‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 8 sur 36 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, WALTER (entrant).

Walter. — Oui, Herman, nous devrions être tous au poste. Oui, le soleil a doré les plus hautes cînies de nos montagnes. Oui, la nature est verte, pittoresque et riante ; excepté pourtant ma vieillesse qui m'entraîne dans la tombe et qui m'ôte les forces nécessaires pour rendre un dernier service à ma patrie asservie. Oui, l'air est frais et pur ; mais ce n'est pourtant pas l'air de la liberté et de l'indépendance que nous respirons. La Suisse, la noble et vieille Helvêtie va crouler, Herman, si nous ne songeons à elle ; et sa chute, semblable aux avalanches du St. Gotharcl, écrasera sous ses décombres nos enfants, le fruit de nos entrailles.

Herman. — Oh! je reconnais bien la voix et les sentiments de mon vieil ami d'autrefois, de mon compagnon d'enfance. Walter, tu as bien dit. (s'adressant aux bergers). Vous en êtes témoins, enfants : le soleil luit, mais ne luit plus pour la Suisse. Gessler, l'affidé d'Albert d'Autriche l'a étouffée dans ses serres. Vous avez vu quelquefois dans nos montagnes le léopard bondir sur l'agneau sans défense, vous avez vu le faucon emportant dans ses serres l'alouette de nos vallons ; mais vous n'aviez rien vu qui pli vous rappeler la cruauté avant que Gessler eût foulé notre soi.

Walter. — Un cris s'est fait entendre du sein de nos montagnes, se repercutant sur les flancs de nos rochers. Ce cri patriotique, ce rugissement du lion qui se sent blessé se traduit par le mot liberté. Et nous l'aurons, amis ! Nous l'aurons ; c'est Guillaume Tel qui l'a prononcé. Déjà dans tout le canton d'Url se font des préparatifs. Il nous faut faire de même. Amis ! vos bâtons sont-ils ferrés ?

Tous. — Oui! nous irons, aux armes! guerre ! justice !

Herman. — Un sentiment secret m'assure que je verrai ma patrie libre de tout lien. L'autrichien ne saurait résister à nos flèches. Nous le traquerons €omme une bête fauve. Il ira, en aveugle, donner de la tête contre nos glaciers. La vengeance sera longue, car la souffrance a été longue ! Oui ! qu'estil devenu ce temps trois fois béni où nous avions nos coudées franches ? Le montagnard était heureux alors : c'était le temps où la bonne reine Berthe filait. Mais moi, je n'ai pas vu cet âge d'or et les cheveux du vieux de la montagne ont blanchi dans la servitude.

SCÈINE m.

Les mêmes, GUILLAUME TELL.

Tell (entrant). ^Consolez vous vieillard, je vous promets un libérateur.

Tous.- Guillaume Tell!!

Tell. — Oui, amis ! il en est temps ; la mesure est comble.

Tous.— Oui ! Oui ! !

Tell.— Bien I je m'y attendais. Chacun de nous

avons une injure particulière à laver, une vengeance à exercer. Pour moi, j'avais un fils, mon unique consolation. Eh ! bien, amis ! les tigres autrichiens me l'ont enlevé parce que moi, montagnard de la Suisse, j'avais refusé de plier le genoux devant le chapeau ducal de l'Autriche, dressé sur un pieu au milieu de la place d'Altdorf. Nous nous vengerons donc de toutes ces tyrannies. Nous combattrons et nous nou« ensevelirons s'il le faut sous les ruines de nos montagnes. Nous braverons les créneaux des citadelles autrichiennes et s'il faut tomber, nous tomberons comme des héros. Amis î dès ce jour, je prends le commendement. Voulez-vous m'obéir ?

Tous.— Oui ! Oui !

Tell. — Mon bras est au service de la pairie ; je jure de la délivrer.

Tous. — Aux armes ! Aux armes ! !

Tell. — Attendez, il nous faut le mot d'ordre. Nos ennemis sont puissants. Pour les vaincre joignons la ruse à la force. Vous allez parcourir les montagnes, donnant du cor, réveillant l'enthousiasme, réchauffant le patriotisme. La vallée de Gruttli sera le lieu du rendez-vous. Je serai au poste pour vous donner mes instructions. Pénétrez dans les chaumières. Dites aux femmes que leurs fils se doivent à la patrie ; dites aux vieillards d'être en paix et dans la quiétude, que l'heure de la vengeance est arrivée. Dites leurs que Berne, Zurich, Fribourg, Soleure, Schaffhouse et toute l'Helvétie n'attendent plus que le signal du combat. Allez ! vous serez des messagers de bonheur.

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