L’INDÉPENDANCE
On affirme que l’indépendance du pays n’est plus qu’une question d’opportunité, que le moindre incident peut trancher d’un jour à l’autre, et que le devoir de nos hommes publics est de préparer la place que nous devons occuper dans le nouvel état de choses.
C’est le temps de nous poser la question suivante : — Pouvons-nous entrer dans l’indépendance, tels que nous sommes, sans modifier la constitution qui nous régit depuis cinq ans ? Nous croyons que non.
Il faudrait auparavant, ou en même temps, assurer davantage l’autonomie des provinces et l’indépendance de leurs institutions en faisant une
délimitation plus parfaite des pouvoirs fédéral et local.
Toutes les provinces sont intéressées à faire cette délimitation en vue de l’harmonie et du bon fonctionnement de la Confédération, mais pas autant que nous qui avons des intérêts religieux et nationaux tout particuliers à sauvegarder, à mettre à l’abri des animosités. Il ne faut pas oublier que, sous ce rapport, l’indépendance peut nous offrir des dangers.
Nous pouvons, sous le régime actuel, trouver dans l’Angleterre un tribunal ou un arbitre impartial, dans la plupart des cas ; nous pouvons, dans une certaine mesure, espérer que loin de nos luttes, étrangère à nos divisions nationales, elle jugerait froidement les difficultés qui pourraient surgir.
Mais où trouverons-nous ce tribunal impartial dans la Confédération devenue indépendante, entourés que nous serions de provinces aux majorités hostiles ?
La première pensée de ceux qui
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font des constitutions pour les peuples est de prévenir les conflits et les erreurs, de fermer, autant que possible, la porte aux fausses interprétations. A plus forte raison, ils doivent user de prudence lorsqu’il s’agit de faire vivre ensemble, sous un même drapeau, des nationalités si distinctes, de concilier des intérêts si divers. Toute négligence, dans pareil cas, est une faute grave, car on inocule dans la nouvelle constitution, dès son origine, un germe de mort qui la tuera promptement.
On dit quelquefois que dans ce siècle, et surtout dans ce pays, on n’a pas raison de se défier des animosités religieuses et nationales,^que ces questions brûlantes ont fait leur temps. Il faut ne pas connaître l’histoire ni le cœur humain pour émettre une pareille opinion, et il faut être peu homme d’Etat pour agir d’après un pareil principe.
On aura beau changer la face du monde, il y a quelque chose qu’on ne changera jamais : le cœur humain ;
quelque chose qu’on ne pourra détruire : l’amour de soi, des siens, de sa nationalité. Ces trois amours, qui réellement n’en forment qu’un et s’alimentent à la même source, dureront aussi longtemps que la nature humaine. Toujours les hommes s’aimeront en eux-mêmes et dans ce qui les touche de plus près, et toujours, par conséquent, il faudra tenir compte de leurs intérêts personnels, religieux et nationaux. Et même on ne pourra jamais avoir trop de prudence, prendre trop de précautions à cet égard, car on aura beau faire, l’ambition et le fanatisme trouveront toujours moyen de fausser l’interprétation des lois et des constitutions.
C’est la pensée qui inspira les fondateurs de l’Union Américaine et présida à la définition des droits d’Êtat, à la division si complète des pouvoirs généraux et locaux.
Et cependant, malgré toutes ces précautions, que de conflits encore !
Nous avons eu, déjà, un des exemples frappants du danger qu’il y a
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d’exposer les droits des minorités à des interprétations erronées. Qui ne croit pas que l’interprétation donnée par sir John à la constitution, au sujet des écoles catholiques du Nouveau-Brunswick, ne soit la conséquence naturelle des exigences politiques et nationales de la majorité dans le gouvernement et la Chambre fédérale ?
A combien d’autres conflits ne donnera pas lieu l’Acte Fédéral ? Et qui sera juge de ces conflits, lorsque nous serons indépendants ? La Cour Suprême ? c’est-à-dire, un tribunal d’hommes qui nous jugeront sur les idées et les sentiments de la majortié dont ils sanctionneront naturellement, et même souvent sans parti pris, les opinions et les décisions.
Restreindre et bien définir la juridiction et les pouvoirs du Gouvernement fédéral et de la Cour suprême, de façon à assurer notre indépendance absolue dans l’exercice de nos droits, de la jouissance de nos insti-
tutions religieuses et nationales, est donc pour nos hommes publics un acte de sagesse et de nécessité, s’ils croient que le pays s’achemine rapidement vers l’indépendance. Ce n’est pas seulement une question nationale, c’est encore une question politique ; le sentiment ici est d’accord avec la raison. Si ceux qui ont fait la Confédération sont sérieux dans leur projet d’en faire une grande nation indépendante, ils doivent prévenir les abus et les injustices qui forceraient les minorités à chercher sous un autre drapeau une protection efficace.
LA RÉSURRECTION
Jésus-Christ est ressuscité.
C’est un fait incontestable, mieux prouvé que les faits historiques auxquels le monde croit le plus fermement. Les témoins sont nombreux et leurs témoignages irrécusables.
Les preuves matérielles seraient-elles moins fortes et moins nombreuses, que nous croirions encore à la résurrection de Jésus-Christ pour la raison suivante.
Il est bien constaté que les apôtres étaient des hommes faibles, ignorants et peu courageux ; que tous, depuis saint Pierre jusqu’au dernier, ils renièrent’et abandonnèrent leur maître au moment du danger. Ils avaient tellement oublié ses paroles et
ses promesses, les preuves de sa divinité, que Jésus-Christ eut toutes les peines du monde à les convaincre qu’il était ressuscité.
Peut-on croire que ces hommes, qui avaient si facilement renié leur maître lorsqu’il vivait encore, qui s’étaient cachés durant sa passion, l’auraient confessé avec tant d’héroïsme après sa mort, s’ils n’avaient pas eu des preuves irrécusables de la résurrection, s’ils n’avaient pas mis leurs mains dans ses plaies ?
Et même, la résurrection ne suffit pas pour faire d’eux des confesseurs et des martyrs, il leur faut l’ Esprit- Saint, cet Esprit que le Christ leur avait promis. Alors seulement ils se sacrifient, se dévouent à la mort pour confesser Jésus-Christ ressuscité.
Donc, Jésus-Christ est ressuscité, donc il est Dieu, donc la religion qu’il est venu fonder est la vraie religion.
Or, où est sa religion ?
Est-elle tout entière dans les discours et les enseignements qu’il a
LA RÉSURRECTION
donnés à ses apôtres de son vivant ?
Non ; et en voici la preuve. Dans le discours de la Cène. Jésus-Christ dit à ses apôtres : « Il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai... Il me reste beaucoup de choses à vous dire, mais elles sont encore au-dessus de votre portée ; mais quand l’esprit de vérité viendra, il vous enseignera toute la vérité. »
Ces paroles divines établissent de la manière la plus absolue que J ésus- Christ ne considérait pas son Eglise établie à sa mort, et que les apôtres devaient continuer, compléter son œuvre avec le secours de l’ Esprit-Saint.
Après sa résurrection, avant de monter au ciel, il complète ou confirme le discours de la Cène par les paroles suivantes qu’il adresse à ses disciples :
« Allez et enseignez toutes les nations ... et je serai avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles. »
Était-il possible de promettre plus clairement l’ Esprit-Saint et l’infaillibilité aux apôtres et à ceux qui, après eux, continueraient leur œuvre ?
Le monde chrétien a cru pendant quinze siècles que l’ Esprit-Saint est descendu sur les apôtres, et qu’il a continué d’être avec eux et leurs successeurs, à savoir, les papes, les évêques.
Depuis Luther, le monde chrétien a été divisé. Mais où a continué d’être r Esprit-Saint promis aux apôtres et à leurs successeurs ?
Peut-il être passé du côté de Luther ou de Calvin, d’Henri VIII et d’Êlizabeth, pour leur faire dire le contraire de ce qu’il avait jusqu’alors inspiré à son Église ? Ou est-il resté avec ceux qui ont continué de croire à la confession, à la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, à la Sainte Trinité, à la primauté de Pierre et des papes, ses successeurs ?
Luther, Calvin, Henri VIII et Élizabeth méritaient-ils que l’Esprit-
LA RÉSURRECTION
Saint passât de leur côté ? Il semble qu’il suffit de poser la question pour la résoudre. Si l’ Esprit-Saint promis par Jésus-Christ, n’est pas avec ceux qui ont toujours cru et enseigné les mêmes choses jusqu’à Luther, il n’existe certainement nulle part, et alors Jésus-Christ n’a pas tenu ses promesses et, s’il n’a pas tenu ses promesses, il n’est pas Dieu.
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Québec est la ville des grands souvenirs, des ruines glorieuses, des sites grandioses, des hommes de lettres et des jolies femmes. Elle est saturée de gloire, entoure de respect et d’amour, honorée comme une relique, traitée comme une enfant gâtée.
Elle a tout ce qu’il faut pour être heureuse, et cependant elle ne l’est pas. C’est une preuve frappante qu’il n’y a pas de bonheur parfait sur la terre. Elle est un peu comme les jolies femmes qui, accoutumées aux hommages, sont d’autant plus exigeantes qu’elles sont plus vieilles.
Elle trouve qu’on n’en fait jamais assez pour elle.
Plus âgée que sa sœur Montréal,
mais moins grande et moins riche, elle la regarde d’un œil un peu jaloux et se demande tous les jours si on ne la néglige pas au profit de sa jeune mais grande sœur.
Ainsi Athènes, autrefois, épiait les mouvements de Sparte.
Voici ce qui trouble en ce moment le bonheur de la bonne et charmante vieille cité : il paraît que la plupart des juges d’ Appel sont de Montréal. C’est vrai ; mais elle pense trop à ce qui lui manque et pas assez à ce qu’elle possède. Elle oubhe trop facilement les avantages et les privilèges dont elle jouit. Y a-t-il eu depuis des années dans le pays une ville plus choyée ?
D’abord, depuis la Confédération, elle a fourni tous les lieutenants-gouverneurs : MM. Belleau, Caron, Letellier et Robitaille ; les présidents canadiens- Yançais du Sénat étaient des Québecquois ; le seul président de la Chambre que nous ayons eu est de Québec ; sur trois ministres dans le gouvernement fédéral, elle en a trois ;
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mais, chose plus digne de remarque encore, on n’a eu et on n’a encore, à la Cour Suprême, que des juges de Québec.
O Québec ! Québec ! Les sauvages ont bien eu raison de t’appeler ainsi, parce qu’ils trouvaient que tu avais un grand bec, capable de tout avaler. Dans le domaine judic aire comme dans le monde politique, tu as toujours eu la part du lion. Ta gloire et tes charmes te faisaient pardonner tes exigences. Mais il ne faut pas que tu abuses de tes avantages et de tes droits à nos sympathies et à notre reconnaissance. Si on t’écoutait, tu prendrais tout ; il ne resterait rien à Montréal, ni un homme de lettres ni une jolie femme. Tu oublies que la religion et la philosophie enseignent qu’il faut se contenter de ce qu’on a. C’est aussi un principe chrétien que ton cher fils Israël a dû t’apprendre. Tu n’es pas riche, c’est vrai, mais on ne peut pas tout avoir.
Quand tu seras tentée d’envier Montréal, fais ton examen de conscience.
compte tout ce que tu as reçu des gouvernements et tu verras, je le répète, que tu es l’enfant gâtée de la grande famille canadienne.
On ne gâtait pas les organistes en 1713. On payait à l’organiste de Notre-Dame, M. Dubuisson, cent livres.
En 1791, M. Metgchler fut nommé organiste de cette église à raison de 480 francs par année. En 1816, ses appointements furent portés à soixante louis, mais il était obligé de se procurer un souffleur à ses frais. Il tint l’orgue de Notre-Dame pendant quarante-deux ans et fut remplacé par M. Brauneis. En 1849^ nomination de l’organiste actuel, M. J. -B. Labelle, qui remplit cet emploi depuis trente ans.
M. Thors a donné, avant son départ 7 434 B
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pour la France, un dîner magnifique aux personnes qu’il avait connues intimement. Il a fait les choses princièrement, et jamais dîner ne fut plus gai, plus agréable. Les bons mots, les chansons et les discours étaient, comme les vins, de la meilleure qualité. Provencher et le baron Hogendorp pétillaient comme le champagne. M. Marchand n’avait pas le temps de placer ses calembours; ils étaient dévorés avant d’être complètement éclos. Le meilleur de la soirée a été celui de M. Chauveau. M. Chapleau avait dit, en parlant de M. Workman, marchand de fer, que c’était un homme de fer, et se tournant du côté de M. Marchand, il fait son éloge, énumère toutes ses qualités. M. Chauveau l’interrompant, dit : a Ajoutez que si Marchand n’est pas un homme de fer comme M. Workman, c’est certainement un homme de Steel (style.) »
Dans le temps où l’on s’occupait, à Rome, de nos difficultés religieuses et en particulier de notre code, il s’y passa une scène fort amusante.
Le cardinal de Angelis avait dit à des personnages éminents du Canada de venir le voir, un certain jour, et qu’il leur donnerait son opinion sur le code. Le jour et l’heure arrivés, ces personnages distingués se rendirent au Vatican. En les apercevant, le cardinal de Angelis qui tenait à la main notre code, s’écria « Oh ! quel petit codex ! Je voudrais bien que toutes les nations en eussent un pareil. »
On a arrêté aux Etats-Unis une femme qui était rendue à son quinzième mari. Elle avait la manie de se marier aussi souvent qu’elle en avait l’occasion, dans le but prosaïque de
s’enrichir. Chaque fois qu’elle se mariait, elle se faisait donner une certaine somme d’argent. L’argent obtenu, elle se mettait en campagne pour trouver un autre mari ou plutôt une autre dot. Elle regrette qu’on l’ait arrêtée sitôt : elle faisait de si bonnes affaires.
Mais les juges ont cru que, dans un temps où tant de bonnes filles se contenteraient d’un mari, on ne pouvait permettre à une femme d’en avoir quinze à elle seule, et que c’était-là un monopole injuste.