‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 1 sur 36 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Aux essais nombreux de littérature mélangée publiés depuis quelque temps, je viens modestement ajouter ce volume. La plupart des articles qu'il renferme ont été publiés dans les Revues et les Journaux. Il y a du nouveau cependant ; le tout a besoin de l'indulgence du lecteur*

Idée du genre. — Premiers essais littéraires. — Influence favorable des recueils périodiques. — Action de la presse en Canada. — Revues : — L'Abeille Canadienne. — La Bibliothèque Canadienne.— L'Observateur. — Le Magasin du Bas-Canada. — Le Répertoire National. — La Ruche Littéraire. — Le Journal de l'Instruction Publique. — L'Echo du Cabinet de Lecture Paroissial. — Les Soirées Canadiennes. — Le Foyer Canadien. — La Littérature Canadienne. — La Revue Canadienne. — L'Echo de la France. — L'Album de la Minerve, etc. — Journaux : — Le Canadien. — La Minerve. — L'Avenir. — Le Pays. — Le National. — Le Fantasque. — La Gazette de Québec. — Le Courrier de Québec. — Le Constitutionnel. — L"Ami du Peuple de l'Ordre et des Lois. — -Lies Mélanges Religieux. — Le Moniteur Canadien. — L'Ami de la Religion et de la Patrie. — Le Canadien Indépendant. — La Patrie. — Le National. — La Réforme, etc., etc.

La littérature canadienne n'aeu, pendant longtemps, que la publication périodique pour seul écho. Dans toute littérature qui débute, il se fait sentir un besoin de rapprochement et d'union qui facilite la création

(l) Ce travail est destiné à faire suite à l'Histoire de la Liltérature Canadienne, publiée par Fauteur, en 1874.

i MELANGES HISTORIQUES ET LITTERAIRES.

des essais littéraires. L'union est toujours la panacée suprême de la faiblesse. Longtemps le petit nombre des lecteurs ne permit pas au littérateur canadien de compter sur le remboursement des fonds avancés pour la publication de son livre, fut-il d'ailleurs le mieux écrit de tous les livres. Pendant longtemps uous avons été quelque peu comme en Suède, où le publiciste ne compte guère que sur deux cents lecteurs.

Les ouvrages d'utilité pratique et publique ont pu être édités à la faveur d'allocations du gouvernement, mais rarement, avant ces vingt dernières années, avons-nous constaté l'apparition d'un livre lancé dans le public par l'initiative individuelle. Sous ces circonstances le mode le plus rationnel était la publication périodique, revues, mélanges, magasins,etc. Ces publications pouvaient toujours compter, sinon sur des bénéfices capables d'indemniser convenablement les collaborateurs, du moins sur une recette assez ronde. Je crois que cette expression delà littérature des peuples jeunes s'est manifestée dans plusieurs contrées, chez nos voisins comme en Europe.

Le côté avantageux des mélanges littéraires est d'offrir à l'appétit du lecteur des mets variés, épicés et apprêtés selon le goût et l'art des divers collaborateurs. Ce sont, pour la plupart, des articles de courte haleine, des essais variés, et dont l'actualité du sujet fait le plus grand mérite. ,

Le goût littéraire s'est donc transmis, depuis un demi siècle, dans ces quelques pages, refuge sacré d'un art antique. Nos pères qui n'étaient pas des hommes de lettres, ne laissaient pas cependant de

travailler à un héritage littéraire qu'ils avaient l'intention de léguer à leurs descendant?. Cette succession, toute pauvre qu'elle est, à été recueillie par nous sans bénéfice d'inventaire. A part les quelques journaux anglais et français qui les entretenaient il y a cinquante ans des choses de la politique, nos ancêtres charmaient leurs loisirs en rimant, le soir, au coin du feu, des vers médiocres qui faisaient les délices des lecteurs de La Gazette Littéraire^ U Abeille Canadienne^ La Bibliothèque Canadiemie^ Le Fantasque^ Le Ménestrel^ V Album de la Revue, etc.

D'autres publications ont remplacé ces dernières, et aujourd'hui on en compte un grand nombre destinées à se faire l'écho, non-seulement du goût poétique, mais des progrès de la législation, de la médecine, de l'histoire et des sciences en général.

C'est dans les revues que la plupart de nos'écrivains ont commencé à former leur style. C'est là qu'on trouve l'indice des bons talents, appelés jeunes encore à contribuer à la rédaction de ces revues. La jeunesse, toujours folle des vaines fumées de la gloire, se prépare avec soin à entrer dans ce temple fermé au grand nombre. Elle peut donc s'y former, fortifier son talent en l'appliquant d'abord à des essais, et ensuite, à mesure que l'épaule peut soulever un fardeau plus lourd, écrire des ouvrages d'une portée plus durable.

Je n'hésite pas à donner à nos revues littéraires tout le mérite et l'importance qu'elles ont pris, surtout depuis ces dernières années. Mais nos mélanges se ressentent du malaise général qui atrophie l'atmosphère littéraire du Canada : le

manque d'encouragement. Au milieu d'essais médiocres, d'une portée nulle, d'aucune utilité pratique, c'est à peine si vous trouverez quelques pages qui indiquent un talent mûr.

Les jeunes gens une fois qu'ils ont obtenu le droit de cité dans une revue, l'abandonnent juste au moment où l'éclat de leur mérite pourrait lui donner plus d'importance. On se sert de ces publications comme d'une école, pour y faire un stage, se former, conquérir une palme, attacher son nom à la liste des littérateurs de son pays, puis son chapeau à la main, la plume à l'oreille et un sourire à la fois dédaigneux et amer sur les lèvres, on fait une courte révérence au public.

Hélas ! eux aussi s'en vont désenchantés. Cette bohème, tout à l'heure si fougueuse, si ardente pour produire, s'est faite vieille au premier souffle de la vie pratique ; elle a perdu l'illusion littéraire comme cette épave que le flot laisse surnager un moment pour la jeter avec plus de complaisance dans l'abime. Que nos revues soient assez prospères pour payer une collaboration choisie, elles seront alimentées du plus pur miel. Ce qui manque ce n'est pas l'écrivain, c'est l'argent : du7'us est hic sermo !

C'est le 1er Août 1818, que parut le premier numéro de la plus ancienne revue littéraire publiée en Canada: — V Abeille Canadienne^ journal de littéra- :ture et de science. Cette revue fuffondée et dirigée par M. Mézière, littérateur canadien qui séjourna longtemps en France. Il se publiait alors en Bas- Canada huit journaux politiques, tant anglais que français; et, c'est afin de répondre à un besoin d'une

autre nature qu'il fonda, à Montréal, un journal purement littéraire et scientifique, paraissant deux fois par mois, par livraison de 40 pp. ln-8. Cette publication se continua jusqu'au mois de Janvier 1819. Elle fut interrompue faute d'encouragement. Elle forme un joli volume de 440 pages, texte serré. L'impression fait honneur à nos ateliers primitifs de typographie. Malheureusement ce volume est devenu très rare. C'est à peine si on peut en constater l'existence dans nos meilleures bibliothèques. Le prix de l'abonnement était de huit piastres par année. Des progrès notables ont été faits depuis lors, car on s'abonne maintenant à la Revue Canadienne pour deux piastres par an. Et cette dernière publication est de beaucoup plus volumineuse et plus importante que l'autre.

Ce premier essai de revue littéraire est, on le comprend, d'assez mince valeur au point de vue de la littérature indigène. C'est plutôt une compilation d'écrits étrangers empruntés aux revues européennes. Nous y trouvons des anecdotes, des poésies légères, des démonstrations sur l'histoire et les sciences naturelles ; il y a delà variété, mais peu d'originalité. Les écrits d'origine canadienne sont rares ; on r.e borne à des aperçus timides sur la condition économique et politique du pays. Quoi qu'il en soit V Abeille Canadienne reste encore la première borne qui indique le départ du mouvement littéraire en Canada. A ce point de vue, elle a un mérite réel. Elle a contribué à réveiller le sentiment dy beau, à le former, à l'agrandir.

b MELANGES HISTORIQUES ET LITTERAIRES.

J'ai déjà eu occasion de parler longuement (1) de Michel Bibaud, nn des auteurs les plus infatigables de notre littérature nationale. C'est peut être l'écrivain qui nous rallie le mieux au passé ; il nous en a conservé les notions et les souvenirs. Son style même porte ce caractère antique qui rappelle le goût et la méthode d'un autre âge.

En 1825, Bibaud commençait la publication d'une revue périodique intitulée : La Bibliothèque Canadienne^ et qui plus tard fut succsesivement connue sous les noms de U Observateur^ Le Magasin du Bas- Canada^ VEncyclo'pèdie Canadienne, Le tout forme douze gros volumes où sont compilés, entassés, sans ordre comme toujours, des écrits précieux et très savamment élaborés. Encore une fois je ne saurais trop louer le zèle infatigable de cet écrivain. Il a bien contribué à répandre les connaissances utiles et l'amour des lettres françaises dans ce pays. Longtemps il a lutté seul, à coté de Jacques Viger et de quelques autres. Ils ne réussirent à renverser les obstacles que par une persévérance digne d'éloges.

La Bibliothèque Canadienne est un vaste champ où foisonne une foule de choses rares et neuves. On y trouve de tout : de l'histoire d'abord, car il semble que Bibaud en a fait son étude favorite ; ensuite, des écrits sur l'agriculture, la physique, la géologie, la géographie, Pèconomie politique, la topographie, etc. Si cette compilation, qui pêche sous le rapport de l'ordonnance des matières, se présentait à nous avec les dehors agréables de nos revues contemporaines, elle acquèrerait plus d'importance et devien-

(1) Hisl. de la lill. canadienne, passim.

drait l'ornement des bibliothèques privées, à cause de son caractère tout-à-fait national. Mais c'est à peine si nous pouvons la trouver dans les bibliothèques publiques. Quel intérêt, par exemple, avonsnous à lire, à chaque fascicule, une liste détaillée et longue des décès, naissances et mariages? Pourquoi cultiver l'argot et l'anecdote dans un cham.p destiné à n'offrir au public que des travaux sérieux? Ce sont autant de détails importants auxquels l'auteur n'a pas fait attention. Les articles de fond sont écrits avec cette apreté, cette rudesse et cette sécheresse qui font le caractère dominant du style de Michel Bibaud. La pensée chez lui n'arrive qu'avec efforL Il est oblisjé de mouler sa phrase avant de la coucher sur le papier. Elle ne coule pas, elle arrive pesante et saccadée. Il représente bien la première phase de notre littérature ; il en a gardé l'empreinte dans ses écrits qui marquent à la fois de la rudesse et de l'originalité.

Lorsque Bibaud entreprit de publier La Bibliothèque Canadienne en 1825, il n'y avait pas une feuille XJériodique pour faire connaître les idées et les ouvrages qui avaient cours ailleurs. Il ne s'y publiait pas un seul journal littéraire ou scientifique en langue française. Le prospectus s'exprime ainsi : '' Faire disparaitre ce qui peut réellement être regardé comme une tache à notre pays, répandre parmi la généralité de ses habitants la connaissance de ce que les sciences, les arts et les lettres offrent de plus agréable et de plus utile dans le commerce de la vie ; encourager et propager, autant qu'on peut le faire au moyen de la publication, parmi les canadiens.

tous les genres d'industrie dont leur pays est capable'; faire resortir, par une éloge méritée, les talents et les connaissances souvent trop inconnus ou trop modestes de nos compatriotes, morts ou vivants ; mettre au jour des monuments littéraires, des traits d'his toire, ou des faits à l'honneur ou à l'avantage du pays, restés jusqu'à cette heure dans l'obscurité; inspirer à nos jeunes compatriotes le goût de l'étude et de l'instruction, et faire connaître ou entretenir parmi eux une noble et louable émulation ; enfm, faire connaître toute l'étendue du pays qu'on appelle ou qu'on peut appeler Canada, miieux et plus avantageusement qu'il ne l'est môme de ses propres habitants; tels sont les principaux objets que nous avons en vue, en entreprenant de publier La Bibliothèque Canadienne."

L'œuvre capitale publiée dans La Bibliothèque Canadienne est, sans contredit l'histoire du Canada de Bibaud, qui parut plus tard en volumes séparés. La Saberdache du Commandeur Viger mérite d'être citée, avec quelques fragments de l'histoire du Canada du Dr. Jacques Labrie.

Cette publication, commencée en 1825, s'arrête à 1830, et forme neuf volumes in-octavo, de 200 pages.

En 1830 Bibaud transforma sa publication en lui donnant le titre suivant: L'Observateur^ ci devant la Bibliothèque Canadienne^ journal historique^ littéraire et politique. Elle dura deux années, 1830 et 1831, et forme deux volumes de 400 pages in-octavo. Cette publication présente le même caractère que la précédente ; elle contient la suite de l'histoire du Canada. Je n'ai pu découvrir le motif qui ait pu engager l'auteur à changer le nom de sa revue.

Enfin, en 1832, cette publication apparaît sons un autre no-n ; c'est maintenant Le Magasin du Bas-Canada, 2 vol, 250 pp. in-8. Elle ne dura qu'une année. En sorte que l'œuvre de Bibaud comprend douze volumes et embrasse une espace de douze ans sans interruption.

Après un intervalle de deux ans, Bibaud fonda une nouvelle revue mensuelle, U Encyclopédie Canadienne, journal littéraire et scientifique. Cette nouvelle entreprise ne survécut qu'une année. V Encyclopédie forme un volume de 430, in-8. On y lit avec intérêt les Antiquités Canadiennes que je crois être de la plume de Bibaud, jeune. Le reste présente un aspect très varié ; il y en a pour tous les goûts : histoire, géographie, topographie, minéralogie, industrie, agriculture, découvertes, inventions, questions légales et médicales. La plupart de ces articles ont été empruntés aux publications étrangères.

Tous ces volumes ont un défaut commun, celui d'être faits sans ordre, sans méthode. Une petite table seulement aurait pu remédier à cela. Mais Bibaud n'a jamais connu la valeur et l'importance d'une classification régulière. On se dispensait de ce luxe dans son temps.

N'empêche que nous devons des remercîments à Bibaud. Il a fait de nobles efforts pour cultiver les belles lettres à une époque très-difficile. Ses défauts sont empruntés à son temps. Ses recherches historiques sont véritablement méritoires. Ses données ne sont pas toujours appuyées sur des documents officiels, mais il y a un effort dans ce sens. Et c'est beaucoup ! Car nous ne pouvons voir clair dans notre

passé que depuis 1840, depuis rapparitiou du livre de Garneau. Bibaud a cependant préparé la voie à l'historien national du Canada.

De plus, cette série de volumes est la meilleure expression de notre littérature mélangée pendant cette période. Car, sauf deux ou trois revues éphémères qui parurent de 1825 à 1840, et quelques rares écrits recueillis dans le Répertoire National en 1848, ou publiés séparément, il ne nous reste que les œuvres mélangées de Bibaud qui embrassent une période de près de quinze ans. En travaillant ainsi il s'est donc acquis des droits à notre reconnaissance. Bibaud est un vieil ouvrier de la pensée en Canada ; je désire qu'on ne Poublie pas. Tel qu'on le voit dans ses humbles publications, avec sa phrase sèche, sa méthode obscure, il ne laisse pas d'être admirable lors qu'on songe aux difficultés qui lui barrèrent le chemin. A ces titres, c'est sinon un littérateur distingué et brillant, du moins un homme instruis, un grand citoyen dont le nom se place à côté de son contemporain, Joseph-François Perrault.

En 1848, M. J. Huston entreprit la publication d'une compilation très précieuse et qui reste au milieu de nous comme un monument élevé à la gloire de nos pères dans la littérature nationale ; c'est le Répertoire National^ en 4 volumes, in-8, 400 pp. Cette publication, commencée en 1848, ne fut terminée qu'en 1850.

Elle a d'autant plus de mérite de nos jours qu'elle est devenue très rare. L'auteur a eu le bon esprit d'en faire une œuvre éminemment nationale en ce qu'elle ne renferme que des essais

indigènes. Il fait bon de lire ces pages déjà vieilles de trente ans ; il s'en éciiappe un parfum national qui nous transporte à une époque où le sentiment de la nationalité était si fort épris dans les cœurs canadiens. Nous y lisons de bons articles en prose et en vers : Parent, Doutre, Aubin, Lacombe, TEcuTER, Ghauveau, Garneau, Bédard, Lenoir, font tour à tour les délices du lecteur; en un mot, nous y voyons les meilleurs écrits, en prose et en vers, publiés jusqu'à 1850. Ce recueil permet également de suivre le mouvement littéraire année par année, décade par décade ; nous y lisons des poésies — celles de Quesnel, par exemple — qui remontent à 1778. La marche de la littérature et les progrès du mouvement littéraire sont donc très-faciles à suivre.

La tâche de M. Huston était de réunir les meilleurs écrits publiés parmi nous depuis la cession du pays à l'Angleterre ; il s'en est acquitté avec tact. J'emprunte aux Critiques littéraires (1) de M. l'abbé Gasgrain, l'extrait suivant qui nous fera apprécier le parfum national de ce recueil :

" Quel est donc ce poëte italien qui à l'aspect du printemps, — cette jeunesse de l'année — sentait renaître en lui-même, et chantait la jeunesse — ce printemps de la vie ?

Oh primavera ! gîoventu dell anno.

Oh gioventu ! primavera délia vita.

" Tout ce qui, dans la nature ou dans l'âme, respire printemps ou jeunesse, a le don d'émouvoir et de captiver.

(1) Opinio7i publique, 111.291.

^^ C'est cette pensée qui me venait, ce matin à l'esprit, en ouvrant le premier recueil de notre littérature— le Répertoire National. Tout humble et imparfait que soit ce recueil, il s'en échappe une fraîcheur de jeunesse, une odeur de printemps, de fleurs à demi écloses — fleurs des champs, fleurs des bois, si vous le voulez,— pâles et parfois étiolées, mais dont la vue fait du bien à l'âme, parce qu'elle fait naître l'espérance. Ces fleurs hâtives annoncent la saison printanière, la prochaine floraison.

" Les quatre volumes du Répertoire National contiennent peu de pages vraiment remarquables. " Les chefs-d'œuvre sont rares, dit son épigraphe, et les écrits sans défauts sont encore à naître." Cependant ce recueil aura toujours du prix aux yeux des lecteurs canadiens, parce qu'il renferme les premiers essais de ceux qui ont été les créateurs de notre littérature. C'est la pensée flottante, vaguement ébauchée, d'un peuple qui se replie, pour la première fois, sur lui-même.

" L'enfant qui, au sortir du berceau, balbutie quelques paroles, entre un sourire et une larme, a des grâces naïves qu'en vain on lui cherchera plus tard. Le peuple tout jeune qui parle, qui chante, qui pense dans le Répertoire National^ ressemble à cet enfant qui se regarde, et s'écoute vivre. Les larmes du passé sont essuyées par les espérances de l'avenir ; et il prête l'oreille aux sons de sa voix qu'il entend revenir des échos voisins. Il y a, dans les paroles qui tombent de ses lèvres, un ton d'inexpérience une aimable gaucherie, dans ses expressions des naïvetés d'enthousiasme, dans son chant des éclats

de voix qui font sourire, mais qui aussi font aimer.

" On aime cette ardeur de patriotisme, cette fierté de sentiment, celte dignité nationale ; mais, au-dessus de tout cela, on aime et on admire cette foi chrétienne, cette moralité d'âmes vierges, sources de tout génie et de toute inspiration. Le Répertoire National est un choix de lectures sereines qui témoigne hautement des principes et de l'honneur de notre peuple.

" Comme à l'origine de toutes les littératures, la poésie occupe une large part dans ce recueil. L'homme admire et chante avant de raisonner sa pensée."

La Ruche Littéraire^ rédigée par Emile Chevalier, remonte à 1852. La littérature canadienne entrait à cette époque dans une ère nouvelle; petit à petit elle prenait son essor, chaque jour accusait un progrès nouveau. M. Chevalier, français de talent, qui demeura quelques années au mileu de nous et qui jouit dans son pays d'une réputation de littérateur, se mit à la tête du mouvement en fondant sa revue. De toutes nos publications mensuelles elle donna et remplit, la première, l'idée du genre. Elle paraissait une fois par mois, par livraison de 64 pages, et formait à la fm de l'année un beau volume in-8, deux colonnes, de 750 pages. Chaque livraison contenait la publication d'une nouvelle canadienne, d'un roman de mœurs ou d'une esquisse originale, des poésies détachées de nos meilleurs troubadours, un roman de littérature étrangère, un bulletin pittoresque résumant les événements du mois, des articles bibliographiques, et3. La partie

bibliographique a été malheureusement trop négli gée. Commencée en 1852, cette publication s'arrête à 1854, formant deux volumes malheureusement trop rares de nos jours. C'est d'ailleurs un inconvénient commun à la plupart de nos recueils périodiques. Cela s'explique parceque le tirage en a toujours été fort limité.

Ces deux volumes sont, en grande partie, remplis par M. Chevalier, dont la plume féconde créait autour de lui, sinon des chef-d'oeuvres, du moins des écrits variés et intéressants. Se? romans sont : Un quart cVheure de Rabelais, Vlsle de Sable, La Huronne de Loreîte. Ce dernier n'a pas été terminé dans la Ruche. A part cela on a encore Le Faux Dévot, par Eugène l'Ecuyer, Le clerc de Notaire, par Léon G., une traduction du roman de Madame Beecher Stove, La case du père Tom, qui venait de paraître ; des poésies signées par Lenoir, Charles Laberge, F. G. Marchand, Ophir Pelletier, J. Gentil, Victor Baron et Félix Vogeli.

J'ai dit ailleurs (1) ce que je pensais des travaux littéraires de M. E. Chevalier, je n'ai pas à revenir sur le jugement que j'ai prononcé. Toutes ses œuvres laissent voir le même défaut. Il n'y a pas d'unité, parceque le plan n'est pas tracé d'avance. Il écrit au jour lé jour, à bride abattue, pour remplir les pages du fascicule. On croirait que les imprimeurs lui ont arraché son manuscrit. D'ailleurs avec la meilleure volonté il ne pouvait faire justice à tous ces travaux, puisqu'il mettait sur le métier

(l) Hist. de la litl. canadienne.

trois on quatre romans à la fois. Son intrigue se môle, s'enchevêtre et ToBuvre manque d'unité et d'enchaînement. Pour tout cela la Ruche littéraire ne dépare pas nos mélanges littéraires.

Le Journal de V Inslruction Publique a été fondé en 1857 par le surintendant de l'éducation, M. Chau- VEAU. Il complétait le système d'éducation inauguré par la loi de 1857, concernant les écoles. Cette publication, qui paraissait par livraison mensuelle de 32 pages, in-4, formait à là fin de l'année un joli volume. On y lit beaucoup d'articles sur la pédagogie etl'enseignement en général; on voit qu'elle s'adresse surtout à l'instituteur. La partie la plus originale est la revue des événements du mois, écrite avec verve et talent pendant les dix premières années, par M. Ghauveau lui-même. Il a été assisté dans cette œuvre, par MM. Alex Ghauveatj, A. N. Montpetit et Oscar Dunn, qui occupèrent tour à tour le fauteuil éditorial. La série complète forme plus de 18 volumes.

UEcho du Cabinet de Lecture Paroissial de Montréal^ a été fondé par les Messieurs du Séminaire de St. Sulpice, le premier janvier 1859. Cette revue était publiée deux fois jjar mois, formant à la fin de l'année un volume de 380 pages, in-4, à deux colonnes. Cette première série fut continuée jusqu'en i8G7. Dupuis 1867 VEcho du Cabinet forme une nouvelle série, publiée par livraison mensuelle de 80 pages, in-8, formant à la fin de l'année un fort volume de 960 pages, avec table analytique et alphabétique. Cette publication compte donc aujourd'hui quinze volumes, dont les huit premiers appartiennent à la première série et les autres à la seconde.

Il fallait aux jeunes gens de l'époque, qui fréquentaient les cercles littéraires de Montréal, une revue spécialement destinée à recevoir les essais qui étaient lus au sein de ces athénées de littérateurs en herbe. La Revue Canadienne n'existait pas encore, de manière que VEcho du Cabinet reçut durant les premières années de son existence, et on peut dire pendant toute la première série, l'entouragement de la jeunesse studieuse et instruite. Nous y lisons de nombreux essais de littérature nationale, des chroniques, des lectures sur différents sujets, des pièces de poésie, des morceaux de musique notée, des notices biographiques et bibliographiques, etc. Parmi les principaux collaborateurs on remarque surtout les noms de MM. A. Belle, A. Genand, J. Hoyal, E. DeBelle-

FEUILLE, N. BOURASSA, G. BoUCHER, F. X. A. TrUDEL,

p. Stevens, j. A. N. Provencher, A. Dansereau, etc. Parmi les versificateurs se trouvent MM. Marsais, SuLTE, Blainde St. Aubin, etc.

La deuxième série a beaucoup moins d'originalité que la première. Les travaux canadiens sont plus rares pour ne pas dire entièrement absents. A part la chronique religieuse qu'on y publie chaque mois et qui ne touche que de loin aux événements politiques, il n'y a guère que des reproductions de grands travaux étrangers. G'est ainsi que cette série a reproduit VHistoire de la Colonie Française, par l'abbé Paillon ; De V Autorité en Philosophie, par l'abbé Granet ; Notre-Dame de Lourdes, La Francmaçonnerie et autres brochures de Mgr. de Ségur ; des nouvelles empruntées aux romanciers d'Europe, etc.

VEcho parait encore régulièrement. Cette publi

cation, supportée par les sacrifices d'argent des MM. du Séminaire de St. Salpice, a vu naître et mourir beaucoup d'autres publications nationales. L'abbé Regourd en a été le rédacteur-en-chef depuis sa fondation; c'est lui, je crois, qui écrit la chronique du mois.

Les Soirées Canadiennes^ recueil de littérature nationale, en 4 volumes, parurent en 18ôl .

L'épigraphe de cette publication est emprunté à Charles Nodier: " Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du peuple avant qu'il les ait oubliées." Ce recueil, dit le prospectus, sera surtout consacré à soustraire nos belles légendes canadiennes à un oubli dont elles sont plus que jamais menacées, à perpétuer ainsi les souvenirs conservés dans la mémoire de nos vieux narrateurs, et à vulgariser la connaissance de certains épisodes peu connus de l'histoire de notre pays."

Les Soirées Canadiennes de même que le Foyer Canadien, sont des publications essentiellement québecquoises. Les lettres canadiennes sont redevables à cette ville de plusieurs travaux littéraires. Peut-être a t-on mieux cÔTipris à Québec qu'à Montréal l'importance de ces pubhcations mensuelles de littérature nationale. On a dit môme que Montréal cherchait plus à s'agrandir par le commerce et Québec plus par la culture des lettres, des sciences et des arts. Il n'en n'est pas moins vrai que la ville de Ghamplain s'est toujours distinguée par le culte qu'elle a rendu aux travaux de l'intelligence. Sa société littéraire et historique et l'Université Laval ont beaucoup contribué à amener ces résultats heureux.

La plupart des écrivains qui ont con'.ribué au succès des Soirées Canadiennes ont été mentionnés ailleurs. Les meilleurs écrits en prose sont : Trois Légendes de mon pays^ par J. G. Taché ; Jean Rivard le Défricheur, par Gérin-Lajoie ; La Jongleuse, par l'abbé Casgrain ; et le Journal sur les côtes de la Gaspésie, de l'abbé Ferland. Les Soirées Canadiennes renferment surtout des écrits en prose ; il y a peu de poésie, et si vous enlevez la Promenade de Trois Morts de Crémazie, il vous reste bien peu de strophes remarquables.

Les Soirées Canadiennes parurent d'abord en 1864. Elles étaient publiées par livraison mensuelle de 32 pages. Elles se continuèrent jusqu'en 1868, formant quatre forts volumes de 400 pages chaque. Les Soirées font suite au Répertoire National, et contiennent les manuscrits restés en arrière depuis 1850.

Le Foyer Canadien, recueil littéraire et historique, fut publié à Québec en 1863-64 ; il forme deux volumes in-8o., pp. 400.

Ce recueil était destiné à réunir et conserver nos essais de littérature indigène et nos œuvres inédites : poésie, critiques littéraires, légendes-, nouvelles, peintures des mœurs et de la nature de notre pays, impressions de voyages, esquisses historiques, biographiques et môme topographiques, et enfin toute œuvre canadienne se distinguant par quelque originalité de vues, de poésie ou de style.

Le premier volume renferme la biographie de Mgr. Plessis par l'abbé Ferland, laquelle occupe un large espace ; les Bois Francs par l'abbé Trudelle, et quelques pièces de poésie. Dans le second volume

se trouve Jean Rivarcl^ Economiste de GÉRiN-LA.foiE. Ces travaux out été mentionnés et appréciés ailleurs ; il est inutile d'insister davantage sur leur mérite. Cette publication fait honneur à Québec et à ses écrivains si nombreux et si recommandables.

La Littérature Canadienne^ 2 vols., in-8o. pp. 380, est une excellente compilation, publiée en 1864 sous la direction du Foyer Canadien. L'objet de ce recueil était de réunir en quelques volumes les plus remarquables d'entre nos travaux littéraires publiés depuis 1850, et rattacher ainsi notre littérature contemporaine à l'excellent Répertoire National de M. Huston. Ainsi donc, un bon nombre de discours, brochures, récits, légendes, esquisses de mœurs, d'articles de bibliographie et de biographie, opuscules en vers et en prose etc., qui parurent dans les journaux français de 1850 à 1860, ont été reproduits dans la Littérature Canadienne.

Ajoutons ici que la littérature canadienne a fait beaucoup de progrès depuis 1850; c'est surtout depuis cette époque que date le véritable mouvement littéraire canadien. Ce progrès fut encore plus sensible vers 1860. En moins de quelques semaines le nombre des abonnés du Foyer Canadien^ qui commença à cette date, s'élevait à près de 2000, ce qui permit aux éditeurs de publier, en sus des livraisons régulières, les deux volumes de Littérature Canadienne. Le premier volume de la Littérature Canadienne renferme les quatre lectures de M. Etienne Parent, sur des sujets d'économie politique ; le discours de M. Chauveau prononcé à la cérémonie de la pose de la pierre angulaire du monument dédié, par souscrip-

tion nationale, à la mémoire des braves tombés sur les plaines d'Abraham ; quelques écrits de l'Abbé Ferland, et le Voyage en Angleterre et en France de Garneau.

Le second volume de La Littérature Canadienne fut spécialement consacré à la poésie, tandis que le premier l'avait été exclusivement à la prose. Parmi les ouvrages en prose contenus dans ce volume on remarque surtout Le Chercheur de trésors ou influence d'un livre, par Philippe Aubert de Gaspé, fils. On y retrouve les œuvres poétiques de Crëmazie, FisET, Lenoir, etc., qui parurent dans la presse de 1850 à 1860.

Le mouvement littéraire canadien date surtout de 1860. A cette époque il était devenu nécessaire de donner à la littérature française, en Canada, un organe capable de lui assurer un développement régulier et simultané dans toutes les branches des connaissances humaine^. La spontanéité qui avait caractérisé jusqu'alors le mouvement littéraire avait produit d'excellents résultats ; le réveil des études s'était fait partout; des sociétés académiques avaient été fondées ; partout la jeunesse s'était mise à l'œuvre. La Revue Canadienne fut donc fondée pour accentuer ce mouvement, s'en faire l'écho, le fortifier autant que possible.

Ce recueil embrasse un cadre vaste et varié ; il s'attache de préférence aux études spéciales d'économie politique, de droit, d'apologétique chrétienne, d'histoire, de littérature française, anglaise et américaine, de bibliographie et de feuilleton. Sa ligne de conduite se résume dans ces paroles de St. Au-

gastin : In necessariis unitas^ in dubiis libertas^ in omnibus chantas. La pensée qui a présidé à sa fondation était l'avenir de notre littérature, le salut de nos institutions civiles et religieuses, notre nationalité.

La Revue Canadienne est de beaucoup la meilleure publication que nous ayons encore eue en Canada. Elle a pris l'importance et le degré de développement des plus grandes revues de ce continent; elle comprend une série de douze volumes, in-8, de 800 pages. La variété des écrits qu'elle contient, leur mérite intrinsèque, la couleur nationale qui enveloppe le tout, en font une œuvre de prix que les amateurs de la bonwe littérature canadienne aiment à placer dans un endroit apparent de leur bibliothèque.

Celte publication, qui commença à paraître en 1864, continue encore. Nos meilleurs écrivains, depuis 18G0, ont contribué à assurer ses succès. Il est impossible de les passer en revue et de les citer tous; mais elle renferme des écrits de longue haleine que nous avons étudiés ailleurs. Deux primeurs ont particulièrement assuré sa réputation : Une de perdue, deux de trouvées, de M. de Boucherville ; Jacques et Marie^ de M. Bourassa, sans compter la publication de quelques nouvelles canadiennes d'un mérite moins accentué. Mais on admettra, avec moi, que les derniers volumes de cette publication n'offrent point le degré d'intérêt que possèdent les premiers tomes. De nos jours les écrits originaux et indigènes sont devenus rares. Ces excellents articles de littératures nationales qu'on lisait avec tant

de charmes dans les commencements de la Revue ont été remplacés par des extraits de littérature étrangère; on emprunte tout à la France et on ne laisse qu'un tout petit espace pour le Canada. Ceci s'explique un peu par la dispersion de ses fondateurs ; les uns ont pris une direction ; les autres, une autre ; la politique a enlevé le grand nombre ; la mort, quelques-uns. Le sang nouveau n'a pas non plus suffi pour réparer ces pertes. En général les pages de la Revue, à partir de 1870, sont pâles et incolores. De Boucherville, Bourassa, Faucher de St. Maurice, Provencher, l'abbé Raymond, De Bellefeuille, Royal ont été remplacés par Tassé, Suite, Routhier, Marmette, De Montigny, le Dr. Grenier, Prud'homme, Gélinas et F. X. Deniers. Ces derniers ont certainement leur mérite ; je loue leur zèle et ma plume leur rend hommage, mais pour- une raison ou pour nne autre, ils n'ont pas continué avec autant d'éclat la tâche de leurs devanciers. Ce n'est pas le talent qui manque à ces écrivains, mais plusieurs d'entre eux ayant à alimenter d'autres publications, ils n'ont pu consacrer là le meilleur de leurs loisirs. La partie bibliographique, suivie de près dans les premiers volumes, a été négligée dans les derniers. C'est une lacune et un oubli impardonnables pour une publication littéraire.

A part les deux romans de longue haleine que j'ai cité, on lit encore avec attrait De Québec à Mexico^ par Faucher de St. Maurice ; Charles et Eva et La fiancée du rebelle, par Marmette ; Les Canadiens de VOuest^ par Tassé ; Entretien sur Naples et Etudes sur le moyen-dge, par l'abbé Raymond; De la

profession religieuse en Bas-Canada, par De Bellefeuille ; Les Fiancés (/'ou^re-romèe, par Melle. Gha- GNON ; Les études religieuses de F. X. Demers ; Monsieur Fatenmlle^ vaudeville, par F. G. Marchand ; plusieurs articles de mérite sur l'histoire et l'économie politique, par Benjamin Sulte, etc.

UEcho de la France^ revue étrangère de science et de littérature, publiée sous la direction de Louis Ricard, Avocat, parut en 1865. Ce recueil paraissait une fois par semaine, et avait trente deux pages, deux colonnes, formant à la fin de Tannée 3 volumes de 450 pages. 11 dura jusqu'à 1870, formant en tout 9 volumes in-8.

Le but de cette publication était de reproduire dans un seul cadre tous les morceaux choisis répandus dans les- principales revues, journaux, et recueils périodiques publiés en Europe et surtout en France. Elle était destinée à remplir une lacune dont le vide se faisait sentir parmi nous, et qui n'a pas encore été comblée depuis que VEcho de la France a cessé de paraître, en mettant les Canadiens au fait des discussions politiques et religieuses, et des beautés littéraires, historiques, et scientifiques du vieux monde ,

Cette revue portait un caractère exclusif et n'admettait aucun écrit national, aucune nouvelle locale. Elle avait pour épigraphe : Réaliser le bien et contempler le beau.

C'est une pensée généreuse qui anima sans doute M. Ricard lorsqu'il entreorit cette publication, destinée à ressembler au Catholic World de New-York, et au LetteWs Livings Age de Boston. Il fit beaucoup d'efforts pour mettre son œuvre à la hauteur de ces

revues importantes. Mais il comptait sans l'indifférence du public canadien qui ne p3ut môme pas soutenir une publication indigène, destinée au progrès de la littérature exclusivement canadienne. Plus tard, à une époque plus ou moins éloignée, je n'ai aucun doute que ce genre de publication trouvera plus d'encouragement dans nos rangs.

Nous trouvons dans le recueil de M. Pvicard les pages les plus estimées des littérateurs comtemporains : Mgr. Dupanloup, Montalembert, le père Félix, le xjère Hyacinthe, Mme. Swetchine, le père Lacordère, Kolb, Bernard, Thiers, Berryer, Lamartine, Michel Chevalier, Veuillot, Jules Laguerronnière, Victor Hugo, Nettement, Jules Janin, Villemain, Victor Cousin, Aug. Nicolas, Laurentie, Léon Gauthier, Guizot, St. Marc Girardin, etc.

U Album de la Minerve date du 1er Janvier 1872. Le premier volume forme un gros octavo de 750 pages, 2 colonnes.

Les principaux écrits originaux- contenus dans le premier volume sont le roman Sabre et Scapel de M. Legendre ; Un Episode de 1837 ; Le vaudeville de M. Marchand : Erreur n'est pas Compte ; Les Zoophites du Canada par le Dr. Crevier ; Les Beaux Arts par l'abbé Chabert ; Développement?^ de la Litiératurc Canadienne par M. J. Tassé ; quelques esquisses canadiennes écrites par MM. Montpetit, Benj. Globenski, W. De Lery, B. Sulte (sous le pseudonyme de Chs. Ameau) et Charles Dorion.

Outre la partie littéraire, V Album de la Minerve a encore un autre objet en vue, la mode. Chaque livraison contient un courrier de la mode et des

planches représentant les toilettes favorites. Cette publication fut suspendue l'année suivante.

Voilà pour nos revues ; examinons maintenant la liste de nos journaux.

La Gazette de Québec, premier journal publié en Canada parut en 1764 ; le premier numéro du Québec Mercury, le 5 Janvier 1805 ; la Gazette de Montréal, en 1784 et le Herald^ en 1838. Mais tous ces journaux, étaient opposés aux intérêts canadiens français. Ils ne gardaient aucun ménagement chafois qu'il s'agissait de notre nationalité. Le Mercury, en 1806, disait : *' Cette province est déjà trop française, il est absolument nécessaire que nous fassions tous nos efforts par tous les moyens avouables pour nous opposer à l'accroissement des Français et de leur influence. Après une possession de 47 ans, il est juste que la province devienne anglaise."

On ne pouvait décréter plus audacieusement l'anéantissement de ce qu'un peuple a de plus cher: sa religion, sa langue, ses institutions. Les Canadiens jugèrent qu'il était temps de fonder un journal destiné à défendre leurs intérêts. Le 22 Novembre 1806, parut le prospectus du Canadien. Ce furent MM. Bédard, Taschereau, Blanchet, BouRDAGES et PLA^'TE qui achetèrent à leur frais le matériel nécessaire, et qui rédigèrent le journal pendant longtemps.

"Il y a déjà longtemps, disait le prospectus, que des personnes qui aiment leur pays et leur gouvernement, regrettent que le rare trésor que nous possédons dans notre constitution demeure si longtemps caché, la liberté de la presse. Ce droit qu'a le peu-

pie anglais, d'exprimer librement ses sentiments sur tous les actes publics de son gouvernement est ce qui en fait le principal ressort; c'est cette liberté qui rend la constitution anglaise si propre à faire le bonheur des peuples qui sont sous sa protection. Tous les gouvernements doivent avoir ce but, et tous désireraient peut être l'obtenir, mais tous n'en ont pas les moyens. Le despote ne connaît le peuple que par le portrait que lui en font les courtisans, et n'a d'autre conseillers qu'eux. Sous la constitution d'Angleterre, le peuple a le droit de se faire connaître lui-même par le moyen de la presse ; et par l'expression libre de ses sentiments, toute la nation devient pour aivi dire le conseiller privé du gouvernement.

'' Le gouvernement despotique, toujours mal informé, est sans cesse exposé à heurter les sentiments et les intérêts du peuple qu'il ne connaît pas, et à lui faire, sans le vouloir, des maux et des malices dont il ne s'apperçoit qu'après qu'il n'est plus temps d'y remédier. De là vient que ces gouvernements sont sujets à de si terribles révolutions. Sous la constitution anglaise où rien n'est caché, où aucune contrainte n'empêche le peuple de dire librement ce qu'il pense, et où le peuple pense pour ainsi dire tout haut, il est impossible que de pareils inconvénients peuvent avoir lieu; et c'est là ce qui fait la force étonnante de cette constitution qui n'a reçu aucune atteinte, quand toutes celles de l'Europe ont été bouleversées les unes après les autres.

*' Les Canadiens comme les plus nouveaux sujets de l'empire ont surtout intérêt à n'être pas mal représentés.

REVUES ET JOURNAUX. Tl,

'• 11 n'y a pas bien longtemps qu'on les a vus en butle à de noires insinuations, dans un papier publié en anglais, sans avoir la liberté de répondre. Ils ont intérêt de dissiper les prégugés; ils ont intérêt surtout d'effacer les mauvaises impressions que les coups secrets de la malignité pourraient laissar dans l'esprit de l'Angleterre et du roi lui-même. On leur a fait un crime de se servir de leur langue maternelle pour exprimer leurs sentiments et se faire rendre justice, mais les accusations n'épouvantent que les coupables; l'expression sincère de la loyauté est loyale dans toutes les langues."

J'ai voulu reproduire en entier ce noble langage ;, il peint l'altitude prise par le parti des patriotes.

Ce langage élevé et sévère étonna le gouverne^ ment, et pour la première fois peut-être il s'aperçut que les Canadiens pouvaient penser et agir. On fit de vains efforts pour découvrir les auteurs des articles de fond; ils étaient publiés sous forme de lettres adressées à l'éditeur. On y étudiait les sujets au point de vue des idées constitutionnelles. Le Canadien entreprit de rudes passe d'armes avec le Mercury qui était l'organe du parti extrême. Définitivement, ont cru que la raison du pins fort était la meilleure, et le 17 mars 1810 on saisit le matériel du Canadien. On fit arrêter et jeter en prison ses rédacteurs, MM. Bédard, Taschereau, Blanchet et Bonrgia, de Québec, et MM. Viger, Blanchet et Laporte, de Montréal.

C'est à la suite de ces actes tyranniques que Craig lança sa fameuse proclamation remplies d'exagérations et représentant le Canada comme un volcan toujours en ébulition.

Faire l'histoire du Canadien c'est faire l'histoire de nos Iwttes parlementaires depuis 1806 jusqu'à 1837. Pendant toute cette période, il fut le véritable boulevard de la pensée franche et honnête, de l'expression hardie et sévère, des justes droits du parti canadien-français et des franchises populaires et nationales. Sa rédaction a été alimentée par nos meilleures plumes de l'époque. Il prenait tous les tons pour combattre tous les préjugés ; sérieux et grave, il a des passages moulés dans une prose vigoureuse et patriotique ; gai, spirituel, scarcastique, il a des épitres politiques intitulées Mercurielles dérigées conti'e le Mercury^ qui indiquent de la vivacité, de la chaleur et de la souplesse. Ses principaux rédacteurs signaient : Gaïus, L'ami de la justice, Britannicus, Anglo-Canadien, rObservateur,etc.

Le Canadien était publié le samedi de chaq-ue semaine, 4 pages in-4, deux colonnes, abonnement deux piastres par an. Son épigraphe était: Fiatjusticia ruât cœlum. En 1820,1a publication àii Canadien fut reprise par M. F. Vallerand; en 1830, MM. E. Parent et J. B. Fréchette, lui donnèrent une impulsion nouvelle. Depuis, il passa des mains de M. EvANTUREL à coUes de MM. Langevin, Huot et Tarte.

Ce fut sans doute une pensée généreuse qui poussa l'Hon. A. N. MoRiN à fonder, le 9 novembre 1826, le journal La Minerve. Ce journal paraissait, à l'origine, deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, avec quatre pages de matières, trois colonnes, in-4. Après la publication de quelques numéros, M. Morin en céda la propriété à M. L. Duvernay.

J'ai devant moi la liasse complète de ce journal si intimement mêlé à notre politique depuis sa fondation, et qui exerça sur les destinées du pays une action si prononcée. Certes ! ce n'est pas le lieu de discuter ici ' la tendance politique de cette feuille depuis vingt ans. Ce n'est pas le moment de rechercher si elle a persévéré dans cette ligne de conduite patriotique et libérale qui honore à si juste titre son fondateur. Non, il ne faut pas songer à cela. Ce journal a été l'organe principal d'un grand parti, elle a identifié sa cause avec lui ; elle a compris que sa prospérité et son existence dépendait de l'existence et des succès du parti conservateur ; qu'il fallait combattre toujours et sans relâche, et qu'elle ne devait céder le terrain qu'avec la dispersion de cette phalange brillante qui combattait à ses côtés.

Dans le prospectus, qui parut avec le premier numéro, l'éditeur commence par établir la nécessité de l'instruction, sa nécessité dans les sociétés, et l'action favorable qu'elle exerce sur les mœurs. C'est fort bien dit, en peu de mots. On mentionne ensuite la vulgarisation de l'éducation à notre époque, dans notre siècle ; c'est à elle que les sociétés sont redevables de cette liberté sage et chrétienne, de cette démocratie laborieuse qui a mitigé la monarchie en Europe par l'invention du système représentatif et qui a couvert l'Amérique de nouveaux Etats composés de citoyens honnêtes et libres, depuis l'embouchure de la Plata jusqu'aux glaces du Nord.

" Heureux, est-il dit, de vivre sous la protection d'un empire d'où sont sortis les germes de tant de libertés, c'est dans ces circonstances que nous entreprenons un journal.

" Les Canadiens, imitant l'antique loyauté de leurs pères, et vivant dans une paisible enfance, n'ont eu guère besoin d'éducation, ou plutôt n'en •ont pu faire usage, tant que des obstacles physiques isolant toutes les parties de la province, en faisaient autant de petites sociétés, étrangères les unes aux autres. Dès que leurs relations intérieures se sont agrandies, ils ont acquis des traits plus uniformes, un caratère plus frappant, et leurs facultés générales se sont développées d'avantage. C'est alors seulement qu'ils ont compris ce que c'était que la chose publique, et senti qu'il appartenait à l'éducation de lier toutes ces parties, et de les intéresser à la cause commune. Aussi, a-t-on vu depuis quelques années s'élever un grand nombre d'élablissemenls destinés à l'instruction de la jeunesse; mais comme on neconnait rien de la nécessité des connaissances qu'à mesure qu'elles se répendent, il reste à ce sujet beaucoup à désirer. Puisse notre journal contribuer à remplir les vœux •de nos compatriotes.

"- Nous suivrons avec attention la politique du pays. Ardents à soutenir les intérêts des Canadiens nous leur enseignerons à résister à toute usurpation <de leurs droits, en môme temps que nous tâcherons de leur faire apprécier et chérir les bienfaits et le gouvernement de la mère-patrie.

'^ L'histoire du pays sera aussi un des objets principaux de nos recherches. Nous prions ceux qui conservent d'anciennes traditions canadiennes de vouloir bien nous les communiquer, afin de les soumeltre à la critique avant que les monuments qui puissent servir à leur examen périssent."

Après avoir subi plusieurs transformations, la Minerve, qui d'abord n'était publié qae deux fois par semaine, avec nn format in-quarto, devient par la suite l'infolio quotidien que tout le monde connaît en Canada. Ce journal a été publié sans interruption depuis 1826, si l'on veut en excepter le temps des troubles de 37 et 38. Ses principaux rédacteurs ont été, l'Hon. Morin, R. Bellemarre, Gérin-Lajoie, DeLaPonterie, Marchand, Gélinas, Proyexcher, Dansereau, Dunn. Decelles, etc.

L'Avenir^ fut fondé en Juillet 1847, par une société en commandite de jeunes gens, et rédigé par un comité de callaborateurs. 11 portait pour devise : '^ Le travail triomphe de tout."

L'âme de la rédaction, celui qui a fait des efforts inouis pour maintenir cette feuille pendant les quatre années de son existence est Jean-Baptisle- Eric Dorion, le plus désintéressé, le plus persévérant ami de la liberté en Canada. Eric Dorion, ou l'Enfant îernble, comme on l'appelait, naquit à Ste. Anne de la Perade, le 17 Septembre 1820. L'un des ]Dremiers membres de l'Institut Canadien, il occupa la présidence en 1850. Appelé au parlement par les électeurs de Drummond et Arthabaska en 1854, il fut réélu trois fois depuis par la même circonscription électorale. Il mourut dans tout l'éclat de sa carrière politique le 1er Novembre 1866. Le succès d'un grand nombre de réformes lui revient de droit. Plus que tout autre, il sut pénétrer le peuple de la connaissance de ses droits., 11 fut le véritable fondateur de V Avenir] mais il a été aidé dans celte tâche par des amis dévoués à la

cause libérale, L. A. Dessaulles, Jos. Doutre, K. Laflamme, Labrèche Viger, Charles Laberge, Jos. Papin, Charles Daoust, G. F. Papineau, Auguste Papineau, etc. Leur ambition était de perpétuer dans le journal les idées et les sentiments qu'ils puisaient à l'Institut Canadien, foyer ardent de libéralisme. L'organe était destiné à stimuler, dans une autre sphère, l'amour du travail et de l'instruction mutuelle. La cause de l'éducation leur était chère; ils la mettaient en première ligne sur la longue liste de réformes qu'ils réclamaient de la législature. Voici le véritable programme de l'Avenir :

lo. L'abolition de la tenure seigneuriale;

2o. L'élection des membres du Conseil Législatif, jusqu'alors l'instrument du pouvoir ;

3o. La décentralisation du pouvoir judiciaire ;

4o. L'élection de la magistrature ;

5o. Le suffrage universel ;

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