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CEITIQUE D’UNE CONFERENCE SUR LA FUSION DES RACES

Un jeune homme vient de faire, devant l’Institut Canadien, une conférence répréhensible. Il pose en principe c|ue les peuples comme les individus ne doivent avoir d’autre but que le progrès matériel et que, les distinctions nationales s’opposant à ce progrès, on doit chercher à les faire disparaître. C’est, d’après lui, une absurdité de prétendre que la langue et la religion constituent la nationalité d’un peuple ; c’est un préjugé, une chimère funeste qui entrave la marche de l’humanité vers la perfection, mais qui s’efface de jour en jour devant le progrès de la raison humaine.

Partant de ces données, il condamne, il flétrit les peuples qui, pour rester fidèles à leurs traditions nationales, aux souvenirs glorieux de leurs ancêtres, sacrifient leurs intérêts matériels, et il conclut en disant que les Canadiens-Français, s’élevant audessus de ces préjugés vulgaires, doivent chercher la prospérité et les progrès dans la fusion des races de l’Amérique Britannique du Nord.

Il est toujours choquant d'entendre proclamer des principes et des sentiments si flétrissants, mais quand ils partent de la bouche d’un jeune homme, on éprouve plus de pitié que de colère.

Ces sentiments, dans le cœur du jeune homme, ne sont pas naturels ; le désir de se faire une réputation d’esprit fort peut seul les inspirer: Il est de bon ton maintenant, paraît-il, de se vieillir pour excuser la froideur de ses sentiments et le scepticisme ridicule dont on aime à s’entourer ; on se moque de l’enthousiasme pour le beau et le vrai, si naturel aux jeunes âmes que le vice ou de sordides intérêts n’ont pas desséchées. , On veut paraître homme sérieux, homme positif à tout prix, en se dépouillant même du plus bel apanage de la jeunesse. Mais sachez donc, précoces vieillards, que tout s’enchaîne, dans l’ordre moral comme dans l’ordre physique et politique, et que détruire le sentiment national, c’est aft'aiblir et briser le lien qui fait la force des familles et des sociétés.

On aime son pays, on s’att^iche aux glorieuses traditions de ses ancêtres, à la langue, à la religion et aux mœurs qu’ils nous ont transmises, comme le fils aime son père et s’attache au nom, à l’héritage qu’il lui lègue. L’amour de la patrie est l’extension, l’ensemble de toutes les affections qui honorent la nature humaine, c’est l’océan où vont se confondre, comme autant de fleuves et de rivières, tous les sentiments du cœur humain. Aussi nier l’un, c’est nier l’autre, tant ils se touchent et s’entrelacent ; brisez un anneau, la chaîne est rompue et la

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société croule. Si un peuple a le droit de renoncer à la langue, à la religion de ses pères, le fils a le droit de renoncer au nom de son père, de sacrifier la famille à son égoïsme. Le citoyen qui trahit sa patrie est aussi lâche que celui qui trahit sa famille. L’amour de la patrie n’étant que l’extension de tous les autres sentiments de l’âme, celui qui ne le possède pas, ne possède pas les autres et par conséquent manque de cœur. Mauvais fils, mauvais père, mauvais époux, mauvais citoyen, dit-on souvent ; c’est naturel, on est l’un ou l’autre en vertu du même principe. Et on vient dire après cela que l’attachement d’un peuple aux éléments de sa nationalité est un préjugé, un obstacle au progrès de l’humanité !

Au contraire, n’est-ce pas par la diversité des êtres de la création, par la différence de leurs aptifudes, que s’opère ce progrès. De même qu’il n’y a pas deux êtres, deux espèces, deux genres semblables, ainsi il ne peut y avoir deux peuples semblables. Chacun a «es attributs, ses tendances caractéristiques, et c’est cet antagonisme, cette juxtaposition d’idées et d’intérêts divers qui produit, dans le champ de l’intelligence humaine, des résultats si merveilleux. C’est par l’application de leurs aptitudes différentes, c’est en travaillant, chacune dans la sphère qui convient â son génie, que la France et l’Angleterre ont élevé l’Europe à un si haut degré de civilisation. Il doit en être ainsi en Amérique. Ceux qui prêchent la fusion des races, ceux d’entre nous qui paraissent prêts à sacrifier

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nos distinctions sociales, non seulement foulent aux pieds les sentiments les plus nobles, mais encore ils se mettent en contradiction avec eux-mêmes, ils veulent la destruction d’un élément essentiel de ce progrès dont ils sont' les fervents adorateurs.

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