‹ MélangesChapitre 2 sur 27 · VIE DE VAUBAN · texte numérisé non relu

VIE DE VAUBAN

O génie I 6 vainqueur des âges !

L'œil profane qui Yil ta source Ne se doutait pas que ta course Dût flranchir la borne du teois.

Lebrun, Ode I,

qui écrivit sur la fortification (a), et presque aucun des principes qu^il a posés n^a vieilli. Châtillon jfti^' pàreet a'îeul de braTejp ft savans ingénieurs. Ce fut à cette même époque que Von employa pour la première fois les lignes de contre-approche y ^ ce fut à Villars , qui défendit Rouen pour la Ligue contre Henri lY , que Ton dut ce perfectionnement. Vart d^attaquer et de défendre les places fit, pendant ce lïègne, desi>prd^rë9 màrqnaits; les in^>éiiieurs commencèreot à Cbrmer un corps disliiiel^ et, siprès la gueire civik, ib furent répartie àêns les plaœs ; on leur donna le nom dUngétiieurs des camps et armées , et Aes tilles on provincei^ ôà ils étaient emjployés. • ^ . >- ?

Sous le règne de Louis Xlil , les dbtrges degrand-maître de Tartillerie et de sdtintëndaot des fortii^cations furent séparées ^ de Ville ^ Fagan et Fabre acquirent de la réputation ; chacuii d^eux publia un com's ^e fortifiicatîon , et Patt de Fingénieur fit encoure quelques progrès. On Qite cette réponse dui chevalier de Ville à Louis XIII , qui lui demandait ce qtfil en coûterait pour construire ùnê citadelle t Sire, ' Itit '

(a) La JFJDrtifi^Qtion d^n^ntrée €t r^uitei 0^ ofltt pâf ^9f^x Errard de Bar-le-Duc, 1594; nouTçUe édition; par Alexis Errard,

ditm., çuand il s^agit de fortifier une place f il Joui omfrir la bourse et fermer les yeux.

Mais . ce fat sous le règne de Loqis XIV , &\ fécond <9ti g^s^nds hpmnxes et en grands évéae-^ mensy que le. ccu-ps des ingénieurs brilla du plus vif éclat. Dès le début de ce règne ^ beaucoup d^offîciers d^infanterie s^appliquèrent aux trayaujE de Tattaque et de la défense des places; chaque régiment comptait parmi ses officiers d^ ingénieurs volontaires. Les ouvrages qui avaient été publiés sur la fortification leur servaient de guides dans leurs études ; les officiers qui les avaient précédés dans cette carrière les aidaient de leurs conseils et de leurs leçons. On choisissait parmi les plus habiles le nombre d^ingénieurs nécessaires aux besoins du service j ils recevaient des breveta , étaient détachés pour être eniployé^ dans les sièges et aux travaux des places y et comptaient pourtant toujours dans leurs ré^^mens.

Cetit0 époque est remarquable dans les £sistes de Fart militaire par un changeinent dans le système de guerre qui se fit partiçulière^ient sentir après la mort de Turenne. Ce fut une con* séquence de ce que Finfanterie , par suite de la suppression des piques et de Padoption du fusil à baïonnette , substitua pour sa formation habi-

Fimpossibilité de se mouvoir, on faisait des sièges pour faire quelque chose. La seule action de guerre de tonte une campagne était quelque^ fois un siège qû^une partie de Tarmée exécutait , tandis que Tautre partie le couvrait. Les ingénieurs étaient alors de tous les officiers de Tarmée ceux qui jouaient )e principal rôle , qui étaient le plus exposés , et ceux sur lesquels se fixaient le plus les regards.

Il résultait du mode que Ton suivait pour recruter le corps des ingénieurs , qu^il se remplissait d^offîciers qui avaient une vocation prononcée et d^hëureuses dispositions pour le genre de service auquel ils se destinaient , puisquHls s^étaient formés presque seuls. On obtenait ainsi des hommes de ressource et qui étaient doués d^un acèle ardent, qualités les plus nécessaires à Tingénieur ; aussi à aucune autre époque le corps des ingém'enrs militaires ne fut-*-il aussi remarquable y non^^eulement par les travaux de la guerre et par ceux qui furent exécutés pendant la paix,, mais encore par les progrès que fit Fart de fortifier les places , et surtout de les attaquer , progrès qui furent entièrement dus à Vauban , le plus célèbre ingénieur des tems modernes.

Sébastien L^restre de Vauban naquit le i5 mai i633, d^ Albin Leprestre, écu^er, et

9 MÉLANGÉSé

4*fidmé6 Cormignolt («), à Saiût^Légeivde*Fou-t cheret, paroisse de oettQ pAftie de randemie province de Bourgogne que IVm appelait le Morvan; celte paroisse dépendait du bailliage de Saulieu , diocèse d^Autuii , et est actuelle** ment une commune du canton de Quarré*le»- Tombes, arrondissement d^Aralôn, département de TYonne.

Albin Leprestre était le cadet d^une fiimille de noblesse ancienne , mais pauvre ; cMe £&mille possédait depuis long-tems le fief de Yauban , qui relevait du duché de Nevers , et qui était situé à environ cinq lieues de Saint-<-Léger*de^ Foucheret, dans la paroisse de Bazodies, dépen* dante de la province du Nivernais ; s^uelleînent commune dé Basoches , canton de Lormes , arrondissement de aamecy , département de la NiM^re* Oe fut le nom de ce fief que prit par la suite Sébastien Leprestre, selon Tu^jg^edu tems, quoique son père ne Téût point porté , et il n^est eônnu que sens le nom de Vauhan, quHl a rendu .célèbre.

La vie publique de Yauban a été reproduite

(a) Jusqu'à ce jour, tous les biographes et tous les panégyristes de Vauban se sont trompés sur son âge ou sur les prénoms de soi père et de sa m^e, et sar le nom de sa mère; ce que j'en dis est «[.trait de son acte de baptême , que j'ai fait relever sur le registre de la paroisse de l&aint-Légar-de-Foucherel.

plusieurs fois ; ses principaiu: traits appprCien*^ Dent à Fhistoire , dans laquelle on les trpaira épars ; on a peu de détails sur sa vie privée , qu^il serait si intéressant de connaîtra , et les re^ cherches que j^ai faites pour remplir cette la«^ cune ont été 01 grande partie infructueuses. li existait pourtant un manuscrit qui m^aurait fourni de précieux matéri^nix , mais il est égaré eu détruit.

M. Dez j professeur de mathématiques à FE^ cole militaire , avait recueilli dans un cahier un grand nombre d^anecdotes et de âiits intéressant que lui avait racontés son ami , le marquis d^Ussé , qui les tenait de sa mère , fille de Vauban^ ou de Vauban lui*mème. A la mort do M. d^Ussé 9 ce cahier , confondu avec plusieurs autres manusortts de Vauban , devint la pro» prîété de mademoiselle d^Ussé, qui eut une douzaine d^hérîtiers collatéraux , et Ton n'a pu retrouver ces manuscrits.

On trouve ces renseignémeos dans une note inédite , conoemant les ouvrages et les papiers^ du maréchal de Vauban , que M* Dez adressa en 1784 à M. de Villekmgue, commandant l'^Eoole du génie de Mézières ; cette note contient sur la vie privée de Vauban , et particulièrement sur k manière dont sVfcoouiirent les premiers années.

à la nage , sous le feu de Tennemi | aii mamwt de Tassaut ( i 4: novembre i65a).

Cette $çtiQn d^éckt retentit dans le public , et fit parvenir , pour la première fois^ de ses nouyelles à M famille et dans 3Qn pays ; car on i^o-» rait ce qu^il était devenu depuis sa fuite de Saint- Léger.

Après le siège de Sainte-Menehould , il entra dans la cavalerie , où il continua à servir activement ; il y reçut sa première blessure.

Si Ton considère Torigine des guerres civiles à la suite desquelles le prince de Condé prit la résolution coupable de porter les armes contre $a patrie dans les xângs espagnols j que Ton se rappelle quelles étaient les idées féodales du temS) que l^in ait égard à la noblesse de sentimens qui fit prendre à Vauban la résolution si basardeuse de changer le genre de vie qu^il menait chez le curé de Saint-Iiéger contre la carl*ière des armes y on sera plus disposé à Tadmir^ rer et à le plaindre qu^à le blâmer.

On manque de détails sur les débuts de la carrière militaire de Vauban ; il est probable qu^il commença d^abord à mener de front Tétude et les armes, ainsi qu^il le fit toujours par la suite» ^n ouvrage de fortification tombé par busard entre ses^ wa^ms , la vue âm places lortes , peut-

mélangea; •»

être lés Mu^k de quelque {agéhiéiir charmé àé sa utilité et ^ son zèle, auront développé soir génie râi&sant j quoi qu il en soit , ces cfebuts fiiirei^t très^xtraordinaires; Vauban , si jeune encore, sans a{ip^i, sans ^ntré instmetion que oktè; faible instruction' élémentaire qu'ail deraîf àttf'ouré de Samt JLéger , dévient fout à coup în-* génieur ; et , ce qui ne se trouve presque jamais téapi dana un si jeune homme', il montre tout à la fois une valeur impétueuse et un^e grande application à Tétude.

' Queb que ftissent , d^ailleurs , le mérite et la valeur de Vs^an , il ne pouvait aequ^r ati-^ tant de gloire et de célébrité dans les rangs es-^ pagQols que sH\ eût servi la France ? un événement imprévu le rendit à sa patrie; il fut fait prisonnier par les troupes royales^ ( 1 653 ) , et* conduit à Mazarin. Ce ministre , qui le connais^ sait de réputation , désirait Tattacher 'au service du roi; il le fit .rentrer en grâce, lui offiît, dans le régiment de Bourgogne ini^ntèrie ^ une lieutenance que Vauban accepta, et fénvoya au^ sfcége de Saintè-Bfebehould ( i653), où il servît' sous les ordres du chevalier de CiervîUe , Wngé^' vàèvÊt le plus rènqmmé dé<Je tems.

Il €oopéra ensuite, maïs toujours en sbus^' Ofdro , mm ttwmlc de9 sièges dé' Stenay et de

fc -,

16 MÉUkKGES.

^tjblii prédit que si la guerre Vépargnait^ il monterait aus premiers grades. Quelqaes an«niées; après , il lui fit obtenir une nouyelle com^ paynde dans un autre régiment , et le tira ainsi de V^at de génè où le tenait son défaut de fiu^ tuné; Mais il fit beaucoup plus encore : il le deraai|ida peur diriger les travaux du siège de Grà?elme& ( août i 658 ), place très-forte dont il étkit ehio^gé de faire le siège , et il lui fourtiit ainsi le moyen de mettre son mérite en évidence* ' Vauban justifia par un brillant succès le choix que le maréchal de la Ferté avait fait de lui , et Mènira^ par d^heureuses , mais légères innova^ tioftis, ce que Fon devait attendre un jour de son génie mûri par Pexpériencé. Dans la même année, il dirigea les travaux des sièges d^Oudenarde et d^ Ypres sous les ordres de Turenne, et âfv0O le même succès ; mais il éprouva uû malheur qui aurait pu briser sa carrière , il fut fait prisonnier ; heureusement pour lui , on le rentôj^ft sur parole^ et bientôt après il fut échangé. On remarquera que ce fut un heureux hasard ^é yiAuban ait été employé à des travaux de {lAàee et à ceux d^un siège peu de tems après son à^vèe au régiment ; que le malheur d^avoir été fàftprisonnîer, pendant qu'il servait sous les dra- |iéaftx de Condè^ contribua à safortutie, puisque

cette circonstance le fit entrer an service de France et lui ouvrit une brillante carrière ; quMl n^est pas commun de trouver des hommes tels que le maréchal de la Ferté , je ne dirai pas qui emploient les hommes de mérite , mais qui les fassent valoir , loin de chercher à s^approprier leurs travaux ; si donc Vauban dut principale^ ment son élévation à son mérite , la fortune y eut aussi beaucoup de part.

L'année i65g fut particulièrement remarqua-* ble par la conclusion du traité des Pyrénées (7 novembre iGdg) , à la suite duquel la France jouit de six années d'une paix interrompue à peine par le siège de Marsal , entrepris à la suite d'un différend avec le duc de Lorraine, et par la malheureuse expédition de Gigeri en Afrique. Vauban, pendant ce laps de tems , développa un nouveau genre de mérite : il se montra aussi habile ingénieur dans les travaux de la paix que dans ceux de la guerre , et non moins remarquable par ses vues et par ses projets que par la manière de les mettre à exécution •

Pendant Tannée qui suivit celle où Ton avait conclu la paix des Pyrénées , il épousa , dans le Nivernais , mademoiselle Charlotte d'Aunay , fille de M. d'Aunay , baron d'Epiry, et n'en eut que deux fiUest

i8 MÉLANGES.

Louis XIV, fatigué de la tutelle de Mazarin ^ l^ussitôt après la mort de ce ministre (9 mars i66i), qui arriva peu après la conclusion du f raité des Pyrénées , saisit d^une main ferme les renés du gouvernement, et montra tout d^abord quUl possédait le premier talent d^un monarque, celui de connaître et d^employer les hommes. ]l^^administration des forteresses fut partagée en deux grandes directions, qui furent mises dans les attributions de Colbert et de Louvois : le premier, dont le département comprenait les finances, la marine et tous les travaux publics de Fintérieur, avait dans sa direction les places maritimes de TOcéan, depuis Calais jusqu^à Boulogne, celles de la Méditerranée et des anciennes frontières de Picardie, de Champagne, des trois évèchés, de Bourgogne, d^ Alsace et de Languedoc ; le second , qui était chargé du département de la guerre , eut dans sa direction les places des nouvelles frontières dans la Flandre , TArtois et le Roussillon.

Cependant , Louis XIV ayant acheté de Charles II Dunkerque (27 novembre 1662), qu^îl avait conquis en 1 658 pour les Anglais, la France posséda alors , entre la mer et la Flandre espa^ gnole , une langue de terre où se trouvaient Boulogne, Calais, Gravelines et Dunkerque;

MÉLATIGES. 19

Cette dernière ville, étant située à Textr^îté dé lu langue de terre et vis-à-vis de renibouchure de la Tamise, avait, sous ces deux rapports | beaticoup d^impor tance. Louis résolut de la reiH dre une des plus fortes places du royaume, et de liieltre son port en état de recevoir de gros bàti^ mens ; il chargea Yauban de faire les projets de ces immenses travaux, auxquels se rattachaient des constructions de canaux , de digues et iSPè^ eluses ; et bientôt après , les projets de cet ingé-^* nieur ayant été adoptés , de les mettre lui-même à exécution. Yauban fut alors nommé lieutenant-colonel au régiment de la Ferté.

Dunkerque fut la première place forte que Yauban fit construire , et ce fut son cfaef-d^oeoM vre } il est vrai que , pendant Texécution de tra-» vaux si considérables , qui durèrent long^tems j il construisit et répara beaticeup d^mitres places^ et put revoir ses projets.

Ce fut pendant ces &it années de paix que Ton commença le canal du Midi, destiné k vtmt rOcéan à la Méditerranée ^ entreprise giganytes^ que dont on s^ëtait occupé pour la première fois aous le règne de François F', dont on s^occupa iueore depoid à plusieurs reprises ^ et qui fie f«ft exécutée que sans le règne de Louis-le-Grand^» Ce canal, érigé en fief, fiïl ddiugé, aiVi<di I]u4

!io MÉLANGES*

Tentreprise des ouvrages , à Riquet , auteur du projet qui fut adopté. Les travaux n^en furent point dirigés par Vauban , ainsi que Font dit plusieurs des auteurs qui ont parlé de ce célèbre ingénieur; mais il visita le canal du Midi, six ans après.la mort de Riquet, trouva « quec^était }) le plus beau et le plus noble ouvrage de cette » espèce qui eût été entrepris de son tems » , et rédigea, pour son perfectionnement, un mé« moire dont les principales dispositions furent exécutées par la suite.

Les fonctions de Vauban n^étaient d^ailleurs point bornées à celles de son art : Colbert , par exemple , le chargea de visiter les ports , depuis Dunkerque jusquVi Rouen, pour indiquer les réparations et les améliorations qu^il faudrait y faire, et, en même tems, de recueillir les plaintes et les réclamations du commerce pour les lui transmettre ; cVst ainsi que , pendant ce règne remarquable, on savait tirer parti du génie, loin de vouloir Tenferm^ dans une spécialité comme dans une prison.

En 1666 , la France, ayant la Hollande pour alliée, se trouva engagée contre FAngleterre dans une guerre maritime qui ne dura quW an ; et Tannée suivante , dans une guerre continen-* taie contre FEspagne.

L^armée était divisée en trois corps : Louis , ayant Turenne sous ses ordres, vint commander en personne le principal corps qui opérait en Flandre. Le chevalier de Clerville avait Finspection de tous les travaux du génie ; Vauban était attaché au corps que le roi commandait. Chargé d^abord de fortifier Charleroi , il fut rappelé pour diriger les travaux du siège de Douai , et il y reçut à la joue une blessure dont on a reproduit la cicatrice dans ses portraits. Il était à peine guéri lorsqu^on lui confia la conduite du siège de Lille , et il s'en acquitta avec une telle habileté , que la place fut prise en neuf jours de tranchée ouverte (27 août 1667); c'est de cette époque que date la grande célébrité et la faveur dont il ne cessa de jouir jusqu'à la fin de sa carrière.

Louis ) témoin et digne appréciateur de son mérite , le combla d'éloges , le nomma lieutenant de ses gardes ( 2 septembre 1667 ) , ce qui lui donnait le rang de colonel , le gratifia d'une pension de 2,400 fr. et I^ chargea des travaux à exécuter dans les places de la Flandre. Le plus important de ces travaux , après ceux de Dunkerque, était la construction d'une citadelle à Lille; Vauban était chargé tout à la fois d'en rédiger les projet^ et do les mettre à çxéQutioin :

désormais , sa vie publique appartient à This-

tofre.

La paix d^ Aix-la-Chapelle ( 2 mai 1 668 ) mît fin à cette guerre , qui n^avait duré qu^un an s Louis rendit la Franche -Comté , mais conserva sips conquêtes dans les Pays-Bas ; Vauban conii- BUH à diriger les travaux des places dans la Flandre. Il s^appliquait surtout à perfectionner les manœuvres d^eau , à tenir les fossés secs ou pleins à volonté , à j former des chasses ou torrèns artificiels et à saisir les moyens de créer des inondations. A Lille, il ménagea , entre la citadelle, Tinondation et la place, de vastes terrains inaccessibles, où la garnison peut camper, faire paître ses bestiaux et cultiver des légumes.

Vauban avait été nommé gouverneur de la citadelle de Lille aussitôt que cette forteresse eut été ébauchée (1668), et Louis ayant témoigné le désir d'^avoir le plan en relief de Lille et de sa dtadelle , VaUban le fit exécuter , ainsi que celui de plusieurs autres places. On réunit Ces plans dans la galerie du\<ouvre, où le monarque fi[*ançais se plaisait à les visiter ; telle fut Forigine dé cette belle collection de plans en relief des places fortes de France qui se trouve actuellement dans rhôtel des Invalides.

Sous le règne de Liouis XIV ^ lûf troupes fb-

rent souvent employées à des travaux dMtilité publique pendant les loisirs de la paix; mais nulle part elles ne reçurent cette destination sur une aussi grande échelle et arec autant de succès qu^âlors à Dunkerque. Trente mille hommes étaient employés aux travaux $ chaque jour^ trois corps de dix mille hommes chacun se SUe^ cédaient sur les ateliers ; ils s^ rendaient eu armes à un signal donné par le canon, les quittaient pour remplir leur tâche et les reprenaient pour retourner au camp.

Vauban fut distrait petidant quelque tems de ces travaux par Louvois, qui, chargé d^une mission importante près du duc de Savoie, le prit avec lui (1771) et lui fit faire des plans pour fortifier Verrue , Verceil et Turin , plans qu'il donna au duc; Vauban retourna ensuite eh Flandre. Ce fht au milieu de ces occupations, et à là sollicitation de Louvois, quHl rédigea, en 166g, pour Finstruction de ce ministre, son premier ouvrage sur Fattaque des places (a).

La guerre qtii éclata en 1672 vînt Tarracher à ses travaux ; les historiens en ont attribué la principale cause aux blessures que les HoUan-

(a) Mémoire pour seiinr éPinstruction dans la conduite des àie'ffes. Ce méfiioire fat imprimé poar la première fois à Leyde , en 1740.

dais avaient faites à Famour-propre d^an jeune roi , fier de sa puissance et de ses victoires. Louis , ayant pour alliés F Angleterre , Févèque de Munster et Félecteur de Cologne , déclara la guerre aux Hollandais (7 avril 1672),* et les ayant pris au dépourvu , envahit presque tout leur territoire avec une grande rapidité ; il commandait son armée en personne , et avait sous ses ordres Turenne , Condé , Luxembourg et Yauban ; le chevalier de Clerville , vieux et infirme , ne fit point celte campagne.

Depuis cette époque, pendant trente-cinq ans que vécut encore Yauban, on ne compte que dix années de paix. La carrière de ce célèbre ingénieur offre cette particularité remarquable, que la paix ne fiit pas moins laborieuse pour lui que la guerre ; sa vie publique a été résumée en peu de mots par les historiens : il a coopéré à cinquante-trois sièges, dans la plupart desquels il a dirigé en chef les travaux ; il s^est trouvé à cent quarante actions de vigueur et a été blessé huit fois ; il a fait construire trente-trois places neuves (a) , et il a réparé , amélioré ou perfectionné

(a) On trouTe dans VHitioire du Corps du génie ^ par Allent, note (10), la nomenclature des sièges faits par Vauban, et des places neuves qull a fait construire , ainsi que la liste de ses ouyrages imprimés et inédits. L'ouvrage de M. Allent, qui jouit d'une réputation méritée , m'a été fort utile.

par de nouveaux ouvrages trois cents places anciennes. On peut ajouter quVdmis dans le conseil du roi et consulté souvent par le monarque et par ses ministres , il eut beaucoup d^influence sur les décisions qui furent prises dans plusieurs circonstances importantes , et qu''il se montra véritablement homme d^état.

Je n^entreprendrai point de raconter tous les faits militaires de la carrière de Vauban , ni de parler de toci$ les travaux quMl a fait exécuter ; je ne parlerai que de ce qui présentera des circonstances propres à faire ressortir son caractère et son genre de mérite, à faire connaître Vhomme enfin ; car c^est là principalement ce que je me prppose. Je suivrai Tordre des tems.

Le siège de Maastricht (1673), place trèsforte, fut particulièrement remarquable dans les fastes de Tart militaire par les perfectionnemens que Vauban y apporta aux attaques. Les ofH^ ciers-généraux de jour ne furent plus chargés de la conduite de la tranchée; on réduisit leurs fonctions au commandement des troupes , à protéger les travailleurs et à repousser les sorties. Vauban fut chargé seul de la direction des travaux, et ne reçut d^ordres que du roi. Jusqu^alors , on n^avait suivi , pour attaquer les places, aucune ïnarche régulière; à Candie, les

Turcs ayaient couvert le terrain dô tranchées | mais conduites et exécutées sans art.

Vauban donna aux travaux une direction nouvelle cjui a toujours été imitée depuis; il imagina les parallèles , élargit les tranchées , substitua aux attaques de vive force des moyens d^art moins meurtriers, et qui conduisaient pourtant plus sûrement et plus promptement au résultat. Maëstricht capitula après avoir soutenu treize jours seulement de tranchée Ouverte, Louis XIV s'exprime ainsi qu'il suit en parlant de ce siège (a) : « On allait vers la place quasi eh » bataille, avec de grandes lignes parallèles, qui M étaient larges et spacieuses ; de sorte que , pat » le moyen des banquettes qu'il y avait, on pou«- )) vait marcher aux ennemis sur un grand front. • » Le gouverneur et les officiers qui étaient de*- » dans n'avaient rien vu de semblable, quoique » Fargeaux se fiât trouvé en cinq ou six places )> assiégées, mais où l'on avait été par des boyauJc » si étroits , qu'il n'était pas possible de tenir )) dedans à la moindre sortie, w Les succès éclatans qu'avait obtenus Lotds excitèrent la jalon*sie des puissances voisines ; l'empereur d'Aile-

(a) Mémaires originaux de Louis XfV, écrits de sa main, et recueillis par le maréchal de Noailles > 3 TOl. in-folio ; Manuscrits dé la âibliothèque roysSe.

tnagne et le roi d^Espagne se réunirent aux Hollandais (1678), et bientôt après ses alliés Fabandonnèrent (1674) ; il se trouva réduit à ses propres forces , et contraint sur plusieurs points de garder la défensive. Néanmoins, malgré Pinfériorité de ses forces , ses armées , com-r mandées par des hommes tels que Turentie et Condé, que secondait Vauban, conservèrent leur supériorité; jamais la valeur française ne brilla d^un plus vif éclat.

" Vauban, à cette époque, se jeta dans Oudenarde, que le prince d^Orange investit et assiégea 5 mais Condé lui en fit bientôt lever le siégé (ai septembre 1674)- De toutes les places dans lesquelles Vauban s'est jeté , Oudenarde est la seule qui ait été attaquée. Vauban fut alors nommé brigadier , et deux ans après maréchal-de»camp.

Immédiatement après la levée du siège d'Oudenàrde , Condé , pensant que les ennemis projetaient d'assiéger Bergues , y envoya Vauban , qui courut un grand danger en s'y rendant. Un parti l'attaqua dans La Bassée ^ tua ou prit une partie de son escorte, blessa un neveu de soti nom qui lui tenait lieu de fils , cassa le bras à uû palefrenier qui lui menait un cheval de main, et fit pr£so&nier son secrétaire.

Aux sièges de Condé, de Bouchaln, et d^Aire (1676), où il reçut une blessure, mais surtout à celui de Valenciennes (1677), il perfectionna sa nouvelle méthode d^attaquer les places. On avait été jusqu^alors dans Tusage de choisir la nuit pour donner les assauts et pour faire des attaques de vive force ; au siège de Valenciennes, Vauban proposa d^exécuter en plein jour Pattaque pro« jetée d^un ouvrage à couronne ; les maréchaux de Luxembourg, de Schomberg, de Lorge, d^Humières et de la Feuillade , Louvois , Monsieur, le roi même, furent d^un avis contraire; mais Vauban ayant ramené le roi à son opinion, Fattaque en plein jour fut résolue (17 mars 1677). Elle réussit au delà de ses espérances; non-seulement Touvrage fut enlevé, mais en poursuivant les défenseurs , on pénétra dans son réduit, puis dans la place, dont on s^empara. Depuis cette époque , les assauts se donnent ordinairement/!^ jouTj et il en résulte effectivement des avantages quUl serait hors de mon sujet de développer ici.

Valenciennes pris , on attaqua aussitôt Cambrai , dont le corps de place ne tint que neuf jours ; la citadelle opposa plus de résistance , et le talent de Vauban pour Tattaque des places s^y manifesta avec encore plus d^éçlat. A Valen-

ciennes , on avait pris pour témérité ce qui n^é^ tait que prudence et connaissance du cœur humain ; on se trouvait donc porté à entreprendre de nouvelles actions de vigueur. Dans cette disposition des esprits , on propose de donner Tassant à une demi-lune; Vauban combat cette opinion ; il ne trouvait pas les travaux assez avancés pour que Ton pût tenter cette entreprise avec des chances suffisantes de succès. Néanmoins Louis fit donner Tassant , et la demilune fut enlevée ; mais on ne pouvait y communiquer qu^à découvert : le feu de la place avait encore beaucoup de vivacité ; on fit de grandes pertes, et Ton ne put s'y maintenir. Vauban Tattaqua alors par les procédés de Fart , ne perdit que trois hommes pour s'en emparer, et s'y maintint, a Une autre fois je vous laisserai faire » , dit le monarque. Jusqu'alors on avait employé habituellement la mine pour faire brèche, et le canon par exception seulement ; Vauban , au contraire , employa habituellement le canon à cet usage , et n'y employa plus la mine que par exception. Il commença au siège de la citadelle de Cambrai à donner cet exemple.

Cependant Louis , courroucé de la résistance des assiégés, propose de donner l'assaut et de ne point faire de quartier à la garnison ; Vauban

3o MÉLANGES.

seul ose combattre cette proposition, comme contraire aux lois de la guerre : «c J^aimerais )> mieux, Sire, ajouta-t-il , avoir conservé cent » soldats à votre majesté que d^en avoir ôté trob )) mille aux ennemis. » Louis, naturellement généreux, revint à son caractère, et reçut la citadelle à capituler.

L^année suivante , au siège d^ Ypres , où Ton prêtait point pressé par le tems , on voulait don-^ ner Tassant avant que d^avoir couronné le chemin couvert : <( Vous y gagnerez un jour , dit » Vauban , et peut-être j perdrez mille hom- » mes. )> Son avis fut suivi; le lendemain on couronne le chemin couvert et la place se rend.

Les nouvelles méthodes de Vauban accéléraient la reddition des places, tout en ménageant le sang des soldats ; aussi possédait-il au plus haut degré leur confiance et leur attachement. Je ne puis mieux faire connaître à quel point ses talens étaient appréciés qu^en rapportant ce que Louvois écrivait au maréchal d^Humières, qui Pavait demandé et obtenu pour diriger le siège de Saint-Guislain , afin qu^il ne souffrit pas que Vauban s^exposàt et conduisît la tranchée. « Sa h Majesté , lui dit-il , vous recommande fort sa n conservation.'... 4. Vous savez quel déplaisir le p roi aurait s^il lui arrivait accident. »

HÉIJlNQBS. 3i

La lotte que soutenait la France depuis sept années se termina par les glorieux traités de paix de Nimègue (1678-1679) {a)j qui lui firent acquérir la Franche-Comté , et fdusieuri places et pays importans , en Flandre , en Jjor^ raine , et sur le Rhin.

Pendant cette guerre^ Vafuban éprooya un chagrin cuisant ; il perdit ce neveu de son nom , qui lui tenait lieu de fils ^ jeune ingénieur , âgé seulement de vingt-deux ans, auquel il avait servi de père et de mentor , et qui se montrait digne de marcher sur ses traces ; la guerre Vr-^ Tait épargné ; il se noya dans TEscaut , où il était allé se baigner. Yauban reporta ses affec-* tîons sur son cousin Dupuy-Vauban (b) , qui

(a) Le ptenier traité ftit conclu aree ta HoUanâe, le 10 aoât 1678| le second avec TEspagne , le 17 septembre de la même année ; le troisième avec Fempereur et l'Empire , le 5 février 1679 ; le quatrième avec rélecleur é» Brandebourg et qnelques autres princes, le 29 juin suivant.

(() Antoine Leprestre , comte de Vauban, neveu, à la mode de Bretagne (c'est-à-dire cousin issu de germain), du marécbal de Vauban , ditMoréri dans son Dictjoiniaire j connu sous le nom de ihtpuy^Vauban, naquit en 1S54. U eomnandait le génie dé ht place de Lille en 1708, pendant la mémorable défense qui immortalisa Boufflers ; et , en 1710 , il soutint dans Béthune , dont il étaK fon^raevr, qiiératte-'deux jours de trancliée ouverte ; ce fut soa principal titre de gloire. l\ fut fait lieutenant-général en 1704, et nounit en 1731 , à BéHiune. Son père , deux de ses frères , deux onclM et eme emioîts geroMîsid ou isaua de garmaii» mouraient aii

suivait aussi la carrière des armes dans le corps du génie.

Le chevalier de Clerville avait terminé son utile carrière deux mois avant les traités de paix de Nimègue ; il passait , sous Mazarin , pour le premier ingénieur de FEurope , et il aurait ob-* tenu plus de célébrité s^il n^eût eu pour précurseurs de Ville et Pagan , etVauban pour successeur. La charge de commissaire-général des fortifications , vacante par sa mort , fut donnée à Yauban , qui la refusa d^abord à cause des rela* tions nombreuses qu^elle contraignait dWoir avec Louvois et Colbert, motif qui Teût fait r&* chercher de tant d^autres : mais Louis lui imposa^ comme devoir, ces fonctions, qu^il confiait à son mérite; et Yauban, par sa franchise, sa loyauté, et Fautorité de son caractère, parvint à conquérir Festime des deux ministres rivaux.

Dès lors , aucun des travaux importans de Tarme du génie ne s^exécuta plus que diaprés ses plans , ses tracés sur les lieux mêmes , et que sous sa haute direction ; et jamais ils n^avaient été plus importans qu^ils le furent alors. Les places fortes jouaient un grand rôle, puisque les armées ne s^avançaient qu^après s^en être

champ d'honneur sous le règne de Louis XIV; il ne restt de eette llmiUe que la postérité de Bupuy-Vauban , qui subsiste eneore.

empdré; Louis, dont Colbert avait mis le$ finances dans un état prospère, faisait donc construire de nourelles places sur ses frontières, et réparer les anciennes, ou augmenter leur force par Faddition de nouveaux ou-* vrages.

Les ingénieurs n^étaient point alors chargés des fortifications seulement, ils Tétaient aussi des ports , des canaux , et de divers autres tra-* vaux encore. Ainsi , par exemple , Vauban fit construire Taqueduc de Maintenon , et exécuter de nombreux travaux dans les ports; les plus considérables furent ceux du port de Toulon, qui avaient été commencés par le chevalier de Clerville , et ceux du port de Dunkerque , qui n^avait été jusqu^alors abordable qu^aux bateaux pêcheurs, et quMl mit en état de recevoir Ae^ vaisseaux de quarante canons. On y vit réunis : Fescadre de Jean Bart , si redoutable aux An*^ glais; des nuées de corsaires, fléau de leur com-« merce , et ces galiotes à bombes , inventées par Renau , avec lesquelles Duquesne châtia Algen On emploie encore aujourd'hui les procédés de détail dont Vauban fiit Tinventeur dans les constructions importantes, et il introduisit dans Pexécution des travaux, et dans la dépense. quHis exigeaient , un tql or^re et pne tdile économje,

que de|mis on n^a pu rien faire de mieu:i que derimiter.

Ix)uis ne se contenta pas de réoompenser les services de Vauban par un rapide avancement et par les honneurs dont il le ccnnbla, il y ajouta de nombreuses gratifications, mais qui ne Feori-* dbirent point; car il était bienfaisant^ et^ se rap^ pelant ses débuts dans la carrière des armes , il saisissait avec empressement Toccasion de seooa-rir les jeunes officiers que le déÊiut de fortune tenait dans la gêne. Néanmoins , avec ses écono* mies , ou avec la fortune de sa femme , il put af- ^nchir le petit fief de Vauban , et acheter dans la commune de Bazoches , où il est situé y une propriété sur laquelle il fit bâtir un ch&teau^ ûnple^ mais commode^ qui prit le nom de Bazoches.

: Il semble que les occupations du service ancraient dû absorber tout son tems ; cependant il s^occupait d^économie pohtique , particulière-^ ment de projets pour établir de nouvdles com-i munications par un système de canaux y et des moyens de changer le mode de perception des impôts jpour soulager la misère du peuple. {1 était dévoré du besoin d^étre utile ; c^était che& lui une passion qui ne se refiroidit jamais^ et qui le possédait à un tdL point que, pendant ses wm,^.

jjbrcfiix voyagea^ il pitenait des renseignemeiis sujr tous les pays qu**!! tf&yèrsait ^ c^Nàsidffl^s dani leurs habitans , letir sol , leur industrie et leurs rapports ctVee le gourememeuti II se orojait dé^ btteur de quiconque avait rendu service au pu*^ blio ; on cite tel intendant qu^il ne donnaissait piMnt ^ et auquel il avait écrit pdur le Itluér à^Si** voir créé un établissement utile, quHl avait visité en traversant sa province^ Cétait Surtout dans ëâ solitude de Bazoches qu^il méditait et qu^il édri^ vait sur ces matières ; mais on conçoit qti^il pcm*^ vait bien tftrement Vhdbiter i Thomme publie disparaissait alors pour lie laissèâ^ apëf ceVdir qilë rhomme privé) bon épdUit, bôUpèré, Csbàritablé aux malheureux.

PendaM ulie appariticfn que Yaubssi fit à Bazoches, lorsqU^il était déjà à la tête de Tarme du génie ^ il voulut revoir 6aint**Lë^r-de*Foudh[6* ret^ et s^ rendit avec quelques personnes. Il leur montra la chaumière où il était né^ s^entre^^ tint Aimilièrement aVeo phiMettrs compagnons de sCm «kfisOice^ rappela à une vieille femme qU^elIë avait souvent partagé son époigne (a) ûtêt fed lorisquUl était enfant ^ et lui donna uiie bom'se pleine d^or : le souvenir de cette visite de Vauban

(d) Petite galMU ^ tf uae litre tuntm ^ fss tes fenmefii fklialettt pour leurs enfans.

s'est conservé par tradition, josqu^à ce jour, chez les habitans du ylllage de Saint-Léger.

Sa haute fortune ne Tavait pas enorgueilli; son ame ne connaissait pas Fenvie, et Tamour de son pays fut sa passion dominante. On rapporte que , pendant la guerre qui venait de se terminer , Cohorn (a) , le plus célèbre ingénieur de ce tems après Vauban , mécontent du prince d^Orange, vint demander du service en France, et que Vauban, ayant été consulté, conseilla de Taccueillir ; mais que le prince d^Orange , instruit que son meilleur ingénieur allait le quitter , fit arrêter sa femme et ses enfans , et , joignant des bienfaits à cette violence, le retint à son service.

Cependant Louis XIV employait activement la paix à se préparer à la guerre, et ayant acquis sur les autres puissances de TEurope une supériorité telle qu^elles ne pouvaient lui résister qu^en se coalisant , il gardait à leur égard peu de ménagemens , et manifestait par sa conduite que ses projets ambitieux n^avaient point atteint leur terme.

U décida impérieusement les points que les

(a) Minot, Hongrois d'origine , plus connu sous le nom de baron de Cohorn, s'était exilé, jeune encore, d'une patrie où son père, ayant pris part aux discordes ciTiles, avait porté sa tète sur ïéchafaud.

traités de Nimègu'e avaient laissés indécis ou remis à l'arbitrage de diverses puissances ; ce fut ainsi qu'il réunit à la France les fiefs et terres démembrés des trois évéchés et de T Alsace, et qu'il s^eippara de Hombourg et de Brinche. La possession de Pignerol et de Casai, dont il fit réparer et augmenter les fortifications , lui permettait de faire pénétrer ses. armées en Italie; celle de Fribourg, sur la rive droite du Rhin , lui facilitait l'entrée en Allemagne. Strasbourg, ville libre, avait livré plusieurs fois le passage du Rhin aux impériaux ; il résolut de s'en emparer, se pr^ara secrètement à en faire le siège, et l'investît inopinément; les magistrats , surpris^ ouvrirent leurs portes aux Français (3o septembre i68i), et Louis fit ajouter aux fortifications de cette ville une citadelle et le fort de Kèhl, sur la rive droite du Rhin , afin de s'assurer un pas-^ sage pour pénétrer en Allemagne; Vauban fut chargé de diriger ces travaux. Ces entreprises alarmèrent les puissances voisines de la France ; la Hollande, l'empereur, l'Esjpagne, là Suède, et les cercles les plus exposés de l'empire^ firent pour s'y opposer une ligue qui fut signée le jour même de la prise de Strasbourg; ils n^osèrent d*aiUeurs agir, et se contentèrent de miiraiuréE et da se plaindre; \ .:

38 MËLAN6BS.

Peu de tems après roccupation de Strasbourgi et suF le refus de TËspagne de lui donn^ des équivalens pour le duché d^Alost , Louis fît iw^ vestir Luxembourg (1682), mais ne donna point de suite à cette démonstratioq ; Fannép suivante, et par le même motif, il pénétra eq Belgique , et investit de nouveau Luxembourg. ]Li^£spagne, par suite de ces hostilités, lui déclara la guerre ( fi6 octobre i683) , et dès lors le nu>* pp^que français ne garda plus aucun ménage» ment.

Le pélèbre Colbert mourut cette fmnée (6 sep« temb^e i683), âgé de soixante-quatre ans seu^ Jement; lui et Vauban furent les principaux instrumens des conquêtes de Louis XTV : le premier en lui procurant de Fargent par Tordre qu^il mit dans les finances, le second en prenant les places avec une promptitude inconnue jusqu^alors.

Cependant TEspagne supportait seule tout le poids de cette guerre. L^empereur, accablé alors par les Turcs, qui assiégeaient sa capitale (octo* bre 1 683) , ne pouvait la secourir ; ses autres alliés , meurtris encore ^es coups que leur avai( portés Louis dans la dernière guerre , n^osèrent sY décider. Les maréchaux d'^Humières et de Gréqui commandaient Farmée française; Vauban

MËLAN6BS. « 3^

dirii^eait ks traraox des sièges. On s^empara rapidement de Courtray et de Dixmude dans lo mois de novembre ; et Tannée suivante, aussitôt que le retour de la belle saison le permit , on commença le siège de Luxembourg. Créqui Commandait devant cette place, qui avait été routée jusqu^alors imprenable , et dont le seul front acces^ble était taillé dans le rocher ; Louis, qui s^était rendu a Tarmée, en couvrait le siégey ajaot sous ses ordres le maréebal de SchomlM»*g« Vaqban s^y surpassa ; il inventa les cavaliers de tranchée et porta sa nouvelle méthode d^at--* taquer les places à un point de perfection qui n^a pas été dépassé depuis , en ce qui concerne les travaux du génie proprement dits. Dans le cou^ rant de ce siège, il courut un grand danger : une nuit que, soutenu par des grenadiers couchés ventre à terre, il sWançait silencieusement pour reconnaître la place , il fut découvert par les assiégés , et allait essuyer une décharge , lorsqu^il fît signe de la main de ne pas tirer , et continua de s^avancer comme s^il eût été un des leurs ; il atteint ainsi les palissades du chemin couvât ^ quHI exandine , puis il se retire lentement* Sa présence d^esprit le sauva et lui procura le moyen de reconnaître la place mieux qu'il ne pouvait Fespérer. 0^ employa pour la premiito^

4o . MÉLANGES.

fois, à ce siège, une compagnie de mineurs créée sur la proposition de Vauban et par ses soins. Luxembourg capitula après avoir soutenu vingt-quatre jours seulement de tranchée ouverte. L^Espagne , trop faible pour se mesurer seule avec la France, signa à Ratisbonne (i o août 1684) une trêve de vingt ans, à laquelle accédèrent ses alliés. Louis conservait , pendant la du«« rée de cette trêve , Luxembourg , Strasbourg , et les divers pays quHl avait réunis à ses états depuis les traités de Nimègue : cette époque fut celle de sa plus grande prospérité. La paix ne pouvait d^àilleurs être de longue durée ; ce monarque avait trop humilié plusieurs de ses voisins par ses conquêtes , et les avait tous traités avec trop de fierté , pour qu^ils ne prissent pas les armes contre lui aussitôt qu^ils croiraient pou^ voir le faire avec quelques chances de succès.

La guerre terminée, Vauban reprit avec une activité nouvelle les travaux auxquels il s^était livré jusqu^alors pendant la paix ; le plus impor-^ tant de ces travaux fut la construction de la place de Landau , où il apporta au système bastionné , quMl avait toujours employé jusqu^a- Wrs , d^importantes et utiles modifications.

Peu de tems après la trêve de Ratisbonne, Louis , mal conseillé , révoqua Tédit de Nantes ,

MÉLANGES. 4i

(2â octobre i685) , mesure funeste qui donna naissance à une émigration et à une guerre civile, excita la haine des nations protestantes contre la France, et fut nuisible à son commerce. Des corps entiers d^émigrés se formèrent chez les étrangers , et parmi eux se trouvèrent quelques ingénieurs , élèves de Vauban (a) , qui firent connaître et les places fortes de la France et les méthodes de ce grand ingénieur pour atta« quer les places , car jusqu^alors elles nVvaient encore été pratiquées qu^en France. Aussi les Français , depm's qu'ails suivaient ces nouvelles méthodes , prenaient-ils les places en beaucoup moins de tems que leurs adversaires ; et ce ne fut, malgré Témigration d^ingénieurs français , que pendant la guerre de la succession que les méthodes de Vauban leur devinrent familières. Non seulement Vauban était opposé à la révocation de Fédtt de Nantes , mais plus tard il osa proposer à Louis de U remettre en* vigueur.

Cependant Guillaume prince d^Orange , stathouder de Hollande, Tempereur , le roi d^£s*pagne , le roi de Suède , le duc de Savoie , Félecteur de Bavière, les ducs de Brunswick et

(a) Le vieux Scbomberg prit du service en Hollande; Goulon , run des élèves les plus distingués de Vauban, se réfugia ehez remperear, fui le fit officier-général et chef de ses ingénieurs.

de Hanovre , et tous les petits princes An Rhin , par les raisons précédemment développées, s^oo* cupèrent à Angsbourg de former contre Loois une confédération qui prit le nom de ligoo d^Augsbourg ; ce projet , dont Guillaume était Tame , reçut son exécution à Venise (1687) y ^ se réunirent , sous prétexte des plaisirs du car-v* naval , 1^ confédérés ou leurs envoyés. Ils se préparèrent dès lors à la guerre, mais lent&^ ment , excepté la Hollande , qui pressait ses aiw memens.

Louis XIV se décide à les prévenir, et la guerre éclate de nouveau ; il conservait la supé« riorité que lui donnaient des armées aguerries et long-4ems victorieuses, composées de troupes qui suivaient des méthodes de guerre supérieures à celles des troupes ennemies, et un corps incomparable d^ingénieurs formé dans les sièges mêmes , sous les yeux et par les soins de Timmortel Vauban ; mais ses finances étaient délabrées et sa population militaire fort diminuée. Il envoie donc en Allemagne une armée commandée par le Dauphin , qui avait sous ses ordres le maréchal de Duras, Catinat et Vauban, récemment nommé lieutenant-général (24 août di688) ; cette armée investit Phih'sbourg, place environnée de marais qui la rendaient très^forte^

•t en oommença le siège dana les pi^miers joare ^Wtobre. Vauban^ indépendamment des difflt eultéa du terrain ^ Ait contrarié par un tems pluvieux et par Fardeur dea officiers et des troupe^ 9 qui pensaient que des actions de vi^ gueur abrégeraient le siège) mais lui^ ocuw raincu qu^il ferait verser des flots de sang pour n^obtenir que des succès douteux , affligé ^ mais inébranlable, continua à procéder méthodique* ment , consacrant ainsi par ses exemples cette maj^ime belle et vraie , qu^il inséra depuis dans son Traité de VJliiaque des places (a) s que ia précipitation dans les sièges ne haie point la prise des places, la recule sommiU, et en^an^ gkmte t&igours la scène*

Les meilleurs ingénieurs ayant ^é tués ou blessés 9 Vauban, contraint de les suppléer ^ même pour l-exécution de travaux de détail 9 s^exposait beaucoup. <f Dieu nous le conserve ^ p écrivait à Louvois uu des généraux; car il n ny a que lui capable d^approçher une place n comme cellcKci. xi Ce fut a oe siège qu^il iu^ ¥epta une nouvelle manière d^employer FartiU lerie j ce qui acheva de donner à 1 -attaque sur la défense im ascendant qu^elle a toigours çon^v

(a) Traité â4 V Moque des places ^ par U mar^cbal de yauban ; iiMYeUe édition, par M. Âagoyat, page 263. Paris, 1829.

serré depuis ; elle consistait à tirer avec des charges plus faibles et sous un angle plus grand, d^où il résultait que le boulet , animé de moins de vitesse , faisait plusieurs bonds après avoir touché la terre une première fois , et que , décrivant une courbe plus élevée au dessus du sol , il franchissait facilement les parapets : ce genre de tir fut appelé tir à ricochet. On plaçait les batteries qui Texécutaient sur le prolongement des faces ; les boulets , par leurs bonds successifs , y causaient alors de grands ravages , en tuant les défenseurs et en brisant le matériel d^artillerie. L^emploi de ce nouveau procédé, malgré les heureux résultats qu^il produisit , ne fut d^ailleurs qu^un essai ; mais Yauban , ainsi que nous le verrons, lui fit bientôt atteindre toute la perfection dont il était susceptible.

Philisbourg capitula après avoir soutenu vingt-deux jours de tranchée ouverte ( 29 octobre 1788). L'armée qui en avait fait le siège, sur vingt-cinq mille hommes dont elle était composée , n^eut que six cents hommes tués et douze cents blessés ; mais sur quarante ingénieurs qui assistaient à ce siège , dix y périrent et quatorze furent blessés. Louis, dans une lettre écrite de sa main , témoigna ainsi sa satisfaction à Vauban ; « Vous savez il y a long-

D tems, dit*il, ce que je pense de vous et la » confiance que j^aî en votre savoir et en votre D affection ; croyez qiie je n^oublie pas les ser- » vices que vQtus me rendez, et ce que vous avez » fait à Philisbourg m^est fort agréable. Si vous )) êtes aussi content de mon fils qu^il Test de » vous , je vous crois fort bien ensemble ; car il )> me paraît quHl vous connaît et vous estime )> autant que moi. Je ne saurais finir sans vous )> recommander absolument de vous conserver )) pour le bien de mon service. »

Philisbourg pris , on assiégea les places de Manheim et de Franckental ; au siège de la première , on employa de nouveau , et avec succès, des batteries à ricochet; la seconde résista à peine.

Louis ^ pour reconnaître les services de Vauban d^une manière pli^ éclatante encore que par des éloges , lui donna quatre pièces de canon à choisir dans les arsenaux des places dont on veinait de s^emparer. Vauban renouvela alors la demande quMl avait déjà f^ite pour qiie Fou/ formât des compagnies de sapeurs principaltH ment destinées aux trayauxdes sièges ; il adressa, même à Louvois un projet de formation , majs qui ne fut mis que plus tard à exécution.

Pendant U cours ^e cett^ guerre , Y^ubaç iji-»

rigea encore quatre siigeB| ceux de MoM, de Namac^ de Charleroi et d^Âth. Celui de Môns se fit soos les yeux du toi (9 avril iOgi ) avec succès, et u^offirit d^ailleurs aucune circonstance extraordinaire.

Le siège de Namur , que Ton entreprit Fannée iuirante (juin 169a), fîit uïi des plus remar^ quables du règne de Louid XtV ; ce âioùaf que y assista, arec une partie de sa cour, ayant Bonfflers sous ses ordres s Cohom , le Vaubati des Hollandais , dirigeait la défense^ On fit d^abord le siège de la ville , qui ne présenta que des difficultés ordinaires ) il n^en fut pas ainsi de la citadelle. Bâtie sur des i^ochers que baigne la rive droite de la Sambre , elle ne pouvait être attaquée que par les hauteurs situées entre cette rivière et la Meuse , et , de ce côté , en y comprenant le fort Guillaume nouvellement cons« trait par Cohom , il fallait forcer six encelntei^ pour s'en rendre maître ; le terrain sur lequel Oû était contraint de conduire les attaques était ou du rocher , recouvert de peu de terre , ou des prairies, marécageuses eu quelques endroits. Tous ces obstacles furent sturmontés avec une promptitude qui dépassa les espérances ; la valeur brillante des troupes , qu'anima plusieurs foii }a présence du roi et de son fils , seconda

adîwiraMeiaeat tes satantes ââiposUions de' Vaubaii. Une cicœpstaoïQe renuirquable domia encore plus:d^éclât à ce siège mémorable ^ et aceéléra la reddition de la forteresse. Le fiart Guillaume, c^mé tout-*à*^oup pendant qad CohortA S' y trouvait , par une double sape qad Vauban eonduiât la nuit entre ce £ut et la citadelle , succomba bientôt } Cohc»m y fut £ut prisonnier avec son régimait) Vauban lui offi-e son logement et sa table ^ mais Cohom, sans répondre , détourne ks yeux et s^éloigne. .

Vauban, comme dans plusieurs des sièges préeédens, eut à lutter contre Topinioù des généraux et des troupes^ qui pensaient que des. actions de vigueur abrégeraient h. durée dû siège , et inéme contre les murmures des cour^ tisans, que oe genre de vie fatigimit} maîs^ soutenu par le roi , il fut inébranlable , et ne conseilla d^actions de vigueur que quand il lea jug^ utiles. Louis Tadmit à sa taUe pendant le siège, distinction qu^il n^aooordait ordihaàre^ ment qu^à la haute naissance. Tel fiit le^ siège deNamorj Une coûta que sept jours de tran-» ehée devant la ville, vingt-<leux jours devant la citadelle, et ks pertes des assiégeons futent beaucoup moindre que celles de§ assiégés.

Ce &it à[ la suite d^ cette campagne (juci

Louis XIV institua Tordre de Saint-Louis , <r le 1» premier, dit Fhistoriograpbe de cet ordre , i> qui ait été uniquement créé pour être la ré- » compense et la marque de la valeur, des » services et des talens militaires » , et c^est à Vauban que Ton attribue la première idée de cette institution; il fiit Fun des sept grand^-croix nommés à la création de Tordre.

A Charleroi (octobre i6g3 ) , Vauban déploya le même talent que dans les sièges précédens ; ce fut la première fois qu'ail attaqua une plaee qui était son ouvrage. ^

L^année suivante , il fut envoyé pour commander en Bretagne , afin de mettre en état de défense les ports et les côtes que menaçaient les Anglais; ils osèrent débarquer dans la baie de Camaret (i8 juin i6g4); Vauban les attaque aussitôt , et tue ou prend tout ce qui était débarqué.

Je ne saurais me dispenser de dire quelques mots du siège de Namur , que fit, en juillet et août 1 695 ,. le prince d^Orange ayant G)horn pour diriger les travaux , et une artillerie beaucoup plus nombreuse que celle dont s^étaient servis les Français au siège de 1692. Au premier siège, la ville avait tenu sept jours de tranchée, la ^itadçlle vingt-deux, les assiégés avaient

pei^u près du double des assiégeaos ; au second ^ la ville tint vingt-trois jours , la citadelle trente^ trois, et les assiégeans au contraire perdirent plus du double des assiégés. Yauban, avec moins de moyens , et tout en ménageant le sang des hommes , s^empara de la place plus promp*-* teriient que Cohom , qui avait consommé beau^ coup plus de munitions , multiplié les assauts y et fait verser beaucoup plus de sang. Cette comparaison, sans détruire le mérite de Cohorn , fait ressortir toute la supériorité de Vauban. Le dernier siège que dirigea Vauban, pendant cette guerre, fat celui d^Ath (mai 1697) , place qu^jl avait fait construire dans sa jeunesse; il y servit sous les ordres de Catinat, dont il fut Fami. A ce siège, Vauban porta le tir à ricochet à un degré de perfection qui n^a pas été dépassé depuis. Aucun siège n^avait encore coûté aussi peu , et dans aucun la force n^avait eu moins de part , ni Tart davantage ; cinquante soldats seulement furent tués et cent cinquante blessés , quoique la place eût soutenu quatorze jours de tranchée ; un seul ingénieur périt ; sept autres , au nombre desquels se trouvait Vauban , reçu-* rent des blessures. Le nouvel art d^attaquer les places fut dès lors fixé , et n'a éprouvé depuis aucun changement important. Les ingénieurs

5o IlfâUL]!I6B&

citent le aiége d^ Atb camme uo lAoàià» à ^titdî w et à iiqiter.

La l^tud^ ^e$ piiissaoces belligàciiirtes y qui toutes , et surtout la France y aysâmt, grand h^ soip de repos , fat 1a principale oau^ de$ traités de paix de Ri&wick (a), qui rendirent la paix à l^urope. how conserya Strad>ourg, maia il perdit ce qu^il possédait sur la rive droite du mûn , et plusieurs autres places de la Flandre , entre autres Luxembourg,

Vauban , après la paix de BJswick^ parcourut les frontières de la France ^ et indépendamment deç travaux qu^il fdsait exécuter , rédigea de nombreux projets j non seulement sur des ob-* jets relatifs à son art, mais encore sur d^autres niatières, lorsqu^il croyait que leur exécution pouvait être utile au commerce^ à Fagriculture^ au soulagemei)!; du peuple ou au développa-ment des richesses de Tétat.

. En 1699 , r Académie des sdences le nomma Tun de ses membres honoraires, distinction bien due à un homme qui avait fait de si utiles applications des mathématiques à son art* • On commençait à peine à ressentir les bien-^

(a) Le traité avec la Hollande fut signé le SO septembre 1697; eelui avec TEspagne le même jour; celui avec rAngleterre, le M septembre; enfin ^ celui tvec re^ipereiir, le W octobre.

Ëiits de 1a paix ^ Iwsque la iQort de Charles II (f ' novembre 4700) alluma la guerre de la smh cession, qui fut longue^ sanglante al désas^ treuse pour la France. Ce fvkt au eommenciexaen% d^ cette gM^rre quç Ton acheta d^abash donner les piques ^t de leur substituer te fusil à bfi'](0nnette , et ce fut Vauban qfui décida Louis Xiy à preiMÏre Cette résolution. Yaubioet lie fut d!ailleur« pas employé à Tarmée peodant les premières années dd la guerre^ parce que les Français soutinrent plus de siégea qu^ils nW firent^

Cepeiidant le roi avait feit connaître à Vau^^ ban son inti^lioa de relever à la dignité de ma-« réebal de France, et Vauban Favalt supplié de a^en rien faire , parce qu^il deviendrait alor» y disait*îl, plus difficile de remployer^ et que ce aérait mettre des obstacles à son zèle ; le monaiv que ne fut pdnt arrêté par un si rare désinté^ passement y ^t Vauban fut élevé à cette dignité le 2 janvier 1703. Cette même ^mnée il fut efaargé, sous le» ordres du duc de Bourgogne , petit-*fils d^ Louis XIV ^ de diriger les travauis du siège de Vienz-ftrisach ^ place qu'ail avait for^ tifiée luiHEnéme; ce fut son dernier siège ^ et malgré son grand âge , on reconnut le Vauban de JLu^Lembourg et de Namur^^ Uannée swvante^

il offrit à ce prince une copie de son traité , en^ core inédit , de Fattaque des places , ouvrage qui est devenu le guide des ingénieurs.

Le 2 janvier 1705 , le roi nomma Vauban chevalier de ses ordres y distinction qu^il n^accordait ordinairement qu^à la haute naissance ; ce grand ingénieur se trouva ainsi , après cinquante-quatre ans de glorieux services , avoir obtenu tous les grades , tous les honneurs et toutes les distinctions qui servaient à récompen-* ser le mérite.

Il ne restait alors au duc de Savoie dans le Piémont que Turin et Coni. Louis XIV se décida à faire assiéger Turin , place très-forte , surtout depuis que les fortifications en avaient été perfectionnées par Texécution des plans de Vauban ; elle avait une nombreuse garnison , et sa population était affectionnée au duc de Savoie. Le duc de Vendôme commandait en Italie , et sous ses ordres le duc de La Feuillade , lieutenantgénéral y commandait en Piémont. Il parait que la première pensée du roi fut de charger Vauban de ce siège; mais ce n^était plus ce roi jeune, actif, plein de résolution : afEubli par Tàge, cédant à Tinfluence des personnes qui Tentouraient , il se décida , à la sollicitation de foadame de Maintenon et de Chamillard , mi-i

lustre de la guerre et des finances , à charger de ce siège La Feuillade, gendre de ce ministre. Le roi désirait d^ailleqrs qu^il suivit le plan dVttaque de Y auban ; il demanda donc au maréchal ua projet dVtaque , que celui-ci lui remit au commaicement de Tété , et que Louis XIV envoya à Vendôme et à La Feuillade ; mais La Feuillade rqeta le projet de Vauban et en proposa un tout différent , ajoutant qu^il prendrait Turin à la Cohom ; Vendôme partageait son opinion.

On trouve, dans une lettre de Chamillard à La Feuillade, du â6 août 1705, le passage suivant : <( M. le maréchal de Vauban avait grande envie i> dé finir sa carrière par le siège de Turin , si le p roi avait voulu lui donner ce qui est porté ji dans son mémoire, et même quelque chose de » moins ; il me Ta dit à moi-même. Il était assez i> difficile d^accorder sa proposition avec le périt sonnage que vous avez à faire et que j^espère » que vous remplirez dignement. » Et dans la réponse de La Feuillade, du 1*' septembre 1705 :

« Ayez confiance en moi; vous vous en

h trouverez: mieux , et le roi aussi , que de tous » les ingénieurs du monde. Il y a des gens nés » pour commander , et qes sortes de messieurs- » IjÀ sont&its.sçulement p^^ur eiéouter les ordres D.qu'c^i IçHj doiwe;. v?i.Cç? passa,g^ mettent a\ji

S4 HËLAHGESL

jcfùr Tititri^a ourdie pour éloigner VaniNm^ et la présomption de La FeuiUade.

Toutefois Chamillard, craignant que son cendre n^échouàt dans une entreprise si diffidle , désirait , et le roi encore plus , qu^il adoptât 1^ plan de Vauban. Il pria donc le maréchal d^é^ crire directement à La Feuillade pour combattre ses projets ; Vauban , qui sacrifiait tout lorsqu^il ft^agîssait des intérêts de Tétat , fit ce que désirait le ministre. « Je tous envoie, mandait Chamilif lard à La Feuillade , une lettre du maréchal de i>' Vauban, auquel je communiquai vendredi n celle tfotè Vouis m^avez écrite du 3 de ce mois ^ » qui contient votre projet sur la manière dont » vousaveîs résolu d^atlaquer Turin. Vous verrez » qu^il n^est pas d^accord avec vous , et sa lettre 9 me parait appuyée de raisons si solides , que )> j^ose vous demander par gràœ d}y fiure de sé«n rieuses réflexions. LWaire est si importante )> pour le roi , que je suis convaincu comme lui )) qu'ail ne faut rien donner au hasard* )> Et i^ même tems , il écrivait à Vauban : < Je vous » rends mille grâces , monsieur , de la lettre que » vousmVvez envoyée pour M. de La Feuillade. )> Je fai lue au roi ; il m'a paru que voti^ projet » est entièrement dans son g^Ût. J'ai écrit à 1» M. de La FaiîHada de maniera qu'ilaura peiùe

MÊLAK6ES. SS

» à ne pas sentir la différence qa^il y a de suivre » les règles ou de hasarder des noùyeautés qui » peuvent être trop dangereuses ep pareille oc- )) casion. Je souhaite qu^il suive vos sages con- » seil^ et que vous ayez tout Thonneur des évé-» » nômois ^ qui ne fieraient pas moins glorieux » pour hit quHls seraient utiles pour la France. »

Non-seulement La Feuillade persista dans ses résolutions , mais il combattait le projet de Vauban dans presque toutes les lettres qu^il adres- ^ît à Chamillard et au roi ; on trouve la phrasi^ fiuiv0Ote dans cdle qu^il écrivit au roi le 3o tSep-» teidbn 1705 i <c Enfin , Sire^ je prends sur nul ï> tét^ la téus^te de Tèntreprise de Turin... »

iPour donner plus dé poids à àon opinion , il adressa à Chamillard un mémoire conforme à se$ projets, yédigé par le baron de Pallaviciqi, officier piépiontais réfugié , au service de France | Chamillard Fenvoya à Vauban en le priant de loi en dire suh sentiment ^ et Vauban le fit en** coré. Là lettre dans laquelle il combat les opinions de cet officier se termine par des réflexions où il se permet , dit-il , de parler^de lui pour la première fois de sa vie^ et où il le fait avec tant d^ simplicita I de noblesse et d^élévation de sçnti^ mens, que je nie reptoehermi de ne pas la oîiei* tiMttèllMMnt.

A Paris, le 16 JaiiTier 1706.

« Après avoir parlé des affaires du roi, par rapport à la lettre de M. Pallavicini et à ce qui est de la portée de mes connaissances, j'ose présumer qu'il me sera permis de parler de moi pour la première fois de ma vie. Je suis présentement dans la soixante* treizième année de mon âge, chargé de cinquante-deux années de service et surchargé de cinquante sièges considérables , et de près de quarante années de voyages et visites continuelles à Toccasion des places de la frontière , ce qui m'a attiré beaucoup de peines et de fatigues de l'esprit et du corps, car il n'y a eu été ni hiver pour moi. Or, il est impossible que la vie d'un homme qui a soutenu tout cela ne soit fort usée, et c'est ce que je ne sens que trop, notamment depuis que le mauvais rhume qui me tourmente depuis quarante ans s'est accru et devient de jour en jour plus fâcheux par sa continuité ; d'ailleurs , la vue me baisse et l'oreille me devient dure ; bien que j'aie la tête encore aussi bonne que jamais , je me sens tout bas et fort affaibli par rapport à ce que je me suis vu autrefois. C'est ce qui fait que je n'ose plus me proposer pour des affaires difficiles et de durée qui demandent la présence presque continuelle de ceux qui les conduisent. Je n'ai jamais commandé d'armée en chef, ni comme général , ni comme lieutenant , pas même comme maréchal-de-camp ; et hors quelques commandemens particuliers, comme ceux d'Ypres, Dunkerque et la Basse-Bretagne, dont je me suis, Dieu merci, bien tiré , les autres ne valent pas la peine d'être nommés. Tous mes services ont donc roulé sur le$ sièges et la for*

lification , de quoi , gr&ces au Seigneur , je suis sorti avec beaucoup d'honneur. Cela étant comme je le dis au pied de la lettre , il faudrait que je fusse insensé si , aussi voisin de Tâge décrépit que je le suis , j'allais encore voler le papillon et rechercher à commander des armées dans des entreprises difficiles et très-épineuses, moi qui n'en ai point d'expérience et qui me sens dé-faillir au point que je ne pourrais pas souffrir le cheval quatre heures de suite , ni Caire une lieue à pied sans me reposer. Il faut donc se contenter de ce que l'on a fait, et du moins ne pas entreprendre choses dans Texécution desquelles les forces et le savoir-faire, venant à me manquer, pourraient me jeter dans des fautes qui me déshonoreraient, ce qu'à Dieu ne plaise ; plutôt la mort cent foîsl... Quant à ce qui peut regarder mon ministère touchant la conduite des attaques, je pourrais encore satisfaire bien que mal aux fotigues d'un siège ou deux , si j'étais servi des choses nécessaires et que l'on eût des troupes comme du passé. Mais quand je pense qu'elles ne sont remplies que de jeunes gens sans expérience et de soldats de recrue , presque tous forcés et qui n'ont nulle discipline , je tremble et n'ose me trou- T^ à un siège considérable. D'ailleurs , la dignité dont il a phi au roi de m'honorer m'embarrasse à ne savon* qu'en faire, et en de telles rencontres, je crains le qu'en dira-t-on de mes confrères; de sorte que je ne sais point trop quel parti prendre, ni comment me déterminer. Je dois encore ajouter que je me suis défait de tout mon équipage de guerre il y a quatre ou cinq mois , après l'avoir gardé depuis le commencement de cette guerre jusqii0-là. Après v>ut cela j si c'est une néces^té absc^

hie qM je mar^be ^ Je le ferai y an préjudice d^ tout ce que Ton pourra dîrfe et de tout ce qui pourra en arrive^; ie roi me tenant lieu de toiites choses a|)^ Dieu, j*ex^ enterai toujours ce qu*il lui plaira m'ordouner, quaitd je saurais même y perdre la vie ; et il peut compter que la très-sensible reconnaissance que j'ai de toutes ses bontés ne S'épuisera jamais ; la seule grâce que j'aie à lui demander, est de ménager un peu mou honneur. J^ suis bien lâché, monsieur, de vous fetiguer dtine d longue lettre ; mais je n'ai pu la faire plus courte. Je vous l'aurais été porter moi-même si le rhume qid m'accable ne me contraignait à garder la chambre. » Je suis, etc. »

Les cûroQûstances de la guerre engageant U roi i différer enoore- le siège de Turin ^ et ce ne fut que le i3 mai 1706 que Parmée françafse commença à travailler aux lig^nes de contrevallation et de circonvallation. Le 26 mai on ouvrit la tranchée ; mais les travaux n^avançant que lentement , et Looîs XIY concevant dm crainte^ 8ur lé résultat du siège , il manda le maréchal de Vauban, qui était alors en Flandre, pour en tcm* férer avec lui. Le maréchal , aprèâ avoir indiqué les vices des attaques, oflrît d^aïler servir sous Là Feqillade comme simple volontaire» <( Mais vou« i> œ pensez pas^ dit le roi ^ combien vos fonc-^ étions seraiieilt «u dessous de yotre dignité} i> i— Sîrc, i^ri1>J-il , ma dignité est àb «*vfef Té-*

^ tàt \ je laisserai le bât<m dé maréctial à là porte, » et j^aiderai peut'-èti'e La FeuiUade à pi-endrè B Turm. b Les offices dé Vaùban ne fuirent point acceptées.

Cependant , après cent cinq jours de traïidbée , les Français ^ par suite de la perte de h. bataille que leur livra le prince Eugène (7 sep-* tembre 1706) sous les murs de Turin , levèrent prédpitamnient le siège , abandonnant tout leui^ matériel, à Fexception de quelques pièces dé eafmpagne : ce revers leur fit perdis lltalîc. H est présumable que si Vatîban eàt conduit ce siège ; qœ si même on eût suivi ses conseils, on âforàit pris Turin ; et jamais rêvènement ne fit ressortir avec tant d^éclat un grand mérite que Ton vùtdait abaisser : mais ce grand homme ^ qui ne connaissait point Fenvie, n^éprouvâ d'^autrès sentimens qu'ime cruelle affliction.

Peu de tems avant le désastre de Turin , la France avait éprouvé en Flandre le désastre de Ramillies (28 mai 1706), qui aurait pu avoir dei conséquences pins ftmestes encore. Louis XIV, craignant que Fennenli n^envahit là Flandre ma-^ ritîùie, a^rtut envoyé Vanban y commander ( îa

juin 17*6), en Idi enjoignant de se jeter dani celle des places 4e son ebmm;andemènt qui serait assiégée. Vauban rallia les prémiei-s 'ilébris de

6o MÉLANGES.

rarmée que Ton pat rassembler , mit leâ places en état de soutenir un siège, se retrancha derrière TYper, et, dans le même tems, fit construire, par douze mille pionniers , un camp retranché sous Dunkerque. Les difficultés que présentaient les places de cette frontière, le nom de Vauban, peut-être , décidèrent sans doute alors Marlbo— rougfa à changer sa ligne d^opération • Après «voir pris Ostende , il quitta le bassin de FYper pour agir dans celui de la Lys. Ce furent le dernier commandement et les derniers travaux qu^exerça et que fit exécuter Vauban ; il fut rappelé à Paris, où le roi voulait le consulter , ainsi que je Fai dit, sur la marche des trayaux du siège de Turin.

L^année suivante , le i 3. mars 1707, il mourut d^une fluxion de poitrine, avantijue d^avoir atteint sa soixante* quatorzième année. Il n^eutpas la douleur de voir Dunkerque , son chef-d^œuvre, démoli par des mains françaises , sous riospection de commissaires anglais.

Le caractère de Vauban se trouve peint dans cet écrit par ses actions, par ses discours, par ses lettres , et je n^ai point négligé d^en faire ressortir les traits lorsqu'ils se présentaient d'une manière saillante et incontestable. J'ajouterai Içs réflexions suivantes. . ; .

MÉLANGES. 6i

La haute fortune de Yauban , la faveur du roi , rien ne put altérer les traits que la simple nature avait gravés en lui. Aucun homme d^état n^eut plus à cœur Faccomplissement de ses devoirs et la prospérité de la France; sa haute vertu et son rare désintéressement désarmèrent Tenvie, et lui conquirent Festîme, même des hommes les plus disposés à médire ; il fut Tami de Catinat et deFénelon. Le ducde Saiût-*Simon, si avare de louanges j en parle avec un grand éloge, et en a tracé un portrait (a) que je croîs devoir reproduire : « Vauban s^appelait Lepres- )) tre , petit gentilhomme de Bourgogne , tout )> au plus, mais peut-être le plus honnête homme » et le plus vertueux de son siècle , et avec la ré- )> putation du plus savant homme dans Tart des )) sièges et de la fortification , le plus simple , le » plus vrai, et le plus modeste. Cétait un homme » de médiocre taille , assez trapu , qui avait fort j) Tair de guerre , mais en même tems un exté- » rieur rustre et grossier, pour ne pas dire bru- » tal et féroce. Il n^était rien moins. Jamais n homme plus doux, plus compatissant, plus

(o) Uéfnoirei complets et authentiques du due de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la régence. Paris, 1829, tome lU, page 434. Ce fut en 1703 que le duc de Saint-Simon traça ce por-* trait, ainsi Yauban avait alors soixante-dU ans>

Ça M£lJkNGÇ$«

)it obligeant ^ mais respectueux sans nulle poli— p tesse 9 et le plus avare ménager de la vie des » hommes, avec une valeur qui prenait tout sur M soi y et dcHmait tout aux autres» »

Vauban ^t, jusqu^à ce jour, le plus grand ingénieur des tems modernes i il n^a point inventé un nouveau système de fortification | il a employé, comme ses devanciers, le sy^ème bas-* tionné ; mais il y a apporté d^utiles et dUmpor*tantes modifications, et les ingénieurs le louent de Fart avec lequel il a su , dans les différentes places qu^il a fortifiées , disposer les ouvrages de la manière la plus favorable , en ayant égard aux circonstances du terrain. Son principal titre de gloire , comme ingénieur , est d^avoir donné un grand ascendant à Tattaque sur la défense , ^1 inventant une nouvelle manière d^attaquer les places et d^emplpyer Tartillerie pour cet usage. U montra aussi dans la direction des travaux des sièges , c^est-i^*dire dans TapplicatiQu^ de sa méthode , selon les diverses circonstances de la fortification et du terrain j un talent qu^aucun Ingénieur n^a égalé depuis. Ses efforts pour rendre à la défense ce qu^il lui avait fait perdre, ont été infructueux , et malgré le mérite de son Ttaité de la Défense des places , auquel il travaillait encore lorsque la mort vint le firappar ^

Tfittaque a Goos^rvé rasçendaiit qu^U lui avaif fait prendre. Ce changement me paraît d^ail*»- Jeura avqir é^é fuo^te aux pQuple&y puisqa^il £ivo)rise lea inya^iops^.

J^ ne loii^ai, pa^ Ya^nban, ain» qu^ca Ta fait, d#.]a maniera dont sont déposées toutes c^ p|aJ06s Ibrtea actiumulée&sur la frontière du nord dç lu Frav^} ^\\e$ ont san^ doute été con&^ truites 9UÏ* des points inqKHrtanS) mais If^ plupart à différentes époques y par différens. spuyerains , «t elles Q^ont été réunie que successiyemçnt à Jbi Fr$uioe; ainsi 9 aucune pensée d^ensemble n^a présidé à burcosistruction. Sous Louis XIV^ un général dWmée ne s^ayançant qu^après s^étt^ «odparé des places, on pouyait dire quelles oott^ Traient le pays, et Ton u^en pouyait trop avoir sw la frontière ; depuis , le système de guerre ^ éprouyéde tds changsemens, que les places nW* rètent plus Tennemi : cdles ne couvrent que ce qui se trouve sous leur canon. Et eotnme on nâ peut les approvisionner toutes , il en résulM qu^en cas d^inyasion , ime partie de ces plaoea tombé au pouvoir de Fennemi , que les autres de« viennent inutiles , et que le théâtre de la guerre se trouyant transporté dans Pintérieur du pays^ où il n^ en a point, Faccumulation des places fortes sur la frontière devient très-nuisible. Vau-

ban adopterait donc aujourd'hui une tout antre disposition.

Trois grandes pensées occupèrent les loisirs que laissaient à Vauban son service et ses méditations sur son art : la réforme de la constitution militaire de son tems , la navig^ation intérieure ^ et la répartition équitable des impôts. Il laissa de nombreux manuscrits , dont aucun , à Fexception de la Dîme royale , nVvait été imprime de son yivant ; on y reconnaît Thomme d'expérience , si différent de celui que les livres seuls ont instruit. Les manuscrits qui se trouvaient dans^on hôtel , à Paris , ou dans la citadelle de Lille , furent envoyés au dépôt des plans et papiers du roi , et sont actuellement au dépôt des fortifications ; tout ce qui se trouvait à Bazoches devint le partage de sa famille. "L^s manuscrits qui échurent à M. le marquis de Mesgrigny d^Aunay , Fun de ses gendres , se trouvent dans la bibliothèque de M. le marquis Le Pelletier de Rosanbo , son arrière«petit-fils ; ceux qui échurent à M. le marquis d^Ussé , son autre gendi*e , sont perdus. Le Traité de V Attaque des places f et celui de la Défense des places, ont été publiés depuis sa mort.

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