LA FRANCE
Lorsque les premiers colons de Ville-Marie débarquèrent à l’endroit de la rive du Saint-Laurent dite “ Place Royale,” leur première pensée fut d’y élever un autel et d’y célébrer une messe. Au cours de cette messe, le Père Vimont adressa à ces héroïques colons les paroles mémorables c|ue l’on aime tant à redire.
“ Ce que vous semez ici, messieurs, n’est qu’un “ grain de senevé, mais il est jeté par des mains si “ pieuses et si animées de foi et de religion qu’il faut " sans doute que le Ciel ait de grands desseins, puis- “ qu’il se sert de tels instruments pour son œuvre ; “oui, je ne doute nullement que ce petit grain ne “ fasse un jour des progrès merveilleux, ne se mul- “ tiplie et ne s’étende de toute part.”
Jamais prévisions humaines, jamais paroles prophétiques ne furent plus complètement réalisées. Oui, il a germé le petit grain de senevé, il s’est développé, il a produit un grand arbre, il s’est multiplié et il s’est étendu de toute part. Il est devenu un arbre vigoureux, plein de sève, dont les branches s’étendent sur tout le continent américain et ombra-
333 MÉLANGES HISTOKIQUES ET LITTÉEAIBES
gent plus de trois millions d’hommes fidèles à la foi, à la langue de leurs pères. Et il n’a pas fini de grandir, de se développer, de se multiplier, d’étendre de toute part ses branches et ses rameaux. Ces rameaux, on les voit fleurir partout, dans toutes les parties du Canada et des Etats-Unis. N’est-ce pas qu’ils font honneur au tronc principal, à la sève qui les a produits et fécondés ?
Il est beau l’arbre national avec ses branches et ses rameaux couverts d’un feuillage si riche et si touffu, et, si on n’a pu le déraciner lorsqu’il était un faible roseau, comment pourrait-on le détruire maintenant qu’il est devenu un chêne dont les racines plongent si profondément dans le sol ?
Mais, pour accomplir ses destinées, il faut qu’il conserve ses branches, qu’il continue de leur fournir la sève dont elles ont besoin pour se couvrir de feuilles et de fruits. Cette sève, c’est la foi religieuse et nationale, c’est la langue, le patriotisme de la France.
Le fait est que le véritable tronc de l’arbre national n’est pas la province de Québec, c’est la France elle-même, cette France si admirable, cette France héroïque dont le monde entier admire, en ce moment, le courage invincible. La province de Québec n’ek qu’une racine de ce tronc ou un rameau de l’qrbre lui-même, transplanté sur les bords du Saint-Laurent. C’est de la France, du cœur de la France que partent toutes ces artères qu- portent son sang, sa langue, sa pensée, son génie, son culte de l’idéal dans toutes les parties du monde. La
province de Québec est, en Amérique, le principal réservoir de ce sang généreux et fécond qu’elle distribue sur ce continent, cjui crée et vivifie partout des groupes français et catholiques et les fait si forts, si utiles aux milieux où ils vivent.
Cela explique hunion intime de la France et de toutes les parties C|ui la composent, et pourquoi les battements de son cœur font battre nos cœurs, pourquoi les projections lumineuses de son cerveau éclairent nos esprits, pourquoi ses joies sont nos joies, ses triomphes nos triomphes, ses malheurs nos malheurs ; pourquoi nous devons, non seulement sympathiser avec elle, mais lui donner, dans ses épreuves, toute l'aide possible, lui prouver notre affection non seulement par des paroles mais surtout par des actes. ■N’oublions pas que le prestige de la France est notre principale valeur nationale. Une France vaincue nous amoindrit, une France victorieuse nous rehausse, nous fait respecter.
Dédaigner la France, vouloir sa déchéance serait vouloir notre propre déchéance. On peut parfois ne pas aimer ceux qui la gouvernent, mais ils passent, et la France reste. Les gouvernants sont mortels ; la France est immortelle.
TABLE DES MATIERES
Pages
Avant-Propos . 5
La croix et l’épée au Canada . 7
Extrait d une conférence au cabinet de lecture paroissial.
— Xotre Littérature nationale . 12
Les conférences à Xotre-Dame, à Montréal . 18
Critique d’une conférence sur la fusion des races . 22
Mission des gouvernements, 1 . 2(i
Mission des gouvernements, II . .30
Canadiens-français et Canadiens-anglais . 34
Canadiens-anglais et Canadiens-français . 38
Les besoins de notre époque . 42
Xotre mission . 47
Affaire Guibord . .51
Le clergé . 54
Correspondance, I. — (Malbaie) . (10
Correspondance, II. — (Malbaie) . 74
Correspondance, III. — (Malbaie) . 78
Cà et là . 84
Oscar Dunn . 8(1
Les sympathies . 88
Pierre Fortin . 02
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Le recensement . . ^ . 95
Discours prononcé au banquet typographique de “ L’Opi-
nion publique ” .
Affaire Guibord .
Un bal intéressant .
Pierre-Lucien Malo .... >
Correspondance parlementaire .
L’honorable Joseph-E. Cauchon.
L’Indépendance . . . .
La Résurrection. .
Québec et Montréal . . .
La Saint- Jean-Baptiste
Le juge Mackay. . . .
1 QÛ
Le juge Torrance . . . .
1 il
Le Meurtre de Charron par Beaureaarfl
Un événement . . . .
M. Chapleau . . . .
Gavazzi . . . .
Arthabaska .... s
Albani .
Une réforme religieuse, sociale et nationale Soyons soldats . . . .
Les fêtes de l’Hôtel-Dieu
La question du jour.
Des petits salaires . .
Un procès intéressant , , , . , . . ,
TABLE DES MATIÈRES 33T
Pages
Le Christ et la France . y . 184
Le secret du bonheur . 187
Coup d’œil sur l’avenir du monde . 192
Aimez-vous les uns les autres . 197
Bonne et mauvaise éducation . 200
Les héros de notre histoire . 204
Un fameux roman . 207
Les petits employés . 213
Colonisons . 217
La fête nationale et la colonisation . 221
Le congrès Eucharistique . 225
La question des drapeaux . 230
Noblesse oblige . 235
“ L’Union Nationale ” . 237
La guerre . 240
Que faut-il croire . 244
Les mystères de la vie présente et future . . . . . 247
Croisades nationales.' . 250
“ Le Coloni.sateur ” . ' . 255
Soyons prudents . 259
Les capitaines de milice . 265
Le clergé et sa mission . 269
Gros problème . 275
Conjectures sur la fin et les résultats de la guerre . 278
Quelques souvenirs . 280
Tribuns et avocats . 295
TABLE , DES MATIÈRES
Pages
Le juge Johnson . 3Q2
Plessis . . 306
La Fontaine en 1849 . 30S
Le prêtre, le médecin et le notaire . 311
Les ouvriers . 3^3
Le catholicisme. . . . . . 3 16
Nécessité des partis politiques . * . 3I8
L’instituteur . 320
La presse . 322
. L’éducation de nos filles . ; . 324
Le féminisme . 327
La France . 337
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