GESSLER, FRÉDÉRIC, HERMAN
Gessler. — Vous êtes celui que l'on appelle le '' vieux de la montagne."
Herman. — Je suis celui que l'on appelle le '-vieux de la montagne."
Gessler. — D'ordinaire à votre âge on pense plutôt à mourir qu'à prêcher la révolte.
Herman. — J'ignore si c'est révolutionner la Suisse que de lui dire de toute la force de mes poumons : ^' Lève ta tête appesantie vieille Helvétie ! tes enfants veulent te donner un air de fête, te parer comme une fiancée qui attend son époux, en brisant tes fers, eo secouant tes chaînes, en déchirant les langes qui te retiennent captive." En effet, seigneur! vous pouvez verser notre sang, nous sommes vos prisonniers. La conquête est facile et le crime pour vous l'est encore davantage. Mais le sang de Werner et celui du " vieux de la montagne " retombera sur votre tête. D'autre vengeront notre mort et la Suisse entière succombera s'il le faut pour laver cette injure.
Gessler. — J'en ai assez de ces contes là. Découvrez moi vos conspirations. Peut-être pourriez vous par ce moyen échapper à la mort qui vous attend. Si tu refuses de parler la torture me viendra en aide, vite !
Herman. — Vous savez tout, j'ai déjà tout dit. Vn traître a dû vous l'apprendre. Tranchez d'un seul
coup toute la Suisse et vous aurez sabré la révolte. Le temps de l'action n'est pas marqué ; il est toujours venu. Le montagnard a toujours une flèche dans son carquois destinée à percer la poitrine du gouverneur. Un ennemi invisible, insaisissable rôde sanscesse autour de vous, se cachant dans les vallées, pénétrant dans vos murailles, aiguisant continuellement son poignard, vous traquant comme une bête fauve. Cet ennemi, c'est la Suisse qui demande sa liberté. Ce poignard, c'est la vengeance qui ne sera pas lente. Vous avez voulu savoir : j'ai dit.
Gessler. — Vous aurez le sort de l'autre. Frédéric conduisez ce vieillard avec le premier.