‹ MélangesChapitre 76 sur 80 · DÉFENSE DE LA VÉNÉRABLE COMPAGNIE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE LA VÉNÉRABLE COMPAGNIE

en cette qualité , qu'on croie ce qu'ils croient , et ils ne veulent pas être infaillibles ; ils veulent que tous les esprits adoptent leurs opinions, se soumettent à leurs enseignemens et conservent le droit d'examen , ce qui suppose , d'une part , qu'ils peuvent se tromper, et , de l'autre , qu'il est impossible qu'ils se trompent ; ils veulent , en un mot , être protestans et renverser le protestantisme en niant , soit le principe qui en est la base, soit les conséquences rigoureuses qui en découlent immédiatement.

Et quoi de plus extravagant que de venir rappeler, au dix-neuvième siècle, l'autorité de Calvin , qui n'a combattu que pour détruire , en matière de religion , toute autorité bumaine ? Que disait Calvin? que disaient tous nos réformateurs ? c( Ne nous croyez pas sur notre pa- )) rôle , car nous pouvons nous tromper comme » tous les liommes , comme l'Eglise elle-même. » Lisez , examinez , jugez par vous-mêmes de )) ce qui est faux et de ce qui est vrai. » Et c^est en vertu de ce langage qu'on nous obligera de croire aveuglément à ce qu'a cru Calvin, devenu, après sa mort, le pape de la réformation 1 Quelle pitié ou quelle dérision !

Avec de pareilles idées , ceux qui attaquent si imprudemment la vénérable compagnie n'ont plus qu'un pas à faire pour s'unir aux catboliques. Leurs maximes les y forcent; car dès qu'on ^it intervenir pour quelque cliose l'autorité dans

la religion , on cesse d'un côté d'être protestant , et de l'autre on tombe dans l'absurdité , à moins qu'on ne défère à l'autorité la plus grande. Or , de l'aveu universel , cette plus grande autorité est incontestablement celle de l'Église romaine ; et , pour mon compte , je n'hésite point à dire avec Rousseau : « Qu'on me prouve aujourd'hui » qu'en matière de foi je suis obligé de me sou- » mettre aux décisions de quelqu'un, dès demain )) je me fais catholique , et tout homme consé- » quent et vrai fera comme moi (i). »

Au reste , que les momiers sachent bien qu'en nous quittant ils ne nous laisseront aucun regret; car déjà ils ne sont plus des nôtres. Tout protestant , instruit de sa religion , ne saurait les considérer que comme des papistes inconséquens. En les signalant comme des ennemis très-dangereux de la grande cause que nous soutenons contre le fanatisme, la vénérable compagnie remplit donc un devoir ; elle sert les intérêts de la raison , et s'acquiert des droits immortels à la reconnaissance de tous les vrais amis de la réforme.

(i) Lettres écrites de la Montagne , pag, ^S»

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