‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 117 sur 186 · bid., p. 28, n° 280, et p. 293. k · texte numérisé non relu

bid., p. 28, n° 280, et p. 293. k

6. La Censure sous le premier Empire, par Henri Welschinger, 1882, pp. 161 et 195.

Üne autre fois la censure préalable lui impose une modification de texte dans un ouvrage que l’auteur avait été contraint de lui soumettre... Tout cela montre à quel point on le tenait en suspicion et combien la police était ombrageuse. Notre homme semble pourtant s'être bien tiré, cette fois encore, des nouvelles mesures de répression prises contre son livre, et nous n'avons pas lieu de croire qu'il en ait personnellement souffert. Le contraire arriva peut-être et c’est ce qui se produit souvent, en pareil cas, quand la rigueur devient excessive. Ge qui est certain c'est que Le Cimetière de la Madeleine continua à se vendre... La preuve, c'est que, quand arriva la première Restauration (avril 1814), le vent ayant tourné, la girouette tourna aussi; Regnault-Warin qui avait été persécuté par la République (1801), par l'Empire (1810), paraît avoir redouté de nouvelles poursuites en 1814. Son roman ne contenait-il pas une histoire — histoire fantastique — de survivance, qui pouvait déplaire au maître du moment? Aussi l'écrivain s’empressa-t-il de renier tont simplement son œuvre. N'’était-ce pas, pour un auteur peu scrupuleux, le meilleur moyen de sortir d'embarras? Les journaux de l’époque sont remplis de ses lettres et de ses déclarations plus ou moins sincères, qui purent, en même temps, lui servir de réclame plus ou moins déguisée. Nous avons choisi quelques-uns de ces documents (Pièces justificatives [II-VIT) et nous nous excusons d’avoir, plus longtemps que de raison, retenu l'attention du lecteur, sur une question d'aussi mince importance.

Trésorier de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France.

Pièces justificatives

Regnault-Warin, citoyen français, au citoyen Dubois, préfet de police.

Citoyen Préfet,

Lorsque, par un élan unanime et des efforts simultanés, tout tend à la perfectibilité de l’entendement des hommes et à l’amélioration de leur espèce, j'ai essayé de relever, par l’importance des résultats, la frivolité d’un genre de littéra-

ture ordinairement consacré aux fictions fantastiques. Armé de trop faibles armes pour détruire, dans le chemin de la vérité, les ronces que l'erreur y fait croître, j'ai du moins réuni quelques tentatives pour les compter et pour diriger jusqu’à cette vérité, toujours invoquée et toujours méconnue, les regards de mes contemporains. Ainsi, pendant qu'au dehors le gouvernement affermit l'indépendance de la République par la victoire, et qu’au dedans il la tranquillise par sa modération, retraçant dans mes tableaux quelques-unes des vertus qui lui sont familières, je lui donne le double avantage d’attirer sur elle la publique estime, et sur les magistrats qui les professent, la reconnaissance et l’amour.

Parmi les écrits que je leur ai déjà consacrés et qui, par leur nature, se lisent et se méditent dans toutes les classes de la nation, celui dont je vous offre la suite évoilla l’extrème sévérité de la police et excita contre moi une persécution que j'ose croire peu fondée. En effet, celui qui, d’une plume véridique, fouettait les crimes de toute espèce de tyrannie, et célébrait les qualités conservatrices de l’ordre social, par cela même ne faisait-il pas l'éloge de votre administration? N'est-ce pas sous la tutelle des magistrats généraux qu’on peut louer ou censurer leurs prédécesseurs ? N’était-ce pas sous l’empire protecteur de Trajan que Tacite peignait ses hideuses effigies de Claude et de Tibère ? Et pourquoi penser qu’en pesant dans la balance de sa plus stricte équité un monarque dont la mort a rendu la vie célèbre, je cherchais à remuer, à réchauffer ses cendres, pour en faire naître, comme de celle du phénix, un rejeton à la tige monarchique ?

C’est mon livre lui-même que je charge de répondre à ces inculpations. La suite, dont j'ai l'honneur de vous adresser un exemplaire, est écrite dans les mêmes principes, dans le même style, dans le même but. J’ai usé du privilège que le génie poétique accorde à l’imagination; et, comme les peintres, qui, après avoir choisi leurs personnages, les placent sur la toile, avec des attitudes et des expressions convenues, j'ai arrangé les miens d’après les proportions de mon tableau. Quant aux maximes, elles sont celles que tout homme de bien pratique, que tout gouvernement régulier approuve. La victoire et la volonté du peuple ont créé la République. Quelques larmes ou quelques fleurs jetées par un pieux attendrissement sur les tombeaux d’une famille éteinte, n’altéreront pas une constitution qui promet la

‘félicité. Citoyen préfet, les hommes religieux sont soumis à l’autorité, et ceux qui pleurent n'assassinent pas.

Je soumets Le Cimetière de la Madeleine (t. II et IV) à votre examen, et me repose sur votre raison et votre impartialité.

Salut et respect,

J.-J. Recnauzr-Warin.

Quintidi, 5 pluviose an 9 [ Dimanche, 25 février 1801].

Mémoires tirés des Archives de la Police, par J. Peuchet, 1838. In-8°0, t, IL, pp: 249-252.

IT

Nos romanciers dont on croyait l’imagination inépuisable, semblent pourtant s'être tous concertés pour s’emparer des événements publics qui devraient être exclusivement la propriété de l'écrivain politique. Ils font des excursions dans le

LE CIMETIÈRE DE LA MADELEINE. 127 domaine de l’histoire, s’approprient des faits connus, les dénaturent, les accompagnent de circonstances extraordinaires, et les arrangent au gré de leur caprice. C’est ainsi qu’un auteur, dans un ouvrage rempli de déclamations, nous a présenté des personnages réels, et sous le titre de Cimetière de la Madeleine, a retracé des événements historiques dont il a altéré la vérité, a mis dans la bouche de plusieurs acteurs qui ont paru sur la scène de la Révolution, des discours qu'il a faits dans son cabinet, et n’a même pas eu honte d'introduire, parmi ses héros du Temple, un ridicule amour. On a quelquefois accusé l’histoire d’être un roman; si cela continue, on reprochera aux romans de n’être que de froides histoires.

La Décade philosophique, 30 ventose an IX [21 mars 18ot], p. 538.

ITT

M. Regnault de Warin, auteur du Cimetière de la Madeleine, déclare que c’est sans sa participation que l’on vient de remettre en vente cet ouvrage. Il en désavoue les éditions actuelles quant aux faits tronqués et aux sentiments altérés. Il désavoue également le roman intitulé : Les prisonniers du Temple, par J.-J. Regnault

de Warin.

Journal de Paris du samedi 28 mai 1814; réimprimé sous une forme un peu différente dans la Bibliographie de la France ou Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 4 juin 1814, p. 159.

M. Regnault-Varin (sic) ayant désavoué une édition du Cimetière de la Madeleine, que l’on vient de mettre en vente, Madame Lepetit, libraire, prévient que c’est chez elle que se vend la seule édition de cet ouvrage que M. Regnault-Varin puisse reconnaitre.

Journal de Paris, samedi 25 juin 1814.

Me V'e Lepetit, libraire, rue Pavée-Saint-André-des-Arts, n° 2, vient d’avoir connaissance d’une déclaration de M. Regnault-Warin dans une affiche ayant pour titre : Ouvrages de M. Regnault de Warin et autres nouveautés de 1814..., et dans le Journal de Paris du 28 mai, ainsi que dans le Journal général de la Librairie du 4 juin, même année, dans laquelle déclaration ledit sieur Warin annonce que

«l’on a mis en vente une édition du Cimetière de la Madeleine, édition qu’il désavoue quant aux faits tronqués et aux sentiments altérés ».

Ladite dame V'° Lepetit se croit obligée de prévenir le public et MM. les libraires qu’elle est la seule propriétaire de l’ouvrage intitulé Le Cimetière de la Madeleine, dont M. Regnault-Warin puisse s’avouer l’auteur, et qu’en conséquence, elle poursuivra devant les tribunaux tout contrefacteur ou distributeur qui, au mépris de la propriété et des lois existantes, mettrait au jour des éditions contrefaites.

Bibliographie de la France, ou Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 25 juin 1814, p. 159-160. À

VE

Déclaration de M. Regnault de Warin au sujet du « Cimetière de la Madeleine ».

M. Regnault de Warin (sic) ayant désavoué les différentes éditions du Cimetière de la Madeleine, publiées sans son consentement depuis la Restauration, il a dû particulièrement comprendre dans ce désaveu les deux éditions en 4 vol. in-12 et in-18, mises en vente chez Madame Veuve Le Petit, libraire, rue Pavée. M. Regnault de Warin (sic) doit, à la vérité, aux augustes martyrs auxquels, dès 1799, il a consacré ce faible hommage; il doit à son honneur et au public de reproduire ici sa déclaration faite il y a trois mois à l’autorité, solennellement annoncée dans un écrit publié à ce sujet, aussi bien que par une affiche et dans les journaux. En conséquence, 1l désavoue toutes les éditions du Cimetière de la Madeleine, qui ont été mises en vente depuis le 31 mars, et particulièrement les deux éditions en 4 volumes in-12 et in-18, annoncées chez la Veuve Le Petit, comme tronquées quant aux faits, et altérées quant aux principes et aux sentiments.

Plus formellement encore, il déclare ne pouvoir reconnaître le roman intitulé : Les Prisonniers du Temple, 3 vol. in-12, également mis en vente sous son nom chez le même libraire, quoiqu'il soit de notoriété publique que M. Regnault-Warin n’en est pas l’auteur.

Bibliographie de la France ou Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 13 août 1814, p. 224.

NA

Aux rédacteurs du Journal de l'imprimerie et de la librairie.

Messieurs. d’après ma déclaration insérée dans le n° du 25 juin du Journal de la librairie, j'ai été surprise de lire dans celui du 13 août dernier, une nouvelle déclaration de M. J.-J. Regnault-Warin; par laquelle cet auteur se permet de désavouer particulièrement les deux éditions, in-12 et in-18, du Cimetière de la Magdeleine annoncées chez moi. Quoique j'aie en main plus d’une preuve du peu

LE CIMETIÈRE DE LA MADELEINE. 120 de bonne foi de M. Regnault-Warin, j'étais loin de penser qu'il eût la hardiesse de désavouer un ouvrage dont il sait bien qu'il est le seul auteur, et que j’en suis la seule et unique propriétaire par des actes et des titres qui sont en mon pouvoir.

Mais puisque M. Regnault-Warin n’a pas même les premières notions des convenances et de la probité, je déclare de nouveau au public et à Messieurs les libraires, que les éditions tant du Cimetière de la Madeleine que des Prisonniers du Temple annoncées chez moi, sont les mêmes que celles vendues par ledit sieur Regnault au sieur Lepetit, mon époux, et au sieur Locard, libraire à Versailles, et j'ajoute :

1° Que des divers actes et convocations passés entre ces Messieurs, il en résulte la preuve la plus authentique de la mauvaise foi du sieur Regnault, lequel dans le même temps qu’il vendait au sieur Lepetit l'ouvrage intitulé Les Prisonniers du Temple, le vendait au sieur Locard, sous le titre des Secrets du 9 thermidor ;

2° Que ce fut aux seuls égards que les librairies ont pour Messieurs les auteurs, que le sieur Regnault-Warin dut, à cette époque, de n'être pas traduit devant les tribunaux ; |

3° Que voulant donner au public une éclatante preuve des faits ci-dessus, j'annonce que je viens de rendre plainte aux Magistrats contre ledit sieur Regnault, à l’effet de le faire condamner à un désavœu formel de sa déclaration.

Je réitère en outre l’engagement que j'ai pris de poursuivre tout contrefacteur " et distributeur qui mettrait au jour des éditions contrefaites du Cimetière de la

Madeleine et des Prisonniers du Temple, quoique l'édition de ce dernier ouvrage soit

épuisée.

J’ai l'honneur de vous saluer.

Vre Lepgrir jeune.

Le 7 septembre 1814.

Note des rédacteurs. — En insérant cette réclamation et toutes autres, nous n’avons jamais entendu nous rendre garants de leur contenu. Quand à la contestation qu'il s’est élevée entre M. Regnault-Warin et Madame Veuve Lepetit, nous croyons inutile d’en entretenir plus longtemps le public, et nous n’insérerons plus rien qui y soit relatif, sinon les extraits des jugements qui pourraient intervenir.

Bibliographie de la France ou Journal général de l'imprimerie et de la librairie, 17 septembre 1814, p. 271-272.

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