LA. VIE DE FONTANIER
Désirant, un beau matin, visiter l'Italie, il descend par Castres et Montpellier jusqu'à Marseille, où il s'embarque sur une galère à destination de Venise. Dans cette dernière ville, il fréquente pendant quelques mois les cours de Fromagy(?), puis la quitte pour faire voile vers Constantinople, en compagnie de plusieurs de ses compatriotes et de juifs qui leur servaient de truchements. L'un d'entre eux le met en rapport à Constantinople avec un rabbin; celui-ci, tout en lui enseignant la grammaire hébraïque, ébranle fortement ses croyances chrétiennes : elles étaient des moins solides. Reprenant le chemin de la France. Fontanier s'arrêta, a-t-il dit, à Vérone (1611), dans le but d'y abjurer le protestantisme entre les mains d'un prêtre séculier. De retour à Paris il se garde bien de parler de cette adjuration à son oncle Philippe, qui ne la lui aurait pas pardonnée ! Cet oncle meurt dans les premiers mois de 1612. probablement célibataire, lui laissant son office de notaire-secrétaire du Roi (i). Il en est pourvu le 30 mars 1612. Cet événement le trouble au point qu'il se présente, un beau matin, au couvent des Capucins de Toulouse avec l'intention d'en prendre l'habit (2). On l'y accepte ; mais, ne pouvant se plier aux exigences de la règle, — elle l'obligeait à se lever la nuit — , il est congédié par le Prieur à la suite d'une attaque de paralysie. Sa santé à peine rétablie, Fontanier rentre à Paris et cède, le 22 mars 1613, son office de notaire-secrétaire du Roi au fameux Isaac de Laffemas (3). La poche bien garnie, il ne résiste pas au plaisir d'aller voir la Hollande. A Amsterdam, Fontanier accepte le poste de secrétaire d'un auditeur du Conseil des Etats-Généraux (1614). Rentré à Paris, il s'occupe de plusieurs affaires litigieuses pendantes devant
(1) Gel office que Philippe Fontanier devait à la générosité d Henri IV depuis le \" seplenibre 1608, était de ceux créés par ledit de décembre 16u7.
(2) Garassus (Dùciruie Curieuse, lG23f croit qu il avait déjà abjuré et qu ensuite il retourna au protestantisme pour finir dans la religion catholique : « Jean Fontanier, lequel, ayant été huguenot, se fit catholique ; religieux; de religieux, apostat; d'apostat, huguenot pour la seconde fois; de huguenot, turc; de turc, juif; de juif, athéiste ; ayant roulé de pays en pays d'une religion à l'autre... » Il n'y a là, pour nous, qu'une interprétation de la vie de Fontanier qui a été connue de Garassus par la plaquette ; Histoire véritable de Jean fontanier, Paris, Mondière, 1621, in-8.
(3) Histoire Chronologique de la Grande Chancellerie de France, par Abraham Tessereau. 1676, in-folio.
62 L\ VIE DE FONTAMER
la Cour (le Parlement. Vers 1617, il va se loger dans une maison de la rue de Bétisy, à l'enseigne du nom de Jésus, et, en 1619, entreprend un second voyage en Italie, De nouveau à Paris 1^1620), il place les quelques ressources qui lui restent (4.500 livres) dans l'entreprise des coches et carrosses publics de France, iloiit Anne du Bueil, dame de Fontaines, allait obtenir le privilège d'exploitation (1). Au commencement de juin 1621, il part [)Our Anvers et Bruxelles ; son absence dure à peine deux mois. Sur la route de Bruxelles à Paris, il fait, à Cambrai (2), la connaissance du rabbin Daniel Montalte, qui lui montre un livre soi-disant imprimé à Cracovie (3) composé par son l'rère Isaac, médecin portugais. Fontanier paraît s'intéresser à tel point à l'ouvrage d'Isaac, que Daniel lui oll're de l'initier plus complètement après son arrivée à Paj'is. Est-ce hasard ou préméditation.' Fontanier rencontre Daniel en sortant du Palais de Justice et lui donne rendez-vous; leui's conférences durent sept à huit jours. Elles se terminent par la proposition que l'ait Daniel de lui verseï* quelques subsides pour répandre la nou-
(1) Un aiTÔt de la Cour de Parlement du 25 tévrior 1()23 était rendu sur la requête j)réseiitcM' à la Cour par le procureur général du Roi portant le rèyloiuent à observer par les fernniers des coches et carrosses de France, soit par Anne du Hueil, dauie de Fontaines, pro])rictaire des coches et carrosses de France, et Ji-aii Doublet, fermier desdits coches, Martin Lambert, etc.
(2) L'Histoire véritable de Jean Fontanier, lO'JI, dit Calais i)ar erreur, et Garassus qui la cojiie, répète Calais ; mais c'est bien Cambrai qui se trouvait sur la route de Paris à liruxelles.
(3) S'agit-il de la plaquette suivante : Sinionis Simo/iii lucencis, primiun Honiani, tiiin Calviniani, deiiide Lutlierani, denuo Romani, seinper autcm Athei, siimnia rehgio. Autliore D. M. S. P. Cracoviae Typis Ale.rii Hodecii, 1588, iu-4'' de 23 pp., comme les iiiitiah>s permettraient de le supposer ? Nous ne savons. Voici ce qu'en dit le Père .Morseniie dans le chapitre — supprimé — des (juaeslioncs celcberrimae in Gencsim, ll'tJ'.i: « Un livre sans nom d'auteur, paru en l.">88, à Cracovie, ti'moigne que l'athéisme a jeté de profondes racines en Pologne, Il est intitulé : La Religion de Simon, par un anonyme, et conclut eu ces termes : « Je crois en trois choses : Le Ciel, hi Terre et la » forme du Ciel. Je crois au Ciel, père et créateur de l'Univers. Je crois à la Terre, » mère et nourricière de l'Univers. Et je crois à la forn\e du Ciel, sentiment et intelli-
' » gence de l'Univers. Ainsi, mange, bois, amuse-toi, Dieu n'est qu'une fiction. » Cette satire contre le socinien Simon Simonius est attribuée à Marcellus Squarcialupiis.. . Bayle, à l'article Simon Simonius, conjecture (ju'en composant cet ouvrage, l'auleui- a eu linlention de le faire passer pour un écrit de Simon Simonius, et ce que Bayle j>résente simplement comme un doute, parait un fait certain à l'auteur de La Rtb/io- •rraphic Instnutit'e. Il nous semble, cependant, que le titre même de cette satire prouve assez le contraire, car il serait étrange d attribufi' à un homme une j>ièce qui n'a d autre but que de le diffamer.
Les interrogatoires de Fontanier faits par les conseillers «u Parlement ne parlent pas du livre imprimé à Cracovie ; il a dû en être question devant la juridiction du Chôtelet.