‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 3 sur 186 · DU S JUIN · texte numérisé non relu

DU S JUIN

Dès qu'il eut appris la mort glorieuse de notre Secrétaire général, Émile Le Senne, tombé le 11 novembre 1914, à Wytschaëte (Belgique), et décédé à Lille, des suites de ses blessures, le 14 du même mois, le Bureau de la Société Historique el Archéologique des VIIT et XVIT° arrondissements résolut de se réunir en séance extraordinaire pour rendre un hommage officiel à la mémoire de ce cher et regretlé collèque.

La séance eut lieu le mardi S juin 1915 à six heures du soir, dans l'intimité de notre salle du conseil à la mairie du VIIE arrondissement. Chacun des membres du bureau avait tenu à y parliciper, el ceux qui n'avaient pu, au dernier moment, se rendre à celte réunion avaient, avec leurs excuses, exprimé de la façon la plus touchante la manière dont ils approuvaient cet hommage.

M. le Docteur Marécnarz, Maire du VIIE arrondissement et Président de la Société, prononça le discours suivant :

l AVANT-PROPOS.

Mes cHers COLLÈGUES,

Notre Société est en deuil : Émile Le Senne est mort... il est mort pour la patrie.

Perte vraiment cruelle qui nous touche au cœur même, perte irréparable pour sa famille, irréparable pour ses amis.

Il est tombé dans les plaines arrosées par l’Yser, ces plaines illustrées à jamais par des luttes qui sont jusqu'ici sans exemple dans l’histoire des hommes, luttes où le sol de la terre tremblait comme sous une catastrophe de la Nature, où les espaces du ciel étaient sillonnés de foudres et de tonnerres qui dépassaient en éclat et en horreur tout ce que renferment de feux dans leurs flancs toutes les nuées accumulées.

IL faut remonter jusqu'aux luttes des Titans contre les Dieux pour se représenter de tels bouleversements!

Dans ce cadre sublime la mort devient grandiose, elle a quelque chose de surhumain. Émile Le Senne, grièvement blessé, resta entre les mains des ennemis, et quatre jours plus tard, le 14 novembre, il exhala son dernier souffle à lulle, — à Lille, depuis si longtemps, hélas! occupée par la horde germanique. Mais 1l a eu, du moins, la consolation de mourir en terre française, 1l a eu la gloire de verser son généreux sang pour la plus grande cause qui puisse exister au monde. L'inexorable loi de l'Histoire semble exiger, pour l’accomplissement d'un progrès, le sacrifice des plus nobles victimes : le malheur des uns semble devoir être la rançon du bonheur des autres.

Les parents de notre ami ont été durement frappés, puisqu'ils ont perdu également dans les combats un autre fils.

Nous leur adressons l’expression de la peine profonde que nous éprouvons tous; nous prenons part à leur douleur, comme si elle était la nôtre,

DISCOURS DU Dr MARÉCHAL. 5

Émile Le Senne inspirait la sympathie dès le premier abord ; le regard clair, bon, franc et loyal, la physionomie ouverte révélaient une belle intelligence et surtout une âme dotée des plus rares qualités morales. Il représentait un remarquable exemplaire de la vraie race française. |

Il est mort à trente-quatre ans, à cet âge heureux où l’on a encore au cœur la fraîcheur des sentiments de la jeunesse, à cet âge où l’homme a atteint son développement en unissant par une enviable alliance la vigueur de l'esprit à la vigueur du Corps. |

Combien cela était vrai de notre Secrétaire général! Vous l'avez vu, toujours affable, toujours souriant, ayant reçu de la nature aussi bien que de l'éducation cette courtoisie qui faisait le charme indicible de la France d'autrefois et que je regrette tant de voir s’affaiblir de nos jours. Aussi était-il d’un commerce extrêmement agréable. Son esprit, nourri de la moelle de l'antiquité et des plus grands et des plus délicats d’entre les modernes, aimait à approfondir les questions les plus variées : le droit, l’économie politique et sociale, les curiosités de l’histoire, celles surtout qui, par l'étude de personnages énigmatiques ou par l'examen des monuments ou des ruines du passé, nous font pénétrer jusque dans le secret des choses.

Frappés des ressources inépuisables de ce fécond esprit, vous lui aviez confié les lourdes fonctions de Secrétaire général. Comment il à rempli sa tâche, avec quel zèle et quelle ardeur 1l organisait et dirigeait nos travaux, vous le savez tous. | ;

Nous ne le verrons plus des yeux du corps; mais il vivra bien longtemps dans notre pensée. Il a disparu, et cependant nous le verrons quand même; bien des fois, 1l nous arrivera de tourner les yeux vers lui, comme s’il était encore parmi nous, pour solliciter ses avis éclairés sur les délicates et diffi-

ciles questions qui nous seront soumises.

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