‹ Mélanges et fragmentsChapitre 9 sur 23 · EN AVRIL · texte numérisé non relu

EN AVRIL

1 2 Avril. — 11 tant utiliser tous les moments quand on a la ville de Naples à voir et peu de jours à soi. Je me suis fait conduire dès le matin au musée Bourbon où est réunie la collection bien curieuse des objets et des ouvrages d'art qui ont été trouvés à Pompéi. On m'avait conseillé de visiter le musée avant d'aller à Pompéi même , afin de pouvoir placer sur ces murs que je devais voir, et dans ces maisons qui sont vides, tout ce qu'on en a enlevé, et reconstituer ainsi par le souvenir la cité ancienne, en en parcourant les rues et les habitations. Rien n'offre plus d'intérêt que tous ces débris de la civilisation romaine, . i avancée, si savante en fait d'art , si recherchée. Vne première salle est consacrée aux mosaïques qui ont été trouvées dans les maisons quand on les a dégagées de la cendre. Ces mosaïques représentent toute sorte de sujets; ce sont sou\ent de simples ornements, quelquefois des sujets d'his-

loire, ou de petits tableaux de genre; beaucoup figurent des animaux, des oiseaux, des fleurs, des fruits. 11 y a a l'entrée quatre colonnes incrustées de mosaïques, dont le sujet est une chasse. Quelqu uns de ces dessins sont grotesques; la plupart Boot de la plus gracieuse exécution, d'un très-bon goût; les couleurs sont très-habilement et très-heureusement assorties, les pièces rapportées avec uue grande précision de travail. Les anciens avaient le goût des arts; toutes leurs maisons étaient ornées avec un soin et une recherche qui n'appartiennent aujourd'hui qu'à un petit nombre de personnes , et qui sont le luxe et l'exception.

A côté de cette collection esl celle \\v> fresque*, des peintures murales qui ont été détachées des

maisons. On s'étonne de la conservation (U-< ■

saïques, faites cependant avec des pierres de dive couleurs; ou s'étonne plus encore de voir sur ces fragments de murs anciens des nuances si bien conservées, des teintes qui semblent encore si fraîche.-.

La collection est considérable. Toutes les fresques ne

s. Mil pas dans un état égal de conservation : elles

témoignent, comme les mosaïques, et plus encore peut-être, de celte généralité du goûl pour les arts (|ni régnai! dans la société antique, et aussi de la action où ils avaient été poi -• -. malgré l'absence de tant de ressources que les modernes ont à leur disposition, malgré l'ignorance de la peinture a l'huile. Pompéi a été ensevelie sons la hne du

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VésuVe en 79; c'est donc la civilisation du ier siècle dont on \ a retrouvé tous les détails. Alors c'était de la Grèce que Rome faisait venir encore la plupart des artistes auxquels elle confiait le soin d'orner ses maisons; quelques-unes de ces œuvres de l'art antique portent le nom de l'auteur, et cet auteur est Grec. Beaucoup de ces fresques représentent un trait d'histoire, presque toujours d'histoire mythologique, les aventures d'Ulysse, l'histoire à'Iphigériie, d'Oreste et de Pylade; quelques-unes figurent des scènes de la vie des acteurs ; d'autres représentent des divinités , des sacrifices , d'autres seulement des ohjets de fantaisie et d'imagination, des figures grotesques, des dessins d'architecture, des ornements, des festons, des animaux, des fleurs. Il en est qui , par la fraîcheur de leurs nuances , témoignent d'une rare perfection d'exécution, et sembleraient faites récemment; quelquesunes , d'une grande pureté de lignes , sont monochromes , c'est-à-dire exécutées avec une seule couleur, qui dessine tous les contours, reproduit tous les traits , et rend presque les nuances et les omhres par des teintes plus ou moins foncées. On voit là revivre autour de soi, avec leurs productions, l'art et la civilisation antiques —

Je me suis fait conduire ensuite à Santa-Lucia , un des quais de Naples, de là à la Villa-Reale, jardin public sur le bord de la mer, puis à la Strada*Nuo\a de Pausilippe, nouveau chemin qui conduit à l'on/.-

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zoles, de l'autre côté de la baie de Naples, en montant la colline qui termine la baie du côté du couchant. En parcourant cette route, on jouit de tonte la belle vue de la ville et du «jolfe. Les maisons de Naples occupant tout le milieu du littoral, s'étendant même au loin du cùté du Vésuve et de la partie opposée ; le Vésuve s 'élevant à l'est et s 'abaissant insensiblement vers la Méditerranée: une immense étendue de mer que l'œil embrasse; en face, les îles du golfe de Naples; dans le golfe, des bâtiments et des barques qui le sillonnent dans tous les sens; audessus, la colline de Cbiaja : tout cela forme un magnifique spectacle —

En redescendant , j'ai traversé la grotte du Pausilippe qui a environ un tiers de mille de long; elle a été creusée dans la montagne pour abréger la route de Naples à L'ouzzoles, qui est fort ancienne, et était autrefois fort incommode, comme s'en plaint Sénèque. C'est une belle et Longue galerie, recevapt aujourd'hui le jour par deux orifices supérieurs, éclairée de plus à l'intérieur par quelques lanternes, mais à laquelle semblerait suffire la lumière qu'elle reçoit à ses deux extrémités. Deux voitures \ passent aisément de front, et la route est pavée, comme toutes les rue- de Naples. en grandes dalles de pierre.

Du côté de Naples, à quelques pas de l'entrée de cette grotte , sur la colline de Chiaja . sont les ruined'un tombeau, que l'on dit avoir été le tombeau de

Virgile, tant honoré par Stace, et situé, selon Donatius, sur la route de Naples à Pouzzoles, intra secundum lapidem ; l'emplacement de ce tombeau est charmant, la vue est superbe, la construction est antique sans contredit! Pourquoi y a-t-il des sceptiques qui troublent le charme de ce souvenir en prétendant que c'est un tombeau tout autre que celui de l'auteur de l'Enéide?

Naples est une grande et belle ville, il y a beaucoup de rues larges et bien bâties, de ces grandes places qu'on y appelle Largo ; un peuple nombreux circule dans les rues; les boutiques sont nombreuses, garnies avec luxe, bien décorées; il y a un fort grand nombre de belles et hautes maisons, de beaux palais ; Santa-Lucia est un quai rappelant les plus belles parties de nos quais de Paris. Naples est d'ailleurs une ville toute française, la plupart des écriteaux de boutiques sont en français ; presque tout le monde y parle ou y comprend notre langue; c'est notre luxe, nos articles de commerce, nos libraires, nos restaurateurs, nos modistes, une civilisation enfin qui se modèle sur la nôtre.

13 Avril. — Je suis retourné au musée, j'ai vu encore les fresques découvertes sous les cendres du Vésuve, et dont beaucoup ont tant exercé les archéologues qui cherchaient à en deviner le sujet, qui donnaient chacun leur explication, et ne pouvaient se convaincre. Quoi qu'il en soit de ces sujets

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historiques, allégoriques, mythologiques, comiques, il eu est plusieurs qui sont d'une compositioD char* mante, qui sont de véritables œuvres d'art. C'est presque toujours l'art grec plutôt que l'art romain; c'est la civilisation grecque passée dans les mœurs romaines.

A côté de ce musée est le musée égyptien, qui contient une foule d'objets de toute sorte el de toute grandeur, monuments de l'art et de la superstition de l'Egypte Un certain nombre «le ces objets ont été trouvés à Pompéi et à Herculanum; ils montrent que dans la ville romaine étaient réunies les productions des arts de tous les pays; d'autres viennent de l'Egypte, cesonl des statues d'Isis, diOsiris, de prêtres ou de prêtresses d'Egypte, des serpenta et autres animaux adorés en Egypte, des amulettes , des scarabées ; le tout, témoignage d'une superstition et d'un goût assez bizarres. Il y a la un morceau de papyrus, trouvé en Egypte, qui date des premiers siècles après Jésus-Christ el qui contient en caractères grecs les noms de ceux qui ont travaillé aux digues du Nil; ces caractères soni dans un état de conservation qui a permis de les lire presque entièrement. On Noit une belle statue d'Isis trouvée dans

sou temple à Pompéi, et des momies, Ires-liicii

conservées . avec la couleur nuire que leur a donnée le baume dont on se servail pour les préserver de la destruction; ce ne sont pas tout à l'ait les traits, mais c'est beaucoup plus cpie le squelette; <>n voit

les linges qui entouraient le corps, la huile dans laquelle il était enfermé la pierre ou la planche de bois, sur laquelle était représenté le jugement dïsis et qui couvrait la momie.

Au milieu d'un grand nombre d'inscriptions de toute sorte, sépulcrales, honoraires, sacrées, au milieu de beaucoup de fragments antiques, de petits autels funéraires, j'ai vu là deux belles statues de l'Hercule Farnèse, dont le tronc a été retrouvé dans les thermes de Caracalla, et les jambes dans un puits à quelques milles de distance; c'est l'œuvre du sculpteur athénien Glvcon dont le nom y est gravé; il a dû subir quelques restaurations ; c'est une statue d'une beauté réelle, exagérée peut-être dans la force et dans le saillant des muscles de la poitrine. En face est le fameux groupe du taureau Farnèse , découvert également dans les thermes de Caracalla, monolithe dune composition hardie et magnifique, qui représente Àmphion et Zélhus vengeant leur mère Antiope, en livrant Dircé sa rivale à la fureur d'un taureau; tout semble aussi heureusement exécuté que hardiment conçu. Dans la même salle est un calendrier astronomique, rustique, religieux : pierre carrée sur laquelle sont gravés le nombre des jours du mois, le signe du soleil, la longueur du jour et de la nuit, les occupations des laboureurs, les fêtes religieuses.

Au premier étage, j';ii été voir les verres anciens : certainement on ne peut soutenir à présent que les

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anciens ignoraient l'art de fabriquer le verre; il y a dans ces salles du musée un nombre prodigieux d'objets de verre, de toutes les formes, de toutes les proportions et pour tous les usages. On voit par quelques-uns de ces objets que c'était une matière, qui, comme celle d'aujourd'hui, devenait malléable par l'effet de la grande chaleur; quelques-uns de ces verres sont bleus , ciselés ou plutôt fondus en bas-reliefs ; sur d'autres il y a des peintures encore fraîches ; une amphore surtout, par de gracieuses incrustations ou plutôt des bas-reliefs en ivoire plaqué, montre que non-seulement les anciens connaissaient la matière du verre, mais encore qu'ils savaient la travailler habilement.

Suivent les terres cuites, également trouvées à Herculanum et à Pompéi, les unes destinées à des usages sacrés, les autres à i\v^ usages domestiques, coupes, amphores, plais, assiettes, vaisselle, lampes, objets de toute grandeur, la plupart de forme gracieuse, quelques-uns avec des dessins en basreliefs, divers de matière et de couleurs comme de formes; vaste magasin de poteries en tout genre dans lequel les lampes, qui sont très-nombrei, semblent, avec leurs anses, leur forme oblongue et portative, être les ustensiles les plus différents Ar<. nôtres.

Au second étage, ou fait voir les objets précieux, bracelets, colliers, petites chaînes, boucles d'oreilles, anneaux, agrafes en <>r, quelques-unes

massives cl d'un grand prix , ayant beaucoup d'analogie d'ailleurs avec les bijoux que travaille l'orfèvrerie moderne, représentant des animaux, de petites figures de tout genre, souvent des divinités; il y a là encore des camées, des pierres précieuses et transparentes dans lesquelles sont gravés des dessins , des figures d'une très-fine exécution ; c'est une fort belle collection, et qui montre une partie de plus de l'art moderne devancée par l'art des anciens. Une de ces pierres représente en un bas-relief admirable, d'un côté, l'apothéose d'Adrien, de l'autre, la tête de la Méduse, et la matière est aussi belle que l'exécution.

Dans la même salle sont des vases et des coupes en argent , des plats du même métal , et des mets de la cuisine ancienne, carbonisés sous la cendre , et ayant conservé si bien toutes leurs formes , qu'ils sont très-facilement reconnaissables. On voit du pain , en forme de gâteau rond , de la pâtisserie avec la croûte et l'intérieur, encore en forme de gâteau , de l'huile dans un vase , des fèves , des châtaignes, des lentilles, des haricots, des raisins secs , des œufs très-bien conservés , et parmi les œufs de poule , un œuf d'autruche, du millet, du blé, des dattes, des amandes; tous ces objets ont gardé leurs formes en devenant noirs par la carbonisation; la pâtisserie et l'huile ont seules une couleur particulière. La même armoire renferme diverses matières qui appartenaient à un marchand de cou-

leurs, «lu jaune, du rouge, du bleu magnifique, et quelques drogues de pharmacie.

Les objets de bronze composent aussi une riche et curieuse collection; il y a toute sorte de petits meubles de ménage, et d'abord tous les ustensiles de cuisine; des passoires extrêmement fines : des moules <le pâtisserie de diverses formes , l'un qui devait contenir sans doute un pâté de lièvre et dont la partie supérieure, comme celle de nos meules d'aujourd'hui , représente un lièvre couché; un autre fait sans doute aussi pour les pâtés de sanglier; et qui représente en bosse un sanglier; un fourneau carré, dont le milieu est un brasier, autour duquel s'étend, des quatre cotés, un réservoir d'eau chaude avec un robinet et quatre récipients couverte placés aux. quatre angles et représentant le< tours d'une \ille; des seaux, de diverses dimensions; nombre de casseroles; une cuiller; un Large plat creuse sur toute la surface en forme de coquetier, pour recevoir les œ\\\'> à mesure qu'on les cuisait.

A coté de cette collection sont les balances, les poids et les mesures: la plupart des balances sont fort gracieuses «le forme: les poids sont de forme

splierimie; une Lanterne doublée de feuilles de corne,

minces et transparentes ; des lampes de jour et de nuit : de grands candélabres sur lesquels posaient ces lampes : un beau lustre figurant un troue <l arbre, aux branches duquel sont suspendues des lampes; des cratères el des vases de toul -cure: des sièges en

bronze massif, en forme de pliant, mais ayant les barreaux courbes, et qui étaient, dit-on, les chaises curules; un lit qui devait être un lit de table, A côté de cette salle est celle des armes, qui contient des casques , des cuirasses , des lances , des cimiers , de ces épées larges, plates et courtes, comme en portaient les Romains. Près de là sont les fameuses tablés d'Héraclée, qui n'ont pas été trouvées à Pompéi.

Ces tables qui ont tant occupé les savants sont bien conservées, et les caractères peuvent se lire afacilement ; viennent ensuite les instruments de chirurgie; puis des écritoires, des styles, des pinces, des cachets; des lettres pour graver qui ressemblent tout à fait à une ligne des grands caractères dont se sert l'imprimerie moderne, à cette seule différence près que les caractères ne sont pas mobiles; des aiguilles, un dé à coudre; des dés à jouer avec leurs numéros, des osselets; des billets de théâtre et autres lieux , représentant de petits objets, de petites figures en os ou en ivoire ; quelques instruments de musique enfin. Le détail serait infini.

Le musée étrusque et le musée grec contiennent un nombre considérable de vases d'argile, de terre fine, sur lesquels od remarque de beaux dessins, les uns généralement noirs sur un fond rouge: ce sont les dessins étrusques; les autres rouges sur un fond noir et plus corrects : ce sont les dessins grecs; ces vases ont tous été trouvés dans des tombeaux anciens, dans des tombeaux grecs surtout. Les Grecs ne bru-

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laientpas toujours leurs morts, et dans le but d'honorer la mémoire du défunt, ils renfermaient souvent avec lui dans le sépulcre ce qui avait été a son usage personnel, ainsi que les objet- précieux du mobilier de la famille. Sur ces vases sont représentées souvent des histoires mythologiques; ils sont grands et d'une belle forme; ce sont de magnifiques productions d'un art déjà avancé, ou si l'on veut, d'un métier qui • devenait un art.

Toutes ces chambres sont pavées de mosaïques trouvées à Herculanum et à Pompéi , plusieurs avec des dessins noirs sur un fond de mosaïque blanc ; plusieurs représentant des gryphons , et autres animaux de la sorte; un qui était sur le seuil d'un»' maison de Pompéi, figurant un chien avec l'inscription : Cave canon y un autre représentant le plan extérieur de la ville, la ligne de ses tours et de ses remparts.

De tous ces objets, beaucoup sont dans un merveilleux état de conservation; les recherches et la restauration commencées , il n'y a guère plus d'un siècle, sont exécutées avec autant de soin que d'intelligence. Quand la matière acte transformée et carbonisée, la forme qui subsiste permet de juger de la matière tout altérée qu'elle est; ainsi on reconnaît des morceaux de drap, de la toile, de la laine, du fil. Les bronzes sont généralement très-bien conservés , la rouille a moins de prise sur ce métal; les fers sont lout oxydés el à peine reconnaissables.

La salle des papyrus contient plusieurs volumes

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anciens; ce sont des feuilles de papyrus roulées autour d'une barre de bois ou de métal; tout est carbonisé et noir; l'encre a pourtant une teinte noire distincte de la couleur du charbon : ce qui fait qu'on .peut encore lire quand la matière n'est pas trop altérée. On colle avec soin, sur la surface que l'on veut dérouler, quelques feuilles extrêmement minces d'un papier transparent et qui ressemble à de la baudruche ; on tire avec précaution , et sur un instrument fabriqué à cet effet et analogue à un grand dévidoir, la feuille transparente collée sur la surface du rouleau ; cette feuille soulève et détache la feuille supérieure du papyrus à laquelle elle est adhérente , et on cherche à déchiffrer quelque chose. Ces feuilles de papyrus sont d'une extrême longueur et devaient être fort incommodes ; on en montre une qui a environ onze pieds de longueur ; probablement elles se divisaient quand on voulait lire l'ouvrage. La plupart du temps ces feuilles de papyrus sont trop carbonisées, et adhèrent trop les unes aux autres pour que même avec beaucoup de soin , d'habitude et à l'aide d'un poinçon on les puisse détacher; néanmoins on a découvert ainsi plusieurs fragments d'ouvrages, mais dont aucun n'avait d'importance pour la littérature ou la science: l'un est un traité de Philodènie sur la musique; un autre, un traité du même auteur sur la rhétorique, sur les vices et les vertus ; un ouvrage d'Epicure sur la nature, Ilspl ti>uc£coç; un autre livre sur la colère, Ileol Op-p;; ; tous

livres grecs: un seul livre latin , d'auteur inconnu, contenant quelques hexamètres sur la guerre d'Antoine el d'Octave. Tout cela a été imprimé. En regard d'une page qui contient une reproduction exacte «le ta feuille du papyrus, en est une autre sur laquelle les lettres déchiffrées sont imprimées en noir, et les lettres détruites et suppléées sont imprimées en ronge. Après plusieurs essais, la manière actuelle de dérouler ces papyrus a été jugée la meilleure, et définitivement adoptée.

J'ai achevé une journée dont le commencement était si bien rempli en allant avec .MM. M*** à Capo di Munie, montagne qui domine et termine Naples du côte du levant, et d'où la vue embrasse La ville, la mer, tout le golfe, la colline de Chiaja, les îles de la baie : magnifique spectacle, bien justement admiré. Vous avons visité le palais du roi, le beau et immense jardin, si \ert, si irais, Bi varié, si bien situé, qui l'entoure; le Champ de Mars, grande plaine pendue ;i la culture depuis la domination Française; le cimetière neuf, d'où la Mie. s'étendant plus au loin du côté du Vésuve, embrasse tout ce beau jardin potager de Naples, terrain si fertile en fruits et en légumes, que traverse le chemin de fer deCapooé, et au delà, toute la région que traverse le chemin de fer de Castellamare, et toute cette côte si riche et si peuplée. Le cimetière fort bien entretenu, plein des plus gracieuses fleurs, charmant, coquet, n'est ni grave ni triste; au-dessus est un grand bâtiment en construc-

lion renfermant des chapelles, avec des caveaux réservés aux confréries en lesquelles est partagée la plus grande partie de la société napolitaine, par classes, par métiers, par rangs, dont les membres s'entr'aident dans leurs maladies et ont une sépulture commune. Cette sépulture était autrefois dans les églises; à l'époque du choléra , au grand mécontentement de la population , il a été interdit d'ensevelir dans les églises, et on a donné un caveau à chacune de ces confréries, en compensation du privilège qu'on leur enlevait, et aussi à quelques familles particulières.

Nous avons rencontré le roi et la reine, dans une voiture découverte, précédée d'un seul piqueur, sans autre cortège; le roi peut sortir ainsi seul à Naples. Nous sommes revenus par le quartier de Porto- Basso, véritable patrie des lazzaroni , quartier sale, populeux, aux rues étroites, et au milieu duquel est ki place del Mercado , théâtre de l'histoire tragique de Mazaniello; nous avons traversé cette place au milieu des marchands de fritures , de macaroni , de denrées de toute sorte, que les Napolitains débitent et mangent en plein vent....

14 avril. — J'ai fait avec M. deN*** et M. de S***, que j'avais rencontrés plusieurs fois à Rome, et que j'avais vus la veille chez Mine M***, la grande tournée de Pouzzoles et de Baies. Partis vers dix heures, nous sommes revenus à six heures du soir, ayant été obligés (V abréger notre course.

Nous avons traversé la grotte du Pausilippe, et, en longeant- la mer, nous sommes arrivés jusqu'à Pouzzoles, l'ancienne PuIpoU, dont la campagne était

si peuplée autrefois de maisons de plaisance , dont le port était si fréquenté et si commerçant; aujourd'hui ce n'est qu'un bourg peu. considérai >le et fort sale : il n'\ a plus de port ni de villas, mais la plage, est toujours très-belle et la vue du golfe, une des plus jolies de l'Italie; l'île de Nisita est en face, lile d'Ischia termine la vue du côté du couebant; du môle ancien qui formait pour les vaisseaux un abri si sûr et si commode, trois des arches ont résisté aux Ilots avec leur épaisse et forle maçonnerie, ("est ce môle, que Caligula fit prolonger jusqu'à Baies par un pont de bateaux de trois mille six cents pieds de longueur, pour traverser triomphalement le golfe, en imitant Xcrxès et sa folie.

Le plus curieux débris de la richesse antique de Pouzzoles est un temple de Jupiter Sérapi>. dont le culte s'était fort répandu à Rome au temps de l'empire, vaste monument dont le milieu était une belle coupole, entourée d'un portique soutenu par des colonnes de granit; le pavé était de marbre et il reste un grand nombre de débris qui attestent La richesse intérieure du temple; le sol de marbre et le bas des colonnes sont aujourd'hui couverts d'eau; la partie du tronc <\i-> colonnes qui esl au-dessus ne porte aucune trace d'eau, tandis que la partie plus i levée a été autrefois submergée, ainsi que le prouve in-

contestablement le grand nombre de trous laits par les coquillages sur une surface toute rongée par l'action de l'eau de la mer. Comment s'explique cette anomalie? La mer est plus haute aujourd'hui qu'elle ne le fut autrefois, puisque le sol du temple est baigné par les Ilots; elle est plus basse qu'elle ne l'a été à une époque intermédiaire, puisque la partie supérieure des colonnes est dégagée; il faut supposer peut-être que l'édifice ait été enfoui, comme tout d'autres sous les décombres, puis dégagé, mais que la mer ait monté depuis, soit naturellement, soit par un de ces bouleversements de terrain si fréquents sur cette plage.

Un de ces bouleversements a produit, en 1 538, à la place qu'occupaient un village, et une portion du lac Lucrin, une montagne, née en trois jours, et appelée encore aujourd'hui le Monte Nuovoj au pied de cette montagne est la portion assez peu considérable qui reste du lac si fameux autrefois par les huîtres qu'il produisait.

C'était là qu'était, sur le bord de la mer, la maison de campagne où Cicéron composa ses Académiques et dont l'on montre quelques prétendus restes.

Derrière le lac Lucrin et à peu de distance est le lac Averne, dont l'aspect n'a plus rien de sombre ni d'horrible, les bois qui en couvraient les bords ou n'existent plus ou ne sont plus que des taillis; la vallée qu'occupe le lac, entourée de tous côtés par d'assez vastes collines qui s'élèvenl en amphithéâtre,

1 02 ni'IT JOURS A NAPLES.

est solitaire et pittoresque, en même temps agréable ft fraîche; l'air n'\ est plus malsain depuis la révolution souterraine qui créa le Monte Nuovo, et les oiseaux volent impunément au-dessus des eaux du lac.

Sur une de ces collines est ce qu'on appelle la grotte de la Sibvlle, long corridor souterrain, sOml>re, dont le sol est en partie submergé par l'eau, i H i|ui, passant sons la colline dé Baies, communiquait, a ce qu'on prétend, autrefois jusqu'à dunes; j'y suis entrée la lueur d'une de ces touches qui servent à visiter les lieux pareils, et, sur les épaules d'un guide, j'ai traversé ces galeries où la sibylle, dit-on, conduisait Énée. Ce terrain semble convertir à ces traditions anciennes ; agité par des révolutions souterraines, volcaniques, el pourtant Fertile el riche, il réunissait et ce que l'imagination populaire devait prêter de terrilile à l'entrée des enfers, et ce ipie la

nature axait de plus riant : les Champs-Elysées et

r \elieroll.

\ PouzeOles et sur toute la côte se dégage de la terre une vapeur chaude et sulfureuse : à Pouzzoles esl un établissement de bains; et près du lac Lucrin èsl une galerie, pleine d'un air brûlant el imprégné de Vapeurs, OÙ je suis entré sur les pas du guidé, mais donl je suis ressorti sans y avoir fait plus de

dix pas; un misérable paysan, dont ces! l'industrie, nous a rapporté au bout de quelques minutes on œtif qu'il avait l'ail cuire dans de l'eau bouillante

saturée de cette vapeur sulfureuse; ou vient là prendre des bains de vapeur, comme on y venait autrefois.

Nous avancions vers l'emplacement où était Baies. Ce rivage, bordé de collines, autrefois si peuplé et si riant, avec toutes les villas qui le couvraient, et cet amphithéâtre de jardins et de maisons de plaisance, est aujourd'hui encore charmant par le site, mais presque inhabité; les riches Napolitains y viennent souvent en partie de campagne; mais au lieu où était Baies, si sûr qu'en soit le port, dans cette anse formée par la nature, il n'y a que quelques maisons et des bâtiments en réparation ; le pays est couvert de ruines qui ont toutes leur nom, et qui appartenaient certainement à des constructions anciennes, à des temples, à des villas, à celle de Marius, de Lucullus, dont on montre la fameuse piscine; du côté du couchant la baie se termine par le cap Misène. Moins avancée dans la mer et sur la même lmne, mais séparée par une partie plus basse du cap Misène, qui est isolé dans la mer, est une colline qui termine la colline circulaire de Baies et où s'élève un beau château fort, construit par Pierre de Tolède; c'est sur ce rivage qu'eut lieu l'assassinat d'Agrippine; c'est sur la colline que sont les cent chambres de Néron, prison formée de galeries souterraines a plusieurs étages, bâtie, dit-on, par Néron; c'est là qu'est la Piscina MiraMle , vaste réservoir d'eau fraîche, construit ou par Lucnlhis, ou par Agrippa,

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ou pur Claude, et qui fournissait de l'eau à la Sotte Btatioonée à Misèue, que commandait Pline, au moment de partir pour le Vésuve; grand et bel ouvrage (•(imposé de cinq galeries souterraines, soutenues par quarante piliers, et où Feau arrivait par des aque dues; de là une vue admirable : le golfe de Cumes d'un côté, relui de Baies de l'autre, les îles de Capri, de Procida et d'Iscbia en face, forment un des horizons les plus complets et les plus beaux.

Du cap Misène à Pouzzoles, je suis revenu en barque —

Le soir, le ciel était pur, le Vésuve découvert, «m voyait la fumée et la flamme sortir du grand cratère, et la lave couler par la fissure qu'elle a formée sur le cône qui couronne le volcan.

15 avril. — Le matin je suis retourné au musée Bourbon ; j'y ai vu plusieurs de ces belles statues qui ont été partout reproduites, dont l'antiquité même nous a laissé plusieurs modèles semblables, sauf quelques variations te!);1 nt à l'artiste et à L'époque, la Vénus accroupie, la Vénus Ànadyomène, la Vénus Callipyge, la plus gracieuse peut-être et la plus parfaite de toutes. Celles qui appartiennent à l'art urée sont plus correctes et plus pures que celles qui sont dues a l'art romain. Là est la Flore Far- . grande et belle œuvre; L'Aristide ou L'Orateur, statue fameuse, dont la pose esl simple et calme; le Gladiateur mourant ; un bel Intinous; là sont au>si

beaucoup d'objets trouvés à Pompéi; un nombre considérable de petites statues des dieux pénates et des dieux lares, trouvées dans presque toutes les maisons de Pompéi, qui avaient une niche pour les recevoir; la grande mosaïque trouvée dans la maison du Faune, dont le sujet a beaucoup exercé les antiquaires, et qui, suivant l'opinion accréditée, représente Alexandre et, Darius avec leur armée au milieu d'un combat ; elle est très-bien conservée et d'une belle exécution.

Vers deux heures je suis parti avec M. 0. M*** pour monter au Vésuve. Le sommet du volcan était désaxé ; de l'autre côté de l'horizon, le ciel était couvert de nuages. Nous étions partis pour voir coucher le soleil , nous n'avons pu joindre ce spectacle à celui du Vésuve même. Une voiture nous a conduits jusqu'à Résine, bourg à peu de dislance de Naples, qui n'en est séparé que par Portici et en est comme un second faubourg; de Résine, qui est au pied du Vésuve, une autre voiture nous a conduits jusqu'à l'ermitage; c'est une station sur le versant de la grande montagne du Vésuve, l'habitation la plus ;i\ancée que l'on rencontre; ce ne sont pas, ou ce ne sont plus de véritables ermites qui habitent cette maison isolée sur la côte du volcan; ce sont des gens qui ne sont pas des religieux , qui portent habituellement néanmoins une robe d'ermite, vendent l'hospitalité et ne la donnent pas. En montant à l'ermitage, on traverse un terrain tantôt couvert de

lave, tantôt planté et fertile; on voit les divers courants de lave que le volcan a formés dans ses dernières éruptions en 1822, en 1839; et à oôté sont les vignes qui donnent le vin fameui de Lacryma- Christi. Au bout de quelques années, la scorie, espèce de matière spongieuse et friable, qui l'orme comme la couche supérieure de ce fleure de feu qui découle du Vésuve, se dessèche, se résout en poussière; le vent \ apporte un peu de terre végétale; on y pratique des trous , on en remue la superficie , on y plante, et on produit ainsi un sol Bec . niais fort et fertile.

Du haut de la montagne <>n découvre toute la contrée ; mi \nit la riche et vaste plaine de la Campanie, qui est auprès de Naples un vaste jardin potager, et qui s'élève insensiblement jusqu'à Pausilippi ; pluB loin les collines qui dominent Pouzzoles et Haïes. terrain tout volcanique. Le Vésuve est séparé de ta «•haine des Apennins ; il \ avait là. avant l'éruption du volcan, une colline dont les flancs ont été rompus violemment par l'explosion, et dont les rochers témoignent encore par leur forme de l'effort qui les a brisés. Une branche *\r> Apennins, située plus au levant, tourne le Vésuve, et se prolonge jusqu'à la mer : ce sont les montagnes de Sorrente.

De l'ermitage jusqu'au pied de la partie supérieure de la montagne que forme la lave du Vésuve, il \ a une bonne demi-heure de marche, sur un terrain inégal i sur un sol composé tantôt d'une lave épaisse

HUIT JOURS A ISAPLES. 1 G?

et dure, qui s'est solidifiée au milieu de sa course, •Mi conservant les formes courbes d'une matière liquide, tantôt de scories, de pierres ponces. Au bas de la grande montagne je suis monté sur une chaise portée par huit hommes, on m'avait vivement engagé à ne pas affronter la fatigue de l'ascension, et bien m'en a pris de ne pas l'avoir fait. Il a fallu monter pendant plus d'une heure sur un terrain presque à pic, sur un sol de cendres où les pieds ne pouvaient trouver d'appui, où l'on enfonçait à chaque instant, où les pierres sur lesquelles on cherchait à s'appuyer manquaient sous les pas, où l'on refaisait enfin en arrière une bonne partie du chemin que l'on avait fait en avant; mon compagnon de voyage a monté à pied, mais en s'aidant d'une lanière attachée autour d'un homme qui le précédait, plus fort et plus habitué à ce genre d'exercice; c'est ainsi que montent quelques clames et la plupart des hommes. Au terrain tout composé de cendres sur lequel nous montions touchait le courant delà lave aujourd'hui eu fusion, qui sort perpétuellement plus ou moins rapide ou abondante de la bouche du Vésuve. A mesure que cette lave se refroidissait en descendant vers le bas de la montagne, nui mouvement devenait moins sensible, et à mesure que nous approchions de la source de ce fleuve de feu, nous sentions mieux, ce mouvement à la chaleur toujours croissante que le vent nous en apportait, el au bruit que faisaient les scories qui se refroidissaient à la surface et se

détachaienl en venant rouler parfois tout près de nous. Nous sommes arrivés vers six heures et demie au sommet de la montagne; nous étions sur un plateau formé par la couche supérieure de la lave refroidie et sous lequel brûlait une matière rouge, que dous apercevions à la lumière tombante à travers les interstices de la surface noire qui la recouvrait. Sur ce plateau coulait encore rouge et tout à fait liquide le courant de lave qui sort d'une fissure du cône supérieur. Ce cône, qui s'élève sur le plateau où nous étions, est formé par les pierres que jette la grande bouche du Vésuve avec des torrents de fumée. Quand la partie intérieure sur laquelle ce cône repose est minée par le feu, ou plutôt épuisée par le dégagement continu de la lave, alors il s'écroule, il s'abîme dans le goufre du volcan; la partie voisine du plateau supérieur s'écroule avec lui , et il ne reste plus qu'un abîme de feu d'une profondeur immense au sommet de la montagne. Puis les pierres que vomit lf M»lcan s'amoncellent et le reforment jusqu'à ce qu'il s'écroule de nouveau. Celui qui couronne aujourd'hui le sommet du Vésuve ne se forme que depuis deux ans. A l'endroit où se termine le plateau . la couche supérieure du fleuve de lave commençait seulemenl a prendre une teinte noire : nom voulions approcher du grand orifice du volcan, il fallait traverser ce courant . il avait douze ou quinze pieds de large; il fallait le traverser en courant, car on n'aurait pu résister à la chaleur qui s'en exhalait, et les

pieds s'y seraient brûlés si l'on s'y fût arrêté un instant ; il y avait presque du danger. Le guide a choisi le passage, nous l'avons suivi; la canne trempée dans la lave à l'endroit où nous passions s'enflammait, et un habit qu'on y eût laissé tomber eût pris feu instantanément. Nous avons été dîner sur le bord opposé ; nous nous sommes abrités derrière une élévation formée par les scories , sur un sol chaud ou tout au moins tiède ;• nous avions du vin fameux de Lacryma-Christi , acheté à l'ermitage et fait avec les vignes du Vésuve. Nous nous sommes avancés vers la bouche de la montagne , qui , jetant une épaisse fumée d'une manière continue, toutes les deux ou trois minutes à peu près, lançait avec bruit une pluie de pierres rouges ; c'était un magnifique bouquet de feu d'artifice; nous avons été voir près de sa source ce courant de matières embrasées, dont les ondulations, la lumière ardente projetée par une nuit sombre , le cours rapide, le lit large et rouge formaient un spectacle superbe , un de ceux qu'on n'oublie jamais quand on les a vus. Ce courant tourne une sorte de petite montagne formée par un rocher, tout près de la cime du mont et de l'issue que s'est frayée la lave. Rien n'est beau comme de voir ces ondes de feu se dérouler autour de ce rocher noir sur une étendue de près de vingt pieds , se prolonger sur une pente peu sensible sur une longueur de deux cents pieds environ , perdre peu à peu leurs teintes ardentes en se refroidissant,

s'assombrir déjà à l'extrémité du grand plateau, et descendre ensuite la pente plus rapide du versant, en restant rouge encore sur une étendue de quelques centaines de pieds. Ce jour-là, du reste, l'éruption était plus forte et le spectacle plus complet que de coutume.

Nous avons traversé de nouveau le fleuve de lave, qui devenait de plus en plus ardent; nous avons descendu rapidement la montagne; le solde cendres qui rendait l'ascension si pénible facilitait et précipitait la descente; il était neuf heures du soir; nous avons regagné l'ermitage et nous sommes arrivés à Naples a près de minuit.

1G avril. — Le lendemain de mon ascension au Vésuve devail être presque une journée de repos.

J'ai été. voir quelques églises a Naples : celle du Gesu-Nuovo, brillante de marbres de toute sorte, variés et prodigués sans simplicité et souvenl sans goût, superbement ornée et dorée.] as demeurant belle ou tout au moins fort jolie et riche, appartenant aui jointes : l'église de Sainte-Claire, de Dominica Maggiore, et la cathédrale. I. es églises de Naples ont un caractère particulier et dilVercii! de

celles de Rome. I>an> les églises de Home qui offrent le plus d'intérêt, oe qui frappe surtout, ce sont les restes d'édifices antiques on «le monuments primitifs chrétiens, que le ivi' on le xvii" siècle ont revêtus,

ou cachés, ou altérés sous une riche ornementation, sous une quantité uV inarluvs, de sculptures, de dorures; mais, presque nulle part, il n'y a de traces de gothique : je ne sais que deux monuments dans ce genre, le baldaquin de Saint-Jean de Latran , et le tombeau d'un prince de la maison d'Anjou à Sainte-Marie in Transtevere. A Naples, les Français , à l'époque de leur domination, ont importé le genre gothique avec la civilisation française; mais, ou ils n'ont pas eu le temps d'achever les monuments qu'ils construisaient , ou ces monuments ont été réparés et restaurés depuis dans un goût tout différent. On trouve donc à Naples le gothique interrompu et remplacé par les marbres , les dorures et la sculpture; telle est l'église de Sainte-Claire. On voit le gothique au dehors , le gothique dans l'intérieur, dans des arcades qui semblent n'avoir pas été achevées, et au-dessus un plafond tout brillant d'or; telle est la cathédrale, plus simple pourtant, et où cette alliance jure moins : grande et belle église dédiée à saint Janvier

17 avril. — Je suis parti de Naples vers neuf heures. Une petite voiture m'a conduit, en moins de deux heures, à Pompéi. J'étais seul; j'étais adressé à M. Fiorello, inspecteur des travaux : il a mis à ma disposition un gardien intelligent. J'ai été déjeuner dans une salle des bains publics, et j'ai passé cinq heures environ dans l'ancienne cité romaine.

Ce n'est rien que de voir un monument détaché, une ruine, un temple, un édifice quelconque, l'illusion n'est pas produite, et il semble que ce ne soit que par un effort de mémoire que l'esprit repeuple l'édifice désert qu'il visite. A Pompéi, l'impression est tout autre; le spectacle de toutes ces maisons réunies, de ces rues, de ces habitations privées , de ces monuments publics, ces boutiques, ces tombeaux, ces trottoirs, ces carrefours, ces fontaines, tout cela, vous entourant de tous côtés , produit une vive impression, qui devient presque une illusion. En regardant tout cet ensemble, on se prend à croire qu'on va voir sortir des Romains de chacune de ces maisons, et on est presque étonné de n'en pas rencontrer.

La ville de Pompéi a pu être aisémenl dégagée et rendue à la lumière. Ensevelie par la fameuse éruption de 79, elle a été couverte par une pluii de cendres; la lave n'est pas venue jusque-là, ou au moins n'a pas pris cette direction; cette cendre ne s'est pas attachée, ou du moins ne &îest attachée que dans peu d'endroits aux murs des maisons. On croit que quelques parties de la ville, dans une éruption précédente, axaient été ensevelies bous une cendre liquide et bouillante qui axait adhéré aux murailles, comme il est arrivé à Herculanum, et que les habitants avaient môme entrepris de fouiller dans ces cendres axant L'éruption qui a définitivement en*

glouti toute la ville. Le fait est conteste; mais il est

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écriai 11 qu'un tremblement de terre, peu d'années avant 79, avait détruit une partie des monuments de la ville , qui étaient en reconstruction lors du dernier désastre, et on reconnaît facilement les monuments inachevés; les habitants ont été surpris par la pluie de cendres; beaucoup n'ont pas eu le temps de fuir; on a retrouvé un certain nombre de squelettes ; la civilisation ancienne a été prise sur le fait , comme en flagrant délit, et nous a été rendue, par les fouilles, avec tous les détails de sa vie intérieure et publique.

Avant l'entrée de la ville est une sorte de cimetière , une rue de tombeaux, sur les côtés de laquelle sont construites des sépultures , la plupart d'une architecture fort élégante, portant les noms de ceux dont les restes y sont déposés; le plus souvent ce sont des familles tout entières. Il y a quelques columbariaj ces tombeaux paraissent être encore habités.

La plupart des rues sont étroites , pavées comme l'est Naples aujourd'hui , en larges dalles de lave du Vésuve; dans quelques-unes des rues deux chars ne pourraient passer de front, mais il y a de nombreux carrefours, à peu de distance les uns des autres, et d'où les chars pouvaient s'apercevoir et s'entendre : on voit néanmoins que les anciens devaient aller beaucoup moins que nous en voiture. Toutes les rues ont des trottoirs, unis et quelques-uns pavés en mosaïque, bordes de pierre; au milieu des rues

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sont, pour la commodité des piétons, des pierres ovales, à hauteur des trottoirs, et sur lesquelles on peut traverser la rue sans descendre le trottoir et sans se mouiller quand il pleut; les chevaux et les roues des chars passent des deux cotés de ces pierres : il y en a une ou plusieurs, suivant la largeur des rues. Les rues sont presque toutes tortueuses; cette disposition était nécessaire, surtout avec le peu d'élévation des maisons, pour préserver les habitants du vent et du soleil. À chaque carrefour est une fontaine publique. Les maisons sont petites, les appartements fort étroits, les chambres éclairées presque seulement sur l'intérieur de la maison ou par en haut. On comprend combien les anciens devaient peu vivre dans leurs, habitations, combien ils devaient vivre, au contraire, de la vie publique. Aussi les monuments publics abondent-ils, et quoique Pompéi ne fût qu'une petite ville, ils sont grands, bien construits, bien décorés, et témoignent de ces habitudes d'existence extérieure et de magnificence publique de la société romaine. Le Forum n'était pas achevé; il avait été d'abord en travertin, on le reconstruisait en marbre. C'était une grande place, entourée d'un portique couvert, qui servait de lieu de promenade et de réunion; d'un des eûtes était un temple , celui de Jupiter; sur une autre façade celui de Vénus; à côté était la salle où délibéraient les sénateurs de la ville, la chambre où les juges se consultaient entre eux, la grande salle du tribunal

où ils rendaient la justice; le long des portiques étaient des boutiques de marchands, deux théâtres très-bien conservés, l'un pour la comédie, l'antre pour la tragédie, un amphithéâtre qui pouvait contenir plusieurs milliers de personnes, et où se réunissaient, avec les habitants de Pompéi, ceux des villes voisines; tous ces monuments, d'une belle architecture, étaient autant de théâtres divers pour cette vie publique des Romains. Les murs de la ville étaient forts et bien bâtis : c'était une enceinte continue avec des tours de distance en distance : on voit encore la place où s'abritaient, dans l'intérieur (U( mur, les sentinelles qui gardaient les remparts, et les signes qui servaient à diviser, entre les diverses cohortes, la garde des murailles.

Il devait y avoir à Pompéi des lois somptuaires et de police assez sévères; car la construction de toutes les maisons est uniforme; les murs sont en même matière, les boutiques sont disposées toutes de même, quelques unes ont une arrière-boutique fort étroite qui servait de logement, d'autres n'en ont point du tout : les maîtres demeuraient ailleurs. Les boutiques , du reste , étaient très-nombreuses , la ville très-commerçante; il en est qui ont une communication avec l'intérieur des maisons : le maître, souvent riche, faisait exercer le commerce pour son compte par les esclaves. Les maisons n'avaient presque toutes qu'un seul étage; il y a, dans toute la ville, fort peu d'escaliers, comme aussi peu de caves : les toits

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n'existent plus nulle part, non plus que les portes et tous les objets de bois , qui ont été consumés ou détruits par l'action du temps.

La disposition intérieure des habitations est à peu près partout la même, c'est-à-dire du moins dans toutes les maisons un peu considérables. Sur le devant un vestibule, vestibulum, entrée de la maison, pièce étroite et carrée; puis Y atrium, grande cour avec un bassin en pierre au milieu, l' impluvium , destiné à recevoir les eaux de la pluie, qui étaient conservées dans une citerne; autour est un portique couvert sur lequel donnent de petites chambres qui sont les appartements des hommes; après l'atrium, une pièce qui fait face au vestibule, le tablinum, sorte de salon où le maître de la maison recevait ses amis et ses clients; au delà un petit jardin, de quelques pieds carrés, sur lequel donnent les appartements des femmes; quelquefois au lieu d'un jardin, une petite cour ornée d'une fontaine; la salle à manger, fort étroite, le triclinium, généralement à côté du tablinum; le tout souvent modifié par la forme du terrain, et les exigences de la localité; néanmoins presque partout conforme au même modèle.

Dans ces petites pièces si étroites, il y a de l'art et des ornements partout; le vestibule, l'atrium, le tablinum dans beaucoup de maisons sont pavés avec de charmantes mosaïques d'un travail très-lin et de dessins très-gracieux, beaucoup avec des fi-

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gures ou des lignes noires sur un fond blanc ; dans presque toutes les chambres il y a des fresques trèsdélicates et très-jolies; on en a trouvé un nombre considérable; une partie a été transportée au musée de Naples, l'autre est restée sur les murs mêmes; les maisons ont été distinguées entre elles et dénommées d'après les mosaïques et les peintures qui y avaient été trouvées; ainsi les maisons du Faune, du Sphinx, de la Fontaine, etc. Ces fresques, au moment où on les découvre, ont encore une vivacité de coloris, une fraîcheur de teinte très-remarquables; malheureusement, au bout de peu de temps, tout cela s'altère par le contact de l'air, et les couleurs perdent leur éclat; j'ai vu faire des fouilles et déterrer une maison nouvelle; les fresques récemment dégagées, celles qu'on a mises au jour devant moi avaient encore cette fraîcheur et cette vivacité de couleurs; les dessins en étaient très-bien conservés et d'une composition très-gracieuse.

Ces fouilles nous ont rendu jusque dans ses moindres détails la civilisation ancienne. On voit des dessins grotesques, toute sorte de caractères tracés sur les murs des habitations; sur ces murs est écrit en caractères rouges, sur la surface intérieure de la maçonnerie, le nom de l'entrepreneur ou de l'architecte, sur la surface supérieure le nom du maître, le tout, toujours à l'accusatif, comme si la phrase était : Quisque sciât fabricalorem ou dominum esse.... Ou trouve des affiches de maisons à louer ou à ven-

are; le jour où j'ai été à Pompéi, on en avait découvert une où était cette phrase : Ne quîs conducere possil si lenocinivm exerceatj tous les propriétaires de Pompéi n'avaient pas le même scrupule, et on ii'\ exerçait pas seulement des métiers honnêtes. On \oit des boutiques de marchands de vin et d'huile, avec un comptoir, donnant sur la rue, et où senl pratiqués de grands trous qui reçoivent des amphores, où le marchand puise la liqueur qu'il sert; sur l'un de ces comptoirs on voit, distincte encore, la trace des verres et des tasses, comme on voit sur les citernes, la trace des cordes qui servaient à tirer de l'eau et sur les pavés la trace des roues des voitures.

Les établissements d'utilité publique se voient aussi à Pompéi, nombreux, bien construits et bien décorés; les thermes, avec la salle de bains froids. de bains chauds, le sudarium; des moulins à blé el des fours publies, les premiers presque à chaque rue, destinés à l'usage commun des habitants, laits en granit et très-bien conservés, les autres placés à côté des moulins où les habitant- allaient faire cuire leur farine, et dans l'un desquels on a trouvé un pain sur lequel était écrit, c'est-à-dire empreint, le nom de son possesseur.

l'n tiers seulement de la ville est découvert; tes travaux, vivemenl poussés par l'administration française, ne sont pas poursuivis aujourd'hui avec assez d'activité; la partie découverte est pins étendue que plusieurs des arrondissements de Paris.

A Pompéi, j'ai pris le chemin de fer qui, en me ramenant d'abord à Torre delV Ànrtunziata , m'a conduit ensuite à Castellamare , sur un autre embranchement.

De Castellamare une voiture particulière m'a conduit à Sorrente par une route magnifique. Je suis arrivé vers huit heures et demie à Sorrente, et j'ai loçé à l'hôtel de la Cocumelle.

18 avril. — L'hôtel de la Cocumelle est dans une position charmante, donnant sur des jardins d'orangers et de citronniers tout chargés de fruits, d'un côté sur les hauteurs de Sorrente et ayant en face la baie de Naples avec ses îles.

Cette journée a été bien remplie : la messe entendue dans une petite chapelle à Sorrente; un déjeuner fait avec du lait délicieux, l'égal au moins du lait de

Normandie, sur le balcon de ma chambre; une promenade, sur un âne excellent, et d'après un itinéraire qui m'avait été tracé à l'avance, au Capo di Monte, au télégraphe de Sorrente et au Désert. Ce golfe, que l'on embrasse dans toute son étendue, et dont l'on jouit dans toute sa beauté; Capri, si pittoresque, si sauvage, si escarpée et si inégalement découpée; Ischia et Procida, qui sont de l'autre côté comme les gardes avancées de la baie; de l'autre côté les montagnes de. Sorrente, un pays peuplé de maisons de campagne, riche, animé, et tout à la fois calcaire, escarpé, vert et fertile; en

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bas, Massa, autre bourg dans une charmante position : c'est là un paysage admirable, et qui fait bien comprendre comment <m s'éprend de ee beau ciel el de celle belle nature. Du télégraphe, la \ue esl plus vaste encore; elle embrasse, d'un côté, le golfe de Naples, et, de l'autre, celui de Salerne jusqu'à la côte de Pestum.

Je suis revenu vers midi. J'ai pris une voiture pour refaire la route de Sorrente et de Castellamare, en vue de la nier, dans un pays coupé par des ra\ ins au fond desquels croissent <\c> forêts de citronniers et d'orangers, el que la route tourne ou traverse; chemin magnifique, pittoresque, el dont 1rs détours présentent la baie de Xaples de tous ses côtés et sous tous ses aspects.

De Castellamare , lf chemin de fer m'a conduit à Portiei , d'où je me suis t'ait conduire a Ilerculanuin. Il n'y a rien là qu'un grand théâtre, dont l'on parcourt les corridors dans des paieries souterraines , humides et obscures. La ville était plus considérable et le théâtre plus grand; mais elle est ensevelie sons un terrain qui supporte maintenant un bourg riche cl peuplé, Résine, ce qui empêche de la découvrir; cl. île plus, la cendre qui l'a couverte, liquide et bouillante, s'est attachée au\ murs et a formé une espèce de ciment qu'il tant détacher. Dans ce théâtre . qu'il ne faut voir qu'après l'excursion de Poinpéi pour en pouvoir mieux juger, on a trouve deux

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statues, élevées par les habitants à Balbus, proconsul, et à son fils.

De Résine je suis revenu à Naples.

Le 19, l'horizon était pur; une belle journée s'annonçait, j'en ai profité pour faire une course en voiture dans les environs de Naples. J'ai visité le château Saint-Elme et le couvent des Chartreux, qui domine la ville; la villa Lucia, qui a une belle terrasse au-dessus de Naples et de la mer; le couvent des Camaldules, où l'on va sur des ânes pris à Àntignano, et d'où la vue est magnifique encore : l'on a , à ses pieds , le lac d'Agnano et la grotte du Chien, la baie de Pouzzoles, Naples et son golfe, avec la campagne qui était toute verte des teintes du printemps....

Le 20, je suis parti de Naples par la Marie-Antoine! te, bateau à vapeur napolitain. J'étais sur le pont, regardant s'éloigner la côte de Naples , le Vésuve et les montagnes de Sorrente avec les côtes de Capri; se rapprocher et s'éloigner ensuite Procida et Ischia, fertiles et habitées, dont l'aspect est si pittoresque. J'ai passé entre Procida et le cap Misène. Le temps était beau, la mer calme; j'ai pu jouir du beau spectacle qui se déroulait et s'enfuyait devant moi : je n'en pouvais détacher mes veux....

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