Voir Pages d'histoire du Canada, par B. Sult-e, p
LES FORGES ÔALNT-MAUIIICE 179
'TJes marteaux, soufflets, des forges et de la fonderie sont mis en mouvement par la force hydraulique. Les ateliers de foTge ne sont que du fer en barres et des socs de charrue. Il y a un i3urintendant et deux commis avec contremaître à la tête de chaque branche. Une fonderie avec grande fournaise coule les plaques de poêles, les chaudières à potasse, routillage de moulin, etc . . . J'ai vu modeler et couler des pièces avec beaucoup d'habileté. Les ouvriers sont payés selon la quantité de travail qu'ils exécutent. Les hommes se relèvent de six heures en six heures, car l'usine fonctionne jour et nuit. A la fonderie ceux qui n'alimentent pas le fourneau font des journées ordinaires. Ceuï qui coulent et finissent les poêles sont occupés du soleil levant au soleil couchant, ce qui, chez ces Canadiens-français est la durée usuelle du ttavail journalier, année durante. On y gagne ce grand avantage de compenser en été la perte, de temps des nuits d'hiver.
"La main-d'oeuvre est principalement canadienne. Quelques Anglais font des modèles et agissent comme contremaîtres ou experts ouvriers. Un grand nombre d'hommes font du charbon et le charroyent, creusent le sol pour avoir le minerai, ou conduisent les bateaux sur le Saint-Maurice jasqu'aux Trois-Eivières. •Cette rivière n'est pas profonde pour les navires, on y emploie des chalands; par endroits le courant est très fort.
"Le fer du Saint-Maurice a la renommée d'être égal, sinon supérieur, à ce que la Suède produit de mieux. Il est extrêmement malléable et ne prend guère la rouille. Les Canadiens le préfèrent à tous les autres fers. A ce propos j'ai un trait à rapporter. Les services des Forges, ceux d'à présent, au début de leur contrat, voulant activer la venta du fer en barres, aolietèrent une quantité de cet article en
Angleterre, mais de pauvre qualité et la revendirent aussi bon marché que le désiraient les habitants, mais ceux-ci n'en voulurent pas prendre une seconde fois, préférant payer plus cher et se procurer le fer du Saint-Maurice.
"Monsieoir Graves, aux Trois-Rivières, reçoit les produits des Forges et les expédie par le fleuve à Montréal et à Québec, ou les vend aux gens du voisinage. On fabrique à peu près mille poêles par année. Les plus petits ou poêles siimpiles coûtent aux acheteurs trois louis. Les grands vont jusqu'à six louis. Les poêles doubles avec fourneau audessus valent de dix à douze louis, selon leur mesurage. L«ea chaudières à potasse sont de vingt à vingt-cinq louis.
"Munro et Beil ont dépensé beaucoup d'argent à ramasser des ma-sses de minerai et en améliorations dans l'outillage. A la fin de leur bail, en 1806, ils étaient prêts à le renouveler en payant douze cents louis par année plutôt que de le voir passer en d'autres mains. Ils ont le mérite de donner du développement à l'exploitation, ce qui est autant à l'avantage de la colonie que favorable à leur bourse. Il va sans dire que la somme de soixante louis par année est dérisoire. Jusqu'à 1806 ils payaient huit cent cinquante louis et actuellement, les progrès accomplis, devraient porter 'le bail plus haut qu'il y a deux ans.
"Presque tout le fer qui entre dans la construction des navires en Canada vient du Saint-^Maurice et cela date de vingt ans. On compte cinq constructeurs : un à Montréal, quatre à Québec. De six à huit navires sortent annuellement de ces chantiers. L'ouvrage se poursuit en toute saison, ce qui fait une circulation de vingt mille louis par douze 'mois.
André Eobiehon, né aux Forges vers 1793, m'a dit en 1860 que l'église en bois servait vers 1800 de hangar pour les voitures et que la sacristie, en gros murs de pierre, de
20 X 20 pieds était encore solide.
Il faut lïi'ention.ner ici la "grande vie" que menait Bell, tant à Québec qu'aux Trois-Kivières et aux Forges. Dîners, piques-niques, bais, promenades, grandes chasses, concerts, tel était le roulement. Les invités venaient de toutes iparts de la province, et pas les moindres familles, cela s'entend. Le souvenir en était vivace quand j'étais Jeune; la tradition locale le conserve. Eien d'étonmant que ce personnage fastueux n'ait pas accumulé de la fortune,- mais il a fait vivre à l'aise un grand nombre de personnes et en a amusé des milliers.
En 1806, Eobert Pulton avait fait na\'iguer sur THudson un bateau à vapeur, le Clermoni, et John Molson, de Montréal, ne tarda pas à construire V Accommodation poui" servir sur le Saint-Laurent entre Montréal et Québec. Il se rendit en Ecosse, y fit faire les machines de son navire et les apporta aux Trois-Rivières. Les ouvriers des Forges fabriquèrent certaines pièces de leur métier et tout fut mis en place pour l'été de 1809 où ce "prodigieiux pyrosca)phe", -comme on disait, commença ses allées et venues sur le fleuve contre vents et marées (7).
Dans les documents de la session de 1809 on lit le reçu de la somme de soixant-e louis payée par Munro et Bell pour une année de loyer des forges Saint-Maurice expirée le 1er
7. J.-C. Taché a dit que son père. Charles, fut cxsTQinis ou associé aux forges Saint-Maurice et de Batiscan vers cette époque et que son nom fipfure sur les plaques de certaims poêles, ce qui noii.s surprend énormément. Un associé, encore moins nn employé, ne pouvait pas faire graver son nom sur les fers; une marque de coniimerce représente la compagnie et non les particuliers. Quand il allait à Batiscan, ajoute .T.-C. Taché, il logeait chez Marchildon, père de cehii qui fut député. Charles Taché a quitté les Forges à la guerre de 1812. prit du service <lans l'un des bataillon.s de Québec et fit les campagnes de 1812-15.
octobre. Le Canadien dit, en novem'bre 1809, que Bell a voté avec le gouvernement sur la question des juges et sur celle de la liste civile "pour les soixante louis des Forges". (8),
8. Ce chapitre s'arrête à la guerre américaine de 1812-14, mais mous n'avons pu rien découvrir sur les opérations des Forges dxirant cette époque mouvementée. Cependant, il est aisé de croire que les Forge* durent fonctionner avec entrain pour fabriquer le matériel de guerre nécessaire: canons, mortiers, pioches, etc.
Plusieurs ouvriers des Forges s'enrôlèrent dans la compagnie du capitaine Zacharie Macaulay; Louis Voligny fut enseigne dans le second bataillon des Trois-Rivières en 1813. En 1875, lorsque le parlement fédéral vota des gratifications aux volontaires qui avaienit servi en 1812-14, deux survivants obtinrent chacun $20.00 : J.-B. Boisvert, 80 ans, et J.-B. Landry, 81 ans, soldats dans la division du colonel Duchesnay. Boisvert était aux Forges en 1842 et il y demeura jusqu'à sa mort. Landry j était dès 1810, s'en alla en 1812, et y retourna vers
DESCRIPTIONS, 1817, 1818.— RECENSEMENT DE 18i20. — LES {CHIENS DE CHASSE. — BAIL DE 1831. — TERRAINS DES FORGES. — INVEN- TAIRE, 1833. — TETES-DE-BQULE. — RECEN- SEMENT DE 1842. — ARPENTAGE. — FIN DE BELL. — RADNOR ET L'ISLET. — DECADENCE DES VIEILLES FORGES. — 1810-1920.
Jacques Sansom, des Etats-Unis, qui ^passait à travers le Canada en 1817, se borne à dire que le fer du Saint- Maurice est pliant, tenace et peu sus<?efptible de se rouiller. Joseph Bouohette, à la même date, dit que ces forges vont toTijoairs 'de mieux en mieux étant conduites presque aussi bien que celles d'Angleterre et d'Ecosse. Le sable propre à la fonte du minerai vient des Trois-Eoyaumes. 'Ceci existait encore en 1870 à ma conuiaissance. Je me demande oomnient on agissait à cet égard "du temps des Français". 'Le sable était-il importé de France ou se bornait-on à une qualité inférieure qui pouvait se rencontrer à peu de distance du iSaint-Maurice ? On met dans une boîte ou cassot le minerai mêlé avec du charbon de bois et largement saupoudré de sable. C"'est une "charge'' qui est vidée dans le haut-fourneau par la tête. Ce fourneau a la forme d'une cheminée. On y monte par un escalier d''à peu près dix piedfi d'élévation pour y verser la charge, et à chaque fois on en met quatre ou cinq en frappant aussitôt quatre ou cinq coups d'une tige de fer sur une feuille de tôle susipendue qui rend un son sauvage, vibrant et prolongé.
Dans son livre Cinq Ans au Canada, Adrien Talbot dit que le fer du iSaint-Maurice est meilleur que le produit an-
1S4 LES F<DEGES SATNT-MAURICE
glais mais inférieur à celui de la Suède. Ceci est de 1818. L'année suivante, John Duncan, dans TraveJs in Canada, rapporte qu'on lui a dit que les p<5êles de Saint-Maurice endurent mieux la chaleur que ceux de Carron, qui étaient probablement de fabrique anglaise. Je ne sais rien de Garron,
ÎLa Gazette de Québec du 18 janvier 1830 note que les Forges comptent 55 maisons, 285 catholiques et seulement 5 protestants. La ville des Trois-Eivières renfermait 1,916 âmes et 355 maisons.
C^est en 1829 que Mathew Bell conmiença ses préparatifs pour se retirer des affaires des Forges. Il vendit sa meute de chiens de chasse à un club de Montréal qui ipossède encore la descendance de ces animaux. J'ai connu l'esclave nègre qui en avait le soin et, en 1865, je l'ai retrouvé tenant un restaurant à Sainte-Catharine, au pied du canal "Welland. Il parlait français comme nous et m'a conté des histoires des Forges, moitié légendes et moitié vraies, surtout sur les fêtes et amusements des gens de haute classe visitant l'endroit, l'hiver comme l'été, grûc-e aux largesses de M. Bell (1).
La paroisse dite Saint-Maurice, en arrière du Cap-dela-Madeleine, fut c-ommencée en 1830. Le bail des Forges expirant en 1831, les terres devinrent accessibles aux colon^ qui voulaient ouvrir des cultures dans le Saint-Maurice.
Le 7 juillet 1830, Bell demande que son bail soit pro-
1. Le erouvermeur lui-même Tenait souvent résider chez M. Rell et il avait sa chambre dans la "grande maison" connue sous le nom de "chambre du gouverneur" ; elle ét-ait la mieux meublée. Lorsqu'il arrivait aux Forges, les ouvriers le portaient en triomphe jusqu'au perron et la fête commençait.
Le chib de chasse de M. Bell était connu de partout. Il y gardait dans ses écuries des renards, des chiens et des chevaux, et chaque automne, ses amis se réunissaient pour poursuivre le gibier dans les bois et ils faisaient ensuite bonne chair. C'était le régime légendaire des anciens lords anglais.
longé d'une année, ce qui est consenti de suite. Il était membre du Conseil législatif, La question des Forges est soumise au ministre des colonies avec pro»position d'un bail de cinq années.
Contre le privilège des Forges, qui faisait obstacle à la colonisation, il y eut aux Trois-Rivières, le 24 février 1831, une assemblée popuilaire présidée par Pierre Vézina qui, en outre, demanda au gouvernement plusieurs réformes dans les affaires de la ville.
Un état de 183'2 montre qu'il y avait aux Forges plus de quatre cents âmes, à part cent à deux cents personnes qui y faisaient diverses affaires. On y manufacturait du fer ipour trente mille louis environ par année. Un chemin s'ouvrait pour pénétrer dans le territoire au-delà des Forges. Parlant de la grande chute, Bell écrit ce nom Oha-our-nigam, et Oha-oui-nigan en 1843 et 1845.
En décembre 1832, Eené Kimber, député des Trois- Rivières, disait, d'ans l'Assemblée législative, que suj les terres des Forges on ne rencontrait plue ni essences de bois ni minerai utiles à ces usines et que la ville était serrée par ce m;onopoile, ne (pouvant étendre sa colonisation vers le Saint- Maurice. Bell répondit qu'on exagérait puisque le fief Sainte- Afarguerite, adjoignant au nord-ouest les terraiiis des Forges n'a pas un seul colon, tout voisin qu'il est de la ville. Il va plus loin et dit que les terres ne valent rien pour la culture, ce qui est une bien plus forte exagération. Il ajoute q<ue ceux qui ont pillé le bois de Sa-inte-Marguerite voudraient en faire autant sur le domaine des Forges (2).
Un inventaire du 1er janvier 1833 dressé par Bell estime : charbon, minerai, modèles et outils, fer en gueuses
2. Le prédêc/esseur de Kimber avait commencé une campagne contre les Forge».
186 liBS FORGES SAINT-MAUEICE
(lingots, saumons), marchandises variées, liqueurs, provisions de bouche, chevaux, voitures, puis ustensiles de toutes deS'
criptions £7,85^-1^-2
Les mlêmes genres d'articles au poste des Trois-
Rivières 4,667- 3-5
Les ipoêles «aux Forges 6,310-14-10
" " " Trois-Eivières 8,278- 4-7
" à Québec 6,567- 1-3
« " " Montréal 4,%0- 5-10
" " Kingston et York (Toronto) 1,274- 8-6 On ajoute à cette liste un état des poêles fabriqués en janvier-avril 1833 :
Janvier £2,095- 5-10
Février 1,907-10-00
Mars 2,169- 4-01
Avril (estimation) 2,000- 0-00
donnant un grand total de £48,072-10-6
En 1833 il y eut un grand débat dans l'Assemiblée législatdve au sujet des Forges. De fait, les attaques se répétaient d'année en année. L'agitation contre les Forges paraît n'avoir eu d'autre base que la passion politique. Bell était "hureaucrate", c'e&t-à^dire du parti des fonctionnaires nommiés par la couronne et qui jouissaient de privilèges contre lesquels les députés canadiens à la Chambre d'assemblée luttaient avec .persistance. Ce groupe oligarchique était le imême qui tenait dans l'administration du Royaume-Uni une plaice considérable et que le parti whig ou réfornmteur ou libéral combattait sans cesse. Au Canada on ne disait 'pas whig, mais patriote. Vallières, Polette, Yézina, qui menaient la guerre contre BeU étaient des patriotes, ou réfonnateuie, ou. libéraux, ou whigs — c'est la même chose.
Le 5 janvier 1834, Bell accepte l'offre que lui fait \q
gouvernement de continuer Fexploitation des Forges jusqu'au 31 décembre 1843 mais, je crois, sujet à Taipprobation du ministre des colonies. De plus, on lui permet d'utiliser un certain morceau de terre dans la seigneurie du Cap-de-la- Madeleine. Ceci est en date du 24 avril. Bell promet de payer soixante^uinze louis par année durant dix ans à commencer du 1er janvier 1833 pour ce teiTain qui mesure 25,940 arpents, mais, dans les lettres patentes du 23 novembre 1834 qui accordent les Forges à Bell pour dix ans, il est déclaré que les £75 sont compris dans le prix du bail lequel est de £500. La Chambre d'assemblée se montre très mécontente de cet arrangement.
En 1837, les missionnaires remontent le Saint-Maurice pour visiter les Têtes-de-Boule. Jusque-là ces Sauvages n'étaient connus que par leurs descentes, en été, lorsqu'ils allaient aux Forges et aux Trois-Eivières vendre des pelleterie». Ils étaient restés sans connaissances religieuses (3).
Des plaintes s'élevant toujours contre les Forges, on pétitionnait et des discooirs avaient lieu dans la législature. Kimber et Vailières paraissent avoir créé l'impression que ei le bail des Forges était modifié, les terres seraient données gratuitement aux colons. Ils avaient envoyé au gouverneur Kemspt une liste de ces personnes se disant prêtes à s'établir dans les endroits en question. Kjempt en parla à Bell qui se déclara favorable au projet et il céda cinq mille arpents oontigus à l'arrière de la Pointe-du-Lac et Yamiachiche qui furent arpentés sur ordre du gouverneur, puis divisés en lots de cinquante à soixante-dix acres, comme augmentation du
3. On appelait ces Sauvages "Têtes-de-Boule", parce qu'ils ont la tête grosse et le visage rond ; ils étaient grands, bien camibrés, bons et hospitaliers, mais d'une intelligence étroite et naïve.
township de Caxton. Ceci se passait de février à mai 1843. Durant plusieurs mois on annonça la vente de ces terres d'habitants, puis, à l'église de Yamadiiehe, l'encan s'ouvrit. Pas un seul pétitionnaire ne se présenta; Bell y était. Il acheta presque tout au prix de la mise aux enichères.
Dans ces occasions, Bell dit à qui voulait l'entendre que les terres des Forges n'étaient pas fameuses pour la culture tandis qu'il y en avait d'exceillentes dans les seigneuries voisines et inoccupées. Encore aoigourd'hui les terres des Forges eont presque sans habitants.
Xe 27 décembre 1842, Bell dit qu'il y avait quatre cent vingt-cinq âmes aux Forges et de plus que trois cents personmes y étaient nourries à certaines saisons de l'année. Les habitants du voisinage y vendaient leur grain.
■Voici la distribution des familles établies:
'Sexe masculin, plus de 14 ans 126
" moins" " " 97
" féminin, plus" " " 114
" moins" " " 88
Il donne une liste de quatre-vingt-dix-sept noms du sexe masculin qui me semblent être de la catégorie de ceux âgés de (plus de quatorze ans et appartenir uniquement aux travailleurs de tous les métiers. Quant aux vingt-neui noms qui manquent pour compléter le chiffre de cent vingt-cinq porté ci-dessus, je suppose que ce sont des surintendants, surveillants, commis, fournisseurs, marchands regardés comme à part de la main d'oeuvre. S'il ne donne que le chiffre des femmes, petits garçons et filles c'est qu'il ne les compte pas parmi les travailleurs des usines ou de l'exploitation en gêné-
raie — ce sont les meni^bres vivent.
Aubry, Jacques, ÎBeaiilac, Antoine, ÎBoisvert, Joseph, Jean-B., Thomas, Bouchard, F,, H.
Bonrgainville, P.
'Chaurette, B.
'' Joseph,
" Louis,
Claude, F.-J. Collins, Jacob, • Cunningliam, James, Denonccmr, P.
Dugré, C, Gauthier, père, L.
fils, L., ■Gilbert, Antoine, " Auignstin, " Jean-Baptiste, " Joseph, " P., Gordon, James, Harris, Catherine, Himbleau, C,
des familles du (lieu et qui y " Louis,
" Saint-lLuic,
" veuve, Huot, Edouard, IsabeMe, Laurent, Laliberté, Joseph,
Lamb, L
Lanouette, Joseph, Laroche, F., Leclerc, Antoine, Lesieur, Antoine, Lessard, D., Lewis, Antoine, Lord, Pierre, McCauley, H.
Mailloux, André,
'' Antoine,
" Jean,
" Joseph,
" père, Louis,
" fils, Louis,
Michelin, Antoine, A.-J., '^ Benjamin, Jean,
J.-B., " père, Joseph, " fils, Joseph, " Louis, Noël, D., Pellerin, Antoine, " François,
J.-P., " Louis, Pléau, Antoine,
- J., Poulin, Augustin, PréeouTt, Alex., " père. G., fiUs, G., N.-V., Baymond, H., Eivard, Jules,
Eobichon, Joseph,
N., Eiouet, Etienne, Sarrazin, C, Sawyer, père, B., " fils, B., Tassé, Edouard (4), Terrault, Eki, E., " Jean,
'' Jean-Baptiste, " Joseph,
père, IN"., fils, N.,
Tomlimson, J., WinnibuTgh, H.,
Le 21 octobre 1843, Dominique Daly, secrétaire provincial, écrit à Bell qu'on lui offre de prolonger son bail d'un an s'il accepte l'arpentage et ile reste des terres des Forgea que l'on jugerait à propos de concéder dans l'intervalle de ces douze mois. Bell consent et ajoute que vers l'été de 184-i, la fournaise sera usée, hors de service et qu'il ne la
4. Tassé était un bon garçon, mais les gens des Forges disaient qu'il avait des entrevues avec le diable. Il n'y a pas nn coin dii pays où les r.uperstitions durèrent aussi longtemps qu'aux Forges ; les femmes et les filles étaient surtout très naïves sur ces histoires de "grand'mère". Toutefois, Tassé était un lutteur redouté; il fut la t«rrear du poste des Forgea et l'on a mis sur son compte des fables exagérées, mais ses camarades y croyaiemt Il efct mort en bon chrétien à Saint-
Boniface.
rebâtira point mais tiendra cependant à faire mettre les choses en état d^gir afin que son suc-cesseur puisse faire une fournaise sans retard. Daly fixe le prix du terme en question à cinq cents louis englobant les soixante-et-quinze louis à payer aux commissaires des biens des Jésuites pour les 25,940 arpents qui sont dans la seigneurie du Cap. Un ordre en conseil du 16 septembre 1844 prolonge le bail de Bell jusqu'au 1er juin 1845.
Edward Grieves, gendre de Belll (son agent), représentait les Trois-Eivières à l'Assemblée législative pour la période de 1844-47. Il mourut en 1845 et le 14 juillet de cette année Denis-Benjamin Viger le remplaça comme député. Belil n'était plus membre du Conseil législatif. Son ageait à Québec était Alexandre-Davidson Bell, marchand.
Mentionnons ici un curieujx procès intenté en 1844 par Antoine Turcotte et sa femme Rosalie Rivard, commerçants des Trois-Riyières, pour revendiquer le fief Saint-Etienne et pour faire défense à Bell de payer au gouTemement cette partie doi loyer des Forges couvrant le dit fief. Xous connaissons ces sortes d'héritages que l'imagination du peuple fait surgir de temps à autre. Il n'était pas difficile de troaver des avocats pour plaider la cause de Turcotte, car ]a politique en fournissait.
Tout de même le "règne" de Bell tirait à sa fin. La fortune s'était envolée par les portes et les fenêtres. Je crois que dès le 1er janvier 1845 il était décidé à se retirer &vec l'expiration du contrat, le 1er juin suivant, car ce preanier janvier 1845 le gouvernement donne instruction à Pierre Bureau d'arpenter les terres des Forges, de les diviser en fermes et de faire la réserve d'un village. Cela n'aboutit qu'à peu de chose. Madame Bell était décédée depuis quelques années. Mathew Bell mourut aux Trois-
Eivières en 1849 âgé de quatre-vingts ans, dit le registre de sépulture. Sa famille m'a dit qu'il avait été en rapport avec les Forges durant soixante ans, ce qui peut le reculer jusqu'à 1784 puisqu'il sem^ble avoir cessé à 'la date du 1er janvier 1845, mais alors c'était du temips de Gugy et Bell ne dépassait ipas "vingt ans; il vivait à Québec. Le document officiel de 1845(5) fait croire que sa participation aux affaires des Forges va de 1798 à 1843, ce qui donne cinquante-quatre ans et me paraît plus juste.
En 1846, Henry Stuart achète les Forges au prix de 5,575 louis. Il désirait aussi acheter les fiefs Saint-Etienne et Saint-Maurice, sur quoi M. Papineau demanda de les lui céder moyeDuant 4,500 louis. Cependant, ils furent mis à l'enchère à la demande du Conseil et M. Stuart les acheta le 3 novemhre pour la somme de 5,900 louis(6).
La fin de notre travail sera brève. En 1851, il y eut k compagnie Andrevr Stuart et John Porter, pui^ vint la compagnie Ferrier, deux pauvres affaires. Les Forges déclinaient. En 1854, Hall, Larue et Turcotte commencent les forges Eadrior près de la paroisse Saint-Maurice qui venait (1852) d'être organisée canomquement(7).
5. Bâté du 20 novem'bre. Publié en 1846 (p. 26) par D.-B. Pa/pineau, conunissadre des terres de la couromie. Le 19 décembre 1845. lord ^let-calfe annonce que les Forges seront vendues à l'enchèrp le 4 août 1846, à 11 heures a.m. dans le Palais de justice des Trois-Rivières.
6. Il commiemça imimédiatenient des travaux mal dirigés et dut bientôt les abandonner, faute de fonds. Il ne lui restait plus que de louer les Forges, ce qu'il fit deux ans après.
7. Ils y construisirent un haut-fourneau, des forges, des laminoirs, une fonderie spéciale pour roues de chars (avec succursale aux Trois-Rivières). Leurs terrains couvraient 40.000 acres. Ils employaient environ 200 hommes ; la production était de trois tonnes de fer pvar jour. L^n grand inconvénient existait dans cet établissement : le chemin de fer ne se rendait pas jusque là et le charroie était long, coûteux et difficile à s'accomplir.
En 1856, Dupuifi et Robichon établissent les forges de ilslet, riye gauche du Saint-Maurice, comme Kadnor. Le minerai de cette région, très abondant, n'avait pas encore ■été touché (8).
Les messieurs McDougall, des Trois-Ririères, prirent les "yiedJlles forges^' des mains de Ferrier en 1863 et au3si les forges de rislet(9). Ils y rainenèrent la vie. Le minerai donnait 40 % de bonne substance. Vers 1869 on parlait beaucoup du "fer de montagne" que les gens des Forges disaient avoir m en abondance à quinze ou seize lieues en arrière, vers le nord et on ajoutait qu'il devait y en avoir des quantités énormes plus loin, à vingt lieues. Les mineurs comparaient les échantillons de cette trouvaille au fer du Kentucky qui donne 60 %, Ce fer de montagne est moins flexible que l'autre du Saint-Maurice. Il est plus sec, plus cassant, mais plus propre à faire de l'acier. La mine de Hull, vis-à-vis Ottawa, est de fer de montagne.
En 1862, à l'Exposition internationale, les Forges Radnor exhibèrent des roues de chars avec un essieu nouveau
8. Dans le voisinage des forges de ITslet, M. Bell s'était autrefois fait bâtir nne maison sur une ferme qui lui appartenait et que l'on regardait comme la plus belle du Saint-Mauïice.
9. Le«g fourneaux furent éteints en 1876. Deux ama après tout travail cessa aux forges de l'Islet.
Sous le régime de Stuart et Porter Ja chapelle fut restaurée ; elle servit en même tempe d'école ; un M. Doucet et deux DUes Dugal y enseignaient la classe à une trentaine d'einfants des Forges et des alentours. Ce sanctuaire qui était appelé '<chaj>elle de la Eéparation" fut solennellement consacré le 15 juillet 18&3 à la Sainte-Face par l'abbé J.-R. t>ùsse.
genre qui attirèrent l'attention. Les roues avaient iparcouru 150,000 milles comme épreuve.
Le 8 janvier 1874, les forges Eadnor furent ravagées
Voici lies noms des prêtres qui ont desservi ce lieu de 1860 à nos jours : Joseph-Elie Panneton, IwouisHSéveriTi Rhéault, J.-B. Comeau, Napoléon Caron, 18&0-76 ; J.-R. Caisse, 1876-93; Louis Richard, 1893-95; M.-N.-Louis Denoncovirt, 1895-99; Louis- Arthur-Hévêque Druisablon, 1899-1909; Auguste Lelaidier, 19-09- 12; Télesphore Giroux, 1912-15; Eugène Denoncourt, 1915-16; G.-R.-I. Trudel em 1916, tandis qu'il était curé de Saint^Etienaedes-Grés; Charles Boutet, 1917.
En face de la chapelle était la demeure du Dr Louis-Jean- Baptiste Beauchemin qui épousa la veuvci de Oniésime Héroux. Le Dr Beauchemin se remaria à Azilie Meunier qui lui donna une nombreuse fa,mille.
Le Dr Beauchemin était (propriétaire d'un moulin à farine en brique, de deux étages, qui avait d'abord été ume boutique de menuflsiers, construite par Henry Stuart pour l'utilité des Forg«s. Il y avait aussi non loin de là un autre petit moulin érigé par Onésime Héroux et qui disparut vers l&7i5.
Lorsque les MM, McDoiigall prirent les Forges en 1862, la "grande maison'' venait d'être partiellememt endommagée par un incendie ; elle fut réparée prfr Robert McDougall "avec un goût que toufi nos industriels n'ont pas" disait Faucher de Saint-Maurice à Joseph Marmette. "Il lui a scrupuleusement conservé ses anciennes divisions, son toit normand, ainsi qu'une grande partie des vieilles boiseries françaises. Rien de plus pittoresque, et de plus antiquaire que ces salles immenses, aux larges âtrea flanqués de plaques de fer fleurdelysées et portant le millésiime de "1732", que ces corridors où toute une compagnie de reîtres et Ue lansquenots serait à l'aise. C'est à se croire dans la salle d'armes du dernier des Burckhards, si l'hospitalité toute écossaise des AEM. McDougall n'était là pour nous faire songer avec complaisance aux douceurs du temps présent."
MM. Suite, Faucher de Saint-Maurice, Marmette et Alfred Garneau sont d'accord à dire que le millésime en question porte "1733" et non "1752" comme le pnéteind l'abbé N. Caron dans ses Deux Voyages sur le Saint-Maurice. Nous croyons que ce millésime "1732" est là pour signifier que les Forges furent fondées en 1732, mais rien ne dit que ces plaques furent cou-
par un incendie, néanmoins on y travailla jusqu'à 1908 sur une .petite échelle (10).
En 1889, la "Canadia-n Iron Furnace €o.. Ltd." fit l'acquisition de ces forges à un prix dérisoire, mais il n'y avait plus de minerai.
Ijes Vieilles îbrges ont tenu ferme jusqu'à 1883, puis est Tenue la décadence; et maintenant on n'y comjpte pluj que quelques familles, miais pas d'exiploitation de fer.
Adieu mes vieilles Forges. Je vous ai connues dans votre splendeur et je me promettais, dès lors, de vous donner place dans notre histoire. J'écris ces dernières lignes en face de vos ruines qui bientôt disparaîtront. D^'à, votre souvenir n'est plus qu'une légende vague dont la prochaine génération ne saura rien. Je veux vous sauver de l'oubli, vous faire revivre dans l'âme des Canadiens qui s'attachent à l'étude des temps passés.
lées oette même année : elles ont dû être fabriquées plus tard, peut-être en 1738, date où La "grande maison" a été construite.
John et Robert McDougall établirent leur bureau et magasin dans la "grande maison" qu'on a appelée à tort "manoir". Ils se construisirent une résidence au nord-ouest de celle-ci à côté du terrain où avaàt été bâti la première chapelle de bois (ITS'S). Cette maison fut démolie en 1900.
Les Forgea furent transférées à George McDougalI, fils, le 18 décembre 1876 ; tout travail dût arrêter eta 1883.
10. Comme aux Vieilles Forges, aujourd'hui, les fourneaux et autres bâtiments sont rasés. L'épuisement du minerai a amené la fermeture de ces usines ; il en est de même de tous ces grands ateliers qui ne vivent que temiporairemeait.