‹ Mélanges historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 16 sur 36 · III. I u · texte numérisé non relu

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priiiiter ses expressions, enibiiiié sonimai^ination dans les liens du cothurne bourgeois. Lessing, dans Nathan le Sai^e, avait donné l'exemple d'écrire le drame avec le vers blanc iambi([ue , emprunté aux Anglais. Ce mètre facile consiste en dix syllabes alternativement longues et brèves ; Johnson l'appelle une prose cadencée. En effet, dans des langues où beaucoup de syllabes ont une quantité douteuse et arbitraire, où les élisions et les contractions sont presque au gré du versificateur, on conçoit combien il doit donner d'aisance , combien il doit être Qexible et se prêter à tous les tons du dialogue. La langue française n'est pas assez accentuée 5 la dilférence des longues et des brèves y est trop peu sensible ; il y a trop de terminaisons sourdes pour qu'elle puisse donner une juste idée de ce genre de vers.

Ce fut donc avec une nouvelle manière d'envisager le style du drame, c[ue Schiller commença don Carlos. Il considéra bien plus cette tragédie comme un poëme destiné à recueillir les sentimens qui le possédaient , et ' à répandre ses idées , que comme un ouvrage écrit pour le théiltre. Sa réputation commençait à être si grande en Allemagne , c[ue le choix qu'il avait fait d'un sujet dramati(pie était un événement littéraire. Pour réj)on- ,■ dre à l'impatience du public, il (il paraître les trois Jl premiers actes de sou iloii Carlos : c'était en 1-85. ™

Schiller était alors dans une extrême agitation d'es- ]>ril. Tl se trouvait à cette époque orageuse de la vie où

la jeunesse commence à régler sa vivacité , à fixer son énergie ; elle s'arrête sur ses pensées et sur ses sentimens 5 elle s'envisage alorsplus sérieusement ^ l'avenir ne paraît |ilus un champ indéfini pour l'espérance j il ne semble plus qu'on ait du temps pour tout. Les passions succèdent aux goûts vifs et passagers ; les excursions hardies et vagabondes de l'esprit se tournent en méditations sérieuses. Il s'agit tout de bon de commencer le voyage, et l'on fait ses préparatifs. Alors se dessine le caractère ; alors se déterminent les croyances ou les penchans ; alors ceux qui sont destinés à être quelque chose se font une idée plus vraie de ce quils seront.

Une passion violente et combattue s'était emparée de toute l'âme de Schiller, et se joignant aux doutes qu'il avait conçus surles règles du devoir et leur divine sanction , le plongeait dans d'inexprimables angoisses. Il flottait entre des résolutions vertueuses et une farouche impatience contre toute autorité morale. Ses écrits en prose et en vers retracent fidèlement ces troubles intérieurs. Ils sont empreints en général de cette triste pensée : que l'honmie éprouve une noble imjHilsion vers tout ce qui est beau , mais que , n'ayant puisé ce sentiment qu'en lui-même, l'ayant pour ainsi dire créé , il n'en peut trouver nulle part la démonstration. Jamais toutefois Schiller ne tombe dans un doute frivole et desséché : quand l'idée de la vertu, de la religion , de tout ce qui est noble et élevé, cesse d'être consacrée divinement à ses yeux , il ne veut point la détruire nil'étoufFer 5 mais il lui cherche un asile dans

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la sphère plus étroite de rhonime et de la nature -, il eu fait le clief'-d'œuvre de l'esprit humain , lorsqu'il ne peut en faire une règle immuable et certaine imposée nécessairement et venue d'en haut. Les lettres philosophicpies de Jules et de Raphaël , qu'il publia pour lors , sont un témoignage curieux de cette disposition. F'.lle est exprimée sous toutes les formes dans une foule de poésies ; il en est une surtout qui est demeurée fort célèbre en Allemagne. Schiller, après avoir suivi à Dresde la femme ([u'il aimait , se décida enfin à vaincre une passion qu'il se reprochait : elle était la femme de son ami. Après de si cruels combats, il se retira seul dans une petite maison de campagne : ce fut là qu'il composa les vers dont voici la traduction , qui n'en peut donner qu'une idée fort incomplète.

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