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Livre III. Etat de l'Art vers le milieu du dix-huitième siècle

Livre IV. Effets qu'ont produits sur l'état de l'Art les événemens militaires amenés par la révolution de 1789, continués jusqu*à 1815.

MELANGES. 4it

La révolutioii opérée par la poudre à oanmi n^a point été brusque ; elle a, lia contraire, été trè^T^ïente, LVrt ^ éprouvé depuis Tndoptiou des arme» k feu des chaQgemena suQceapîfs par «uite des améliorations apportées successivement à ces armes , et à mesure que leut* usage devenait plus étendu) la division adoptée par M. le colonel Carriou-JHisas est donc vague et par aou-» séqueut vicieuse*

Il n^a pas indiqué , d^uoe manière précise, à quelle époque commence la seconde partie de

son ouvrage ; cependant , il semble que ce soit a U guerre des Pays-Bas ou à celle de Trente- Am i mais , avant ces guerres ^ Vadoption des armeç a feu avait déjà oçcasioné de grands chan^ gemens i on en peut juger par la description que M. le colonel Carrion-Nisas nous donne, diaprés Paul Jpve ( 1 " partie , livre iv ) , de Tarmée de Charles VIII , lorsque ce monarque fit son entrée à I^ome en i494* On y y oit qu^il avait beaucoup d^artillerie ; ainsi « Temploi des armes à feu avait déjà opéré de grands changemeos dans la composition des armées. Il me semble qu^il aurait été préférable de diviser Touvrage ainsi qu^il suit :

Première partie. — L'^art depuis sa naissance jusqu^à remploi des armes a ha.

4ii MELANGES,

Seconde partie. — V&rt depuis remploi des armes à feu jusqu'à nos jours.

( Tome I , pages i85 et 564 • ) L'auteur donne Tordre de bataille de la légion tel qu'il fut depuis Camille jusqu'à Marins. Cet ordre de bataille est connu sous le nom d'ordre en quinconce ou en échiquier, parce que dans chacane des trois lignes il y a du plein et du vide , et que les manipules des deuxième (les princes ) et troisième lignes (les triaires) sont placés derrière les vides de la première (les hastats) et de la deuxième lignes.

M. le colonel Carrion-Nîsas ne citant presque jamais les sources où il a puisé , les lecteurs qui ne remontent pas aux sources , et c'est le plus grand nombre , croiront que cet ordre de bataille nous a été transmis par les historiens, tandis qu'ils ne nous ont rien appris de bien précis à cet égard. Les commentateurs ont déduit cet ordre de bataille de la manière de combattre des Romains , que Tite-Live (a) nous a fait connaître avec quelque détail ; mais ils ne sont pas tous d'accord , puisque M. le général Rogniat , par exemple , dans son ouvrage intitulé : Considérations sur F Art de la guerre ,

(a) Tile-LiYe, livïe vui.

MÉLANGES. ^tS

a prétecdu que Tordre en quinconce n^avait point été celui des Romains (b).

(Tome I, page 237). Le premier paragraphe du chapitre iv du livre 11 de la première partie est intitulé ainsi : Ce qu^on doit entendre par tactique, stratégie, stratagème , en étwr diant les faits militaires des anciens. L'hauteur définit les mots tactique, stratégie et strata^^ géme. On est étonné de trouver réunis dans ce paragraphe les mots stratégie et stratagème, qui n^ont qu^un rapport de consonnance; mais je ne veux m^OGCuper que dii mot stratégie, mot dont les auteurs qui ont écrit sur Part militaire depuis quelques années font un usage si fréquent. L^auteur le définit ainsi : Cest la direction im-r primée aux mouifemens militaires dans w% cercle plus étendu que celui que Vœil peut embrasser. Cette définition est celle que Bulow donne de ce mot dans son ouvrage intitulé : Esprit du système de guerre moderne*

M. le colonel Carrion-Nisas a beaucoup employé le mot stratégie, et souvent de manière à ce quMl soit impossible d^en justifier Temploi diaprés la définition qu'ail en a donnée. Ainsi , il parle d^une haute stratégie , d'une grande stra,-.

(&) rai examiné Topinion de cet auteur dans la note (4) de ma Philosophie delà Guerre,

4ti MÉLAHGËd.

tAçie, ornnme sMl y en avait une petite; d^nne doctrine stratégique , de vues et de circonstances stratégiques , de spéculations stratégiques, etc. En parlant des croisades, il s^exprîme ainsi: « Les premier» moteurs des croisades parurent » sentir qu^une grande diversion était nécessaire, 1^ et qu^il fallait attaquer les Sarrasins dans lecer V centre pour les obliger à replier leurs ailes* » Cette stratégie, si Ton peut appliquer cette n expression à une si grande échelle, etc. » Je ne pense pas que tel ait été le but des premiers moteurs des croisades , ni que le mot stratégie soit bien employé dans cette phrase.

(Tome I, page 957. ) La décadence de la légion est Tépoque à laquelle Fauteur termine le livre n et commence le livre m ; mais il s'est trompé dans la fixation de cette époque. Il prétend que cette décadence commença à se faire sentir pendant que Marins commandait les armées romaines : il en attribue la cause k ce que ce Romain tira indistinctement les soldats de tontes les classes de la société, et au change^ ment qu^il apporta dans Torgamsation de la lé^ gion , en prenant la cohorte pour unité au lieu du manipule, étoà il résulta on changement dans Tordre de bataille.

Sous le rapport moral , les légions déchurent

HÊLANGES. 4t6

fittos dôote , et les liens qui las attachaient à la république furent relâchés. Sous le rapport mi^ litaîre^ ce fut tout le contraire ; jamais la supé-* riorité des armes romaines ne se fit mieux sentir que pendant les tems de Marins , de Sylla , de César. Le Beati, dans son premier Mémoire sur la légion romaine (a) , s^exprime ainsi à cet égard : a II faut pourtant convenir que ces lé^ M gions^ dégradées de leur ancienne noblesse, n conservèrent encore Ion g- tems toute leur ré<- )>'putation* Ce ne fut qu^nne première atteinte tt qui n^amoltit pas leur courage , mais qui relà- » cha les liens qui les tenaient attachées à la ré- 1» publique. )i

La formation par cohorte me semble supérieure à la formation par manipule, non-seule^ ment pour résister à la cavalerie , mais même pour combattre contre Finfanterie ; c^est Fopinion de Folard , de Turpin de Crissé et de plusieurs autres auteurs.

(Tome I, page 3ia-358). M. le colonel Carrion-Nisas a consacré les chapitres m et iv du livre m, qui contiennent quarante-six pages, à Vanalyse de Végèce. Dans le paragraphe iv du chapitre m , il rapporte la f<Mrmation en bataille

(a) Ce mémoire est inséré dans le tome XXV de VHistoire de f Académie royale des inêertpHoni et BeUee^Uret,

4i6 MELANGEA.

que Végèce donne dans le chapitre iv da livre m de ses Institutions militaires f il dit que c^est celle da tems de Végèce , mais cela n^est pas du tout prouvé ; il est tout aussi probable que c^est celle d^une époque antérieure. Le chapitre iv est intitulé : Systèmes tactiques de Végèce } ses maxi^ mes stratégiques. Ce chapitre contient la traduction des deux chapitres dans lesquels Végèce donne les ordres de bataille et des maximes générales de guerre ; il n^ a pas une seule de ces maximes que Ton puisse appeler stratégique, diaprés la définition que M. le colonel Carrion- Nisas a donnée du mot stratégie.

On est étonné qu^un auteur qui consacre un si grand nombre de pages à Tanaljse de Végèce, et qui le cite si souvent comme autorité , ne soit point entré dans quelques détails sur le- degré de confiance qu^il mérite. On conviendra que cela était nécessaire , si Ton prend la peine de lire les détails que j^ai donnés à ce sujet dans la note (5) de ma Philosophie de la Guerre.

L'ouvrage de M. le colonel Carrion-Nisas est bien écrit, mais souvent le style en est trop fleuri, et Ton s'aperçoit que cet auteur est quelquefois dominé par son imagination. Cest une influence contre laquelle il aurait dû se tenir bien vivement en garde en traitant de telles m^-

MÉLANGES. 4i^

tières* Je citerai à Tappui de ces remarques uti passage dans lequel il donne des raisons nouvelles pour expliquer « ce grand mouvement » politique et militaire de la circonférence au » centre de Tempire romain , connu dans This- » toire sous le nom dMrruption et d^invasion » des Barbares. »

On sait que Montesquieu a adopté Popinion du Goth Jornandès, qui appelle la zone cimbrique la manufacture du genre humain. L^er-* reur d^un homme de génie est contagieuse ; aussi beaucoup de personnes ont-elles adopté Topinion de Montesquieu, probablement sans se donner la peine de Fexaminer , et le Nord s^est trouvé en possession de fabriquer extraordinairement le genre humain , quoique Fexpérience nous prouve que c^est sous cette zone glacée qu^il se multiplie le plus difficilement.

M. le colonel Carrion-Nisas , après avoir réfuté Topinion de Montesquieu , explique les invasions des Barbares dans Fempire romain ainsi

qu^il suit :

(Tome I) page 387-391.) « Long-tems le joug de Rome avait été léger; les provinces le portaient aveô amour, les peuples trouvaient la justice, le repos et la liberté sous Fégide du pouvoir consulaire ou de Tautorité du préteur ; Tésclavage domestique était doux ; ou a vu avec quel empressement, après la défaite de

4tB «ÉLAMeES.

GiiiM», toi «tdftfw aeceptèreot des ftftnes i^nr défeodre leiin raalcres s arec quelle fidélité Ui s'en «er* yirenL On sait quelle affectiou Rome trouva dans ses alliés à toutes les époques d'une occupation étrangère en Italie ; avec quelle joie ils rentraient sous le patronage de la république.

• Ters la fin du sixième siècle de Rome , tout se dénatura au dedans et au dehors , les mœurs et les lois ; l«s grands eurent , autour de la capitale » des peuples d'esclaves I ce n'était plus ce maître simple et firognl an milieu de sa plus grande gloire « qui mangeait le W9êm€ pain et buvait le même vin que ses laborieux serviteurs ; c'était un propriétaire opulent et superbe qui i peine connaissait et daignait compter ses esclaves, et pour qui la mort de Fun d'eux était une perte presque insen^le s la médiocrité avait été humaine , le luxe IM eroel. A eette époque se mulif plièrent les atroces oombats de gladiateurs $ à cette époqae , les guerres d'es» claves fugitife devinrent sérieuses et menaçantes; à cette époque, l'ancienne modération des magistrats chez les alliés, des gouverneurs dans les provinces, fut petit à petit remplacée par les exigences , les concussions , les rapines , enfin par les vexations de tout genre , et ces outrages insupportables que le mépris accompagne.

» Les preoMers abus furent réprimés i mais Mentât les plus criantes iniquités restèrent impunies ; on ré^ pondit aux plaintes par des snpplîces, et pour ùin taire les provinces on les dépeupla ; l'empire romain louit «itier n'ofibrait plus d'aâie ; partout le même pou» ywy partout les mêmes rigueurs et la même dttkulté

d'exister; une pepulatioD malheureuse, dëdi^ritée, aaas propriécë , sa«s abri , fut chassée de proche en fNPOçhe aux fronti^es de l'empire^ c'est-à-dire à toutes les extrémités de l'univers. C'est là qu'elle s^ mêla à €es races incultes qui , dans leur état sauvage , conseï^ vaient encore quelque chose d'humain ; voilà ce qui au bout d'un tems donné , produisit ce nombre îmttense, cette force extraordinaire à la circonférence, et laissa au centre ce vide et cette faiblesse 5 voilà l'impulsion motrice de cette réaction puissante, irrésistible 5 ce qu'on appelle des barbares, combattait plutôt comme des frères irrités que comme des étrangers seulement avides ou ambitieux ; on les repoussait avec une fureur ëgale à leur rage , et par des moyens qu'on n'avait jamais employés contre aucun autre ennemi.

» Je rfécrîs point l^istoire , mais qu'on y jette les jr^eux , on sera étonné de la conformité de tous les faits avec mes coiûec^res : je me bornerai à présenter ici ceux qui appartiennent à mon sujet; ainsi, au livr^ suivant , le lecteur remarquera les imitations , les traditions romaines dans les manœuvres et dans le genre de guerre des Barbares. On sent , on comprend aisément qu'il y a , dans cette multitude guerrière , bien moins de barbares proprement dits que de soldats déiserteurs, d'esclaves fugitifs, de citoyens opprimés conservant, de génération en génération, des armes et des notions militaires par là même diverses, bizarres , incohérentes , sans uniformité ; mais cette oppression , cette tyrannie et cette faiblesse qui amenèrent et consolidèrent la réaction et Tenvahissement , durèrent près de cinq cents ans 5 cette considératton expltqu^

bien des chose» , et doit contribuer puissamment à jastifier le système à renonciation , ou plutôt à la simple indication duquel nous a conduit l'apparition d'un phénomène politique et militaire , qu'autrement on ne saurait expliquer que par l'hypothèse unique dans le cours des siècles d'une fabrication extraordinaire d'hommes au nord de l'Europe. •

Je ne puis adopter les conjectures que forme M. le colonel Carrion-Nisas , relativement aux invasions des Barbares dans Fempire romain ; il a généralisé des faits particuliers , ce qui Ta conduit à de faux résultats.

Je ne pense pas que les provinces conquises aient jamais porté le joug de Rome avec amour : Rome trouva ordinairement de la fidélité dans ses alliés , de Tafifection bien rarement ; il semble au contraire que cette fidélité était le résultat de la crainte. Aucun de ses alliés ne Tabandonna, pendant la seconde guerre punique, jusqu^à la bataille de Cannes , mais on doit convenir que Palliance d^Annibal ne leur offrait qu^une protection bien incertaine, car il ne possédait pas une seule ville en Italie; et, s^il eût éprouvé un échec , il ne pouvait manquer d^être anéanti.

Après la défaite de Cannes, plusieurs des peuples, alliés des Romains, les abandonnèrent, et ce fut avec le secours de ces peuples

qu^Annibal se maintint si long-tems en Italie. Depuis , en Tan 661 de la république romaine, les alliés de Rome lui firent la gfuerre pour en obtenir le droit de citoyen romain , et si on ne le leur eût accordé, il est probable qu^ils auraient détruit.la république.

Les esclaves acceptèrent des armes après la défaite de Cannes, non pas pour défendre leurs maîtres , mais dans Tespérance de recouvrer la liberté et de devenir ainsi les égaux de leurs maîtres. Marins voulut aussi enrôler volontairement des esclaves , et il ne s^en présenta que trois , ce qui porterait à penser que les esclaves étaient plus heureux du tems de Marius , que du tems de la seconde guerre punique.

La guerre d^esclaves de Spartacus fut sérieuse et menaçante; mais il n^ ^n eut plus de semblables par la suite.

On sait que le luxe et la corruption pénétrèrent à Rome à mesure que les Romains devinrent puissans et riches : c'est la marche ordinaire des choses ; mais si le peuple romain était devenu tel que nous le dépeint Fauteur, c'aurait été un peuple de furieux et d'insensés.

Pendant l'empire, la manière de gouverner des empereurs eut une grande influence sur le sort du peuple romain ; aussi vante-t-on le bon-

i^i MÉLANGES.

Je ne trouve dans Phistoire qu^un seul fait qui ait quelque rapport avec les conjectures formées par M. le colonel Carrion-Misas , d'aune émigration extraordinaire et long-tems prolongée : c^est celui de la formation des légions armées à la romaine par Mithridate , qui y mêla , dit Frontin (à) , les fugitifs dltalie.

L^auteur a employé les trois premiers livres de la première partie à tracer Thistoire de Part militaire chez les anciens. Dans le livre iv , il donne Thistoire de Pari dans le mayen âge et jusqu^à la fin du seizième siècle ; il emploie quarante-cinq pages de ce livre à parler de Machiavel, particulièrement de son Art de la Guerre; il rattache Fhistoire de Fart au tems où vivait et où écrivait cet auteur , tandis qu'il aurait du la rattacher à des époques historiques.

(Tome I , page 404. ) Dans le paragraphe iv du chapitre i*% intitulé : De la Caualene, réca^ pitulation de Vhistoire de cette arme chez les anciens f Fauteur traite une matière qui appartenait aux livres précédens. Le paragraphe ix du même chapitre^ qui est intitulé : De V effet

(o) Fronlin, Stratagèmes, IW. ii , chap. m. « In tertiâ ( acte) Bomanorummore armatos auxiliares, mixtis fiigiiivis ItaKcœ geniis , quorum pertfieacia plurimum fidebat , etc.

des Armes à feu sur P usage des larmes diferui^ {^eSf semblerait devoir appartenir à la seconde partie de Touvrage , puisqu'elle est intitulée : VArtf depuis la résolution opérée parla poudre à canon jusqu^à nos jours } mais ce paragraphe doit pourtant aussi faire partie du livre iv , puisque presque toutes les armes défensives farent abandonnées par suite de Temploi des armes à feu , avant la fin du seizième siècle. Si Fauteur ei)t intitulé la deuxième partie, ainsi que je pense qu'il devait le faire : PArt, depuis P emploi des armes à feu jusqu'à nos jours, le contenu du paragraphe ix aurait été classé tout naturellement dans cette seconde partie.

Le plan de Tauteur est assez bien suivi dans les trois premiers livres ; mais il règne beaucoup de désordre dans le classement des matières du livre iv.

Les fautes que j'ai reprochées a l'ensemble de l'ouvrage de M. le colonel Carrion -Nisas se reproduisent avec plus de gravité dans la seconde partie. Les analyses d'ouvrages et les jugemens sur leurs auteurs, les dissertations sur difFérens sujets , les jugemens sur plusieurs généraux célèbres , y tiennent beaucoup de place. Je continuerai, comme précédemment, à faire 4es observations $ur quelques passages , en sui-

426 MàLANOBS.

vant toujours Tordre dans lequel ib se préscn^ tent à k lecture.

(Tome II, page ft53«) Uautetir intitule son livre II : Première décadence de tarî depuis la découverte de la poudre à canon , et il indique la mort de Turenne comme Tépoque de cette première décadence : je ne partage point mn opinion.

Pendant la carrière militaire de Turenné , la perfectionnement successif des armes à feu avait fiiit apporter quelques chaogemens à rarmemeDl et à la formation de Finfanterie, et aux méthodea de guerre que suivaient les généraux. Vingt-*' huit ans après la mort de ce grand capitaine, les piques furent entièrement abandonnées; toute Finfanterie fut armée d^un fusil muni d^une baïonnette à douille qui permettait d^exécuter le feu sans qu^on fut obligé de la retirer ; il en ré^ sulta que les combats à Parme blanche ne furent plus qu^une exception , que Finfanterie combat*^ tit habituellement par son feu , que la valeur individuelle eut moins d^influence que précé* demment, que Fordre mince fut substitué à Fordre profond.

Ce changement à Farmement et à la formation de Finfanterie fut le plus grand qui eût été exécuté depuis que Fart de la guerre existait ; plus

IIBLAIf6E& i%i

tard, <m adopta la bagaette de fer, oe qui daniui plus de vivacité au fen< A peu près dans le même tems , on introduisit le pas cadencé , d^oa il résulta plus d^ordre , de régularité et de promptitude dans les manœuvres ^ et Tartillerie devint plus nombreuse et plus mobile.

Par suite des changemens que je viens d'^indi^ quer , le système de guerre changea , ei il arriva ce qui arrive ordinairement dans de telles Con*^ jonctures ; on fit des essais qui ne furent pas tous heureux : la France et FAllemagne étaient alors les pays de TEurope où Ton s^occupait le plus de Fart militaire et où s^exécutaient ces essais*

L^art ne rétrograda point , il éprouva des va^ riations; il en a éprouvé encore pendant les dernières guerres , et il n^est point fixé , puisque rin&nterie anglaise ne se forme que sur deux rangs , tandis que celle des autres puissances de PEurope se forme sur trois rangs : cette infiin-* terie se distingue d^ailleurs par quelques diffé^ rences importantes dans ses manœuvres et dans ses méthodes de guerre. Le matériel de Tartille-^ rie anglaise est aussi fort différent dû matériel dé Fartillerie des autres puissances de FEurope.

Selon Fauteur , Fart avait été a dans un état I» stationnaire ou même rétrograde depuis Ttt-* h rennejusqu^au roi de Fausse. » Comment pettt^

on dire que Part avait été dans un état rétrograde pendant que Luxembourg, Eugène, Marlborough et Villars commandaient des armées? Le grand Frédéric a sans doute apporté quelques perfectionnemens à l^art ; néanmoins, ses succès militaires furent encore plus Fouvrage de son génie et de son caractère que de ces perfectionnemens. Les troupes françaises qui combattirent contre Frédéric étaient bonnes, mais elles étaient mal conduites : Farmée était alors en proie aux courtisans; c^est le plus grand malheur qui poisse arriver à une armée.

(Tome II , page 226.) « Le mérite de Tordre » oblique une fois reconnu , dit M. le colonel » Carrion-Misas, décide en faveur des petites ar- » mées contre les grandes, puisque ce mérite » consiste à frapper des points seulement en )) n^employant jamais toute sa force. » Le principe que pose M. le colonel Carrion-Nisas demandait à être développé. Si cet auteur a voulu dire qu^une petite armée composée de troupes disciplinées, bien exercées et aguerries, l'emportera sur une armée plus nombreuse , mais composée de troupes qui n'auraient aucune de ces qualités , cela est probable , si la disproportion numérique entre ces deux armées n'est pas trop glTPpde : jfi ne saurais supposer qu'il ait voulu

poser en principe que , toutes choses égales d^ailleurs, une petite armée remportera sur une grande ; cela serait trop absurde. De nos jours , le nombre a plus d^influence qu^il n^en avait chez les anciens, parce que les troupes des différentes puissances européennes sont armées et organisées à peu près de la même manière , et parce qu^actuellement le feu joue le principal rôle. Napoléon s^exprime ainsi dans le chapitre y de son Précis des guerres de Frédéric II : règle générale : Quand "vous voulez livrer une ha-taille f rassemblez toutes vos forces , n^en négligez aucune / un bataillon quelquefois décide ^ une journée. Quant à Tordre oblique , voici ce qu^en dit Napoléon , tome v , page 336 , de ses Mémoires f et cela me semble bien dit.

« Mais qu'est-ce donc que Tordre oblique? Ses partisans varient. Les uns disent que toutes les manœuvres que fait une armée, soit la veille, soit le jour d'une bataille, pour renforcer sa ligne sur sa droite, son centre ou sa gauche, soit même pour se porter derrière l'ennemi, appartiennent à Tordre oblique £n ce cas ,

Cyrus a manœuvré dans Tordre obliqué à la bataille de Thymbré, les Gau1ois*Belges à la bataille de la Sambre contre César; le maréchal de Luxembourg à Fleurus, où il profita d'une hauteur pour déborder la droite de Tennemi; Marlborough à Hochstedt, le prince Eugène à Ramillies et à Turin , Charles XII à Pultawa. Il n'est presque aucune bataille ^ ancienne ou moderne , oji iQ

43o BLANfiB.

§6oénl qm ft attaiiBé n'ait renforeé sm ooloones ifatlaque , vAt par no plus grand nombre 4e troupes , soft en y plaçant des grenadiers , soit par un grand nombre de canons. Si Frédéric avait imajg^iné cette manœuvre , 3 eût imaginé la guerre, qui malheureusement est ^mssi ancienne que le monde.

» D'autres disent que P ordre oblique est cette ma*noMirre que le roi ftiisait exécttCer aux parades de Potsduoiy par kufttelle deuiL armées étaient d'ab<M*d ea hafaille parallèlement Celle qui manœuvre se p<H*te sur une des ailes de son adversaire , soijt par un syst^e de colonnes serrées, soit par un système de colonnes ouvertes, et se trouve tout d'un coup, sans que le général ennemi s'en soit aperçu, sur une de ses ailes, Tattaque ée tous côtés, sans que l'on ait le tems de la secourir.

• I* Il est impossible que de deux lignes parallèles de trois mille toises et fdacées à la dislance de neuf cents toises , Tune s'iadUinant sur l'autre , de manière qu'une des ailes étant à trojis cents toises , l'autre soit assez éloignée pour être à Tabri et hors d'aUeinte. L'armée, pendant qu'elle marche pour prendre l'ordre obUque , prête le flanc ^ si elle est attaquée , elle sera battue i l'aile menacée ;^ra facilement mise hors de péril en la renforçant par la seconde Ij^e de l'armiée ou jpar h^ réserve ;

» 2* Il faudrait que la ligne d'opération de l'année quî prendrait l'ordre oblique (Tût du côté de Faile sur laquelle elle appuie $ sans quoi elle la perdrait , ce qui «^poserait à des conséquences fâcheuses. Il est deux priûdpm de gnerre qu^on ne viole point impunânent : ie freSMer, mfaU» pa» de matcheê de flanc demni uœ

MBLAMGES. 43 1

armée qui est en poetUen ; }e deuxième y amseneez aœc $om et n'abandonnez jamais de g/aîté de cœur V9tre ligne d'ope-* ration. Aussi est-il des personnes, parmi les partisan)» de Tordre oblique , qui veulent que la manoeuvre en soit dérobée à l'ennemi ^ qu'il soit étonné et surpris y qu^elle soit faite de nuit, ou favorisée par les brouillards ^ ou couverte par des rideaux.

» 1° Puisque cette manœuvre doit être dérobée à l'ennemi^ ce n'est pas un ordre de tactique; sa force n'est pas en elle-même ; mais en ce qu'elle surprend ^ étonne; elle est de la nature des embuscades, des marches dérobées , des surprises , etc. ;

2° Les embuscades , les marches dérobées , les surt>rises ont été pratiquées daos tous les tems , non-seulenent par des trovpes disciplinées , mais même par et» jsauvages et des troupes indisciplinées.

» Frédéric a livré dans la guerre de Sept-Ans dix batailles ; il n'a dans aucune d'elles fait exécuter les manœuvres des revues de Potsdam, ni n'a mis en usage aucune nouvelle manœuvre ; toutes celles qu'il a ordonnées étaient connues et pratiquées de tout tems. »

J^ajonterai à la citation que je viens de filtre qne, dans les grandes années de nos jours, c^est la TefUe d^une bataille, ou dans la nuit qui la pré^ cède, qu'un général doit faire exécuter les mouvemens destinés à renforcer Tune de ses ailes ou son centre. Le jour de la bataille, il serait trop tard ; indépendamment des dangers auxquels il s^exposerait, le tems lui manquerait.

( Tome II , page 338. ) M. le colonel Carrion*

432 HÊLâMOBS.

Nîsas, après avoir parlé de Finvention de Tartil-*

lerie à cheval par le grand Frédéric , ajoute les

réflexions suivantes :

« On demandera peut-être comment, quand cette artillerie existe , on en a d'autre en campagne ; mais la mobilité même de Tartillerie à cheval a Cet inconvénient y que la troupe à pied peut craindre d'en être abandonnée , crainte qui suffit pour produire un mauvais effet. Cette considération et celle de quelques localités d'un accès très-difficile , même en plaine, a dû faire maintenir l'artillerie ordinaire en concurrence avec l'artillerie à cheval. »

L^auteur ne donne pais une seule des raisons qui ont £ait conserver Fartillerie à pied ; la principale, c^est qu^on ne peut s^en passer, tandis qu^on pourrait se passer d^artillerie à cheval. L^artillerie à pied fait un service ; Partillerie à cheval en fait un autre.

Uartillerie à pied peut seule exécuter les travaux de Fattaque et de la défense des places; elle peut seule escorter les parcs d^artillerie , et en prendre soin ; elle peut mieux que Fartillerie h cheval servir des batteries de réserve d^un gros calibre. On attache de Fartillerie à pied à Finfanterie, parce qu^elle peut en suivre les mouve*mens aussi bien que Fartillerie à cheval pourrait le faire.

J^^artillerie à cheval étant plus dispendieuse et

plus embarrassante que Fartillerie à pied, ne doit être employée qu^à un service auquel cette dernière ne serait pas aussi propre que Tautre. On doit donc attacher de Fartillerie à cheval à la cavalerie , et Ton devrait toujours en avoir en réserve et à Tavant - garde , ainsi que plusieurs généraux Font pratiqué.

M. le colonel Carrion-Nisas parle de presque tous les auteurs Français de quelque réputation, qui ont écrit sur Fart militaire , depuis la mort de Turenne jusqu^à la révolution française ; mais de ceux-là seulement. Il a cependant fait une exception en faveur de Lloy d et de Santa-Cruz , auteurs qui ont été traduits en français et qu^il loue beaucoup ; ces éloges , particulièrement ceux quMl donne à Santa-Cruz, me semblent exagérés.

Je reprocherai à M. le colonel Carrion-Nisas quelques omissions fort importantes. II n'^a pas dit un seul mot des ouvrages de Vauban ; il a parlé avec beaucoup de détail de la discussion qui s^éleva sous Louis XV , relativement à Tordre profond et à Fordi'e mince , et des auteurs qui prirent part à cette polémique; mais il a omis de parler de Texcellent ouvrage intitulé : Essai sur V influence de la poudre à canon dans

Part de la guerre moderne. L^auteur , M. Mau-

434 HÉLANGfi&

yîllon, qaœque officier hessois, Favait publié en français. Il a omis de parler des Préjugés militai^ Tes et des Fantaisies militaires du prince de Ligne, ouvrages pleins d'^originalité, de réflexions judicieuses , et qui mériteraient d^ètre plus répandus. On n^a exécuté, que je sache, aucun changement à Tart militaire pendant les guerres de la révolution française , qui ne se trouve indiqué dans ces deux ouvrages, dans ceux de Guibert ou dans ceux du maréchal de Saxe.

Le livre iv et dernier est intitulé : Effets qvHoiU produits sur Fêtai de Part les é^énemens militaires amenés par les réwlutions de 1789, contiruiés jusqu^à i8i5. Ce livre est celui sur lequel la critique trouve le plus à s^exercer, surtout en ce qui a rapport aux jugeraens que IVuteur porte des campagnes de Napoléon. MM. Jomini et Koch ayant fait une critique détaillée de ce livre dans les articles qu^ils ont publiés sur Touvrage de M. le colonel Carrion -* Nisas , Tun dans le premier et unique numéro d^une Reçue européenne f Tautre dans le numéro vi de Tannée 1824 du Bulletin des Sciences militaires ^ et mon opinion se trouvant presque entièrement conforme a la leur, je ne pourrais que repro- 4wre ici leurs observations critiques ; je me dis»

Slél^ANGIS^. 435

p^p^erai 4anc ^ Ip faîrp, et je me bQpneffti ^ un^ s^vHp Q]:)sery3(ipQ.

yaiitai;^, ^n par)ap(; de Tama^game des bétail* Jpn§ fie lig^e ayjep le§ b^t^îllan^ 4^ Vplpntalres , p'çxppfp.e ^iï)si qu'il spit (tpine i| ^ page 4p9 ) :

« Ce fut en vertu des lois d'août 1793 qu'eut lieu cette formation qui port^ le caractère de la plus grande simplicité; on prit pour unité de forces Tancien bataillon d'environ sept cents hommes ; mais au lieu de former lef régimens de deux bataillons y comme était la formation des anciens corps , 00 prit un iaUulion d'ancm rér ganeu^ et ^fux hqUuOqns de vplonùfire^, et QU l^ )répnit sous )e commandement d'uo chef qui remplaça lje$ anciens colonels. Ainsi , soit à dessein , soit par la seule force des choses , ce ne fut point la garde nationale qui renforça Farmée y mais Farmée qui fut fondue dans la garde naticmale ; et ce qui semblait le confirmer aux f&àx y c'est que l'armée d£ ligne adopta alors le cosr tvi^ de la garde patioDi^Ie , et quitta Thi^^it bl^c ^ns

Je $uis d' w.e opi»f on diaff^tr^lemieqt ppppsif^ 4 cejle d^ Tauteiir. Qu'ii>jporte que le ppml^rje ' des bataillons de volontaires ait été plus grandi que celui des bataillons de Tarmée de ligne ! le jfait est que les ofiBciers, les sous-officiers et les caporaux de Tarmée c^e Ijgpe poflfipf yèf e^f l^ijrs grades , et quHl y eut au contraire des officiers , des sous-officiers, et des caporaux des bataillons de volontaires qui perdirent les leurs , ou qui ne

furent employés qu^avec des grades moins élevés.

On cite même des oflBciers qui devinrent soldats.

Les nouveaux bataillons prirent les mœurs , les usages et Tesprit des bataillons de Tarmée ; ils furent régis par les mêmes règlemens , en ce qui concernait la discipline et les manoeuvres ; cet amalgame n'^apporta aucun changement à la composition de Tétat-maj or-général de Tarmée ; ce furent donc les bataillons de volontaires qui furent fondus dans Farmée.

L'ouvrage de M. le colonel Carrion - Misas est bien écrit , ce qui n'est pas un mérite commun; il contient beaucoup de recherches intéressantes , un grand nombre de réflexions judicieuses , et Fauteur ferait facilement disparaître les fautes de détail qui s\y trouvent. Néanmoins, il ne me parait mériter, ainsi que je Tai déjà dit^ que le titre de Mémoires pour sentir à P Histoire générale de Part militaire. Quoi qu'il en soit , il y aura toujours beaucoup de mérite à pouvoir dire :

J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris (a). (a) FahUs de La Fontaine, Dédicace.

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