LE FORILLON
diminutif de phare, petit phare, feu^signal de pêcheurs : Pharililon (il iinouiillées (9). Du temps de Champlain la ipêche du golfe était en toute activité et ce cap ou plateau élevé, dominant partout sut les eaux, servait de télégraphe lumineux durant la nuit, selon le besoin des pêcheurs. On allumait un phare. L'endroit se désignait comme pharillon, mais les braves navigateurs et pêcheurs prononçaient "forillon", et Obamplain se conformait à cette orthographe (10).
Voilà bien soixante an^ que j'ai entendu pour la première fois demander: que signifie forillon? Nous sommes enfin éclairés par un phare (11).
à-vis du Forillon, était probablement uni autrefois à la terre ferme dont il est maintenant séparé par un étroit canal ; avant l'éboulement de 1851 ou 1852, ce rocher pouvait avoir une trentaine de pieds de hauteur.
9. A l'appui de cette (assertion, M. Gérin ajoute qu'un Breton établi au Canada, M Lorans, lui disait que dans son pays nataJ, on nomme "fajrillons" des lumières on f ana-nx placés sur les îlots à l'intérieur du golfe de Morbihan.
10. (L'abbé Ferland (la Gaspésie) éorit fourillon. Il remarque fort judicieusement que c'est au Forillon que l'on aurait dû faire commencer le fleuve Saint-Laurent plutôt qu'au cap Eosier.
11. Ecrit en 1898 pour répondre à un correspondant du Bulletin des Recherches historiques ; considérablement augmenté depuis, cet article est presque de l'inédit.
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CHAfELES THOMAS
Dans son intéressante brochure l'Ancien Barreau au Canada (1), M. Joseph-Edmond Eoy donne à la page 50 la note suiTante: "1784, 29 novembre, Maître Thomas pour avoir paru à la cour en habit gris paye cinq chelins. Le 6 juin 1785, Cugnet plaide en habit de couleur et paye Pamende ordinaire."
Cugnet (2), nom bien connu dans la robe, mais Thomas?.., Cherchons un peu. A la page 55 il est dit que, l'hiver de 1781: le trésorier du barrsau de Québec fut autorisé à prêter vingt livres à ^M. Charles Thomas, s-ans intérêt.
Avec cela il n'y a pas de quoi écrire une biographie. Fort heureusement, Thomas lui-même a laissé une narration de sa carrière qui a tout l'attrait de la nouveauté vu qu'elle n'a jamais été imprimée. C'est la veuve de l'un de ses petits-fils qui me l'a fait connaître. L'écrit est intitulé Shetch of the Ufe of Charles Thomas, Esquive, written hy himself. Three Rivers, May, 1813.
Sans autre préambule, traduisons :
"Je suis né le 18 oct^be 1753, dans la ville de Branderburg, capitale de l'éleetorat de ce nom, qui forme partie de3 possessions du roi de Prusse; mon père, André Thomas, avait épousé la fille d'un physicien éminent, du nom de Hoevel, et
1. L'Ancien Barreau au Canada, Montréal, 1897, 91 pages in-8.
2. Frainçois-.To«e]>h Cinarnet. .«S'eigTienT de Saint-Etienne, fut nn des plus çrrands jurisconsultes et fendistes onnadiens. de 1759 à 1789. Voir le Panthéon canadien de Maximilien Bibaud, et le Canada, 20 décembre, 1916.
résidait dans cette ville en qualité de ministre de 1 église protestante. Je suis leur seul enfant.
''Mon père s'était fait une renommée par ses talents; le duc régnant de Bruns^^-ick le plaça comme doyen à la cathédrale de Wolfenbuttel, peu de temps après ma naissance; il devint arclii-doyen par la suite et surintendant des écoles publiques de ce diocèse; son décès eut lieu en 1773, alors qu'il était encore assez jeune.
'•'C'est au collège de Wolfenbuttel que je reçus ma première éduc-ation, après quoi j'étudiai la loi civile à 1" université de Helosted, dans le duché de Brunswick, et à Hall, Haute-Saxe. Mes cours terminés, je m-e présentai à "Wolfenbuttel devant la cour de chancellerie, pour être interrogé sur les lois du pays et produire les certificats exigés de qua^lification. Je fus admis au barreau et nommé assistant-secrétaire de l'une des cours de justice de cette ville. Au commencement de l'année 1776, le duc de Brunswick me donna une commission de juge-avocat de deux régiments des troupes auxiliaires au service de Sa Majesté Britannique, qui partaient pour l'Amérique du Xord, et c'est ainsi que j'arrivai avec la flotte, à Québec, en 1776."
Le duc de Brunswick était né en 1735. Il s'était distingué pendant la guerre de Sept Ans ; concourut, à la tête d'une armée prussienne, au rétablissement du stnfJiouder (3) de Hollande en 1787 ; fut nommé généralissime des troupes prussiennes et autrichierbnes chargé de combattre la France en 1793, publia en cette occasion un manifeste incendiaire et barbare (4) fut écrasé par Dumouriez à Valmy. continua de
3. Le stathoiider, titre qiie portait sous la domination étransrère. les prince^; d'Orang-e-Xas-sau, chefs des provinces unies des Pays-Bas, de la fin du X^Te siècle à 1795.
4. Ce manifeste qui a gardé son nom et y a attaché une si triste renommée, avait été rédigé par le marquis de Limon;
combattre encore quelque t-emps, puis abaudoima le commandement pour le reprendre douze ans plus tard, en 1806, où il Le fit tuer â la bataiMe d'Auerstaedt aussitôt après (5). Ce prince a sa place dans notre histoire, non point à cause de Charles Thomas, mais d'après ce que dit F.-X. Gameau parlant des débuts de la révolution américaine: ''Craignant que la désertion ne se mit dans ses propres troupes, vu que plusieurs de leurs anciens officiers commandaient les soldats du Congrès, l'Angleterre traita avec le duc de Brunswick et quelques autres petits princes allemands, d'un corps de cpinze à seize mille auxiliaires, instruments ^passifs et sans s3'mpathie pour les insurgés. Une division de c-es troupes, sous les ordres des généraux Riedesel et Specht, fut envoyée au Canada avec dix bataillons anglais et des artilleurs, formant en tout sept à huit mille hommes (6)."
Riedesel établit son quartier-général aux Trois-Eivières et y passa l'hiver de 1TT6-7T. Pierre de Sales Laterrière raconta qu'il donna bals et dîners en l'honneur de cet officier supérieur; il cite le colonel Prétorius, le major de Berner et le comte de Saint-Auiaire, celui-ci Français, parmi les principaux militaires de ce groupe, sans oublier -madame la baronne de Eiedesiel qui, du reste, a laissé d'excellents
le duc de Brunswick n'avait fait que le siemer (Coblentz, 25 juillet 1792). Le duc de Brunswick fut un des meilleurs généraux de l'Europe au temps de la Eévolution française.
5. Le duc de Brunswick perdit les deux yeux à cette bataille célèbre, et il mourut peu de temps après des suites de ses blessures, près d'Altona, au moment o\\ il apprenait que Napoléon avait décrété que "la maison de Brunswick avait cessé de régner".
6. IJifttoirr du Cnvnda, Vol. ITT. p. 17. Voir aussi les Mémoires de Pierre de Sales Laterrière.
souvenirs aux Trois-Rivières. Elle et son mari ont rédigé chacun des mémoires utiles à consulter (7).
Madame de Riedesel avait quitté Wolfenbuttel le 1-i mai 1776 pour suivre son mari (8). C'est alors évidemment que Thomas partit de la même ville en route vers le Canada, et il dut arrêter a.Mx Trois-Rinères en compagnie de cette dame où tous deux pasisèrent la saison des neiges 1776-77, puisque les troupes allemandes n'en partirent qu'au commencement de Tété de 1777 avec le général en chef Burgoyne qui se dirigeait vers la frontière du Yermont. Cej>endant Thomas dit : *'aprè3 avoir aecom;pagné l'armée anglaise durant le-s campagnes de 1776-77, je fus fait prisonnier à la bataille de Bennington (Vermont), le 16 août de cette dernière année. On m'envoya d'abord à Boston, logé dans un navire qui servait de prison, puis j'eus la liberté, ainsi que d'autres officiers, de vivre dans le pays, sur parole. Je fus échangé en 1781 et retournai à Québec par la voie de New- York et Halifax.
'Tjsl paix avec les Etats-Unis ayant été conclue peu après, tt la nouvelle de la mort de ma mère étant arrivée dans l'intervalle, j'acceptai l'offre que me faisait le général Haldimand, gouverneur en chef de la province, et abandonnai ma position de juge-avocat, avant le départ de nos troupes pour l'Europe, étant résolu de devenir sujet britannique et de demeurer à Québec. Peu après, le général Haldiniand me nomma avocat et procureur en loi. j'établis ma pratique au barreau de 'la ville de Québec."
Ce dernier fait eut lieu en 1782 ou 1783, de sorte qu'il ne pouvait pas être en 1779, l'un des neuf ou dix avocats
7. Sur ces deux personna.sres, voir les Ursulincs (les Trois- Ririèf'^si, Vol. T. p. 372 et suivantes.
8. Us étaient aceompag'nés de leurs trois enfants : Gustava. Frédérica et Caroline.
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de Québec, coimne le donne à entendre M. Roy, à la page 43 de son travail sut l'anoien barreau du Canada.
Le 31 mars 1784, à Québec, eut lieu son mariage avec Mlle d^Albergati, d'après lacté suivant qui se trouve avec ses papiers de famille: (traduction) "Moi, soussigné, certifie à ceux que cela concerne, que Charles Thomas, écuyer, célibataire, procureur-en-loi, et Charlotte d'Albergatty, célibataire, tous deux de la paroisse de Québec, ont été mariés en ce lieu par licence, le 31 mars 1784, d'après les rites de l'église d'Angleterre." (Signature)' "David Francis de Montmollin, recteur de l'église anglaise de Québec. En présence de Jenkin Williams, commissaire remplissajit Foffice de jugeen-chef) (Signature) François-Joseph Cugnet, seigneur de St-E"tienne; Louis de Salaberry, seigneur du Sault-Montmorency; Joseph Antoine (Panet?)' avocat."
Il faut dire oe qu'étaient les ancêtres de Mile d'Albergati. Commençons par le côté maternel:
Charles Aubert sieur de Lachesnaye était natif d'Amiens en Picardie. Il vint en Canada l'année 1655 pour s'occuper de la traite des fourrures. E'n 1664 et 1680 il se maria, d'abord avec Marie-Louise Juchereau, et ensuite avec Marie- Angélique Denys. Il mourut en 1702, à Québec, après avoir été longtemps l'un des hommes les plus en évidence dans le commerce avec les Sauvages et avoir été la cause de trois ou quatre guerres contre les Iroquois et les Anglais.
Son (petit-fik Ignace-François-Gabriel Aubert de Lachesnaye, marié à Québec en 1730 là Anne de l'Estringant, fut le père de Charlotte-Marie-Anne-Josephte,, née dans cette ville le 20 janvier 1737, filleule de M. de Beauhamois, alors
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gouverneur général (9). Celle-ci épousa, à Québec, le 18 janvier l?o7, M. d'Albergati, dont nous allons parler. En 1T88, à Beauport, fut marraine d'un enfant de Louk de Salaberry, '"madame Charlotte Aubert de Lachesnaye, veuve de messire François-Luc, comte et marquis d'Albergati Vezza, vivant chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, colonel au service de Sa Majesté Très-Chrétienne." (Signature) "Charlotte Aubert veuve d'Albergati."'
L'n frère de madame d'Albergati (10), né à Québec le 16 janvier 1738, se nommait Gilles-Ignaoe- Joeeph ; il alla mourir aux Indes, conmie le montre un document dont voici le texte, en possession de la famille Thomas: — Extrait du registre des sépultures de l'église paroissiale de Notre-Dame des Anges de Pondichéry, pour l'année 1791: — Aujourd'hui, 25 juin 1791, je soussigné, certifie avoir enterré dans le cimetière St-Louis de l'égli&e paroissiale de Notre-Dame des Anges de Pondichéry, messire Gilles-Ignace- Joseph Aubert de la Chesnaye, natif de Québec en Canada, chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis, capitaine des grenadiers au régiment de Pondichéry, époux de dame Suzanne Maldaque, native de la paroisse St-Eutroi>e de Palifieux, diocèse de Liège, mort le même jour et an que dessus, âgé de cinquante ans, muni des sacrements. Ont assisté à son enterrement; messire Léridé, ancien capitaine de brûlot, et Levasseur, ancien capitaine au régiment de l'île Bourbon, tous les deux -chevalliers de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis; les sieurs Paulo de la Sauvagère, garde-général des magasins du roi à Pondichéry; et de Eepentigny, élève de la marine royale — qui ont tous signé avec moi. (Signature) f.