Archives diocésaines
4. À la suite de la laïcisation des écoles de la Ville, de nouvelles écoles, créées par la Société anonyme des Immeubles de la rue de Monceau et du boulevard de Courcelles, ont été installées au n° Q du boulevard de Courcelles.
162 E. MAREUSE.
la veille, la petite église avait été définitivement fermée; elle est remplacée aujourd’hui par les immeubles qui portent le n° 18 de 128 rue de la Pépinière et le n° rr de la rue de Laborde.
Pendant ce temps le boulevard Malesherbes se perçait peu à peu, en même temps que le parc Monceau, racheté par la Ville de Paris, était converti en parc public. L'inauguration avait lieu le 13 août 1861!
S1 la voie nouvelle était achevée et inaugurée, elle était loin d'être construite, du moins dans la partie comprise entre la rue de la Pépinière etle boulevard de Monceau (boulevard de Courcelles actuel). Il fallut en effet près de quatre ans pour terminerles constructions et les voies transversales n'étaient pas raccordées. M. Dejamme*? donne le tracé figuratif des déblais qui avaient dû être enlevés pour ouvrir la voie. Il en résultait que dans les premiers temps on ne pouvait accéder à ces voies transversales que par des escaliers. Je me souviens avoir vu, en 1860, l'entrée de l’école qui porte le n° 12 bis de la rue de la Bienfaisance à la fenêtre du premier étage. car, en prévision de l’abaissement du sol, on avait construit l'édifice en contre-bas.
En 1865, on ne pouvait accéder à la place de Laborde qu'au moyen d'escaliers *
Le boulevard Beaujon devenu, en vertu du décret du 2 mars 1864, le boulevard Haussmann a absorbé, entre la rue de Miromesnil et l'avenue de Plaisance (rue de Téhéran actuelle) l'avenue de Munich, qui avait été ouverte en bordure de l’ancien abattoir du Roule qu'elle limitait au sud; elle n’était pas accessible aux voitures qui ne pouvaient arriver à l’abattoir que par l'avenue Percier, avenue qui aboutissait en face de l’entrée. Cet édifice a été décrit par M. Albert Babeau dans le Bulletin de la Société historique et archéologique des VIIF et XVIF arrondissements de Paris *; 11 n’y a donc pas lieu d'y revenir ici. Quant au boulevard Beaujon, il a été ouvert, au delà de l'avenue de Plaisance jusqu'à la rue de Courcelles, en 1860, en vertu d'un décret du 17 octobre 1857, mais la partie située à l'est de la rue de Miromesnil n’a été ouverte que plus tard, en 1863, en vertu d'un décret du 16 juillet 1862. On hésitait sur la direction à lui donner à partir de la rue de Miromesnil. car il n'était pas encore question de le conduire jusqu’au boulevard Montmartre, où du reste il n'abou-
Voir Moniteur universel, n° du 14 zoût 1861, et pièce justificative n° 13. Le boulevard Malesherbes et le quartier de l'Europe, page 4.
Le boulevard Malesherbes et le quartier de l'Eurove, page 7.
T. IX (1907), page 79.
EE SRE
tit pas encore. Derrière l'abattoir étaient les champs qui allaient rejoindre l’ancienne propriété Bouret de Vézelay.
Cet abattoir fut fermé le 1°" septembre 1863; on prolongea l’avenue de Messine à travers les terrains de l’ancien édifice. Le baron Salomon de Rothschild y faisait construire un hôtel dont la façade se trouvait avenue de Messine et s’étendait jusqu'aux rues de la Bienfaisance, de Téhéran et de Miromesnil. Toutefois le terrain situé à l'angle de cette rue et du boulevard Haussmann n'y était pas compris. La grille de jardin fut poséeen 1866. A la mort du propriétaire, son fils, le baron James, en devint acquéreur le 30 mars 1867 par suite de licitation. Mais la construction ne fut pas achevée, les terrains furent revendus en 1875 et 1876 et la partie sur laquelle s'élevait l'hôtel devint la propriété de M. Mozet, qui le fit démolir. Ge terrain d'une contenance de {92"37 a été vendu 107440 francs, ce qui met le prix du mètre à 218 francs; il avait été payé à raison de 263 francs en 1863; le même terrain avait été estimé 12 francs en 1820 ‘, lors de la construction de l’abattoir.
J'ai dit plus haut que, rue de Miromesnil, était restée jusqu’en 1872 un amas de maisons sordides qui donnaient encore à cette époque une idée de ce que pouvait être le quartier de la Petite Pologne. En raison de la largeur de la rue au droit de l’abattoir on avait pu construire sur le nouvel alignement en contre-bas, en laissant une partie de la chaussée en contre-haut de la rue nivelée, et en la maintenant par un mur de soutènement. Mais cette solution ne pouvait être que provisoire; aussi dès le 30 mars 1867, dans un rapport au préfet de la Seine”, l'ingénieur de la 4° section de la voie publique faisait-il observer que par suite de la construction d'une maison à l'angle de la rue de Miromesnil et du boulevard Haussmann, les maisons situées sur l’ancienne rue de Miromesnil conservées en contre-haut de la nouvelle seraient privées d’un accès pour les voitures. La différence était de.1"68 devant la maison portant le n° 64. La largeur conservée entre l’ancien alignement et le mur de soutènement de la partie haute n'était que de 9"36. que l’on ne pouvait racheter par des rampes. « Il faut donc, disait-1l, autoriser le propriétaire à construire sur l'emplacement de maisons affreuses et délabrées qui existent sur le terrain acquis par lui et qui désho-
ï: Albert Babeau, l’Aballoir du Roule, Bulletin de la Société historique et archéologique des VIII et XVIIe arrondissements de Paris, t. IX (1907), page 32. 2. Archives départementales, Voie publique ; carton 9h43, rue de Laborde,
164 E. MAREUSE.
norent cette partie du boulevard Haussmann. En outre, la construction d'une maison sur le nouvel alignement aurait l'avantage de masquer en grande partie la solution provisoire adoptée dans la rue de Miromesnil pour la conservation des maisons situées à l’ancien alignement, et dont l'aspect était loin d’être satisfaisant. Il proposait d'établir un escalier à la suite de la nouvelle construction, semblable à celui qui existait en face du n° 72, sauf à indemniser les propriétaires de la partie haute de la rue. » Cette solution fut du reste adoptée et, quelques années après, escaliers et mur de soutènement disparaissaient pour faire place aux immeubles qui étaient construits sur le nouvel alignement. Peu à peu le sol se nivelait, les nouvelles constructions s’élevaient de toutes parts, et ce quartier, si deshérité naguère, allait devenir l’un des plus beaux de la capitale.
E. MAREUSE,
Président honoraire de la Société Historique des VIII et XVII° arrondissements.
"Omén ê
È È è S Q NT à ES
en
| Ave
Le VII arrondissement en 1815
Formé en 1860 après l'annexion des communes suburbaines, tel que nous le voyons se dessiner aujourd'hui, c'est-à-dire par un quadrilatère plus long que large, mais régulier, qui a pour limites à l'ouest les avenues Marceau et Wagram; au nord les boulevards de Courcelles et des Batignolles; à l'est, la place de la Concorde, les rues Saint-Florentin, Richepanse, Vignon, du Havre et d’Ams- terdam; enfin au sud tout le cours de la Seine entre le pont de la Concorde et celui de l'Alma, ce bel arrondissement du VIII est aujourd'hui tout bâti d'hôtels, et de riches maisons de rapport.
Nous ne nous occuperons ici que de son aspect topographique.
Il contient une place et des avenues magnifiques, admirablement tracées, la promenade des Champs-Élysées, avec ses nouveaux palais, un hôpital à nom de financier, le parc Monceau, le palais de l'Élysée, plusieurs églises remarquables dont l’ancien Temple de la Gloire, deux casernes, enfin une des gares les plus vivantes
et importantes de la capitale (Saint-Lazare). Il comprend aussi une mairie dont il vaut mieux ne pas parler, quatre quartiers et une population dépassant cent mille âmes.
Il y a cent ans, le VIII* arrondissement d'aujourd'hui qui était en titre le [*, empiétait sur le premier actuel puisqu'il comprenait les « divisions » des Tuileries et de la place Vendôme, mais il englobait déjà, par contre, les « divisions » des Champs-Élysées et du Roule. La mairie d’alors était située aussi dans le faubourg Saint-Honoré, au 18, rue d'Aguesseau, et son titulaire était M. Le Cordier domicilié 327, rue Saint-Honoré.
Mais qu'était cet immense périmètre en 1815
C’est ce que nous nous proposons d’esquisser ici à grands traits.
Un document de premier ordre qui deviendra classique, mais qui est encore peu connu relativement, parce que la première époque impériale n'avait pas jusqu'ici suffisamment paru vieille de date pour attirer les chercheurs, nous servira de guide sûr : le plan en feuilles in-4° de Maire, intitulé : la Topographie de Paris.
Si nous partons de l'Arc de Triomphe non encore achevé en 181 — ses fondations en comblanchien sortent alors seules de terre — l'avenue plantée de deux rangées d'arbres, mais qui ne porte pas encore le nom de Wagram, conduit à la place des Ternes actuelle où se trouvait la Barrière du Roule, construction secondaire de Ledoux. Le faubourg Saint-Honoré s'appelait faubourg du Roule et était assez peu bâti Jusqu'à la rue d'Angoulême (Boëtie aujourd’hui). |
Il y avait derrière les maisons plutôt disséminées, dont quelquesunes étaient des guinguettes, de vastes enclos non construits, des prairies où paissaient parfois des chèvres, des jardins et des terrains vagues où l’on tendait le linge, avec de-ci de-là, des bicoques, des champs de navets. À droite, en descendant de la Barrière vers Saint- Philippe du Roule, on rencontrait la Chartreuse de Beaujon avec le jardin du même nom qui allait jusqu'aux Champs-Élysées. Cette Chartreuse dite de l'Étoile, dont la construction avait coûté plus d’un million, avait été léguée par Beaujon, riche célibataire, au président Lamoignon qui fut son exécuteur testamentaire; 1l est vrai que
1. Ou Atlas topographique el statistique du Plan géométral de la Ville de Paris, par N. Maire, ngénieur-géographe. Édition de 1813 (dédiée à la duchesse de Bassano).
LE Villes ARRONDISSEMENT EN 1815. 107
Lamoignon avait été chargé de diriger l’école et l’hospice de la Charité du Roule.
Les Champs-Élysées consistaient alors (1815) en allées droites tracées au cordeau, et même jusqu'à la barrière de Neuilly, dont les deux pavillons carrés à lignes classiques, affectés à la gendarmerie de Paris, flanquaient le large rond-point déjà formé de l’Arc de Triomphe. |
Dans le faubourg, l'hôpital Beaujon était de l’autre côté de la chaussée par rapport à la Chartreuse, et celle-ci occupait tout l’espace situé entre le faubourg et l'avenue de Neuilly (Champs-Élysées). Sous l'Empire, ces terrains n'avaient pas encore été ni lotis, ni vendus, le parc subsistait comme en témoigne une miniature charmante de J. B. Isabey représentant l'entrée du cortège impérial le 2 avril 1810, Jour du mariage.
On peut voir sur ce document, où figurent des milliers de spectateurs, le mur du jardin Beaujon bordant les Champs-Élysées. Il part du rond-point de l'Étoile et de l'Arc de Triomphe et longe l'avenue jusqu'à la hauteur de la rue Washington et même plus loin environ : il se termine aux deux extrémités par deux petits pavillons carrés à toits pointus. Ce jour-là, le 2 avril 1810, toute l'allée intérieure qui suit le mur est bondée de spectateurs. Quant au parc, figuré aussi dans cette œuvre d'art, il est bien garni en futaies et, de l'intérieur de celles-ci, émergent deux fabriques visibles à la loupe, une sorte de moulin à vent et une petite chapelle à clocher‘, et au loin derrière cet hôpital, à partir de la barrière de Courcelles dont une belle et robuste rotonde existe encore, commençait en bordure du boulevard extérieur, planté toujours aussi de ce côté de deux rangées d'ormes, le Parc de Mousseaux.
C'était une création du premier prince du sang en 1778, tracée d’après les dessins de Carmontelle, et c’est là qu’en l’an IX le physicien Garnerin demandait de faire à nouveau des expériences aérostatiques *.
Devenu bien national dès 1791, après avoir appartenu au duc d'Orléans, Mousseaux était aujourd'hui, du moins quant à la Barrière, voisin d'un petit cimetière établi vers l’an Il et qui dura
1. Aquarelle d’Isabey reproduite déjà dans plusieurs ouvrages (collection Scweitzer). >. Arch. Nat. F. 13. 5o8. Pétition de G. au ministre de l'Intérieur du 11 Germinal, et
réponse avec refus du chef de division Barbier Neuville du 3 prairial.
quelques années‘. — Veut-on sur lui quelques faits peu connus pour la période qui nous occupe? En voici un :
Le matin du 10 mars 1805 ce domaine est parcouru par Pie VIT; le Pape fut reçu par l’architecte Bénard? chargé de son embellissement. Bénard lui présente sa famille, et son fils aîné, élève du lycée impérial (Napoléon), lui adresse un compliment en latin. Le Saint- Père répond dans la même langue et avec la plus touchante bonté, puis il se rend ensuite à l'hôpital fondé par feu M. Beaujon. Les administrateurs et les principaux officiers l'accompagnent dans les salles des malades. « La présence et la bénédiction du chef auguste de l'Église ont répandu de la joie dans cet asile de l’humanité souffrante °. »
À Mousseaux le parc conçu et planté à l'anglaise, avec des fabriques grecques où autres, dont la naumachie, contenait vers l'entrée un pavillon d'habitation, sorte de palazzino italien de structure assez élégante avec portique corynthien et fronton, le tout surmonté d'un campanile architectural de même style. C'était une conception du temps de Napoléon inspirée un peu de la villa Borghèse à Rome. Napoléon l'offrit à Cambacérès qui ne s’en soucia pas, malgré que son intérieur fût meublé par la Couronne, et recula devant la dépense d'entretien.
Puis l'Empereur, après avoir visité de sa personne les jardins en 1810, eut l’idée d'en faire d'abord un lieu de délassement, un square, enfin un instant de les réserver pour son héritier®.
En tout cas la Couronne prit le domaine à sa charge, y entretint une pépinière , mais le parc resta sans destination publique et de ce fait fut peu fréquenté ; on y entrait avec des billets. L'impératrice Marie-Louise y allait en promenade pendant sa grossesse et plus tard le Roi de Rome y était conduit de temps à autre. L'Em-
1. Arch. Nat., F. 13. 218 B. Règlement d’un mémoire y relatif par la commission des travaux publics par les ordres de l’architecte Poyet.
2. Le même qui construisit sous l'Empire l'Hôtel des postes rue de Rivoli (1808) et la Manufacture des tabacs du Gros-Caillou (1811). Bénard était aussi l’architecte de Pauline Borghèse à Neuilly.