‹ Mélanges égyptologiquesChapitre 54 sur 66 · ABI · texte numérisé non relu

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qu’à la richesse de son

pelage on reconnaît aisément pour la panthère. Les textes nous apprennent à la vérité que cet animal venait du midi, et il peut se faire que les formules ne concernent que la faune indigène. Cependant Y obi et d’autres animaux non spécialement cités peuvent avoir été compris dans la classe des animaux à longue queue se nourrissant de chair et s’abreuvant de sang. Notre liste ne donne certainement pas un tableau complet des animaux dangereux de l’Égypte.

Mais les formules servaient en outre contre les hommes et même contre les dieux. Sekhet , la déesse des vengeances divines, la patronne des fléaux, appelée par euphémisme la bonne , est assimilée aux carnassiers dont on peut museler la bouche. Puis sont citées deux

i Monum. Égypt. , pl. 364.

MELANGES KGYPT0L0G1QUES.

voyante , celle qui regarde; c’était peut-être l’espion

femelle 1 2 ; en second lieu o

, ta-oer-

onkh , ce qui signifie littéralement la grande déesse ( ou déesse Oer ) vivante. Le déterminatif montre qu’il s’agit d’une femme. La grande déesse ou déesse Oer n’est autre que Sekhet, qui préside aux vengeances divines. Notre Papyrus magique la cite en deux passages5. Il est fort possible dès lors que la déesse Oer vivante désigne la femme emportée, furibonde. Les anciens Égyptiens qualifiaient sévèrement les femmes méchantes.

Dans le sexe masculin , les formules préservatrices ne s’adressent qu’aux hommes de mauvais visage ,

j ; comme nous l’avons déjà expliqué .

il s’agit ici de ce qu’on a appelé plus tard le mauvais œil.

Une des ressources les plus puissantes de la magie ancienne et moderne résidait dans des mots bizarres auxquels était attribuée une puissance surnaturelle3 4. Les sorciers du temps de Ramsès 11 en faisaient grand usage, mais n’étaient probablement pas les inventeurs du système. Le Musée du Louvre possède plusieurs papyrus qui contiennent de ces sortes de mots et qui datent de cette époque \ J’en ai cité quelques-uns dans le volume du Papyrus Magique Harris.

1 Voyez Mélanges Égyptol. , série III , tome 2 , p. 15 , note.

2 Voir ci-devant , p. 248.

3 Lucien, dans son Ménippe, parle des noms barbares , inconnus, hérissés de syllabes , que les Mages mêlaient à leurs évocations.

4 Devéria: Catalogue des Manuscrits égyptiens du Louvre : VIII, 1,

VIII, 2 , p. 171 à 178.

A la suite des textes dont je viens de donner la traduction, notre manuscrit présente une dernière page que j’ai numérotée C dans mon fac-similé.

Cette page ne donne qu’une suite de mots magiques dont voici la transcription :

Adir-Adisana !

Adir-kaha-Adisana !

Samou-marmou-Adisana !

Samou-Akmoui-Adisana !

Samou-tekaiou-Adisana !

Samou-Teka-Bana-Adisana !

Samou-Tsakalats-Adisana !

Tou-ouarhasa !

Kina !

Hama !

Autre série.

Senenpta-Baïtat-Saouita !

Anrohakata-Saouita !

Haou-Bal-nakht-ro-Hairi !

Chaque groupe de mots est séparé de ses voisins par un point rouge, que j’ai remplacé par un point d’exclamation; un trait qui descend au-dessous de la ligne distingue chacun des mots. Tous sont suivis du signe des nations étrangères. Ils appartiennent selon toute probabilité aux idiomes araméens Cependant les trois

< C’est pour ce motif que j'ai transcrit le par d

premiers éléments du dernier groupe représentent en bon égyptien l’invocation suivante : O Baal , force du lion!

L’expression samou, ^ , qui commence cinq

groupes , signifierait en égyptien : Assemblez -vous.

Le christianisme n'ayant pu déraciner complètement une superstition qui date des débuts de l’humanité sur la terre, et qui subsistera aussi longtemps que la race humaine elle-même, imita les magiciens, mais en substituant aux mots barbares les noms divers par lesquels Dieu est désigné.

Voici un exemple :

-J- Alpha *f* et oméga f qui est f Adonaï Tetragrammaton *j* Ineffabilis *j- Incomprehensibilis j Sanctus *f* Sanctus f Sanctus f Dominus deus Sabaoth ÿ Verbum incarnatum habitavit in nobis j et pro nobis crucifixum est *f Per Ipsum *f* et cum Ipso *f* et in Ipso *j- est Deo Palri *}* In unitate Spiritûs sancti f Omnis honor et gloria Omnibus autem spiritibus malignis omnis confusio *f.

Ite, ite , ite , maledicti spiritûs, innomine Patris, elc. ’

Une invocation de ce genre servait à bénir la rue, les grains de genièvre et l’encens qui chassaient les démons possesseurs 1 2. A la peste on opposait des morceaux de

1 Gelasio di Cilia : Locupletissimus thésaurus continens varias et selectissimas benedictiones , conjurationes , etc. Augustœ Vindelicorum , 1733 , p. 250.

2 Ibid. . p. 236.

parchemin sur lesquels étaient inscrits en forme de croix les caractères suivants :

f Z. f D. 1. AfB. I. Z f S. A. B.fZf H. GFf B F. R. S.

Chacune de ces lettres est l’initiale du premier mot d’une oraison On chassait aussi les démons au moyen de fumigations aromatiques \ ou bien en consumant dans un feu béni pour la circonstance une image du démon peinte avec inscription de son nom sur un morceau de papier. Dans cette conjuration entraient aussi les noms divins dans l’ordre suivant :

Hel f Heloym f Adonay f Saday-p Sother f Emmanuel f Sabaolh 4 Telragrammaton f Alpha et Oméga -p Principium et Finis 4 Agyos 4 Yschyros f O Theos f Athanatos f Agla Iehova 4- Homousion *p Ya *p Iesus *f* Christus-Messias f Eloa-Eheye '.

C’est vraisemblablement par un moyen de ce genre que saint Hilarion délivra la jeune possédée de Gaza dont saint Jérôme a raconté l’aventure. Un jeune homme, qui était épris de cette jeune fille, enfouit sous le seuil de la porte de son amante une plaque de métal sur laquelle il avait gravé des signes à lui enseignés par les prêtres égyptiens de Memphis. La jeune fille fut aussitôt saisie de fureur. Saint Hilarion la délivra , après avoir eu un long colloque avec le démon qui la possédait.

1 Gelasio di Cilia, etc. , p. 1-25.

2 Ibid. , p. 198.

3 Hieronyinus Mengus, ordinis Minorum regularis observantiæ : Flagelluvi dæmonum ; Lyon, 1708.

\l EL A N G ES EG Y PTl)L( )G1QU KS .

Celte histoire l’appelle la délivrance de la princesse de Bakhten par l’image du dieu Khons de Thèbes.

Aujourd’hui la dissémination des lumières a singulièrement rétréci le cercle d’ignorance et de ténèbres hors duquel les fantômes perdent toute puissance. Il n’y a plus guère de possédés , et s’il existe encore des sorciers, c’est seulement dans les bas-fonds de la société, au milieu des populations rurales que le progrès n’a pas encore vivifiées. Il faut cependant convenir que l’instruction n’est pas un remède toujours efficace contre le besoin naturel de merveilleux qui forme un des traits importants de l’esprit humain ; les miracles du magnétisme animal , du somnambulisme artificiel, des esprits frappeurs, etc. , se sont produits principalement parmi les classes moyennes et supérieures. Peu à peu ces merveilles tombent dans la spécialité exclusive des théâtres forains , d’où elles n’auraient jamais dû sortir.

Inscription d'Amonemheb (Lig.làSS)

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