‹ MélangesChapitre 13 sur 80 · I 1 3 DES OUVRAGES ASCÉTIQUES · texte numérisé non relu

I 1 3 DES OUVRAGES ASCÉTIQUES

vive cj^và jaillit dans la vie éternelle. Leur religion sans amour ne parle point à l'âme, et en retranchant les mystères ainsi que le culte extérieur, ils se sont interdit tout moyen d'agir sur l'imagination , dont l'empire est si vaste et l'influence si puissante. Leurs dogmes perpétuellement variables, comme les pensées de l'homme, n'offrent à l'esprit aucun point d'appui, aux préceptes les plus importans aucune sanction qui fixe les incertitudes et maîtrise l'indocilité de la conscience. Le Christianisme se montre partout, dans leurs livres , comme un système de philosophie qu'on présente à la raison pour le juger, rarement comme une loi divine devant laquelle toute intelligence doit s'abaisser, et jamais comme une source immense et intarissable d'amour , où l'âme , haletante de désir et altérée de bonheur , vient se régénérer , se vivifier, et puiser l'avant-goût d'une félicité immortelle. Dans la multiplicité de leurs opinions, tremblant sans cesse de se contredire les uns les autres, à peine osent- ils confesser Dieu hautement. Je ne sais quelle force effrayante , les contraignant de reculer successivement devant tous les dogmes, les pousse invinciblement vers un doute universel, et , pour ainsi dire , jusqu'aux bornes où toute religion finit , et où commence le néant. Sous ce rapport , il y a sans doute l'infini entre eux et nous ; mais avant même qu'ils fussent arrivés a ces prodigieux excès, leur croyance primitive

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siiflîsait pour expliquer la dilFérence qu'on observe entre leurs productions leligieuses et celles des écrivains nourris dans la véritable Eglise.

La doctrine du sacrifice , qui fait le fond de la religion catliolique, a été, sinon détruite, au moins étrangement altérée par les novateurs du i6^ siècle , et par leurs disciples. Conduits de proche en proche à nier la continuation du sacrifice de Jésus-Christ sur nos autels, ils ont été contraints de nier également la nécessité du sacrifice personnel de chaque individu , ou le concours de l'homme à son propre salut. Or, ce sacrifice est le fondement de toute la morale chrétienne, ou plutôt est cette morale même : les sens et les passions sont l'holocauste, et l'amour, unique principe d'action, est le sacrificateur. Conformément à cette doctrine, les ouvrages de piété, en nous instruisant de nos devoirs , ont encore pour but d'exciter, de purifier l'amour qui donne la force de les remplir; et voilà spécialement ce qui les distingue des simples traités de morale, qui , ne parlant presque toujours , et ne pouvant parler qu'à la raison, convainquent sans persuader , éclairent sans émouvoir ; et lors même qu'ils ont , chose très- rare , quelque influence sur les lecteurs, créent plus de remords que de vertus.

Et remarquez la beauté , la profondeur de notre religion : elle demande le sacrifice entier de l'homme , en l'avertissant que par lui-même ce

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sacrifice n'est rien et ne peut rien ; mais après kii avoir montré son impuissance , après Fa voir enfoncé dans son néant , elle l'en retire pour le diviniser en quelque sorte , en donnant un prix infini à la moindre de ses actions associée au sacrifice d'un Dieu : magnifique privilège , qui nous fait entrer en partage des mérites et des perfections du médiateur ; échange merveilleux , par lequel venant au secours de sa créature dégradée, le Verbe divin accepte le péché, les souffrances , la mort ; et l'homme coupable reçoit l'innocence , la gloire et l'immortalité.

Ce sont ces hautes idées , c'est cette philosophie sublime , si appropriée au cœur humain , si puissante pour en remuer tous les ressorts , si pleine de grandeur et d'amour , qui règne dans les écrits ascétiques , et y répand cette douceur, ce charme indéfinissable qu'on a nomm.é onction ^ parce qu'il fallait une expression nouvelle pour désigner un sentiment nouveau. Cherchez quelque chose de semblable dans les moralistes profanes , ou dans les écrivains qui appartiennent à l'école protestante , vous ne l'y trouverez point. Tout est sec , aride , ou boursoufHé , guindé , déclamatoire , dans leurs livres. En vain ils se fatiguent pour vous échauffer , vovis restez froids à leurs discours : ils n'ont point la parole qui donne la vie.

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