur hiérarchie, etc. C’est un sujet très - important pour l’histoire de l’Égypte. Aussi les documents qui s’y rapportent doivent être signalés dès qu’ils sont découverts, et soumis aussitôt à des études sérieuses, de manière à compléter le plus rapidement possible nos informations sur le chapitre si important des lois et de leur application dans la terre des pharaons.

Nous publions ici en fac-similé un de ces manuscrits nouvellement découverts; il fait partie du cabinet de M. T. Amhurst de Didlington (Norfolk). Lorsque l’un

1 MM. S. Birch , F. Chabas, Th. Devéria el Maspero.

LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMHURST

de nous, M. S. Biroh , le vil pour la première fois, il était encore enroulé ; l’importance historique du document ayant été reconnue, il fut transporté au Musée britannique à Londres et déroulé par M. F.-V. Cook , qui a acquis une très-grande expérience de ce genre de travail

L’opération réussit à merveille; malheureusement le papyrus était très-endommagé sur ses plis extérieurs et sur l’un des bouts du rouleau. De la première ou des premières pages il ne reste que des débris trop fragmentés pour qu’on puisse les réunir entre eux dans un ordre assuré; les trois autres pages sont assez bien conservées, à cela près que les premières lignes en ont été emportées. Dans son état actuel le papyrus Amhurst mesure huit pieds anglais de long sur huit pouces et demi de large. L’écriture en est large et bien formée ; c’est un beau spécimen du type hiératique de l’âge des Ramessides.

Notre éminent confrère, M. Ch. Wycliffe Goodwin , lorsqu’il eut reconnu le sujet du papyrus Butler, qui nous a rendu une portion importante d’un texte trèsintéressant, a écrit les paroles suivantes : « Un charme

• tout particulier de Pégyptologie , notre science favo- « rite , c’est qu’elle abonde en surprises. De temps à « autre quelque découverte inattendue frappe nos yeux ,

* et nous ressentons alors les délicieuses sensations « qu’éprouva Belzoni lorsque pour la première fois il

■ Mis à l'abri de tout nouveau dommage, le papyrus est rentré dans la collection de M. Amhurst.

4 MÉLANGES ÉGYPT0LUG1QUES.

« porta ses regards sur les merveilles du tombeau de . Séti-Menephlah. Ce sont là des jouissances que nous « pouvons nous procurer , même sans aller en Égypte »

Cette même émotion , nous l'avons éprouvée en reconnaissant dans le papyrus Amhurst une pièce intimement liée aux opérations judiciaires qui sont consignées dans le papyrus Abbott.

Le deuxième paragraphe de ce dernier papyrus 1 2 contient en effet une enquête faite par une commission judiciaire dans un groupe de tombes de la nécropole de Thèbes , dont plusieurs avaient été soit l’objet de tentatives de vols , soit complètement dévalisées. Parmi celles que les voleurs avaient violées se trouve la tombe d’un roi de la XIe ou de la XIII0 dynastie, nommé Sebakemsauf. Voici ce qu’en dit le texte :

* Le monument funéraire du roi Sekhemra-shet-to , « fils du Soleil , Sebak-em-sauf ; il fut trouvé que les » voleurs l’avaient violé par un travail de taille de pierres « dans la salle des perfections de son monument, de- « puis la salle extérieure du tombeau de Neb-Ammon , « intendant des greniers du roi Menkheper-ra (Thoth- « mès III). Trouvé le lieu de sépulture du roi privé « du Seigneur royal , ainsi que le lieu de la sépulture « de la grande royale épouse Noubshas , sa royale « épouse ; les voleurs avaient fait main-basse sur eux.

« Le gouverneur et les magistrats-contrôleurs ins-

1 Dans Chabas: Mélanges égypt. , Ile série . p. 249.

2 Voir ci-devant , tome 1 . 60.

LU PAPYRUS JUDICIAIRE AMHURST. 5

« truisircnt sur lui. Trouve le fait de main-basse sur « eux qu’avaient fait les voleurs à l’égard du roi et de * la royale épouse »

Or, le premier paragraphe de ce qui nous reste du papyrus Amhurst contient précisément une partie d’e la procédure suivie contre les spoliateurs de cette même tombe royale; il nous fournit des détails circonstanciés sur le vol. Mais la véritable importance de ce document , c’est qu’il démontre que cette procédure a donné lieu à des actes qui ne sont p“às tous consignés dans ce dernier manuscrit. Il prouve ainsi l’exactitude des traductions données dans le premier volume de ces Mélanges, où il est en effet établi qu'il y avait eu arrestation , emprisonnement et mise en jugement du coupable , mais que le jugement ne fut pas prononcé le même jour’. Ces vues sont complètement justifiées par la découverte inespérée d’une pièce importante du même procès criminel.

Nous passons maintenant à la description de notre document.

A la page de fragments détachés (pl. I) succèdent deux pages (pl. II et III) complètes», à cela près que leurs premières lignes manquent ; elles sont suivies d’un espace d’environ soixante centimètres laissé en blanc, après lequel vient la dernière page , que nous avons nnmérotée IY , et qui termine le manuscrit ; on n’y voit pas d’autres traces d’écriture.

i Voir ci-devant, tome I, p. 63.

* Ci-devant, t. 1 , 77.

MELANGES EÜYPTOLOGIQUKS.

L’espace laissé vide aurait pu contenir deux pages. A première vue il semble peu probable cpie le texte de la page séparée fasse suite immédiate à celui de la page III, car dans ce cas on ne s’expliquerait pas l’interruption de l’écriture sur un espace aussi considérable. Comme notre papyrus, et c’est le cas de ia plupart des manuscrits du même ordre , relate une série d’actes judiciaires en ordre de dates , on conçoit facilement qu’il ait pu être nécessaire de réserver un espace suffisant pour l’inscription d’actes dont la rédaction n’était pas prête , mais qu’il fallait placer dans leur ordre chronologique. La disparition des premières lignes , qui interrompt le texte à chaque page , ne permet pas de trancher la question par l’analyse philologique.

Les fragments réunis sur la planche 1 ne sont peutêtre pas arrangés dans l’ordre qu’ils occupaient; il n’est pas même certain qu’ils appartiennent à une seule et même page. Aussi ne saurait-il être question d’en proposer une traduction quelconque. Il nous suffira de faire remarquer qu’ils se réfèrent bien au sujet des pages complètes, c’est-à-dire à une instruction judiciaire suivie contre des individus accusés d’avoir spolié des

tombeaux. Le groupe qui signifie voleur

et voler, se distingue dans les fragments A et C. Au fragment E il est question des^J^'^^ et

de leurs compagnons. Ce sont les maçons ou sculpteurs sacrés , spécialement affectés à la construction et à la restauration des édifices religieux , des kpoylvmou ou

LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMHURST

Upoyivfoi. Une scène monumentale nous montre quatre de ces ouvriers sacrés travaillant à genoux avec le ciseau et le maillet On sait que souvent des ouvriers de diverses professions sont impliqués, soit comme prévenus, soit comme témoins, dans les poursuites en matière de vols dans les monuments. Nos fragments ne nous donnent aucun renseignement sur le rôle de ceux qu’ils citent, mais ils nous livrent la mention importante de l’an XIII d’un pharaon dont le nom a disparu dans les lacunes.

Heureusement nous connaissons d’une manière trèssûre le nom du roi sous lequel fut reconnue la spoliation de l’hypogée de Sebakemsauf. Ce monarque, Neferkara- Sotepenra Ramsès-sha-ab-merer-amon est classé comme le neuvième Ramsès dans les listes de M. Lepsius \ Les découvertes de monuments de ce règne se multiplient. Ce pharaon occupera une place importante dans l’histoire de la XX0 dynastie.

Le papyrus Amhurst nous offre deux dates qui tombent dans ce règne : celle de l’an XIII , dont nous venons de parler , et celle de l’an XVI que nous rencontrerons cà la page 3. L’attribution de ces dates n’exige aucune justification ; mais au besoin on en trouverait la preuve dans l’identité des noms des magistrats désignés dans notre papyrus et dans le papyrus Abbott. Nous ferons

1 Rosellini: Mon. civ., XLYIII.

2 Voir, ci-devant, tome I , p. 50 , les cartouches hiéroglyphiques de ce pharaon et la discussion de la date.

ressortir plus loin cette identité. D'ailleurs le papyrus Amhurst ne contient pas d’autres cartouches ijiie ceux de la reine Noubshas, de Ramsès III ( pl. I, B et C) et de Thothmès 111 , ces deux derniers entrant simplement dans la désignation d’édilices , sans relation avec l’époque du document.

Ce point essentiel éclairci , notons encore dans les fragments le nom d’un artiste en travaux sur bois et

nommé Setnekht , fils de

métaux

Penhaou (en E), qui revient à la page IV, et celui de Hapi-oer, fils de Ptah (en G).

Abordons maintenant la traduction du texte suivi qui commence avec la planche II. Nous sommes introduits in médias res. Des voleurs font devant la justice l’aveu détaillé de leurs crimes ; les premiers mots reconnaissables sont: desa royale épouse, vie-santé- force.. Noubshas. En nous référant aux constatations consignées dans le passage reproduit ci-devant du papyrus Abbott, nous pouvons hardiment suppléer le commencement de la phrase :

Traduction... « (Nous nous sommes introduits dans le

tombeau du roi Sebakemsauf ) et de la royale épouse

Noubshas, sa royale épouse, par l’endroit de son couloir '.

se rencontre au

papyrus Abbott. C’est d’un endroit ainsi désigné que les voleurs avaient fait un trou de deux coudées et demie (ci-devant, tome 1 , p. 62). La traduction pourtour est conjecturale . ce même mot, mais

LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMHURST

Il (le lieu) était protégé et enlouré 1 1 par de la

maçonnerie3, et couvert de dalles4. Nous le démolîmes

avec le déterminatif ^ , nomme les corridors secrets placés dans l'épaisseur des murs du temple de Denderah ( Dümichen : Alt. Temp.U, 36), et dont il est impossible de découvrir la porte (Dümichen: Resultate , 45). Les voleurs avaient cherché l’endroit où le massif de pierre était déjà évidé. Comparez le copte XO\, foramen.

, en lettres coptes, AT c-T u ak ahot. Cette lecture n’est peut-être pas sûre dans toutes ses parties, liak signifie bien protéger, entourer, comme avec un mur (Champollion , Monum. , 206) ; mais c'est la première fois que ce mot se rencontre avec le déterminatif mur. Quant au groupe suivant , ce

pourrait être mais, quelle qu’en soit la lecture, nous ne

sommes guidés que par le déterminatif de l’enveloppement qui nous suggère l'idée entourer.

2 Petite lacune.

K axa. Ce mot se retrouve dans les Inscrip-

tions sur matières dures du Musée britannique (pl. 18, 5), où il est question d'un sac de métaux précieux qui avait été placé sous un

entassement de

rmm

, et clos au moyen de deux pierres

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de taille. Dans ce passage, comme dans celui de notre texte, ce groupe désigne de menus matériaux par opposition à des pierres de fortes dimensions.

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. Le dernier groupe est

inconnu, et la combinaison des lettres(u| inusitée, sauf pour la

transcription des mots étrangers, il faut peut-etre lire ( ,

et rapprocher ce dernier mot de

o , qui désigne des matériaux

MELANGES EGYPTOLOG1QUKS.

complètement', et nous la trouvâmes (la reine) reposant. De même nous ouvrîmes leurs cercueils et leurs coffres funéraires 2 dans lesquels ils étaient. Nous trouvâmes la momie auguste du roi qui était près de la divine hache d’armes 3, et un nombre considérable de talismans

61 d’0,neraeills 2 «) d’or élai<int à son cou. Sa tête était recouverte d’or 4 par-dessus, et

employés à clore une enceinte (Dilmicben: II Hist. Insc , 50, b,

On trouve plus habituellement le mur ren-

versé comme déterminatif. Le sens démolir, détruire est très-bien constaté , surtout par les inscriptions de la Statuette naophore du Vatican , où le groupe en question se rencontre précisément dans la phrase : démolir des maisons. Nous savons par le papyrus Abbott que les voleurs avaient effectivement procédé par démolition.

2 Les riches sépultures secomposaient par/oisde trois coffres entrant l'un dans l’autre et contenus dans un cercueil de pierre.

Jl0^^k^9lLedéleraina“' du

mot khopesh manque ici ; il est remplacé par le signe dieu , qui qualifie les objets appartenant au roi. On sait que des haches de bronze ont été trouvées par M. Mariette dans le cercueil de la reine Aahbotep, sur le bois même du coffre , et une hache d’or entre les linges qui entouraient le corps ( Mariette-Bey : Catalogue du Musée de Boulaq, p. 259).

mais l’expression: travaillé avec l'or, exprimée avec les mêmes groupes, se rencontre souvent. Ici il s’agit de dorure ou d’un masque d’or, comme on en a rencontré plusieurs fois des spécimens, et c’est pour ce motif que le déterminatif de l’enveloppement a été adopté.

LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMHURST

la momie auguste du roi était entièrement garnie d’or1 ; ses cercueils étaient revêtus 2 d’or et d’argent en dedans et en dehors , et couverts 3 de toute espèce de pierreries. Notis prîmes 4 l’or que nous trouvâmes sur la momie auguste du dieu , ainsi que ses talismans et les ornements qui étaient à son cou, et les coffres dans lesquels il reposait. Ayant trouvé également la royale épouse, nous prîmes tout ce que nous trouvâmes avec elle de la même manière; et nous mîmes le feu à leurs coffres funéraires , et nous volâmes leurs mobiliers5, que nous trouvâmes avec eux (consistant)

en vases d’or, d’argent et de bronze ("| | e), et nous nous les partageâmes. Nous fîmes l’or que nous avions

i '’Sf' ^ t q> tka, copte TOfT, planter. Voyez la même

expression au papyrus Anastasi IV, 17, 3.

traduit polire . kei'igare. La même expression sc trouve, Mariette: Monuments divers, pl. 7 , lig. 19, à propos de pierres revêtues d’or.

3 ! Nous comPlétons ce groupe en j. ovwt),

vêtir, habiller, induere. (Voyez Todtb., ch. 125, 66, et ch. 110, 4.)

Ce mot signifie prendre une rhose , la travailler, en disposer, en faire , comme on dit, son affaire.

Cl ■ Ce mot a été expliqué dans le premier tra-

vail sur le papyrus Abbott , Rev. arch. XVI , p. 281 . Il correspond au grec émnla. de la Plainte en violation de sépulture, traduite par Letronne ( Notices et extraits des manuscrits de la Bib. imp. . p. 169

12 MÉLANGES ÉGYPT0L0GIQUES.

trouvé avec le dieu, dans leurs momies augustes, les talismans, les ornements, les cercueils ', en huit (parts). »

Ici finit la page II, et par malheur l’absence des premières lignes de la page III nous fait perdre les dernières phrases de cette déclaration importante; mais, selon toute apparence, la lacune ne nous a privés d’aucun fait essentiel.

Nous possédons maintenant l’exposé très-complet du vol dont le papyrus Abbott nous a seulement dit quelques mots, lesquels sont du reste en parfaite harmonie, comme on devait s’y attendre, avec les détails qui viennent de nous être révélés.

Ces détails nous renseignent sur la richesse des sépultures aux temps obscurs qui ont précédé la domination des Pasteurs. On savait déjà que certains coffres funéraires de cette époque étaient entièrement couverts d’or, et l’on connaît le nombre considérable d’objets précieux que contenait celui de la reine Aahhotep que nous avons déjà cité’: joyaux d’or enchâssant des pierres précieuses , diadème , armes d’or à fourreaux d’or , ornements de bronze revêtus d*or , chassemouche de bois recouvert d’or , miroirs , barque d’or massif avec douze rameurs d’argent massif3, etc. Quoique cette sépulture ne date que du début du nouvel

t Les voleurs n’avaient brûlé que les bois sans valeur ; ils avaient conservé, pour se les partager, ceux dont ils n’avaient pu enlever la dorure ou les ornements.

2 Ci-devant, p. 10, note 3.

3 Marielte-Bey : Catalogue du musée de Boulaq . 259 à 267.

LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMHURST

empire , elle porte tous les caractères de celles des temps antérieurs à l’invasion. Il semble qu’Ahmès 1 , après avoir délivré son pays de la domination des Barbares , se soit tout d’abord complu à renouer la chaîne traditionnelle des rites , en adoptant pour une princesse de sa famille le mode de sépulture royale en usage avant l’invasion. On n’a pas rencontré un deuxième exemple d’une imitation aussi splendide des anciens usages funéraires. Mais il est probable que les fouilleurs arabes qui ont amené au jour les cercueils dorés des Entef existant aujourd’hui dans les Musées de l’Europe, firent une riche récolte d’objets de grande valeur. On trouve dans les collections publiques et privées un nombre considérable de bijoux d’or, d’argent, de pierres précieuses , etc. , qui proviennent des tombes. Mais , indépendamment des amulettes et des joyaux déposés dans le cercueil , on a constaté des traces de dorure et des garnitures d’or ou de métal doré appliquées directement sur les momies , par exemple des masques dorés couvrant seulement la tète, ou la tête et les épaules', des visages dorés * ; sur des momies de femmes , le bout des seins et le nombril doré \ L’or et l’argent doré étaient encore appliqués sur d’autres parties du corpsi * 3 4 ; les doigts ont parfois des étuis cylindriques de ces métaux avec la marque des ongles5, et l’on remplaçait

i Mariette : Catalogue . p. 234.

s Ibid., 46.

3 Catal. Passalacqua , 145.

4 Ibid.

5 Ibid. , p. 186

14 MÉLANGES ÉGYPT0L0G1QUES.

ou couvrait au moyen de feuilles d’or la langue des momies Excités par ces richesses, les Résurrectionnisles de l’époque pharaonique, dont les modernes fellahs ne font que continuer l’œuvre, ne nous ont guère laissé de momies intactes de l’ancien empire ; nous ne pouvions soupçonner que par induction la nature et la valeur des objets qu’elles renfermaient. A en juger par les cercueils tout dorés de la XIe dynastie , on pouvait croire que cette valeur était considérable, au moins en ce qui concerne les sépultures royales. Nous possédons aujourd’hui , grâce au papyrus Amhurst , une description assez détaillée d’une de ces sépultures , et nous y apprenons qu’un nombre considérable de joyaux et de talismans d’or étaient placés au cou du défunt , que sa tête était recouverte d’or et que le corps lui-même était entièrement garni d’or; que les cercueils (probablement au nombre de trois), rentrant l’un dans l’autre, étaient revêtus d’or et d’argent à l’intérieur et à l’extérieur.

Les voleurs s’emparèrent de tout cet or, et notamment de celui qu’ils trouvèrent sur le corps même ; ils prirent aussi les coffres funéraires , et ils expliquent qu’ils firent huit parts de l’or trouvé dans les momies royales, des amulettes , des joyaux et des coffres euxmêmes ( Comme ils ont dit auparavant qu’ils avaient brûlé ces coffres, il faut croire qu’ils en avaient conservé, pour se les partager, les parties les plus précieuses, ou qu’ils avaient réussi à en détacher la dorure,

l Mariette : Catal. , 267.

LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMHURST

qui se faisait chez les Égyptiens avec des feuilles d’or plus épaisses que les nôtres.

Après avoir reproduit in extenso la déclaration des voleurs dont , comme nous l’avons expliqué, les dernières phrases nous manquent, notre document donne le tableau de leurs noms ; il nous en reste cinq seulement, plus l’indication de leur nombre total, qui était de huit, ainsique nous aurions pu nous y attendre d’après le nombre de parts faites du butin. Chaque nom, avec les indications accessoires occupant une ligne, nous voyons qu’il nous manque trois lignes en tête de la page , indépendamment de l’espace nécessaire pour la fin de la déclaration faite par les coupables.

Voici la traduction des lignes 1 à 6 de la page III :

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