LEGIONS
CRÉÉBS PAR l'oRDONNAICCE DU S AOUT t815.
AaOUMBMT.
Recnitement. — Infanterie légère. — Artillerie régimentaire. Eclàiretirs. — Sur le mot iégion, substitué au mot régiment
Après le licenciement de Farinée, il fallut s^occuper de la réorganiser. L^ordonnance relâ« tive à la formation de Tinfanterie donne aux ré-- ^mens le nom de légions. Chaque légion prend le nom d^un département qui fournit seul à son recrutement. Les légions seront composées de deux, de trois ou de quatre bataillons selon la po[lulation des départemens qui fournissent à leur recrutement. Parmi les légions composées seulement de deux bataillons , celles qui se roorutent dans les départemens montagneux serrent composées en entier de chasseurs « et les autres en entier d^infanterie de ligne. Enfin ^ il est dit dans Tordonnance de formation qu^on
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pourra ajouter à la légion une compagnie dWtillerie et une de cavalerie qu'ion désigne sons le nom à'éclaireurs.
Je trouve qu^il vaut mieux recruter chaque légion dans un département , que de la recruter avec des hommes pris indistinctement dans toutes les parties de la France , ainsi que cela se faisait auparavant. Il s^établit ainsi entre les légions et les départemens quiles ont recrutées une heureuse sympathie ; le recrutement est plus facile et moins coûteux ; Tinsoumission et la désertion deviennent plus rares, le remplacement est moins fréquent ou moins cher. L^inconduite au milieu de ses parens , de ses amis, de ses proches, devient plus rare ; Fesprit de corps acquiert plus de force, d^où naît une noble émulation; les dépenses concernant le personnel se trouvent diminuées. Si Tennemi envahit une partie du territoire , on peut alors plus facilement et plus promptement augmenter ses moyens de défense sur la partie que Ton a conservée. L^ Autriche, la Prusse et les états de la Confédération germanique ont adopté le mode de recrutement par circonscriptions fixes ; mais, en Prusse, chaque province fournit au recrutement d^un corps d^ar^ mée, les mêmes divisions composent toujours ces corps dWmée ; en Autriche , les mêmes ré-
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gimens ne font pas constamment partie des mêmes divisions , ni les mêmes divisions des mêmes corps d^armée.
On ne change rien à la forme de Thabillement de Tinfanterie de ligne , mais on substitue le blanc au bleu. L^armement et Féquipement restent absolument ce quHls étaient.
Les chasseurs diffèrent un peu de Pinfanterie légère , quMls semblent destinés à remplacer ; on leur a donné une veste de chasse au lieu de Fhabit croisé de Tinfanterie de ligne, ce qui est assez indifférent; maïs ils portent le pantalon large et la petite guêtre, tenue qui devait être adoptée même pour Tinfanterie de ligne. La giberne est remplacée par une ceinture à laquelle on a fixé sur le devant des tubes destinés à recevoir des cartouches , et qui sont recouverts de trois patelettes de giberne* Ces ceintures sont plus commodes que la giberne pour des tirailleurs , mais dans le rang elles gênent Texécution du maniement de Far me.
L^infanterie légère ne Tétait que de nom ; elle était armée et combattait comme Tinfanterie de ligne; cela devait être , car il y a peu de cas où il faille envoyer tout un régiment en tirailleurs ; aussi étaient-ce les voltigeurs qui faisaient habituellement le service de tirailleurs ; nésoà"
moins ils étaient armés comme Tinfiinterie de ligne , et ils combattaient comme elle quand il le fallait : c^était la véritable infanterie légère ; rhabitude du service de tirailleurs les avait formés. Par les mêmes raisons, les chasseurs ne seront aussi que de Finfanterie de ligne , et les voltigeurs continueront à être employés habituellement en tirailleurs. Il aurait donc été préférable de ne point créer de régimens de chasseurs , mais seulement quelques bataillons ex&^ ces ùm'quement au service de troupes légères, et de sVttacher à perfectionner Tinstitution des voltigeurs.
L^expérience , surtout celle des dernières guerres, a répandu une grande clarté sur les avantages et sur les inconvéniens de Fartillerie régimentaire ; Fopinion des militaires instruits la repousse. Quant aux demi - compagnies dV daireurs, si elleç ne sont pas nuisibles, elles sont au moins inutiles ; je dirais presque ridicules.
Le retard apporté à la formation de Tartillerie et de la cavalerie régimentaire faisait espérer que , profitant de la latitude laissée par Tordonnance , on ne la mettrait point à exécution eo ce qui a rapport à cette formation ; mais , puis^ ^u^il en est autrement , nous allons donner les raisons sur lesquelles s^appuie Topinion qn^
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nous venons d^émettre. Nous nons occuperons d^aj^ord de Taptillerie régimentàiré.
Avant les guerres de la révolution , Partillerie de ligne d^ùne armée marchait et campait tou-^ jours réunie ; elle était divisée en brigades de dix bouches à feu chacune j on envoyait de Fartillerie aux lieux où elle était nécessaire , et lorsqu'on devait en venir aux mains , on désignait k chaque chef de brigade les troupes près dèsqudles il devait se porter , et dont il dcTvait suivre les mouvemens' pendant la bataille.
On sent qu^avec de telles dispositions , les troupes se trouvaient souvent engagées Idng-^ tems avant Farrivée de Varlillerie, et que lé sort d'une affaire pouvait être décidé avant qu'elle eût paru ; ce fut sans doute ce quf fit naître Fi-* dée d'attacher deâ pièces légères aux bataillons. L'usage en fut introduit , en 1626 , par Gustave*- Adolpfae; les Prussiens, les Autrichiens' et les Russes l'adoptèrent successivement , et les Français enfin en 1740.
Lorsque la révolution française éclata , au lieu d'une pièce que l'on avait par bataillon , le nombre en fut porté à deux. Mais un grand (diangement s'opéra bientôt pendant la guerre qui s'alluma alors ; l'infanterie fat partagée en divisions, des batteries du corps d'aarfillerie fu-
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roat attachées à ces divisions , et mises pour tout le tems de la guerre sous les ordres des généraux qui les commandaient ; on eut en outre une réserve composée de pièces d^un calibre plus fort que celui de Fartillerie des divisions , et Ton cessa d^avoir du canon de bataillon.
Tel était Tétat des choses lorsque Napoléon , après le revers d'^Essling, craignant avec raison que son infanterie, composée en grande partie de recrues , n^eût plus la même vigueur , songea, pour la soutenir, à augmenter son artillerie. Il employa le seul moyen d^opérer promptement cette augmentation, ce fut de distribuer à ses bataillons une partie de rartillerie autrichienne qui était tombée en son pouvoir; ainsi , une circonstance imprévue fit rétablir rartillerie régimentairç. En 1812, pendant la campagne de Russie, ses inconvéniens se firent vivement sentir , et , sans rendre aucun service , elle contribua puissamment à aggraver les maux qui accablèrent Parmée, par les entraves qu^elle apporta a ses mouvemens. Enfin, en i8i3, on la supprima, et elle a été rétablie en 181 5 par Tordonnance relative à la formation de Tinfanterie.
Je ne connais aucune raison à faire valoir en faveur de Tartillerie régimentaire , depuis que Ton attache une partie de Tartillerie de ligne aux
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dtTisions; elle présente , au contraire , de graves et de nombreux inoonvéniens.
Le canon ainsi employé n^est pas disponible ; il est trop dispersé pour produire un effet mar-*qué ; il tire ordinairement trop souvent , trop vite et de trop loin. Un jour de bataille, la moitié au moins est en deuxième ligne et à la réserve, et ne prend point part au combat. Le calibre de 6 étant actuellement le plus faible que nous ayons, on le donnera aux légions; mais ce calibre étant aussi un de ceux que sert Tartillerie de ligne, elle manquera souvent de munitions, parce que Vartillerie régimentaire en aura con* sommé inutilement.
Voici de plus graves inconvéniens : le soldat s^babitue à ne marcher qu^avec du canon et devient craintif quand il n^en voit point; ce canon gène dans les manœuvres , et ralentit souvent la marche des régimens : les colonels, autant parle désir de Favoir pour appui , s^ils en viennent aux mains, que dans la crainte de le perdre, ne s^en séparent que quand ils y sont absolument forcés, ce qui arrive fréquemment par la difficulté des chemins et par d^autres causes. Ils s^affaiblissent alors en laissant des détachemens pour le garder. Je dois aussi faire observer que cette artillerie leur sert de prétexte pour requérir des chevaux^
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des fpurragatf ^ et avoir beaucoup |>lus d^équipages que le règlement ue leur eu accorde.
Si Ton u^a pas assez d^artillerie y il faut augloenter celle des divisions et de. la réserve. Huit bouches à feu ajoutées à Tartilierie d^iine division de douze bataillon^ produiront plus d^e&t que vingt-quatre bouches, à feu attachées à ces bataillons. Dans le. cas où il serait nécessaire de donner de Fartillerie à un régiment que Ton détachwait , on lui en donnerait de celle de la division. Enfin ^ puisque^ malgré tous ces inconvéniens , on a jugé à propos de dpnner de Tartillme aux légions , au moiiis devait-on leur en donner en raison du nombre de leurs bataillcms. ^
L^on a vu qu^avant les guerres de la révolu** tion française , Fartillerie de Ugne marchait toujours réunie ) et qu^on en détachait aux lieux où elle était nécessaire j Tartillerie de bataillon renoH plissait alors le but incoiitestable dériver presque toujours en même tems que Tinfantme et de la soutenir dans les premiers momens de Tattaque. Cependant Tmrpin de Crissé , dan^ ses Commentaires sur Fégèce, et Dupujet, dans ses Essjcds sur P usage de VartiUerie, se pro-« noncent pour sa suppression^ prétendantqu^elié Mt plus nuisiUe qu^utile* D^uis que Ton at^
tache aux divisiotis de rartillerie qui , sans avoir les mêmes inconvéniens , procure de bien plus grands avantages, je ne trouve plus , comme je Vùi déjà dit , aucune raison à donner en faveur du canon de bataillon. Le colonel anglais Fresfaart, d^ns son ouvrage sur Forganisation du corps d^artillerie , se prononce aussi très-vive* ttient contre ce qu^il appelle le funeste système des canons de bataillon.
Il me reste à parler des compagnies d^éclaireurs ; elles ont le mérite de la nouveauté ; ainsi je ne saurais appuyer mon opinion sûr Fexpé* Hence. Leur complet est de quarante-huit hom*> mes , olBBciers compris , dont trente-six cavaliers} ainsi ce ne sont réellement (|ue des demi-compa- ^ies. Commandées {)ar des lieutenans d^inianterie, elles sont sous les ordres des colonels d^infanterîe. Elles ne pourront acquérir l'instruction ordinaire de la cavalerie, puisque leur force ne leur permet même pas de faire Fécole d'escadron, et n'étant pas surveillées J)ar des officiers de cavalerie , on doit craindre que leurs chevaux ne soient mal soignés , et que leur tenue rie soit négligée. Ces inconvéniens pourront-ils être compensés par les services qu'on en attend en tems de guerre? C'est ce que nous allons examiner.
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Il est hors de doute que les généraux, les colonels et les officiers d^infanterie puiseront dans les demi-compagnies d^éclaireurs des escortes et des ordonnances même au delà des besoins du service. L^on sait aussi que les fatigues de la guerre font éprouver une prompte diminution aux corps de cavalerie ; on se trouvera donc n^avoir à disposer que de quelques éclaireurs. A quoi les emploiera-t-on ? Obligés de suivre les mouvemens d^un régiment d^nfanterie, trop peu nombreux d^ailleurs, ils ne peuvent faire le service de partisans. Je ne vois pas de possibilité de les employer à autre chose qu^à marauder pour le régiment , si la maraude est autorisée ; et , qu^^elle le soit ou non , ils deviendront tout naturellement les vivandiers et les brocanteurs des régimens.
On ne saurait supposer que Ton soit dans Tintention de réunir les éclaireurs de chaque division d^infanterie pour leur faire faire le service de cavalerie légère à Tavant-garde , car ils ne sont pas au courant de ce service. D^ailleurs, qui commanderait ce faible détachement , formé avec quatre ou cinq détachemens, et où se trouveraient réunis huit ou dix lieutenans, et pas un capitaine? N'est-il pas évident qu^un escadron détaché d^un régiment de cavalerie légère serait
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infiniment préférable pour ce service ? Je pense qu^aux yeux des militaires, pour lesquels j^écris, il serait superflu d^ajouter aucune espèce de développement.
Le choix des mots n^est pas indifférent, ils ont quelquefois de Finfluence sur les choses. Napoléon avait donné le nom de cohortes aux bataillons de garde nationale qu'ail avait organisés avant que d^entreprendre Texpédition de Russie. S^il j eût eu une raison pour changer le nom employé jusqu^alors , celui qu'ail y substituait était bien choisi ; car Tinfanterie romaine était divisée en cohortes comme Tinfanterie française Test en bataillons , et la cohorte jouait dans Finfenterie romaine à peu près le même rôle que le bataillon dans la nôtre.
Le nom de Lésion substitué à celui de Réffiment ne convient point : Ton aurait dû conserver le nom de régiment , en usage depuis si long-tems , et dont la signification est déterminée d^une manière précise. L^on cherche tout naturellement à établir une comparaison entre nos nouvelles légions et le corps qui portait ce nom chez les Romains , mais Ton n^ trouve presque point de ressemblance , ainsi que nous allons le voir.
La légion romaine fut long-tems composée de
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dix cohortes d'^environ dnq cents hommes chacune , de trois cents et quelques cavaliers , et d^un nombre plus ou moins grand de machines ; elle formait un tout , et tant qu^elle était isolée 9 les troupes qui la composaient combattaient ensemble et se prêtaient an mutuel secours ; mais quand on réunissait plusieurs légions pour en former une armée , on plaçait ordinairement la cavalerie sur les ailes et en réserve.
La légion française, ainsi que nous Tavons vu, n^est autre chose qu^une réunion plus ou moins nombreuse de bataillons , pour la commodité de Tadministration et la surveillance de Tinstruc*^ tion« Lorsqu^on s'organise pour la guerre, on réunit un certain nombre de légions pour eo former une division dHnfanterie , et les manœu<*vres s'e^écutant par bataillons , les légions n'existent plus dans cette nouvelle formation qu'en Cf qui a rapport à l'administration.
X^a division est composée d'un nombre de ba^ taillons qui a varié depuis neuf jusqu'à vingt; im j attache de l'artillerie , et pendant un tems ^ip y a attaché, de la cavalerie , puis on se con*tenta d'en attacher aux corps d'armée seulemwt, et l'on eut des réserves plus fortes de cavalerie; enfin, pour la commodité du commandement, la division et partagée en plusieurs brigades. Il
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est donc évident l{oe le nom de légian ^ substitué à celui de régiment , aurait beaucoup mieux convenu à la division ^ qui est à peu près ^ dans nos armées, ce qu^était la légi<xi dans les armées romaines.
Je terminerai par faire observer qu^on doit être rempli d^étonnement de ce que rexpérience de tant de guerres nous soit si peu profitable ; il ne manque pourtant point de militaires instruits, et nourris des leçons de Texpérience; le mal tient à la nature de notre gouv^nement , qui nous expose à changer souvent de ministre j et par suite à voir bouleverser à chaque changement notre législation et nos institutions militaires. Aussi, j^ose le dire, dans cet état de choses, il devient urgent et indispensable de créer un conseil supérienr militaire chargé de leur maintien beaucoup plus que de leur amélioration.
Cette question est du plus haut intérêt ; il y va , peut-être , de la gloire et du salut de la patrie. Ce ne fut pas le courage des Romains, mais leurs institutions militaires qui leur asservirent le monde, et ce fut en les tournant contre eux que le héros carthaginois , avec des nations tant de fois vaincues, balança dix-sept ans la fortune de Rome.
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Ainsi s^expliquent les succès des Russes dans leurs guerres contre les Ottomans ; ils recrutent parmi leurs serfs des soldats dont le principal mérite est une obéissance passive ; Farmée ottomane, au contraire, est composée d^hommes libres commandés par les principaux dVntre eux. Leur courage individuel s^élève quelquefois jusqu^à la témérité : aussi n^est-ce pas la valeur russe qui triomphe de la valeur ottomane : ce sont Tordre, la discipline, de bonnes institutions militaires , une bonne méthode de guerre , qui triomphent du désordre , de TindiscipliDe , du manque d^institutions militaires et de mauvaises méthodes de guerre.