‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 80 sur 186 · EX-LIBRIS DE E. M. J. LEMOINE · texte numérisé non relu

EX-LIBRIS DE E. M. J. LEMOINE

thèque de M. Lemoine, Avocat et Instituteur de la Jeune Noblesse. Toute la composition est entourée d’un encadrement rectangulaire de filets gras et maigre.

À en juger d’après son ex-libris, la bibliothèque de ce maître de pension devait être assez importante, et s’il entrait beaucoup du désir d'attirer l'attention du public sur son établissement dans l’idée qu'il avait eue de se faire graver en trois formats un ex-libris aussi représentatif, nous ne pouvons que nous féliciter de ce petit mouvement de vanité qui nous permet de jouir aujourd’hui d’une des plus délicates productions de ce xvin‘ siècle, si fertile cependant en beautés de toutes sortes.

Edme-Marie-Joseph Lemoine, connu sous le nom de Lemoine d'Essoies, est né à Essoies en Champagne en 1751. Ayant abandonné le barreau pour se consacrer à l'éducation, il vint à Paris, fut nommé professeur de mathématiques et de physique, membre du jury d'instruction publique. Il dirigea en 1774 avec M. Loiseau, rue Neuve-de-Berry, une maison d'éducation consacrée à la jeune noblesse et dont Thiéry, dans son Guide des Amateurs et des Étrangers à Paris’, parle en ces termes :

« De l’autre côté de la rue (rue Neuve-de-Berry) en face, est une maison d'éducation connue sous le nom d'/nstitution de la Jeune Noblesse. La religion, les mœurs et les talents sont les trois points principaux qui servent de base au plan d'éducation adoptée par MM. Loiseau et Le Moine, directeurs de cet établissement depuis 1774.

« Ges instituteurs, pour pouvoir former eux-mêmes l'esprit et le cœur de leurs élèves, en ont fixé irrévocablement le nombre à trente, au moyen de quoi on n'y reçoit de pensionnaires qu'autant qu'il ÿ a des places vacantes et retenues d'avance.

« On y admet les enfants dès l’âge le plus tendre, mais point audessus de onze ans : ils peuvent y rester jusqu'à la fin de leur éducation.

« Les enfants de cinq à sept ans que la délicatesse de leur âge expose à plus de dangers sont séparés des autres et placés dans l'endroit le plus aéré de la maison. M"° Loiseau leur sert de mère, un inspecteur leur apprend à lire, à écrire, les premiers éléments de la religion, de la langue française, l’arithmétique et la géographie par la méthode des cartes découpées. Ensuite, par progression, on les fait

1. Thiéry, Guide des Amateurs el des Élrangers ou Voyageurs à Paris, édité par Hardouin et Gattey., — Paris, 1787, in-12. Tome Le, p. 54-56.

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passer au latin, à l'histoire, aux mathématiques et à la physique.

« Les élèves y sont distribués en trois classes qui chacune ont leur quartier séparé et un inspecteur.

« Une infirmerie isolée est destinée pour les maladies légères. Ces instituteurs ont porté l'attention jusqu'à avoir une chambre à Chaillot, où l’on met ceux des élèves attaqués de la petite vérole ou de quelque autre maladie contagieuse. Ils ont aussi fait construire dans leur maison une petite chapelle où un aumônier vient dire la messe les fêtes et dimanches, et jours de congé.

« Le prix de la pension est de r 050 livres, dont les quartiers se paient d'avance. L'entretien est au compte des parents. Les élèves sont assujettis à un uniforme écarlate : veste et culotte chamois, ainsi que la doublure de l'habit. Les maîtres d'allemand, d'anglais, de musique vocale ou de violon, d'armes, de dessin, de danse et d'exercice pour le maniement des armes, se paient à part. »

Une note placée au bas de la page 55 nous apprend que M. Le Moine, un des instituteurs de cette maison d'éducation, est auteur d'un très bon ouvrage dédié à S. A. S. M5 le Duc d'Enghien, Prince du Sang, et intitulé Principes de Géographie. Get ouvrage diffère en beaucoup de points des autres traités élémentaires de cette science : ce qui le distingue surtout sont quantité de notes instructives et très utiles à ceux qui veulent étudier cette science. On trouve ces principes clairs et précis chez l’auteur, à la Maison d’Institution, chez Belin, libraire, rue Saint-Jacques, près Saint-Yves, et chez Nyon, libraire, rue du Jardinet. Prix 3 livres, relié.

Tous ces détails donnés à dessein nous font connaître ce qu'était l'Institution de la Jeune Noblesse et nous prouvent que son directeur ne négligeait pas, à l'occasion, une habile réclame.

À l’époque révolutionnaire, l'école changea de titre et l'Institution de la Jeune Noblesse devint l'Institution Polytechnique ‘. Nous donnons ici la reproduction d’un cachet-timbre imprimé à l'encre grasse, placé comme marque de bibliothèque sur le titre d’un volume de prix de cette institution dont le palmarès, signé Rimberg etE. M.J. Lemoine, porte la date du 19 fructidor an VIII, que M. Wiggishoff nous avait communiqué. Voici ce que notre regretté collègue nous disait au sujet de cette marque : « C'est l’ex-libris démocratisé, mais entre celui-ci et le précédent, il y a toute la distance qui, au point de vue

1. Voir l’article de M. Lucien Lazard dans notre Bulletin de 1900, p, 5o-b1.

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